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III. — DÉVELOPPEMENT DES FONCTIONS ORGANIQUES

Les principaux documents recueillis jusqu’à présent concernent la circulation, la respiration, les fonctions du foie et des reins et la thermogenèse. Avant de les e.xaminer, nous dirons quelques mots de 1 évolution des propriétés du sang.

1“ Les propriétés chimi(iues du sang paraissent être les mêmes chez le fœtus et chez l’animal développé. C’est ainsi que l’iiémoglobine fœtale ne le cède pas à celle de la mère pour son pouvoir de fixation de l’oxygène.

Au contraire, les propriétés physiologiques apparaissent tardivement. Jusqu à la naissance le sérum sanguin des fœtus de chiens n’a pas d action globulicide ni spermatolytique ; sa toxicité pourle lapin est moindre qiie celle du sang maternel; cette toxicité cependant se manifeste déjà quelques heures après la naissance et augmente progressivement dans les huit premiers jours. Il semble donc que l’organisme fœtal n’élabore pas de poisons. D'autre part, la résistance des hématies du fœtus est plus grande ; les hématies résistent, par exemple, à des doses de sérum d’Anguille qui sont fortement hémolytiques pour les globules de l’adulte. — La coagulation du sang fœtal est lente et incomplète. C’est un fait qui a été constaté pour le sang de tous les Vertébrés dont les hématies sont nucléèes. Mais il pourrait tenir à la pauvreté du sang fœtal en fibrinogène. Nous reviendrons tout à l’heure sur ce dernier point.

2» La fonction du cœur est établie de très bonne heure chez l’embryon (voy. p. 453); les premières contractions du tube cardiaque se font à une époque où il est impossible de découvrir dans ce tube traces d'éléments nerveux ni même de fibres musculaires (W. Pheyer). L’irritabilité du cœur, c’est-à-dire sa propriété de répondre aux excitations, et l’automatisme, (voy. p. 451 et 45i) ne se développent pas /lan' passa; l’automatisme, qui existe primitivement dans tous les segments du cœur, disparaît du tissu ventriculaire, devenu plus excitable; au contraire, les régions les plus automatiques, oreillettes et sinus, sont moins excitables (d’après les recherches de Fano et Bottazzi); rautomatisme serait indépendant de la fonction des appareils nerveux intrinsèques du cœur.

L’action inhibitrice du jineumogastrique surlecœurn’a pas lieu pendant toute la vie embryonnaire (recherches de Bottazzi, 18!)6, sur l’embryon du

1. D'après les recherches de W. JoNEset G. R. Austrian (Jour//, ofbiol. Chem. III, p. 227,282, 10071; L.af.vyette R. Mlndei. et Pu. II. Mitchel ont trouvé l'adénase dans le foie, à un stade plus précoce du développement.

NOTIONS DE PHYSIOGENIE

poulet); quelques heures après seulement (jue le poussin est sorti de l’œuf, on voit les fortes irritations du nerf arrêter le cœur en diastole. De même, chez le têtard de grenouille, on ne peut ralentir ou arrêter le cœur ni. directement ni par voie rêllexe. Chez le chien nouveau-nê, par contre, l’excitation du vague est aussi efficace que chez l'adulte; ce nerf néanmoins réagit d’une façon générale comme le nerf des animaux hétérothermes (grenouille) et non comme celui de l’homéotherme adulte C II est permis peut-être de voir une autre preuve de ce développement tardif des réactions nerveuses cardiaques dans la résistance du ventricule des chiens et des chats nouveau-nés aux trémulations produites par les courants induits tétanisants (voy. p. 400) ; à ce point de vue, le cœur de ces animaux ressemble à celui du lapin ou du cobaye (Gley, 1892).

Les nerfs vaso-dilatateurs, chez l’animal nouveau-né, seraient peu excitables. D’une façon générale d’ailleurs, les réactions vaso-motrices seraient faibles ; ainsi le tracé des variations de la pression artérielle ne montre pas d’oscillations vaso-motrices (voy. p. 418).

3“ Des recherches sur l’embryon du poulet 2 ont montré que cet embryon respire à toutes les périodes de son développement, mais que l'intensité du phénomène, mesurée par la consommation d’oxygène, est extrêmement variable ; aux premiers stades du développement, comme d’ailleurs on le savait déjà pai' diverses observations, des quantités d’oxygène presque inappréciables sont suffisantes; l’hémoglobine, du reste, n’apparaît que plus tard, mais sa fonction peut être abolie, comme on le voit par exemple en plaçant l’embryon dans une atmosphère d’oxyde de carbone et d’air, sans que le cœur cesse de battre; avec la respiration allantoïdienne, la fonction de l’hémoglobine devient indispensable (S. Bakoum.ne).

Chez les Mammifères, le fœtus est en état d’apnée. Cependant son sang est relativement pauvre en oxygène, et il est aussi riche en acide carbonique que le sang maternel. Cette apnée ne peut donc tenir ni à une augmentation de la quantité d’oxygène, ni à une diminution de la tension de l’acide carbonique. Ce phénomène dépend sans doute du peu d’excitabilité des centres respiratoires bulbaires. De fait, les excitations des fosses nasales (excitations du trijumeau, voy. p. 573) donnent lieu à des mouvements réflexes des muscles de la face, mais non à des mouvements respiratoires. L’inscription des mouvements de la respiration, chez le chien nouvoau-né, révèle d’ailleurs souvent une discordance entre les mouvements thoraciques et les abdominaux, qui prouve que le centre bulbaire ne coordonne pas encore parfaitement les divers appareils servant à la fonction respiratoire. Le pneumograrame du nouveau-né humain est également remarquable par son irrégularité, tant au point de vue du rythme que de l’amplitude; cette irrégularité s’observe non seulement à l’état de veille, mais même pendant le sommeil le plus calme. Elle n’est explicable que par le développement imparfait des fonctionnements nerveux qui règlent le jeu de la respiration.

4° Nous avons déjà remarqué que le foie du fœtus est très pauvre en

1. D’après les expériences de E. Meyer, Arcliiu. de ph-jsioL, 5® série, V. p. 475-

487, 1893 ; voy. p. 4S0-S1. ,

2. Sophie Bakoümne, Arcli. ilaliennes de Biol., X.XIII, 420423,1895.

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