DU VOL
sa région la plus rapprochée da corps de l'animal, et une torsion en sens inverse, quant à sa région la plus éloignée ; on peut donc la regarder comme formée par deux surfaces hélicoïdales concaves, dont le sens d'enroulement serait inverse et qui seraient raccordées l'une à l'autre. La concavité et la torsion de l'aile dépendent d'ailleurs non seulement de la position du point où on les considère, mais encore du mouvement de l'aile, c'est-à-dire de la résistance de l'air, et de l'action musculaire.
En assimilant l'aile à une surface plane, c'est-à-dire en ne tenant compte ni de la concavité ni de la torsion de l'aile, on paraît donc trop s'éloigner de la réalité pour pouvoir arriver, grâce à cette hypothèse, à une théorie acceptable du vol.
Pettigrew a serré de plus près la réalité en substituant à l'aile une surface hélicoïdale, ce qui revient à tenir compte de la torsion de l'aile, mais de l'une seulement des deux torsions existantes.
Amans pense, avec raison serable-t-il, que l'on ne doit pas plus faire abstraction de la concavité que de la torsion. En conséquence, la forme la plus schématique que l'on soit autorisé à donner à l'aile est celle d'un angle dièdre dont les faces planes, triangulaires, ayant un sommet commun au distum, seraient l'une, antérieure, de faible étendue, l'autre, postérieure, plus grande. Pour se rapprocher davantage de la réalité, on doit encore considérer que les régions de cette aile schématique, la région voisine du corps de l'animal et la région périphérique, ont subi des torsions de sens inverse autour de l'arête du dièdre, laquelle correspond au squelette osseux de l'aile des oiseaux et à la nervure médiane de celle des insectes.
Le fait expérimental suivant permet d'assigner le rôle probable diverses particularités présentées par l'aile de l'oiseau. Lorsqu'un ovoïde, qui présente un gros bout et une partie effilée, se déplace au sein d'un fluide, la résistance du fluide est moindre si l'ovoïde se déplace dans le sens du gros bout que lorsque le même ''orps se déplace dans le sens de sa partie effilée.
Ce principe, que l'on peut vérifier par l'expérience de plusieurs manières, donne la raison de la forme générale du corps des animaux aériens et aquatiques ; ceux-ci, en effet, si l'on fait abstrac-. lion de la tête et du cou chez les oiseaux, se déplacent toujours dans !e sens du gros bout de leur corps .
MÉGANIQUE ANIMALE.
Ce principe est d'ailleurs général; il en résulte que, si l'ovoïde | est dissymétrique de baut en bas, la courbure de sa face supérieure ■ étant moins accusée que celle de sa face inférieure, le fluide envi- i ronnant opposera une résistance moins grande au déplacement i yeva le baut qu'au déplacement vers le bas. Si donc l'ovoïde reçoit i une impulsion dans le sens de son grand axe, il progressera en \ avant et s'élèvera en même temps. ,
L'étude anatomique de l'aile et les épreuves cbronophotograpbiques du vol enseignent que l'aile se déplace d'arrière en avant: pendant qu'elle s'abaisse, d'avant en arrière lorsqu'elle s'élève. Si i donc elle était symétrique dans le sens de son épaisseur et parrapport à une ligne médiane perpendiculaire au plan médian dui corps de l'animal, en d'autres termes si elle avait la forme d'une.pyramide quadrangulaire, la résistance de l'air tendrait à pousser le.' corps de l'oiseau en arrière pendant l'abaissement, en avant pendant! l'élévation; par raison de symétrie, ces impulsions seraient égales* si les vitesses de déplacement des ailes étaient égales, et l'animal I ne progresserait pas.
Mais si l'aile aune forme dissymétrique d'avant en arrière, elle» tendra, en vertu du principe énoncé plus haut, à se déplacer duij|i côté de la portion moins effilée; la résultante des actions de résis-- ! tance de l'air s'infléchira donc du côté de la partie antérieure dui corps de l'animal.
Il en sera encore de même si l'on introduit une dissymétrie dans le j! I sens de l'épaisseur, c'est-à-dire si l'aile a la forme d'une pyramide; I qui présente une face supérieure convexe et une face inférieure; ' concave. Cette concavité aura pour but en outre d'engouffrer l'air- i sous l'aile et d'augmenter l'intensité de la force de réaction. Lai, i concavité paraît donc être destinée surtout à faciliter la suspension i I et à permettre à l'air condensé sous l'aile de faire équilibre au poids i I de l'animal.
Supposons enfin que l'aile éprouve, dans le voisinage du distum, ,i | une torsion telle que la région postérieure de sa face supérieure j soit soulevée et la région antérieure de la même face abaissée. La j fuite de l'air condensé sous l'aile sera ainsi favorisée en arrière ; il en résultera une réaction dirigée sensiblement d'arrière en avant, réaction qui tendra à infléchir encore vers l'horizontale la résultante | des actions de l'air. De là résulte l'importance des torsions de i
DU VOL. 117 l'aile autour de sou arête osseuse ; la torsion partielle autour de cette arête, dans le voisinage du distum, jointe à une torsion générale autour de la même arête, permet à l'animal de donner des directions très variables à la résultante des actions de l'air et de varier ainsi à l'infini les directions de son vol .
En somme donc, la résultante des actions de l'air, pour une aile symétrique dans tous les sens et battant comme battent eu réalité les ailes des oiseaux, serait dirigée d'avant en arrière pendant l'abaissement. Mais grâce à une double dissymétrie de l'aile, d'avant en arrière et dans le sens de son épaisseur, grâce aussi aux torsions générale ou partielle autour de l'arête osseuse, la résultante des actions de l'air est en réalité orientée d'avant en arrière suivant une direction qui se rapproche plus ou moins de l'horizontale.
L'étude anatomique de l'aile montre d'ailleurs qu'il existe des muscles spéciaux pour produire soit les mouvements de torsion, soit les changements de courbure des faces supérieure et inférieure de l'organe propulseur.