AIMANTATION PARTIELLE DES LAMES D*ACIER
SQîvant des contours quelconques , et produire alors, en y projetant de la limaille de fer, des figures analogues à celles que Ton forme sur des gAteaux de résine en y promenant le bouton d'une bouteille de Leyde chargée [92h]. M. Haldat emploie des plaques de tôle d'acier, propres à la fabrication des cuirasses, de 2 à 3 décimètres carrés et de 1 à 3 millimètres d'épaisseur; elles doivent être décapées et adoucies à la lime ou au grès fin. Pour les aimanter partiellement, on se sert d'an fort barreau aimanté, dont une des extrémités est arrondie; on promène cette extrémité sur la plaque en suivant la ligne que Ton veut aimanter; elle est rendue visible en répandant sur la lame de la limaille de fer. On peut ainsi écrire des mots ; mais les lettres ne doivent pas avoir moins de MiH centimètres de bauteur pour être bien distinctes. Les traces de l'aimant restent vides et la limaille de fer se range de chaque cdté ; le magnétisme ainsi développé reste souvent encore sensible après six mois. Pour foire disparaître ces traces immédiatement, il suffit de chauffer la plaqae sur des charbons jusqu'à la température à laquelle Vacîer prend la teinte jaune paille. Pour éviter le polissage de la pièce après le recuit, M. Haldat emploie des plaques étamées et les cbaoffe josqu'i la fusion de l'étain; mais comme l'enduit métallique s'oX3rde, on lui rend son éclat en le frottant avec une poignée d'étoope imbibée d'huile mêlée de sel ammoniac, après avoir répandu sur la surface de la lame une petite quantité de limaille d'élain. Onpcut aussi faire disparaître entièrement les traces de magnétisme en excitant dans la lame de violentes vibrations : pour cela, on la place sur un madrier, et on la frappe à coups précipités avec nn petit maillet de bois; après trois ou quatre minutes, tout indice de magnétisme a disparu. Les vibrations excitées dans la plaque de manière à la rendre seulement sonore sont insuffisantes pour produire reffet dont il est question.
M. Haldat a encore observé un phénomène très-remarquable, relatif à l'influence du frottement sur le développement du magnétisme. Si on prend des fils de fer doux non recuits , d'un décimètre de longueur et d'un millimètre de diamètre, et si on les place entre les pôles contraires de deux aimants assez distants pour qu'ils ne décomposent pas le fluide magnétique des fils, ces derniers s'aimantent quand on les frotte vivement et longitudinaicment avec un corps dur, tel que du laiton, du cuivre, du zinc, du verre et même du bois. Ainsi l'ébranlement des molécules d'un corps facilite son aimantation. On conçoit, d'après cela, pourquoi il est nécessaire.
quand on veut développer une grande puissance magnétique dans de gros barreaux , de faire les frictions avec une grande pression.
845. Aimantation par l'action de la terre, La terre , comme nous l'avons vu, exerce une action continuelle sur les aimants et sur tous les corps magnétiques. Cette action tend à aimanter ces derniers 'y mais y à cause de son peu d'énergie , elle ne produit cet effet que sur les corps qui n'ont qu'une petite force coercitive. Cette aimantation est évidemment analogue à celle qui a lieu par Tinfluenoe d'un aimant à distance. L'action magnétique de la terre est surtout remarquable sur le fer doux. Si on prend une barre de fer de 1 mètre de longueur, placée dans la direction du magnétisme terrestre, ou seulement verticalement, elle prend un pôle austral i la partie supérieure et un pôle boréal à la partie inférieure; si alors on fait tourner la barre autour de son milieu, l'intensité des pôles s'affaiblit à mesure que la barre se rapproche d'une position perpendiculaire à sa première direction : alors tout indice de polarité disparaît 5 et si on continue le mouvement, les pôles reparaissent de nouveau, mais en sens contraire, de sorte que le pôle austral est toujours sur l'extrémité supérieure de la barre.
D'après M. Barlow, les boulets et les bombes sont aimantés par le magnétisme terrestre : les deux pôles sont aux extrémités da diamètre parallèle à la direction de l'aiguille d'inclinaison; sur tous les points des diamètres perpendiculaires l'action magnétique est nulle, et l'action crott de cet équateur aux pôles. Les sphères pleines et creuses de même diamètre extérieur agissent de la même manière, pourvu que l'épaisseur excède 1/30 de pouce. Enfin, pour une même position de la boussole, les tangentes des déviations sont proportionnelles aux cubes des diamètres ou aux puissances 3/2 des surfaces, quelles que soient les épaisseurs des globes.
