CHAPITRE VIII
503. Définition. — Historique, — La photographie? comprend l'ensemble des procédés et des méthodes qui permettent de fixer l'image des objets par l'action de la lumière sur différentes suhstances sensibles à cette action.
La photographie est une découverte francaise, et c'est le 19 avril 1839 qu'Arago présenta à l'Académie les résultats des travaux communs de Niepce et de Daguerre, en réclamant pour
1. Ce chapitre a été revu par M. À, Londe, chef du service photographique à ln Salpêtrière, Nous renvoyons le lecteur, pour Lous les détails complémentaires, à l'excellent traité élémentaire de photographie de M, Londe, publie chez J.-B. Bailliére et fils, sous le nom d'Aide-mémoire pratique de Photographie
2. De pô, gurds, lumière, et ypésas, écrire. Cost provre A Vert d'écrire où de dessiner à l'aide de La lumière. Mes v -
les deux inventeurs et les héritiers (Niepce était mort en 1853) une récompense nationale.
Daquerréolypie. — Le procédé prit le nom de Daguërre, sul survivant, | consistait à recovoir l'image donnée par uné lentille éonvergente sur une pl de enivre doublée d'argent et sensibiliste par une exposition préslähle # In
vapeur d'inde.
Fig. 514.
On renfermait la plaque sensible dans un châssis de bois, où elle était recotverte, du côté argenté, par un écran à coulisse. On la portait en cet élat dans une petite chambre porlative, qu'on appelait jadis le daguwerréotype (fig, 54),
C'est une chambre obscure, à livage, composée d'une partie fixe C, et d'une
Fig. 515.
partie mobile B, qui peut entrer plus ou moins dans la première (fig. 618). Dans un tube de laiton A est l'objectif. Il consista d'abord en une seule lentille biconvexe achromatique; mais on ne tarda pas à adopter des objeëtifs & deus lentilles achromatiques L, L', qu'on désigne sous le nom d'obyectifs à merrer combinés. Dans l'un de ces daguerréatypes, la lentille L étant fixe, on metiait au point avec ln seconde lentille L', portée dans un tube mobile qui peut wvan-
cer où reculer plus où mains à l'aide d'une crémaillère et d'un pignon D, La paroi opposte à l'objectif est un écran de verre dépoli, appelée glace dépolie, fixée dans un cadre E qui s'enlève à volonté.
Lorsqu'il était temps d'arrèter l'action dé la lumière, on abaissait l'écran à coulisse, el on retirait le châssis, Si l'on regardait la plaque à ce moment, on n'apercevail encore aucune trace d'image ; pour rendre celle-ci visible, on exposait la plaque à l'action de vapeurs de mercure, à 75° C environ, Les vapeurs se déposent, én goutteletles imperceptibles, sur les partiés qui ont été fortement éclairées, et, au hout dé quelques minutes, il se forme un amalgame d'argent qui donne les blancs de l'épreuve, tandis que les autres parties restent noires par l'effet même du bruni de la plaque, L'image est alors visible, eL peut rester exposée à la lumière. Toutefois la plaque reste encore recouverte d'une couche d'iodure d'argent, qui donne à l'épreuve une teinte rougeätre, On la fait disparaitre en lavant ln plaque dans une dissolution d'hyposulfite de soude,
Ce procédé avait l'inconvénient de donner des images uniques, miroilantes et inversées, De plus, In durée de pose était assez grande, et la résistance de l'image Lrès faible,
Dans les derniers temps de la daguerréolypie, on était arrivé à augmenter la sensibilité de la couche par la formation sur la plaque d'un mélange d'iodure et de bromure d'argent, puis à la consolider par une méthode de dorure au moyen de l'hyposulfile double d'or et de sodium (Fizcau).
La daguerréotypie n'a plus été employée que pour des observations nécessitant une grande précision (passage de Vénus, éelipses de Soleil) et elle est maintenant complètement abandonnée,
Rewanoors, — 1° Coloralion de certaines épreuves daguerriennes. — I est À remarquer que dans ce procédé In couche se présentait dans les conditions découvertes depuis par M. Lipproann pour la photographie des couleurs, et c'est ce qui explique les quelques exemples de plaques présentant les coloralions du modèle qui ont été signalées,
2 Images latentes, — D'autre part, c'est dans le procédé de Daguerre qu'est signalée pour la première fois l'image detente qui, dessinée par la lumière, reste néanmoins absolument invisible et n'apparait que sous l'action de réactifs particuliers.
504, Découvertes postérieures à la Daguerréotypie. — En 1840, Fox Talbot indique la possibilité d'employer d'autres substances que les vapeurs de mercure pour révéler l'image latente, et il oblient l'image négative, permettant de tirer un nombre indéfini d'épreuves positives, ayant loutes les valeurs de l'original et le même sens que lui.
Le procédé de Talbot, dans lequel la couche sensible est étendue sur papier, est simplifié par Blanquard Évrard en 1847.
En 1848, Niepce de Saint-Victor propose le verre comme substratum de la couche sensible, laquelle est formée de gélatine où d'albumine, d'abord iodurées, puis passées au bain d'argent,
Eo 1850, Fry et Archer rémplacent l'albumine et la gélatine par le collodion, et indiquent le procédé du collodion humäde, qui a constitué un progrès considérable.
