‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 444 sur 510 · Ce chiffre est douteux · texte numérisé non relu

Ce chiffre est douteux

FONCTIONS DE L’ÉCORCE DU CERVEAU 1075

1. Comme tout phénomène physiologique, le phénomène psychique a une durée.

On a mesuré celle-ci en faisant varier le temps de réaction. Nous savons comment on mesure ce dernier (voy. p. 958). Supposons que le sujet en expérience doive réagir à une excitation tactile, mais qu’il ne sache pas à l’avance sur quelle main sera portée l’excitation ; dans ce cas le temps de réaction augmente un peu. Il augmente davantage si le sujet doit discerner entre deux excitations laquelle est la plus forte ou la plus faible. Le fait d avoir à distinguer, par exemple, entre deux lumières colorées allonge le temps de 0",Ü2 à 0",04. La durée du discernement, c’est-à-dire d'un acte proprement intellectuel, est donc appréciable.

2. Comme tout organe qui fonctionne, le cerveau reçoit une plus grande quantité de sang durant l’activité mentale. On doit la connaissance de ce fait aux expériences de A. Mosso.

A chaque contraction du cœur, le cerveau, ainsi qu’un autre organe, reçoit par ses artères une ondée sanguine. Cet afflux de sang distend les parois élastiques des artères et se manifeste par une augmentation de volume fvoy. p. 436). Si la boîte osseuse crânienne est intacte, ces phénomènes ne se voient pas; mais ils deviennent visibles, si les parois du crâne sont incomplètement ossifiées ou si elles présentent une ouverture accidentelle {par suite d un traumatisme, par nécrose, ou bien encore par trépanation); sur le cerveau mis ainsi à nu, en effet, les variations de volume se totalisent à l’endroit de la brèche osseuse, sous forme de mouvements d’expansion et de retrait, faciles à inscrire par un dispositif approprié.

Sur plusieurs sujets qui présentaient des pertes de substance des os crâniens, il a été constaté que les excitations sensorielles, les émotions, le calcul mental, les rêves pendant le sommeil, bref, toute manifestation psychique augmente le volume du cerveau, c’est-à-dire fait affluer le sang à cet organe (voy. la fig. 123, p. 486). °

On a également déterminé quelques-uns des résultats de l’activité cérébrale.

L Le fonctionnement de tout organe amène la formation de produits de désassimilation dont beaucoup sont éliminés par les reins.

On a trouvé que, sous l’influence d’un travail intellectuel prolongé, la quantité des urines augmente, ainsi que la quantité d’acide phosphorique éliminé, celle de la chaux et celle de la magnésie.

Kst-on en droit de rapporter oes variations dans les échanges matériels à l’activité seule du cerveau? La proportion de l’un quelconque des éléments de l’urine ne dépend pas sûrement du fonctionnement de tel ou tel organe, elle peut n’être que le résultat indirect de son activité. C’est que la composition des urines ne nous apprend rien sur l’origine des composants. Ainsi nous ne savons pas quelle est la provenance de la chaux urinaire, la proportion qui

dépend de ralinientalion, celle qui l ésulle des échanges dans le tissu osseux et celle qui résulte des processus chimiques dans le système nerveux. Aussi pouvons-nous dire seulement que l’augmentation de l’acide phosphorique et de la chaux est liée à l’activité cérébrale.

2. Si les échanges, dans le cerveau qui travaille, sont plus actifs, la température de cet organe doit s’élever.

Dans une longue série d'observations thermoinétriques faites sur l’homnie avec des thermomètres extrêmement sensibles, A. Mosso (1894) a constaté que la température du cerveau est fréquemment plus élevée que celle du rectum et qu’un faible développement de chaleur résulte de l'activité psychique (Qo.lO en quinze minutes ou 0°,20 en trente-cinq minutes).

CThez les animaux, observations analogues. L’appel d'un chien par son nom élève légèrement la température du cerveau.

Ces faits permettent-ils de conclure qu’il y a réellement augmentation des échanges intracérébraux de par l’activité cérébrale prolongée ? 11 se pourrait que les élévations thermiques constatées fussent seulement secondaires, dépendant d’excitations des centres nerveux inférieurs, mésocéphaliques et bulbaires, consécutives à l’excitation cérébrale elle-même. La seule assertion légitime, c’est que l’activité psychique s’accompagne d’une légère élévation de la température du cerveau et aussi de la température centrale (voy. p. 782).

