Isoloirs, réservoir commun, — Les corp
ducteurs servent d'isoloirs, c'est-à-dire de supports destinés à conserver aux corps conducteurs leur électricité en lés isolant du sol. La terre étant formée de substances plus où moîns bonnes conductrices, aussitôt qu'un corps conducteur électrisé communique avec elle par un autre conducteur, l'électricité s'y écoule immédiatement; en d'autres termes, l'électricité qui ai primitivement le conducteur, charge après communication établie le conducteur beaucoup plus grand formé par le corps et ln Terre. On isolera done un corps soit en le soutenant sur des pieds verre, soit en le suspendant à des cordons de soie, ou bien en posant sur un gâteau dé résine, où mieux de paraffine propre *. Toutefois il n'existe pas d'isoloirs parfaits; les corps plus mauvais conducteurs n'isolent jamais complètement, et
1. M. D. Uurmusesou à récemment proposé un isolant nouveau, © une sorte de combinaison de soufre et de paraffine : il joint au pou isolant de Ja paraffine l'avantage d'être nssez dur pour pouvoir étre au tour. {Laboratoire des recherches physiques | ù
corps électrisé perd toujours plus ou moins lentement son électricité par les supports.
On n’a pas à se préoccuper de la vapeur d'eau tant qu’elle est dans l'air. M. Boudréaux a démontré en effet que la déperdition est occasionnée, non pas par la vapeur atmosphérique, mais par l'eau condensée à la surface des supports de verre.
803. Distinction de deux électricités. — Il existe deur modes différents d'électrisation, ou, comme on dit, deux espèces d'électricités : les corps se repoussent ou s'aftirent, suivant qu'ils sont chargés de la même électricité, ou d'électricités différentes.
Lorsqu'on présente au pendule électrique un bâton de verre frotté avec un morceau de drap, il y a attraction d'abord, puis répulsion après le contact. Les mêmes effets se produisant avec un bâton de cire à cacheter frotté de la même manière, il semble que l'électricité développée sur le verre soit identique avec celle de la résine. Mais si, pendant que le pendule électrique est repoussé par le verre électrisé, on en approche la résine frottée, celle-ci attire vivement la balle de sureau; de même, si au pendule repoussé par la résine électrisée on présente le verre frotté, on observe une forte attraction : donc un corps repoussé par l'électricité du verre est attiré par l'électricité de la résine; et réciproquement, un corps repoussé par l'électricité de la résine est attiré par celle du verre.
Dufay *, qui découvrit ce fait en 1734, l'expliqua en adinettant que ces deux corps sont dans deux états électriques différents, c'est-à-dire qu'il y a deux modes d'électrisation distincts, ou encore qu'il existe deur espèces d'électricités : l'une qui se développe sur le verre quand on le frotte avec de la laine, l'autre qui se développe sur la résine ou sur la cire d'Espagne quand on les frotte avec un morceau de drap ou une peau de chat. il nomma la première électricité vitrée, et la seconde électricité résineuse.
804. Production simultanée des deux électricités. — Lorsqu'on cherche à produire de l'électricité en frottant deux corps l’un contre l’autre, rien ne distingue à priori le corps frottant du corps frotté ; aussi est-il logique d'admettre que, si l'un s'électrise, l'autre s'électrisera en même temps. C'est ce que l'expérience a vérifié.
Le frollement ou le simple contact développe toujours simultané-
1. Erpérience de M. Hurmusescu. — Un électroscope à feuilles d'or, dont le bouton métallique était encastré dans l'isoloir de M. Hurmuzescu, est resté chargé des mois entiers dans une atmosphère qui était pourtant safurée de vapeur par la présence d'une couche d'eau sur le plateau-support de l'agmaxe. (Laboratoire des Rerherches physiques.)
£ Membre de l'Académie des sciences.
Fig. 728.
lroscope, que verre et mercure ont pris.
tions Les
805. Électrisation par frottement. nomène de l'électrisation par frottement sur les corps frottés dépend de la natur le verre poli, frotté avec de la laine, se @ et la résine, frottée de la même manièn résineuse. Inversement, la laine frottée
PRINCIPES FONDAMENTAUX. nil
l'autre, , deux rubans de soie blanche pris dans la même pièce, celui qui est frotté transversalement s'électrise vitreusement, l'autre résineusement.