En 1855, Taupenot indique un procédé permettant d'employer les préparalions à l'état sec. Ce progrès était Lrès important également, car il permettait d'opérer loin du lxboratoire. Ce procédé, pérfectionné et simplifié par le major Russell en 1861, est conuu sous lé nom de procédé au tannin.
Enfin, dès 1861, Gaudin préparait un liquide tout sensible d'avance, et qu'il suffisait d'étendre sur la plaque. Les recherches dans celte voie ont #16 nombreuses et ont abouti d'une part au procédé de l'émulsion au collodion sec, et d'autre port au procédé du gélatino-bromure d'argent (6mulsion à la gélatine bromurée).
505, Classification des divers procédés photographiques, — En résumé, tous les procédés de photographie sur papier ou sur verre comprennent deux opérations distinctes. Par la première, on obtient une image dont les teintes sont renversées, c'est-à-dire où les parties claires sont devenues noires, et inversement : des l'image négative ou le négatif. Dans la seconde opération, la première image sert à en former une seconde dont les teintes sonl renversées de nouveau, et se retrouvent, par conséquent, dans leur ordre naturel : c'est l'image positive où le positif.
On peut classer les divers procédés photographiques d'aprés ls manière dont on prépare la couche sensible, Tous, sauf celui de Daguerre, donnent d'abord des négatifs :
1° Par vapeurs, . . . — Daguerréotypie.
Collodion humide, ® Par trempage . . . Albumine, Procédés secs, ? Collodion albuininé.
Collodion see.
Collodion bromuré.
Collodion chloruré.
Gélatino-bromure.
5" Par émulsionnage. — Émulsions .
| Gélatino-chlorure.
Dans le premier groupe, le sel sensible à la lumière est obtenu en exposant une lame argentée à l'action directe des vapeurs d'iode,
Dans le deuxième groupe, un véhicule (collodion où albumine) contenant des iodures ou bromures alealins solubles est étendu sur la plaque, puis celle-ci est plongée dans un bain d'azotate d'argent, qui, par double décomposition, produit, dans le véhieude même, les iodures et bromures d'argent sensibles à la lumière,
Lorsque les azotates alcalins ne sont pas éliminés, la couche ne garde pas longtemps ses propriétés et il faut l'employer de suite : c'est le cas du collodion humide. Au contraire, Jorsqu'i sont enlevés par un lavage convenable, la couche peut se conserver pendant un certain temps. Cette durée de conservation est d'ailleurs augmentée par l'emploi de diverses substances mucilagineuses où tanniques qui constituent les préservateurs.
Dans le troisième groupe, on réalise de toutes pièces le sel sensible en versant une solution d'azotate d'argent dans la masse du véhicule choisi (collodion ou gélatine), contenant déjà les bro-
mures, chlorures ou iodures ; on à ainsi, par double décomposilion, des azotates alealins, — dont on se débarrasse, — quis des bromures, chlorures, iodures d'argent, à état À émailsien, pion
n'a plus qu'à étendre sur le support (verre ou autres substances). Les pliques obtenues s'emploient à l'état sec et ont une durée de consérvalion très prolongée.
Le procédé à l'émulsion au gélatino-bromure a rejeté dans l'oubli la plupart des procédés antérieurs. Deux seulement ont persisté, celui à l'albumine, qui permet d'obtenir des épreuves diapositives transparentes sur verre pour la projection ou pour le stéréoscopet, ét celui au collodion humide, qui, à cause de sa facilité d'emploi, de sa finesse et de sa transparence, est toujours employé dans l'industrie photographique.
506. Procédé au collodion humide. — Ce procédé repose sur l'emploi du collodion comme véhicule de la couche sensible.
1° Préparation de la plaque sensible. — Celle-ci est constituée par un mélange d'iodure et de bromure d'argent. Le collodion #ormal est une dissolution de coton-poudre dans un mélange d'éther et d'alcool”; mélangé d'une certaine solution iodo-bromurée, composée d'iodures et de bromures alcalins susceptibles de se transformer dans le bain d'argent en iodures et bromures d'argent, il prend le nom de collodion sensibilisé ?,
Pour constituer le collodion sensibilisé, on prend
Ce collodion est étendu sur la plaque, préalablement nettoyée avec le plus grand soin ; dès que l'éther et l'alcool sont suffisamment évaporés, on procède à la sensibilisation proprement dite, au sel d'argent; elle s'effectue, dans une pièce éclairée à la lumière jaune, en plongeant la plaque dans le bain d'argent ainsi constitué :
Asotate d'argent. . . . . . . . . .. 7Tà 8cm° Eau distillée. . . . . . . . . . . .. 100 — lodure de potassium. . . . . . . .. qq. traces. Acide nitrique. . . . . . . . . . .. 1 à 2 gouttes.
1. Le procédé à l'albumine, qui est très délicat et exige certains tours de main, n’est plus employé que par quelques rares opérateurs. C'est celui dont M. Lippmann se sert de préférence pour photographier les couleurs.