‹ Traité élémentaire de physique biologiqueChapitre 152 sur 397 · ACUITÉ AUDITIVE · texte numérisé non relu

ACUITÉ AUDITIVE

nlivsiolo-ique ou normal, une oreille perçoit tous les bruits, quelle nue soit°leur nature, et tous les sons, quelle que soit leur hauteur romorise entre les hauteurs perceptibles, dont l'intensité est suQi- ,„Qte il n'en est pas de même à l'état pathologique. Tantôt, eu effet ' la surdité est générale et s'étend à tous les mouvements vibratoires, périodiques ou non, quelle que soit leur durée; tantôt eUe ne porte que sur certains bruits ou sur certaines régions de l'échelle musicale. De là, la nécessité, pour l'exploration de l'acuité auditive, d'un instrument donnant des bruits de diverses natures et des sons de diverses hauteurs, bruits et sons ayant une intensité toujours la même, afin que des mesures successives ou faites par divers observateurs soient comparables entre elles.

Il n'a pas été imaginé encore à'acoumètre, c'est-à-dire de source sonore satisfaisant aux conditions dont il vient d'être parlé. Pour explorer la perception des bruits, on se sert, en général, d'une montre que l'on éloigne de l'oreille jusqu'à ce que le bruit du tic-tac du mécanisme intérieur cesse d'être perçu. Quant à la perception des sons musicaux, l'observateur utilise le plus souvent sa propre voix. Il est à peine besoin de faire remarquer que les conditions rela- ,tives à la constance de l'intensité ne sont pas remplies par l'emploi de pareils procédés d'exploration ,• il convient d'ajouter, en outre, que les divers sons de la voix ont, dans le cas qui nous occupe, des valeurs très différentes, même si l'on arrive à les émettre avec la môme intensité, c'est-à-dire sous une pression constante du courant d'air expiré. C'est ainsi que les consonnes explosives ou sifflantes sont, en général, les mieux perçues et que les mots dont la prononciation comporte de tels bruits peuvent être eocore entendus à une distance à laquelle d'autres mots ne sont plus perçus.

Il convient d'ajouter cependant que quelques procèdes plus exacts que les précédents, et dont les résultats sont plus comparables, ont été proposés et employés par quelques auteurs.

Politzer, par exemple, laisse tomber un corps sur un timbre dont le son a ainsi une intensité qui augmente avec la hauteur de chute.

Hughes a fait construire un appareil qui utilise le téléphone pour la mesure de l'acuité auditive. Une bobine induite, reliée à un téléphone, est située et peut être déplacée entre deux bobines inductrices identiques mais qui déterminent dans la bobine induite des

courants de sens inverse. Par suite, lorsque la bobine induite e-t égale distance des deux bobines inductrices, les effets de celles-ci ■ détruisent mutuellement et aucun son n'est entendu dans le téhi phone,; mais lorsque la bobine induite est plus rapprochée de l'un des bobines inductrices que de l'autre, on entend dans le téléphou un son dont l'intensité augmente ou diminue suivant que la dili.; rence des distances de la bobine induite aux deux bobines inducin ces augmente ou diminue elle-même. La hauteur du son du télé phone est d'ailleurs réglée par le nombre d'interruptions que i'o détermine par seconde dans le courant inducteur.

La figure 171 représente l'audiomètre de Gaiffe, dont le princip est analogue à celui de Hughes. La hauteur du son perçu dansl téléphone T est réglée au moyen d'un curseur 0 que l'on pè"

Fig. 171. — Audiomètre de Gaiffe.

déplacer le long d'une lame vibrante lE. L'intensité de ce même soi peut être augmentée ou diminuée par le déplacement d'un curseurjC le long d'une résistance RH, ce qui augmente ou diminue l'intensité du courant du fil qui traverse le téléphone.

217. Surdité paradoxale. — Parmi les divers cas de surditL qu'il est donné au médecin d'observer, il en est un dont la considération doit trouver place ici, car l'exphcation des particularités paradoxales qu'il présente repose sur l'une des propriétés générales delà matière, l'inertie.

Certains sourds peuvent suivre une conversation, aussi facilement qu'une personne à ouïe normale, lorsqu'ils sont dans un train

AUDITION BIAURICULAIRE. ^'23 .n marche ou lorsqu'on bat du tambour à côté d'eux, en un mot lorsque leur oreille est en môme temps ébranlée par des vibrations .ner^'iques Ces cas de surdité paradoxale sont dus à une diminu- Uon de mobilité de la chaîne des osselets, laquelle ne peut plus être ùbranlée que par des mouvements vibratoires intenses. Lorsque l iiiertie de la chaîne est d'abord vaincue par des vibrations énergiques cette chaîne devient apte à obéir en outre aux faibles impulsions qu'elle reçoit de la part des vibrations aériennes engendrées par la voix humaine.