Le sommeil. — 11 n’est pas un organe dans lequel l’état d'activité prolongée n’amène un épuisement qui doit être réparé par un temps de repos fonctionnel. Pour les organes qui, comme le cœur, paraissent incessamment en fonction, il n’est pas difficile de voir que cette fonction même n’est qu’une succession rapide d’alternatives de relâchement et de contraction, c’est-à-dire de repos et d’activité. La loi s’applique donc aussi bien aux organes de la vie de nutrition qu’à ceux de la vie de relation; mais, pour ces derniers, le repos se produit d’une manière plus prolongée, et selon une forme qui résulte de la cessation ou de la diminution d’activité à la fois dans les organes périphériques sensitifs ou moteurs et dans les organes centraux. Comme, dans l’état d’actiyité, les fonctions de relation résultent de l’association nécessaire des organes des sens, du cerveau qui reçoit et apprécie les impressions et commande les mouvements et enfin des muscles qui exécutent ces mouvements, de même dans l’état de repos de ces fonctions, ce sont à la fois les organes des sens, le cerveau et les muscles qui deviennent inactifs.

I. Le sujet de ces observations fut une fillette de douze ans dont la région fronto-pariétale droite présentait, à la suite d'un traumatisme, un trou profond par lequel on pouvait enfoncer le thermomètre jusqu’à 5 centimètres, jusque dans la scissure de Sylviiis.

FONCTIONS DE L’ÉCORCE DU CERVEAU

On donne le nom de sommeil à cette cessation réparatrice, totale ou partielle, des tondions de relation. La nécessité du sommeil est telle que sa privation entraîne la mort, plus vite que la privation d’aliments.

Le sommeil est donc caractérisé d’abord par une suspension des impressions extérieures; puis par un arrêt de l’élaboration cérébrale, et simultanément par une cessation de ces réactions motrices encéphaliques qui sont les mouvements volontaires. Remarquons cependant que, si les organes des sens, les nerts sensitifs, le cerveau, les nerfs moteurs et les muscles dorment, ils sont encore, les uns comme les autres, parfaitement excitables ; mais leur excitabilité, partiellement mise en jeu par telle circonstance particulière, ne sollicitera pas, dans l’ensemble de ‘l’appareil de relation, les réactions coordonnées et régulières qui sont caractéristiques del’étatde veille. Une impression périphérique provoquera de simples phénomènes réflexes médullaires, mais non des actes cérébraux voulus, ou bien réveillera dans le cerveau des élaborations sensorielles incohérentes, mal associées, et non des mouvements volontaires; le cerveau luimême pourra être le siège du retour spontané d’images antérieurement perçues et qui reparaissent d’une manière désordonnée. Ce qui est donc essentiellement aboli pendant le sommeil, c’est la fonction régulière qui lie les impressions extérieures avec le travail cérébral et celui-ci avec les réactions volontaires, c est la coordination normale des fonctions de relation.

Quand le sommeil est complètement et profondément établi, le sujet est comparable à l’animal auquel le physiologiste vient d’enlever les hémisphères cérébraux; chez l’un comme chez l’autre, tout mouvement volontaire a disparu; mais les mouvements réflexes, à centres médullaires, subsistent et sont même devenus plus faciles; on sait que chez l’homme, chez qui à l’état de veille les centres cérébraux commandent complètement aux centres médullaires, ce n est guère qu’en surprenant un sujet dans le sommeil qu’on peut constater des mouvements purement réflexes, et, par exemple, amener, en chatouillant la peau de la plante du pied, le retrait du membre inférieur par flexion de la jambe sur la cuisse et flexion de la cuisse sur le bassin, mouvement identique à celui de la grenouille décapitée sur la patte de laquelle on dépose une goutte d’eau acidulée. Et si, sur la grenouille décapitée, une irritation un peu plus forte (acide moins dilué) produit une réaction réflexe plus générale, un mouvement de fuite coordonné (parles centres médullo-bulbaires), de même, chez l’homme endoriiÜ, une cause de gêne quelconque (attitude douloureuse pour un membre,' piqûres d’insectes, etc.) amène des mouvements de déplacement complet, des changements d attitude dans le lit, mouvements bien connus, incessamment renouvelés parfois pendant toute la durée du sommeil' et qui sont de l’ordre des phénomènes purement réflexes. — Durant le sommeil, le cerveau reçoit moins de sang et il diminue de volume. Les mouvements du cœur et ceux de la respiration sont moins fréquents. La pupille est resserrée. Les échanges matériels sont ralentis, et en particulier l’excrction

d’acide carbonique, phénomène qui dépend surtout do li cessation des mouvements volontaires. — Quant à l’activité psychique, elle peut être complètement suspendue, mais souvent elle se manifeste encore par les rêves.

L’insomnie prolongée détermine, avec le besoin impérieu.\; de sommeil, (les modifications cellulaires dans le lobe frontal du cerveau; de plus, l’injection sous-arachnoïdienne, sur un animal normal, de liquide céphalo-rachidien ou de sérum sanguin d’un animal insomniepae provoque chez le premier un besoin invincible de sommeil (expériences de H. Liékon, 1907, de IL Legendre et Piéron, 1907-1912 sur des chiens); certaines humeurs des animaux insomniques contiennent donc une substance qui peut provoquer le sommeil. .V la vérité, R. Dubois, qui depuis longtemps explique le sommeil par l’accumulation d’acide carbonique (surtout d’après ses expériences sur le sommeil hivernal des Marmottes), soutient que le sommeil est un phénomène général, constatable même chez les végétaux et, en tous cas, s’observant encore chez les animaux privés des hémisphères cérébraux

En somme, malgré l’intérêt de ces recherches, la cause du sommeil et de la périodicité de cet état n’est pas encore sûrement déterminée.

