CI.VNl
Chez l’homme, dans les cas de lésions étendues et graves du cervelet (atrophie, sclérose), on observe le syndrome cérébelleux qui ressemble singulièrement aux phénomènes consécutifs à la destruction expérimentale de l’organe; ce syndrome est caractéi'isé par la difficulté ou l'impossibilité de la station droite et les oscillations du corps dans cette même position, la titubation pendant la marche, le soulèvement brusque des jambes, la fatigue rapide; le vertige est aussi un des symptômes les plus constants des affections cérébelleuses, et ce fait est intéressant à rapprocher de ce que nous avons dit pp. 946 et 1028. — Sans doute on a constaté des altérations assez étendues du
1. C’est parce que les animaux privés de cervelet peuvent encore nager que Lüci.ani ne considère pas les troubles moteurs qu’ils présentent comme dus à un défaut de coordination.
Tracé pris deux mois après l’opération (extirpation totale).
Les pattes antérieures sont indiquées eu gris, les postérieures en noir. A droite et en bas, écartement des pattes, ramenées dans leur position normale. Echelle de 1/12.
LE CERVELET
cervelet sans troubles de ce genre. La contradiction entre ces cas cliniques et les résultats des expériences physiologiques n’est qu’apparente, car 1 amélioration des animaux auxquels un a enlevé une grande partie du cervelet est souvent rapide, en raison de l’activité vicarianfe d’autres organes nerveux.
3° Interprétation des phénomènes consécutifs à la perte
du cervelet.
On s’accorde ù dire que, après l’ablation de parties assez étendues du cervelet, tous les mouvements sont devenus incertains, alors cependant que l’action de la volonté sur chaque muscle en particulier paraît être restée normale. On en conclut que le cervelet régularise et coordonne les mouvements.
Cette conclusion paraît d’autant plus légitime que l’on sait, par l’anatomie comparée, que le développement du cervelet est en raison directe des exigences de 1 équilibre et de la motricité ; ainsi le cervelet est énorme chez les animaux grands nageurs, tels que le Requin et beaucoup de Téléostéens ; il est plus petit chez les Pleuronectidés (poissons plats); il est réduit à une simple lame chez les Reptiles nageurs, tels que le Crocodile et la Tortue d’eau ;la plupart des Reptiles ont un minimum de cervelet. D'autre part, on sait par 1 embryologie que l’écorce cérébelleuse n’acquiert sa structure définitive que quand l’animal commence à marcher; il en est ainsi chez le Pigeon, qui ne marche qu’un certain temps après la naissance, tandis que, chez les Oiseaux, tels que le poulet, qui marchent à peine nés, l’écorce du cervelet a la môme structure que chez les adultes. Mêmes observations ont été faites sur les Mammifères; l’écorce du cervelet a la structure de celle du mouton adulte, chez l’agneau dès la naissance; tandis que, chez le chat et le chien, elle est incomplètement développée ; chez l’homme elle n’a sa structure définitive qu’à la fin de la première année.
Les données morphologiques concordent donc avec les expériences physiologiques pour montrer le rôle du cervelet comme centre régulateur des mouvements nécessaires à la station et à la locomotion. Mais par quel mécanisme s’exercerait l’action cérébelleuse?
Cette action serait triple (Luciani) ; le cervelet augmente l’énergie des appareils neuro-musculaires; il renforce le tonus musculaire pendant les pauses fonctionnelles ; il produit, durant les phases d’activité musculaire, la fusion des contractions; en d’autres termes, il a une action sthénique, tonique et statique. D’où il suit que, chez les animaux sans cervelet, les contractions sont moins énergiques, les muscles sont plus flasques et les mouvements incomplètement ou non fusionnés ; en d’autres termes, ces animaux présentent de {'asthénie, de Vaionie et de Vastasie. De cette dernière, c’est-à-dire de la perte de l’action statique du cervelet, de cette action qui assure la
continuité des contractions dans les muscles en mouvement, résulte la titubation avec incoordination cérébelleuse. « Flourenset Bouillaud avaient bien décrit la fonction du cervelet, en disant qu'il maintient l’équilibre dans les déplacements du coips et dans la station debout... ; mais il leur manquait les données anatomiques suffisantes pour définir le mécanisme de cette fonction. Le maintien de l’équilibre dans toute attitude ou dans tout mouvement se règle par des variations de tonicité musculaire; Luciani a le premier démontré d une façon nette et précise faction du cervelet sur le tonus musculaire L » Aussi Luciani explique-t-il fastasie par l’asthénie. Cette diminution d’énergie des mouvements volontaires et du tonus,
i;est le phénomène essentiel en lequel consiste le déficit céi-ébe lieux.
Le cervelet n’est donc pas, à proprement parler, l’organe coordinateur des mouvements musculaires. Sans doute « on peut conclure que 1 activité du cervelet est utilisée principalement pour lo maintien de l’équilibre; mais ce serait une erreur de dire qu’il est 1 organe de 1 équilibre, ou l’organe de la coordination musculaire,, puisqu'il ne leur est pas indispensable, et qu’ajirès sa destruction d’autres organes peuvent le suppléer en grande partie ^ ». Nous avons vu d’ailleurs qu’un chien décérébellé qui ne jieut ni se tenir debout ni mai cher peut encore nager; c’est que, s’il n’a plus sur terre la loi ce musculaiie necessaire pour soutenir son corps, il en a encore assez pour faire progresser dans l’eau son corps qui flotte dans cet élément. 11 suffit donc que les muscles aient un moindre effort à donner pour que la coordination des mouvements redevienne possible.
Tout ceci étant admis, resterait à se demander dans quelles conditions se développe cette fonction sthénique et tonique du cerv’elet. L’écorce cérébelleuse reçoit des impressions ou des excitations qui lui viennent de la moelle et de fécorce cérébrale. Comment ses cellules modifient-elles ces impressions et ces excitations et y réagissent-elles? On toucherait ici aux causes mêmes du fonctionnement de forgane. Le cervelet, dit Andrk Thomas, n’est pas le siège d’un sens particulier, mais d’une réaction particulière, que mettent en jeu diverses excitations; « cette réaction s’applique au maintien de l’équilibre, dans les diverses formes d’attitudes ou de mouvements, réflexes, automatiques, volontaires : c’est un centre réflexe ae l’équilibration » Comment se produit cette réaction
a. André Thomas, toc. cj7., p. S4o.