‹ Traité élémentaire de physiqueChapitre 75 sur 129 · DURÉE DE LA SENSATION · texte numérisé non relu

DURÉE DE LA SENSATION

également espacés , et aa-dessous de chacun deux , des figures représentant les différentes phases successives du mouvement d'un même objet , divisé en autant de parties qu'il y a de trous. Si on place le carton devant un miroir, et si on lui imprime un mouvement de rotation rapide , en regardant dans la glace au delà du carton^ on ne distingue aucune figure , on voit seulement des cercles colorés concentriques^ mais^ si l'on regarde dans la glace à travers les trous du carton , on voit une image distincte , et chaque figure parait animée du mouvement dont lensemble des figures présente les diiïérentes phases. On en concevra facilement la raison , en remarquant que limage du carton y dans une des positions qu'il prend successivement, est visible pendant la durée du passage devant Tœil de l'intervalle qui sépare deux trous : par conséquent, si le mouvement est assez lent pour que cette durée soit sensiblement celle de la sensation, les images correspondantes aux phases successives du mouvement de la figure, se succéderont dans le même lieu , et produiront la même apparence que si la figure se mouvait elle-même. Cette jolie expérience est due à M. Plateau.

1519. Nous pouvons maintenant comprendre l'appareil employé par M. Savart pour reconnaître la constitution des veines liquides [240]. Imaginons que de petits globules, partent d'un même point, à des intervalles de temps égaux très-petits, et changent de forme dans leur chute, de la même manière, à des distances périodiques égales entre elles : il est facile de voir que, si le temps qu'un des globules met à parcourir une distance égale à celle qui sépare deux globules successifs est plus petite que la durée de la sensation , l'œil apercevra une surface continue qui sera la surfaceenveloppe d'un seul globule dans toutes les positions qu'il occupe successivement. Supposons maintenant que derrière la veine, formée par un liquide opaque, on place une bande noire annulaire, verticale, mobile sur deux rouleaux et sur laquelle on ait tracé des lignes blanches horizontales également espacées, si on donne à la bande noire un mouvement vertical de bas en haut, par la rotation des rouleaux, tel que la vitesse soit à celle des globules dans le rapport de l'écartement des raies à celle des globules, il est évident que les raies et les globules arriveront en même temps à des hauteurs éloignées les uns des autres de la distance des globules; et, comme les coïncidences se succéderont à des intervalles très-petits, il en résultera une sensation continue, et chacune des images distinctes sera un rectangle ayant pour largeur celle du globule, et

Ai A LUMIÈRE.

une longueur constante dépendant uniquement de la largeur des raies , et des vitesses des globules et des raies. On pourra alors apprécier les variations de forme des globules , car on obtiendra les largeurs des globules à certaines hauteurs , et Ton en déduira facilement le diamètre vertical, attendu que leur volume reste constant. Cette expérience suppose cependant qu'on donne aux raies une certaine vitesse 9 dépendant de Técartcmcnt des globules et des raies 9 et de la vitesse des premières, vitesse qu'il serait impossible de calculer, mais qu'on obtient facilement par tâtonnement : car la vitesse en question est la seule qui donne des coïncidences à des hauteurs constantes, et pour laquelle les images aient des dimensions flxes. M. Matleucci a indiqué récemment une méthode beaucoup plus simple pour reconnaître la forme des gouttes du liquide : elle consiste à les éclairer par des étincelles électriques; on les aperçoit comme si elles étaient immobiles.'*^

1390. Images (iccidentelUi. Si l'on regarde fixement un objet éclairé placé sur un fond noir, en tenant les yeux constamment attachés sur le même point, et si ensuite on les porte subitement sur une surface blanche, ou si Ton ferme les yeux en les couvrant avec un mouchoir^ on voit une image de l'objet, mais d'une couleur complémentaire : c'est cette imago qu'on désigne sous le nom damage aecidenielle. L'image accidentelle d'un objet rouge est verte, celle d'un objet jaune est bleue. La durée de l'image accidentelle est d'autant plus grande que l'objet a été regardé plus longtemps.

La disparition des images accidentelles n a pas Heu en général par un décroisscment d'intensité graduel et continu; elle présente, au contraire, ordinairement des variations périodiques d'intensité; quelquefois même on voit reparaître l'impression primitive. Pour observer ces phénomènes, on prend un tube noirci, d'environ 0'",50 de longueur, et de 0°",03 de diamètre; on regarde fixement à travers ce tube, pendant une minute au moins, un papier rouge bien éclairé et sufQsamment étendu pour que les bords en soient cachés par le tube; ensuite, sans découvrir rœii fermé, on regarde te plafond blanc de l'appartement : on voit d'abord une image circulaire verte , qui est ensuite remplacée par une image rouge d'une kble intensité et d'une courte durée, après quoi revient une image e^ puis une nouvelle image rouge. Ces alternatives se succèdent l'à quatre fois , mais les intensités des images vont continuellet en s'affaiblissant (M. Plateau).