6® Effets de l’extirpation ou de la destruction du cerveau et particulièrement des hémisphères cérébraux.

Ces elTets varient suivant les espèces animales, tout en présentant des ressemblances fondamentales. Moins un animal est élevé en organisation, moins sont graves les conséquences de la décérébration.

Les Poissons osseux, après l’opération, paraissent tout à fait identiques aux Poissons normaux.

La Grenouille sans cerveau a l’habitus d’une grenouille normale et, soumise à des excitations diverses, y réagit comme celle-ci; placée sur le dos, elle se retourne; mise dans l’eau, elle nage; elle sait garder ou reprendre son équilibre; etc. Mais, si elle ne reçoit aucune excitation, elle reste constamment immobile, incapable même de prendre spontanément sa nourriture. Une grenouille à laquelle les deux hémisphères cérébraux avaient été enlevés a pu être conservée pendant cinq ans et n’a jamais donné aucun signe d’initiative; chaque jour elle a dû être nourrie par introduction dans la cavité buccale de viande hachée.

Le Pigeon sans cerveau reste dans l’immobilité, les yeux clos ; il ne marche ni ne vole plus de lui-même; il ne peut ni chercher ni prendre sa nourriture; il ne s’accouple plus. Cependant, si on l’excite, les mouvements qu’il exécute alors sont parfaitement coordonnés ; poussé, il marche; jeté en l’air, il vole; si on introduit des grains dans son bec, il déglutit.

Chez le Chien, l’extirpation des hémisphères cérébraux a pu être réussie

1. Remarquons toutefois, avec H. Piéron, que ni le prétendu sommeil dos végétaux ni le sommeil hivernal ne sont semblables au sommeil quotidien.

FONCTIONS DE L’ÉCORCE DU CERVEAU

parGoLTz (1889-1891), qui est même parvenu à conserver en vie un animal pendant dix-huit mois (voy. fig. 26a). « Le chien sans cerveau » de Goi.tz avait perdu toute spontanéité, insensible à toutes les excitations psychi- <iues, appels, caresses, vue d’un chat, etc. Cependant il marchait, quoique ■laladroiteraent, si on venait à le pous- .ser; si on le pinçait, il se mettait à grogner ou à aboyer ou cherchait à mordre; il entendait les bruits intenses; ses deux jiupilles se contractaient à la lumière, mais son regard restait toujours lixe, comme perdu; placé sur un plan incliné, il pouvait se retenir de façon à ne pas glisser; il prenait difficilement sa nourriture, sans du reste la rechercher et, laissé en liberté, il serait mort.

En somme, les animaux décérébrés conservent, outre les fonctions organiques, celles de la coordination des mouvements et de l’équilibration ; ils ont aussi l’expression émotionnelle.

A part cela, ils se comportent comme des automates. Ce qu’on enlève avec l’écorce cérébrale, c’est l’organe des fonctions psychiques supérieures, de la mémoire, de l’association des perceptions et des idées, de la réflexion sur les sensations et les représentations, bref l’organe de l’intelligence ou mieux des intelligences, c’est-àdire des synthèses des divers proce.ssus psychiques et des adaptations de tous ceux-ci aux multiples conditions de la vie.

Fig. 265. — Restes du cerveau d’un chien après l’extirpation des deux hémisphères (d'après Goltz).

Chez l’homme, la maladie réalise quelquefois la suppression de l'écorce cérébrale. On sait que la paralysie générale des aliénés résulte d’une altération destructive des cellules corticales. Or, au fur et à mesure que, cher l’individu atteint, les lésions s'aggravent et s’étendent, la déchéance intellectuelle devient de.plus en plus profonde.

De même dans l’idiotie, ce qui détermine directement le déficit psychique, ce sont les altérations des cellules de l’écorce cérébrale, par arrêt de développement; chez les grands idiots, chez lesquels il est impossible d’éveiller la conscience et l’intelligence, la plus grande partie de l’écorce n’a pas atteint un développement plus élevé que celui de l’écorce fœtale. Si le processus d'arrêt ne s’est produit qu’à la fin de la vie fœtale ou dans les premières années, les fonctions psychiques, très inférieures à leur état normal, se développent cependant plus ou moins, selon qu’un territoire

cortical plus ou moins étendu a été frappé ; et les sujets sont ou des imbéciles ou des arriérés.

Page 1