CHAPITRE V
DES DIVERS ÉTATS DIOPTRTQUES DE l'oEIL. DEGRÉ
d'amétropie.
359 Œil normal ou emmétrope. - On appelle œil normal ou emmétrope celui dont le foyer principal postérieur est exactement situé sur la couche des cônes de la fosse centrale, lorsque l'accommodation est au repos.
Cela revient à dire que l'œil emmétrope est celai dans lequel le punctum remotum, ou foyer conjugué de la rétine correspondant à l'état de courbure minima du cristallin, est situe a 1 mtini. ^
Le foyer principal postérieur de l'œil schématique étant situe (S 334) à 22°»°» 23 en arrière de la face antérieure de la cornée, cet œil sera emmétrope lorsque son axe antéro-postérieur aura une longueur égale à 22"-.23. Mais tous les yeux emmétropes ne doivent pas nécessairement être identiques, dans tous leurs éléments, à l'œil schématique; l'emmétropie existe, en effet, dans tout
Fig. 247. — Œil emmétrope.
œil qui fait exactement converger en <p (Qg.247), sur sa rétine, les rayons venus de l'infini, quelles que soient d'ailleurs les valeurs de ses divers éléments dioptriques.
360. Œil myope. Œil hypermétrope. — On conçoit sans peine que, par suite de variations individuelles de courbures, d'in-
dices ou de longueur de l'axe antéro- postérieur, la condition qui caractérise l'emmétropie ne soit pas satisfaite dans tous les yeux et que le foyer principal postérieur correspondant à l'état de repos di l'accommodation puisse dès lors être situé en avant ou en arrièri de la rétine.
Un œil est dit myope lorsque son foyer principal postérieur,!
Fig. 248. — Œil myope.
l'accommodation étant au repos, est situé en y (fig. 248) en avanb de la rétine.
Un œil est, au contraire, dit hypermétrope lorsque son foyen principal postérieur, l'accommodation n'intervenant pas, est situé* en y (fig. 249) en arrière de la rétine.
Il résulte de ce qui précède que les états myopique et hypermé-*
Fig. 249. — Œil liypermétrope.
tropique sont deux états nettement différents et exactement iovera l'un de l'autre.
La position du punctum remotum fournit un autre caractèn différentiel de ces deux états.
Puisque les rayons venus de l'infini voot, dans l'œil myope, codh
MYOPIE. HYPERMÉTROPIE. 633 ourir en avaut de la rétine saas l'intervention de l'accommoda- OD, il existera sûrement un point R, situé quelque part à distance nie en avant de l'œil, dont le foyer conjugué se formera sur la étinede cet œil. Ce point R sera, d'après la définition du § 349, 6 punciura remotum de l'œil myope. Donc :
Dans un œil myope, le punctum remotum est situé à distance finie en avant de cet œil.
Quant à l'œil hypermétrope, il n'est pas assez réfringent pour faire converger sur sa rétine les rayons venus de l'infini, lorsque 'accommodation n'intervient pas. Pour que des rayons incidents puissent, après réfraction, concourir sur la rétine de cet œil, sans le secours de l'accommodation, il est donc nécessaire qu'ils aient déjà, l'incidence, un certain degré de convergence, c'est-à-dire qu'ils aillent, par leurs prolongements, se rencontrer en un même point R situé en arrièredela rétine. Oe point virtuel R, foyer conjugué delà rétine lorsque l'accommodation n'intervient pas, est parsuite le punctum remotum. Donc :
Le punctum remotum de l'œil hypermétrope est virtuel et situé a dislance finie en arrière de l'œil.
Il est important de remarquer encore que, si l'œil hypermétrope ait intervenir l'accommodation par une augmentation de courbure des laces du cristallin, il devient par cela même plus réfringent. On conçoit, d'après cela, qu'il puisse faire concourir sur sa rétine les rayons venus de l'infini et qu'il puisse, en conséquence, voir nettement les objets éloignés.
