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Les nerfs rachidiens

Trente et une paires nerveuses qui se détachent de la moelle forment les nerfs mixtes rachidiens ou spinaux. Ces nerfs constituent un mélange inextricable de fibres centripètes et centrifuges; mais ces deux sortes d’éléments, si distincts, sont un instant parfaitement séparés, au niveau des racines rachidiennes.

1° Physiologie des racines rachidiennes.

Les racines rachidiennesse divisent en antérieureset postérieures.

Leur fonctionnement se résume en une proposition très simple, qualifiée souvent de loi de Magendie et que voici ; par les racines antérieures passent toutes les fibres centrifuges ‘ (motrices, motrices de muscles lisses, secretoires); par les racines postérieures passent toutes les fibres centripètes. Les expériences de Magendie ont été le

1 Exception faite pour les vaso-dilatateurs du membre inférieur (chez le chien) •qui passent par les racines posiérieure.s (voy. p. 4 6).

dlOÛ FONCTIONS DU SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE

point de départ de beaucoup des acquisitions modernes sur la physiologie du système nerveux.

Ces expériences, qui datent de 1822, sont les suivantes : ayant coupé une racine rachidienne antérieure et porté une excitation sur le bout central, Magenoik constata que cette excitation ne provoque aucune réaction; au contraire, en excitant le bout périphérique, il vit se produire des contractions dans le membre à l’innervation duquel cette racine prend part. Donc les racines antérieures ne manifestent leurs propriétés conductrices que du centre vers la périphérie ; elles sont centrifuges ou motrices. En opérant d’une manière analogue sur une racine jjostérieure, c’est-àdire en coupant tout d’abord cette racine et en portant l’excitation sur son bout périphérique, Magenuie ne vit se produire aucune réaction, tandis qu en agissant sur le bout central il provoquait une réaction générale de l’animal, qui s’agitait, criait, cherchait à se soustraire à la douleur, qui sentait, en un mot. Donc les racines postérieures ne manifestent leur conductibilité que de la périphérie vers les centres; elles sont à fonctions centripètes ou sensitives. D’autre part, la simple section d’une racine antérieure paralyse les mouvements dans la région innervée par cette racine. Et la section d’une racine postérieure abolit la sensibilité dans la région cutanée correspondante.

Sensibilité récurrente. — Chez les Mammifères, les racines antérieures contiennent quelques fibres sensibles. Ce sont des fibres spéciales, dites récurrentes.

L’expérience par laquelle on démontre l’existence de ces fibres se fait surtout sur le chien, quelques heures après l’opération nécessaire pour la préparation des racines, quand l’anesthésie s’est dissipée. Dans ce cas l'excitation du bout périphérique d’une racine antérieure sectionnée provoque des réactions douloureuses, celle du bout central est sans effet (preuve de la sensibilité récurrente, xMagenüie, Cl. IlEnNAim). Ces fibres ne proviennent donc point de la moelle; elles proviennent de la racine postérieure attenante, car, si on coupe celle-ci, les manifestations de sensibilité observées d’abord à la suite de l’excitation de la racine antérieure ne se produisent plus.

Il faut donc que quelques fibres des racines postérieures, au lieu de suivre leur trajet vers la périphérie, retournent vers le canal rachidien, sans arriver d’ailleurs à la moelle (elles donnent leur sensibilité aux enveloppes médullaires), en s’engageant dans les racines antérieures. Cette récurrence se fait souvent à la jonction des deux racines, mais souvent aussi beaucoup plus loin, dans les nerfs périphériques.

Ce dernier fait e.xplique sans doute bien des phénomènes cliniques en apparence énigmatiques.

Plusieurs fois, chez l’homme, les deux bouts d’un nerf, du médian, par exemple, accidentellement divisé, furent réunis par un ou deux points do

LES NERFS RACHIDIENS

suture et, bientôt après l’opération, la sensibilité avait en partie reparu dans les régions auxquelles ce nerf se distribue. Plusieurs auteurs crurent dans ces cas à une restauration de sensibilité qu’ils expliquèrent par l’hypothèse d’une réunion immédiate L Plus vraisemblable était l’hypothèse de fibres nerveuses venant, par un trajet récurrent, ramener la sensibilité dans les parties et même dans le tronçon de nerf situé au-dessous de la section. C’est ce qui a été démontré par les expériences de S. Ahloing et Tripier (1869). Ceux-ci ont divisé trois nerfs collatéraux sur le doigt d'un chien, et ils ont constaté que la sensibilité à la douleur avait cependant persisté sur tous les points du doigt; ils sectionnèrent alors le quatrième nerf collatéral, et aussitôt l’analgésie devint absolue. Ils ont de plus constaté que, lorsqu’on coupe un des nerfs cutanés de la main, les deux bouts restent sensibles, et que la sensibilité du bout périphérique consiste en une sorte de sensibilité d’emprunt due à la présence de fibres récurrentes venues des autres nerfs cutanés. — Dans un travail ultérieur (1874), en tout confirmatif du précédent, Arloing et Tripier ont de même constaté la sensibilité récurrente sur les nerfs de la face; sur le cheval, quand la section du facial est faite près de ses branches terminales, on constate dans le bout périphérique de ce nerf une sensibilité qui est due à des fibres récurrentes empruntées au trijumeau. Le nerf trijumeau présente lui-même une sensibilité récurrente provenant en partie d’un entrecroisement ou d’une récurrence du nerf du côté opposé.

Ganglions rachidiens. — Chaque racine postérieure présente sur son trajet un petit ganglion, un peu avant le point où elle se réunit à la racine antérieure (g, fig. 230, p. 976) : ce ganglion [ganglion rachidien ou spinal) offre une agglomération de cellules ayant avec les fibres nerveuses qui le traversent des rapports intimes.

Les fonctions de ce ganglion consistent essentiellement en un rôle génétique et trophique, découvert par A. Waller et vérifié par Claude Bernard et par un grand nombre de physiologistes. Ce rôle a été étudié page 975.

2® Physiologie des nerfs rachidiens.

Tous les nerfs spinaux sont mixtes. Leurs fonctions résultent de leur distribution anatomique. Quelques particularités cependant sont à mentionner.

La section d’une seule racine postérieure ne détermine point Tanesthésie d’un territoire cutané; il faut en sectionner deux et même trois, voisines l’une de l’autre. Ainsi chaque région de la peau reçoit des fibres de plus d'une racine postérieure.

De même, la section d’une seule racine antérieure ne détermine pas de paralysie complète et persistante du mouvement dans les muscles qui en reçoivent leur innervation; il faut sectionner au moins deux racines.

1 Nous savons que celte réunio.T n'e.xisle pas (voy. p. 972). ».

llûi> FONCTIONS DU SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE

D après les cas cliniques, il en serait de inèniechez ;’homme. Les racines-

antérieures desquelles viennent les fibres motrices d’un muscle donné st? ü-ouvent au môme niveau que les racines postérieures par lesquelles est innervée la peau qui recouvre ce muscle. — 11 a été dit page 1046 quelques mots des centres des neiTs moteurs médullaires.

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