218. Audition biauriculaire. - Dans tout ce qui précède, nous nous sommes occupés de l'audition sans tenir compte de ce fait que nous possédons deux organes de la perception du son. Il y

Fig. 172. — Théorie de l'audition biaariculaïre-

a lieu de nous demander maintenant quel bénéfice nous de la possession de deux oreilles.

Il est naturel d'admettre apriori que nous pouvons par là juger plus facilement de la situation qu'occupe dans l'espace la source dont nous percevons les sons, ce jugement résultant d'ailleurs plus ou moins directement.et suivant une loi à déterminer.de ladifféreoce entre les quantités de rayons sonores qui arrivent à chacune deno^ oreilles.

La loi qui lie les intensités sonores, qu'une môme source envoie a chaque oreille, àla direction des rayons incidents, supposés venus d assez loin pour être parallèles entre eux, a d'ailleurs été établie par Steinhauser de la manière suivante.

Supposons que les deux pavillons aient été transportés en ud même point 0 (fig. 172) du plan médian du corps dont la trace sur la figure est 00', et soient OA, OB les portions utiles de ces deux pavillons, c'est-à-dire les portions qui, en réfléchissant les rayons sonores, permettront à ceux-ci d'agir sur l'organe de l'audition ; nous supposerons que ces deux surfaces utiles, OA, OB, sont égalesentre elles. Soit encore S'O la direction commune des rayons sonores parallèles envoyés par une source éloignée.

Les quantités q et q' de rayons reçus par les surfaces OA, OB obliques à ces rayons sont évidemment proportionnelles aux surfaces OQ = s, OP normales aux rayons incidents. Or la figure donne :

s =OQ = OA sin OAQ, s' = OP=:OB sin OBP,

d'où : s sin OAQ

s' ~ sin OBP'

si l'on pose: angle K00"= angle BOO"=y Qiangle S'00'= 6, il vient :

s sin [<f + e) s' sin [<f — e)*

On tire facilement de là, en développant les lignes trigonométriques:

AUDITION BIAURIGULAIRE. 425 les intensités sonores q et q' perçues par cbaque oreille étant d'ailleurs proportionuelles à s et s', on peut écrire :

Telle est, suivant Steinbauser, la loi algébrique d'après laquelle nous jugerions de la valeur de l'angle eau moyen des intensités a eto' que nos oreilles apprécient. En d'autres termes, l'expérience detous les jours, faite au début avec le secours des yeux, nous apprendrait à juger de la valeur de l'angle G d'après les valeurs relatives de g- q' et de g + q' et nous permettrait d apprécier la grandeur de cet angle avec les seules indications de nos oreilles.

Si cette théorie fort simple de l'audition biauriculaire est exacte, tout changement apporté dans la valeur de l'angle <p, qui pour chacun de nous est normalement invariable, doit fausser notre jugement sur l'orientation de la source dont nous percevons les sons Dans le but de contrôler l'exactitude de cette conséquence, S Thompson a imaginé le pseudophone ; cet instrument se compose de deux surfaces réfléchissantes, constituant des pavillons artificiels, que l'on peut maintenir, avec des orientations variables, à l'extrémité de chacun des conduits auditifs externes. Une source sonore étant dans une position invariable, une personne munie du pseudophone doit rapporter la position de cette source en des points différents de l'espace suivant l'orientation que l'on donne aux pavillons artificiels de l'instrument.

S. Thompson a pu ainsi produire, avec le tic-tac d'une montre et avec la voix humaine, des illusions d'acoustique qui confirment la théorie de Sieinhauser sur l'audition biauriculaire. Mais ces iUusions, déduites de la théorie, ne se produisent pas, surtout en plein air, lorsque la source sonore est un diapason. Ce fait conduit àpenser, ainsi que le fait remarquer S. Thompson, que la théorie ' de l'audition biauriculaire, basée sur l'intensité sonore relative perçue par chacune de nos oreilles, n'est probablement exacte que pour des sons assez aigus. Dans le cas de sons graves en effet, une autre cause que la direction des rayons sonores incidents, cause indiquée par Lord Rayleigh, intervient pour régler l'intensité du son perçu-, cette cause, d'autant plus importante que la hauteur du son est moins élevée, est constituée par la diffraction des ondes sonores autour de la tête et au niveau des pavillons.

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