PHYSIOLOGIE DU BULBE ET DE LA PROTUBÉRANCE
mastication et comme les centres vaso-moteurs, qui n’exercent une action coordinatrice sur les organes auxquels ils commandent. Mais ce rôle spécial du bulbe se manifeste surtout par les centres de la locomotion, de la déglutition et de la respiration.
Chez les Batraciens et les Reptiles, la coordination des mouvements de locomotion se fait dans le bulbe. Ces mouvements persistent en effet dans leur intégrité après l’extirpation du cerveau, du cervelet, des lobes optiques*. De plus, les animaux ainsi mutilés ont conservé le sens de l’équilibre ; placés sur le dos, ils peuvent se relever. Cette possibilité, ainsi que la faculté de locomotion, disparaît si l’on vient alors à détruire le bulbe. — Chez les Mammifères, le bulbe, étant donnée son influence régulatrice, générale sur les réflexes (généralisation des réflexes, voy. p. 986), doit participer en quelque mesure à la coordination des mouvements de locomotion. Chez ces animaux cependant et chez les Oiseaux, c’est le cervelet qui joue dans cette fonction le rôle capital ; chez les Batraciens, le cervelet est fort peu développé.
Les centres de la déglutition et de la respiration ont été étudiés précédemment (voy. p. 196 et 563 et suiv.).
La protubérance paraît être le centre des mouvements liés aux émotions, comme le montre déjà ce qui a été dit plus haut (p. 1051) sur la sensibilité auditive excito-réflexe. Elle joue un rôle important dans les grandes expressions émotionnelles, le rire et les pleurs, les cris de douleur, bref dans l’expression involontaire.
Lorsque, comme l'a fait Vulpian, on enlève successivement à un animal les corps striés, les couches optiques, les tubercules quadrijumeaux et le cervelet, on constate que, malgré ces mutilations, l’animal manifeste encore, par une agitation caractéristique et par des cris plaintifs, la douleur qu’il ressent lorsqu’on le soumet à de fortes excitations (écrasement d’une patte entre les mors d’une pince, excitation d’un nerf). Si alors on détruit la protubérance et la partie supérieure du bulbe, aussitôt l'animal cesse de répondre aux mêmes excitations par les mêmes cris et la même agitation. C’est seulement un cri bref qui se produit, toujours le même, dépourvu de toute expression.
Ainsi les impressions sensitives reçues par la protubérance peuvent provoquer des mouvements complexes sans la participation du cerveau supérieur et par conséquent de la volonté. Chez l’animal privé de protubérance, ces réactions émotives ne se produisent plus, alors que se maintiennent la circulation, la respiration et les autres fonc-
1. Les lobes optiques exercent sur ce centre bulbaire une remarquable action inhibitrice (d'après les expériences de G. Fano sur la tortue, le crapaud, etc., i883, i885j. Après l'ablation des lobes optiques en effet, ces animaux se mettent à déambuler, d’une façon très régulière (le bulbe exerçant son iniluence coordinatrice), mais continue ou par accès (périodiquement) et dans des directions iudélerminées, sans but.
lions dont les centres coordinateurs sont en partie dans la moelle et en partie dans les deux tiers intérieurs du bulbe.
S" Associations fonctionnelles entre les centres bulbaires.
Les centres bulbaires agissent les uns sur les autres. « L’activité <ie l’un d’entre eux retentit sur celle du centre voisin, et .souvent le phénomène ainsi provoqué par irradiation ne paraît être d’aucune utilité pour l’organisme ; dans certains cas cependant il s’agit d’un mécanisme protecteur. Toujours est-il que ces faits doivent être connus, parce qu’ils nous donnent la clef de quebjues modifications
lonctionnelles qui sans eux resteraient inexpliquées* » Les principales associations de ce genre sont celles qui existent entre le centre de la déglutition et les centres respiratoires, d’une part, et, d’autre part, modérateur cardiaque et celles qui existent entre le centre respiratoire et les centres modérateur cardiaque et vaso-constricteur. Nous avons étudié la première p. 197 et la
Fie. 2b8. — Schéma des neurones cérébelleux (d'après n~ ..r /en
8 Mathus Doy*!.). seconde p. 41 / et 469.
F, protubérance ; — C, écorce du.cervelet; — NS, nerf sensitif; — es, corps du neurone sensitif périphérique;
— cl, NCP, neurone cérébelleux périphérique (dont le corps cl est dans la colonne de Clarke) ; NCC, neurone cérébelleux central (dont le corps cp est une cellule de Purkinje; NCC est le cylindre-axe de cette cellule) ; dCUX hémisphèrCS et
— N.M, nerf moteur; — cm, corps du neurone moteur • , ,
périphérique. du vecmis ; de plus, trois
Ces deux neurones s’articulent dans l’écorce du cervelet; paires de pédoncules {fi~ ils s'articulent, d’autre part, le premier avec le neurone , , , i
sensitif périphérique NS et le second avec le neurone pVOjectlOïl), leS
moteur périphérique NM. inférieurs, les moyens
et les supérieurs, l’unissent à la moelle, à la protubérance et aux hémisphères cérébraux.
Les pédoncules contiennent à la lois des libres ascendantes (afférentes au ■cervelet) et descendantes (efférentes). Nous avons vu (p. 1026 et 1027-1028
1. E. Werthæimer, art. Bulbe du Dicl. de phijsiol. de Ch. Richet, p. 36i.