L'œil myope, au contraire,ne peut en aucune façon y voir nettement à l'infini ; si l'accommodation entre en jeu, eu effet, l'œil myope devient plus réfringent et fait dès lors concourir, plus en avant encore de sa rétine, les rayons parallèles que lui envoient les objets très éloignés.
Myopie et hypermétropie iso-axiles et aniso-axiles . — La myopie est due le plus souvent à une longueur trop grande de l'axe antéro-postérieur de l'œil, et c'est en particulier le cas de la myopie progressive, qui n'est plus une simple anomalie de la vision et constitue un véritable état pathologique dont le pronostic est quelquefois grave. Mais d'autres causes, telles que des courbures trop fortes des dioptres, des indices trop élevés des divers milieux de l'œil, etc., peuvent également donner naissance à la myopie.
Monoyer qualifie la myopie de aniso-axile ou de iso-axile, suivam qu'elle est due à une longueur trop grande de l'axe antéro-posté-^ rieur de l'œil ou à une autre cause. Les myopies aniso-axild sont de beaucoup les plus fréquentes, mais la correction optique d» cette anomalie de la vision est indépendante de la cause à laquelll la myopie est due.
L'hypermétropie reconnaît de même pour cause, le plus som vent, une longueur trop petite de l'axe antéro-posté rieur ; Monoye la qualifie encore, dans ce cas, à.' aniso-axile. Mais cette anomalii de la vision peut être due à d'autres causes (courbures trop petitei des dioptres oculaires, etc.) et être iso-axile. Dans tous les caa la correction optique de l'hypermétropie doit être établie d'aprè'* les mêmes principes.
361. Œil astigmate. — Dans les états d'emmétropie, d( myopie et d'hypermétropie, les dioptres oculaires, et en particuli la cornée, ont la forme de surfaces de révolution. Mais cette sym trie du premier dioptre oculaire n'existe pas toujours, et la corné: d'un très grand nombre de personnes présente des courbure' variables dans les divers méridiens. Ce défaut de symétrie de 1; cornée donne naissance à une nouvelle anomalie de la visioni anomalie caractérisée par ce fait que l'bomocentricité n'exis' plus dans le faisceau réfracté correspondant à un mince faisceat incident homocentrique. De là le nom à.^ astigmatisme (« privatil ffTty/xof, point) donné à cette anomalie de la vision.
Les courbures de la cornée peuvent varier d'une façon toutl fait irréguiière, non seulement dans les divers méridiens, mai encore aux divers points d'un méridien déterminé, comme cela s présente à la suite de kératites. L'astigmatisme est alors dit irrè' gulier ; il n'est pas susceptible d'une correction optique pratiqui par des verres, aussi ne nous occuperons-nous de ce cas, dans 1; suite, que pour indiquer comment on peut en constater objecti vement l'existence.
Lorsque les irrégularités de courbure de la cornée ne sont pai la conséquence de déformations dues à d'anciens ulcères cornéens, l premier dioptre oculaire présente deux méridiens, dits principaux. dans l'un desquels la courbure est maxima, tandis qu'elle es! minima dans l'autre; l'angle de ces deux méridiens principaux es?] toujours ou égal à 90° ou très voisin de cette valeur. L'astigma
ASTIGMATISME.
tisme est alors dit régulier, et la forme du faisceau réfracté correspondant à un faisceau incident homocentrique est celle que nous avons décrite dans un chapitre précédent (§ 270, pag. 493).
