COMPOSITION DES CELLULES
spécifique, parce queceüe substance n’agilque sur le sérum du cobaye, et nullement sur celui de l’homme, du chien, du lapin, etc. Ün a semblablementobtenu les précipitines des sérums d’homme, de chien, de lapin, etc., toutes spécifiques. 11 est intéressant de noter que la précipitine du sérum humain agit aussi, quoique faiblement, sur le sérum du sang des Singes anthropoïdes (Chimpanzé, Orang), mais non sur le sérum des autres Singes. Ces sérotoxines, comme on les appelle quelquefois, ont donc la propriété de précipiter les matières albuminoïdes des sérums. Or, l’analyse chimique n’a point déceléde grandes ditïérences entre les sérum-albumines ou les sérum-globulines du sang d’espèces voisines ’ ; mais voilà que les expériences de ce genre nous apprennent qu’en réalitéces substances, à l’état de vie, présentent d’importances réactions qui ne leur sont point communes à toutes. Les faits de cette nature se multiplieront certainement au fur et à mesure que se perfectionneront les procédés d’investigation.
C’est cette grande complexité moléculaire des matières protéiques, par laquelle ont été frappés tous les chimistes biologistes, qui explique, au moins en partie, la diversité des opérations chimiques qui se passent dans les cellules; car elle rend possible cette diversité ; celle-ci entraîne la diversité même des réactions des êtres entre eux et avec le milieu. A son tour, cette diversité chimique des substances constitutives des cellules et de leurs réactions explique les différences spécifiques qui existent entre les organismes et même les difierences individuelles. On peut comprendre, par exemple, que l’hérédité consiste dans le maintien des propriétés chimiques spécifiques. Déjà, par une longue série de recherches sur les variations de l’espèce Vüis vinifera, Armand Gautier* a pu montrer que chaque variation de race est accompagnée d’une variation dans la nature des principes immédiats qui entrent dans la structure de la nouvelle variété ; chacun des changements morphologiques est corrélatif d’une modification profonde des molécules chimiques qui constituent les éléments de l’être. Ainsi, en modifiant expérimentalement les principes immédiats d’une plante, on arriverait sans doute à modifier rapidement l’espèce. On peut donc dire que « la spécificité des êtres vivants est toute chimique »3. De
1. Il faut noter cependant que depuis longtemps déjà les chimistes ont montré qu’il paraît y avoir pour chaque espèce animale une hémoglobine spéciale (voy. plus loin l'étude du sang). De même il y a longtemps que l’on saitque le pouvoir rotatoire des différentes matières albuminoïdes n’est pas le même. 11 n’en est pas moins vrai que, si l’on constate déjà de telles différences entre les substances protéiques extraites des éléments vivants, les différences doivent être encore beaucoup plus grandes entre les mêmes substances à l’état de vie.
2. Célèbre chimiste contemporain, professeur honoraire à la Faculté de Médecine de Paris.
3. A. Prenant, La matière vivante et la vie {Revue médicale de l’Est, 1902).
PHYSIOLOGIE CELLULAIRE
même on comprend qu’une espèce animale donnée soit réfractaire à tel ou tel microbe ; la poule est réfractaire au choléra asiatique et l’homme au choléra des poules. Ces exemples pourraient être aisément multipliés. Bref, la cause du fonctionnement des cellules, c’est-à-dire des divers modes de la vie, apparaît dans les propriétés chimiques des molécules constitutives des divers protoplasmas cellulaires, propriétés qui dépendent elles-mêmes de la structure si complexe de ces molécules ; c’est en raison de cette complexité même que le nombre des réactions physico-chimiques possible est si considérable ; de là l’extrême variété du jeu des phénomènes vitaux, à travers toutes les espèces végétales et animales. C’est « dans la structure et l’organisation des molécules chimiques dernières qui composent le protoplasma, ainsi que dans le mode physique d’association de ces molécules, qu’il faut chercher l’origine et la cause de la succession des phénomènes élémentaires de la vie... Si de nouvelles propriétés sont introduites, il est vrai, par l’association des molécules intégrantes en tissus, les propriétés vitales élémentaires dérivent primitivement de leurs fonctions chimiques, lesquelles ne dépendent que de l’arrangement des atomes dans les principes immédiats dont sont construits nos organes C »
On ne saurait donc trop insister sur l’importance de toutes les questions relatives à la composition chimique des cellules.