On voit donc que les dénominations d'électricité vitrée et d'électricité résineuse ne correspondent à rien de réel, puisque le verre peut se charger d'électricité résineuse, et la résine d'électricité vitrée. Nous pouvons les remplacer dès à présent par les noms d'électricité positive, correspondant à la première, et d'électricité négalive, correspondant à la seconde,
806. Équivalence des électricités contraires développées simultanément, — Lorsqu'on réunit, par un contact intime, deux corps qui s'étaient chargés, par leur frottement réciproque, d'électricités contraires, on constate que leur ensemble né produit ni attraction, ni répulsion, ni aucun autre effet, Par conséquent, les deux électricités développées sur deux corps frottés sont en proportion telle, que, lorsqu'on les réunit, leurs effets s'annulent mutuellement.
En effet, si dans l'expérience précédente (fig. 728), la baguette de verre est replongée dans le mercure, les feuilles de l'électroscope reviennent au contact.
On peut donc en conelure que les charges développées par le frottement sur deux corps en contact sont égales, où du moins équivalentes, puisqu'elles ne sont pas identiques. Cette expérience justifie, indépendamment de toute théorie, les noms de positive el de négative adoptés pour désigner deux charges électriques dont la somme parait égale à séro : c'est ce qu'on appelle souvent une couche double.
807. Influence électrique. — Un plateau métallique P, monté sur une Fig. 720.
colonne de paraf-
fine V (fig. 729), est en communication avec un Bectroseoge EN
placé à grande distance. Dès qu'on approche de P un corps électrisé S, on constate la divergence des feuilles d'or de l'électroscope.
Donc un corps électrisé est capable d'en éléctriser an autre à distance. C'est là le phénomène de nn qu, > + qui sers étudié plus loin en détail,
On donne le nom d'inducteur, on mieux de corps infnençant. au corpsS primitivement électrisé; le plateau Pest le corps enduit ou influencé.
808. Théorie de l'électrisation. — Tous les faits précédents sout purement expérimentaux, et indépendants de toute espèce de théorie. De nombreuses hypothèses ont été proposées pour les expliquer : deux seulement sont restées dans la science, celle de Franklin et celle de Symmer.
1° Hypothèse de Franklin, — Franklin admit pour cause de l'électricité un fluide unique, impondérable, agissant par répulsion sur ses propres molécules et par attraction sur celles de la matière. Tous les corps contiendraient, à l'état neutre, une quantité déterminée de ce fluide : si celle-ci augmente, les corps sont électrisés positivement; si elle diminue, les corps sont électrisés négativement. (Telle est l'origine des expressions positive et mégative que nous avons substituées, plus haut, aux noms vagues et impropres de vitrée et de résineuse.) L'électricité positive se représente par le signe + et l'électricité négative par le signe —, Latin appellation et celte notation sont justifiées par ce fait que, de même qu'en algèbresen ajoutant + a à — a on a zéro, desmème, en donnant à un corps qui possède déjà une certaine quantité d'électricité positive, une quantité égale d'électricité négative, on lé ramène à l'état neutre,
2° Hypothèse de Symmer, — Franklin ayant le premier donné une théorie complète de la bouteille de Leyde (8M), fondée sur l'hypothèse d'un seul fluide, celle-ci fut d'abord généralement admise par les physiciens et par Dufay lui-même. Cependant, des objections sérieuses y ayant été faites, surtout par Æpinus, le physicien anglais Syrmmer proposa l'hypothèse de deux fluides électriques agissant chacun par répulsion sur luimème et par attraction sur l'autre. Ces fluides existeraient, en quantité indéterminée, dans tous les corps à l'état de combinaison, formant ce qu'on appelle le fluide neutre ou naturel. Différentes causes, le contact, le frottement, les actions chimiques, ete, peuvent les séparer, el c'est alors qu'apparaissent les phénomènes électriques; mais ces fluides ont une grande tendance à se réunir pour former à nouveau du fluide neutre, Symmer donna aux deux fluides
électriques les noms de fluide vitré ek de fuñle résineux, cornes-
pondants aux deux modes d'électrisation découverts par Dufay.
Remarque. — Ni l'une ni l'autre de ces hypothèses n'est suffisante pour relier et coordonner entièrement les innombrables découvertes de l'électricité moderne. D'ailleurs les fluides électriques, comme tous les autres fluides des anciens physiciens, disparaissent devant l'hypothèse moderne de l'unité des agents physiques et devant la théorie mécanique des phénomènes naturels. Cependant l'hypothèse de Symmer, malgré son insuffisance, est commode pour l'interprétation élémentaire des phénomènes, et même pour leur explication mathématique. Nous conserverons donc, dans l'exposition des phénomènes électriques, les expressions d'électricité positive et d'électricité négative, à la condition de n'y pas attacher l'idée primitive de fluides, mais le sens expérimental d'états particuliers de la matière qui sont sensibles et mesurables par leurs effets 1.