IMAGES AGGIBEHTELLES. 416

Les couleurs accidentenes se combinent entre elles de la même manière que les couleurs réelles. En eflet^ si on place l'un à o6té de l autre y sur un fond noir, deux petits carrés de papier coloré , Tun violet^ Tautre orangé , couleurs dont les accidentelles sont le jaune et le bleu y si Ton marque d'un point noir le milieu de cha-^ eun des carrés , et qu*après avoir ûxé alternativement les yeux sur chacun d'eux, pendant au moins une seconde et à plusieurs reprises, on ferme les yeux, ou bien qu'on les dirige sur une surfece blanche , on distingue trois carrés juxtaposés : les deux extrêmes sont bleu et jaune et celui du milieu est vert. Mais quand les deux couleurs primitives sont complémentaires, les deux teintes accidentelles par leur superposition produisent du noir.

Les couleurs accidentelles se combinent avec les couleurs réelles comme ces dernières entre elles : c'est ce qu'on peut fodlement reconnaître en projetant l'image accidentelle sur un fond coloré; mais quand les images accidentelles se mêlent avec des images directes complémentaires, reffet résultant est d'un gris plus ou moins foncé.

Les phénomènes que nous venons de décrire succèdent à la vision directe de l'objet^ mais pendant sa contemplation même il se produit des phénomènes analogues.

Supposons que sur une feuille de papier blanc on ait tracé qua* tre rectangles égaux A, B, C, D, le second et le troisième ayant un côté commun , le premier et le quatrième éloignés des deux autres, et supposons qu'une même teinte uniforme d'encre de Chine ait été placée sur les rectangles A et B, et que les rectangles G et D aient été recouverts d'une teinte plus foncée, uniforme, et la même pour tous les deux. En fixant ces rectangles, la teinte de A parait plus foncée que celle de B, et celle de C paraît aussi plus foncée que celle de D } ainsi les deux teintes voisines siniluencent mutuellement pour augmenter la teinte la plus sombre et pour éclaircir l'autre. Cette influence se manifeste principalement dans les parties voisines de la ligne de contact. Si on trace une suite de rectangles A, B, C, D, E, F, G, etc., égaux et contigus, et si on les recouvre de teintes plates à l'encre de Chine d'une in* tensité croissante, les teintes parattront plus foncées à droite de chaque ligne de séparation , plus claire de l'autre, et la figure semblera cannelée.

Si l'on regarde fixement un carré de papier rouge sur un fond blanc, on voit après un certam temps une auréoie verte qui s'étend

416 LimiÈRB.

à une certaine distance. Si Ton place entre une fenéire et Toeil un papier coloré tranqMtrent, et si Ton applique sor ce papier une petite bande de carton blanc, elle paraît colorée d'une couleur complémentaire. Les ombres produites sur un mur blanc an lever et an coucher du soleil paraissent bleues ou vertes, à cause de la teinte rougeâtre de la lumière. On conçoit facilement, d'après cela, l'influence réciproque des couleurs voisines : chacune d^elles produisant sur l'autre une teinte complémentaire à la sienne, les teintes s'aviveront mutuellement quand elles seront complémentaires, et dans le cas contraire elles se modifieront

On observe quelquefois, au delà de l'espace occupé par Tauréolc accidentelle d'une teinte complémentaire à celle de l'objet, une fiedble nuance de la teinte de l'objet. H. Chevreul a fait une étude qiéciale de ces phénomènes dans un ouvrage intitulé De U loi du anUroite stmuUtmé des eotUeun, et de V assortiment des objets colorés, etc.

Plusieurs hypothèses ont été proposées successivement pour ejcpliquer ces phénomènes. Celle de ScherlTer consistait à admettre que l'action continue des rayons d'une certaine couleur sur une partie de la rétine , en diminue momentanément la sensibilité pour les rayons de cette couleur. Cette supposition explique certains (Uts , mais ne rend pas compte du plus grand nombre. La seule explication généralement admise maintenant, et qui s'accorde parflûtement avec tous les faits, est due à M. Plateau. Ce physicien suppose que, quand la rétine a été ébranlée, et que la cause d'excitation a cessé, la rétine ne revient à sa position normale que par une série d'oscillations décroissantes, que les états par lesquels elle repasse successivement produisent des sensations opposées, et enfin que pendant la durée même de l'excitation, l'ébranlement de la rétine s'étend au delà des points directement ébranlés, maïs en changeant de nature comme les ébranlements d'une membrane tendue. Cette explication n'est évidemment que la traduction des faits que nous avons rapportés.

152 1. Irreidiatûm. Lorsqu'on observe deux cercles égaux, l'un blanc sur un fond noir, l'autre noir sur un fond blanc , ils ne paraissent pas du même diamètre ; le premier paraît plus grand que le second : c'est dans ce phénomène que consiste l'irradiation. M. Plateau, dans un mémoire très-remarquable sur cet objet (JAm. de VAead. royale des Sciences de Bruxelles , t. xi), a conalBté les fiuts suivants : 1* l'irradiation se manifeste à toute dî-

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