L'astigmatisme, ou défaut d'bomocentricité du faisceau réfracté, peut être dû aussi à une obliquité du cristallin par rapport à la direction moyenne des rayons qui pénètrent dans l'œil, c'est-àdire par rapport à la direction de l'axe visuel. Nous avons dit plus haut, en effet (§ 333), que, d'après les recherches de Tscherning, cette obliquité existait et qu'on pouvait la regarder comme résultant d'une rotation soit autour d'un axe horizontal, soit autour d'un axe vertical. L'obliquité résultant d'une rotation autour d'un axe horizontal produit un effet analogue à celui d'un astigmatisme cornéen dont le méridien principal de courbure maxima serait horizontal ; l'obUquité résultant d'une rotation autour d'un axe vertical produit au contraire un effet assimilable à celui d'une cornée astigmate dont le méridien principal de courbure maxima serait vertical. Mais la cause la plus fréquente de l'astigmatisme, celle à laquelle sont dus les degrés élevés de cette anomalie, consiste généralement dans une dissymélrie de courbure de la cornée. La correction de l'astigmatisme se faisant d'ailleurs de la même manière dans les deux cas, et la plupart des procédés de mesure étant les mêmes quelle que soit la cause à laquelle cette anomalie est due, nous supposerons toujours par la suite, pour fixer le raisonnement, que l'on a affaire à un astigmatisme cornéen .
Astigmatisme simple , composé et mixte. — Dans un œil astigmate il n'y a pas, à proprement parler, de foyers principaux, de proximum, ni de remotum du système dioptrique oculaire considéré dans son ensemble, puisque le faisceau réfracté n'est pas homocentrique. Mais ces divers points existent si l'on considère isolément chacun des méridiens principaux de l'œil, et la position de ces points conduit à distinguer plusieurs espèces d'astigmatisme.
En effet, les rayons qui se trouvent dans l'un ou l'autre des méridiens principaux de l'œil astigmate conservent leur homocentricité après réfraction (§ 270) . Chacun de ces méridiens principaux, considéré isolément, a donc un foyer principal postérieur qui pourra être, comme celui d'un œil constitué par des dioptres symétriques autour d'un axe, sur la réline, en avant ou en arrière
de l'écran rétinien. Cela revient à dire que chacun de ces mé ' dieos principaux considéré seul peut êlre emmétrope, myope o bypermétrope.
Ou dit que l'astigmatisme est simple lorsque l'un desméridie principaux de l'œil astigmate est emmétrope, tandis que l'a»' est myope ou hypermétrope. Suivant celui de ces deux cas qui à trouve réalisé, l'astigmatisme simple est dit myopique onhype métropique .
Lorsque les deux méridiens principaux sont tous deux myo; ou tous deux hypermétropes, l'astigmatisme est appelé composé
Enfin l'astigmatisme mixte est celui d'un œil dont l'un di méridiens principaux est myope, tandis que l'autre est hypei métrope .
Le punctum remotum de chacun des méridiens principa" considéré isolément sera d'ailleurs situé à l'infini ou à distaa finie, en avant ou en arrière de l'œil, suivant l'état de réfraction q ce méridien.
L'astigmatisme régulier coïncide souvent avec une irrégulari de conformation de la face et du crâne, irrégularité queleméde ' peut généralement constater avec l'aide de la vue seule etquel'c' peut mettre objectivement en évidence grâce au conformateur d( chapeliers. D'après quelques auteurs, la dissymétrie du crâi entraînerait la dissymétrie de la cavité orbitaire et par suite cal du globe oculaire, dont la forme se moulerait en quelque sorte si celle des parois de la cavité osseuse dans laquelle il est logé.
Mais il n'en est pas toujours ainsi, et les yeux de personnes doi la face et le crâne doivent être regardés comme réguliers ne so pas toujours exempts d'astigmatisme. Les variations de courbai de la cornée paraissent devoir être rapportées alors à des diff rences de résistance de la coque oculaire en général, ou de cornée elle-même ; pour faire équilibre à la pression bydrosts tique intra-oculaire, les diverses régions accusent en effet d'auta plus leur courbure que leur résistance est moins grande, d'après t qui a été dit dans le premier Livre de cet ouvrage (§ 86, pag. 14"/
Ajoutons que les causes de l'état myopique ou hypermétropiqi des méridiens principaux de l'œil astigmate sont les mêmes qi celles auxquelles il faut rapporter l'état correspondant des y dont les dioptres oculaires sont symétriques autour d'un axe.