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COMPOSITION DES CELLULES

La composition chimique du protoplasma n’est pas la même que celle du noyau. La manière toute spéciale dont celui-ci fixe diverses matières colorantes suflit aie prouver. D’une façon générale, le protoplasma fixe leg^^colorants dits acides (couleurs d’aniline dans lesquelles la matièi^ colorante joue le rôlëT^cide}^ et le noyau fixe les colorants basiques (couleurs d’aniline dans lesquelles la matière colorante joue le rôle de base)i. Ces colorants basiques et leurs sels, rouge neutre, bleu de méthylène, safranine, etc., sont dits « colorants vitaux », parce qu’ils pénètrent dans les tissus vivants.

Le protoplasma contient de l’eau, une très petite quantité de sels minéraux, une petite quantité d’hydrates de carbone et de graisse et des matières albuminoïdes à l’état d’albumine et surtout de globuline ; mais on tend à admettre que ces substances sont plutôt des ^ matières nutritives de la cellule ou des produits de décomposition du protoplasma que des matériaux constitutifs ; ces derniers consistent én protéides (nucléo-albumines [voy. plus loin, p. 41]). On voit donc que le protoplasma n’est pas une individualité chimique, c’est un complexus de substances.

11 en est de même du noyau. 11 est difficile actuellement de distinguer avec certitude entre les constituants chimiques du protoplasma et ceux du noyau; nous ne pouvons nous fonder pour cela • que sur les recherches microchimiques et sur quelques analyses d’éléments particuliers, tels que les spermatozoïdes de divers animaux, considérés comme formés quasi exclusivement de substance nucléaire. Selon toutes probabilités cependant, les albuminoïdes du noyau sont desnucléo-protéides(vojy. plus loin, p. 39). Le stroma du noyau, la chromatine, ainsi appelée parce que c’est sur elle que se fixent les colorants du noyau, est une nucléine; la substance achromatique serait constituée par une substance albuminoïde, probablement ana-

1. Celle distiuclion entre les couleurs d’aniline, très importante pour l’étude des réactions intracellulaires, est due à P. Ehrlich (1879), célèbre biologiste allemand contemporain.

PHYSIOLOGIE CELLULAIRE

logueaux globulines, la /mme.(de Xîvov, filament). Le suc nucléaire contiendrait des albuminoïdes, albumines et globulines. Les réactions microchimiques ont démontré dans le noyau la présence du fer et celle du phosphore.

La question se pose nécessairement de savoir si la composition qui vient d’être indiquée est celle des éléments vivants ou des cellules mortes. L’application des agents usuels de la chimie aux cellules vivantes est, on le comprend de reste, immédiatement destructrice des fonctions de ces cellules, c’est-à-dire de la vie même. Les protoplasmas sont des composés trop délicats pour qu’une action un peu énergique n’en supprime pas le fonctionnement. On est en droit de se demander si les substances par lesquelles a lieu ce fonctionnement ne sont pas du même coup plus ou moins profondément altérées. 11 est très vraisemblable que les matières albuminoïdes des protoplasmas vivants diffèrent des matières que l’étude chimique de la cellule est parvenue à distinguer. D’après Pfi,üger', l’albumine vivante dilïérerait essentiellément de l’albumine morte, en ce que ses molécules seraient constamment en état d’instabilité; de là, l’extrême facilité et la grande variété de ses réactions ; l’albumine morte, au contraire, est en équilibre stable. « Ce qu’il y a de caractéristique dans l’état d’organisation, a dit aussi Ch. Robin est représenté par un fait d’équilibre instable des molécules des principes » immédiats faiblement associés. La supposition de Pflüger est tout à fait vraisemblable ; nous ne savons cependant pas quelles sont exactement les différences entre la composition chimique de la cellule vivante et la composition de la cellule morte. Ces différences n’en sont pas moins réelles. Dans ces dernières années, on a montré qu’à la suite de l’injection dans le sang d’un animal (lapin, par exemple) du sérum sanguin d’un animal d’une autre espèce (cobaye, par exemple), le sérum de l’animal injecté (lapin! acquiert la propriété de produire un trouble et un précipité dans le sérum du cobaye; il s’est formé dans le sang du lapin ainsi traité une coaguline ou précipitine spécifique. Nous disons

1. Ed. PFLÜGER(i829-i9io),un des grands physiologistes du xix* siècle, fut pendant cinquante ans professeur de physiologie à l’Université de Bonn. Son œuvre estdes plus considérables et porte principalement sur la physiologie du système nerveux, sur les échanges de matières et sur la mécanique du développement et dans ces divers domaines il a fait des découvertes de premier ordre et en même temps accompli un travail énorme de détail, de détermination précise, de technique soignée et rigoureuse. Il a témoigné, d’autre part, d'un esprit philosophique s’élevant aisément aux idées générales (loi de régulation de l’activité cellulaire d’après les besoins fonctionnels des cellules, loi morphologique de l’adaptation fonctionnelle, théorie de l'albumine vivante, nature des processus vitaux).

2. Anatomie et physiologie cellulaires. Paris, 1878, p. 22. — Ch. Robin (1821-1885), célèbre histologiste, fut professeur d’histologie à la Faculté de médecine de Paris.

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