On concevra facilement, d'après cette expérience, que tous les corps magnétiques du globe deviennent, sous l'influence magnétique de la terre , de véritables aimants, dont les pôles changent avec leur position; mais si, par une circonstance quelconque, les corps ainsi magnétisés acquièrent une force coercitive, leur polarité subsiste, malgré les changements de position; et, pour que les corps acquièrent une force coercitive, il suffit qu'ils éprouvent une action mécanique quelconque, une percussion, une vibriation, une torsion, qu'ils soient soumis à l'action de la lime, ou qu'ils s'oxydent. C'est ce que Ton peut facilement reconnaître par les ex-
ACTION DES AIMANTS SUR TOUS LES CORI»S. â9
périences suivantes. Lorsqu'une barre de fer doux, placée verticalement, est aimantée par Taction de la terre ^ si on la frappe avec un marteau à l'une de ses extrémités y les pôles deviennent fixes et ne changent plus avec la position de la barre ^ mais si Ton retourne la barre et qu'on la frappe de nouveau , on parvient à Vaimanter en sens contraire. Cependant la force coercitive ainsi imprimée à la barre n'est pas permanente ; car, après quelques jours 9 et souvent même après quelques heures, la polarité magnétique fixe a disparu. On peut produire les mêmes phénomènes sur des 6ls de fer que l'on tord dans une position verticale. Dans les ateliers où l'on travaille le fer, presque tous les outils sont des aimants. Quant à l'influence de l'oxydation , on a remarqué depuis longtemps que toutes les barres de fer qui sont exposées à l'air dans une position verticale, et qui sont oxydées, sont de véritables aimants. C'est Jules César, chirurgien de Rimini, qui fit le premier cette observation, en 1590. En 1630, elle fiit confirmée par Gassendi, qui reconnut que la croix du clocher de Saint-Jean d'Aix, qui était tombée de vétusté, et dont le pied était entièrement oxydé, possédait toutes les propriétés d'un aimant. On peut également aimanter des barres d'acier par 1 influence de la terre, en les maintenant dans une position verticale et les frappant avec un marteau de haut en bas; on obtient beaucoup plus d'effet en les posant, par la partie inférieure, sur des barreaux plus grands de fer 00 d'ader; on peut même obtenir ainsi une aimantation assez poissante pour que les barreaux, frictionnés ensuite entre eux par la méthode de la double touche, finissent par être aimantés à satoration : c'est un résultat auquel M. Scoresby est parvenu. 11 est très-probable que, dans les expériences sur le fer doux rapportées précédemment, l'ébranlement des molécules facilite le développement des pôles, comme dans l'acier : car le fer doux n'est jamais complètement dépourvu de force coercitive. C'est ce qu'il est facile de reconnaître en soumettant à l'action d'un aimant un morceau de fer récemment recuit, afin de faire disparaître tout écrouissage : le morceau de fer conserve toujours des traces de polarité.
% 7. Action des aimants sur tom les corps.
844. En 1812, Coulomb fit connaître à l'Institut une série d'expériences relatives à l'influence des aimants sur les corps non magnétiques. L'appareil qu'il employait est représenté dans la
50 MAGNÉTISMB.
figure 488. Une aiguille de 6 à 8 millimètres de longueur, formée d'or, d'argent I de verre ^ de bois, de différentes substances organiques ou inorganiques, était suspendue par un fil de cocon sous une cloche de verre ^ les pdles contraires de deux forts aimanii pouvaient être approchés à une petile distance des extrémités de l'aiguille. Coulomb compta le nombre d'oscillations que les aiguilles exécutaient dans un temps donné, hors de Tinfluence et sous Tinfluence des aimanls, et toujours il reconnut un accroissement de vitesse dans cette dernière circonstance : des barres non aimantées ne produisaient point cet effet. Ces phénomènes ne pouvaient s*expliqucr qu'en admettant que tous les corps sont magnétiques, oa que toutes les substances renferment du fer, du nickel ou du cobalt; et pour que cette dernière hypothèse fût admissible , il faudrait que des quantités de ces métaux assez petites pour échapper aux analyses, fussent suffisantes pour produire les phénomènes dont il s'a* gil. Pour mesurer l'influence des petites quantités de fer renfermées dans les corps, Coulomb fit des mélanges artificiels et desalliagesde fer en toutes proportions ; et, en comparant leurs effets, il fut conduit à cette conclusion que, si les phénomènes dont il est question sont réellement dus à la présence des métaux magnétiques, ces métaux sont, dans les corps soumis à l'expérience, en quantités si petites que leur présence ne peut pas être mise en évidence par les réactions cliimiques. Coulomb a aussi reconnu que la plupart des matières végétales et animales éprouvaient plus d'action magnétique que les métaux purifiés par les méthodes ordinaires. D Câpres les expériences de M. Becquerel , dans les corps faiblement magnétiques, comme les peroxydes de fer, le bois, la gomme laque, et d'une forme prismatique, la distribution du magnétisme ne se fait pas toujours dans la direction de l'axe.
84i>. Ces expériences peuvent servir à déterminer les quantités de fer qui se trouvent dans différentes substances. M. Biot en a fait une application remarquable, que nous allons rapporter. En faisant osciller deux petits faisceaux de lames de mica de différentes espèces, en présence de deux puissants aimants , dans le même temps ïun fit 12 oscillations, et Tautre 7 : les forces magnétiques étaient alors entre elles comme les nombres IH et &9, et l'analyse chimique démontra ensuite que dans ces deux variétés de mica le fer se trouvait dans le rapport de ces deux nombres.
846. Lebaillif, au moyen d'un appareil d'une grande sensibilité, a reconnu depuis que presque toutes les substances agissent