‹ Traité élémentaire de physique générale et médicale (volume 2)Chapitre 28 sur 126 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

de l’équilibre du calorique entre les corps.

298. Il est évident que tous les corps qui , d’après nos sensations , sont plus chauds que d’autres, tendentà communiquer à ceux-ci une partie de leur calorique; et si l’on emploie le thermomètre, on voit que plusieurs corps qui affectent d’abord différemment cet instrument , finissent , au bout d’un certain temps , par l’affecter tous de la môme manière. Nous savons que cela n’indique point qu’ils contiennent les mêmes quantités de calorique , mais que cela semble indiquer une égalité de tension du calorique dans les différens corps , en considérant le calorique comme un fluide élastique.

Le phénomène dont nous venons deparler est très-général , et porte le nom d 'équilibre de température. Les physiciens ont beaucoup varié sur son explication , et ont fini par adopter l’hypothèse de Prévôt, qui considère le calorique comme un fluide discret.

L’équilibre de température peut se produire entre différens corps par des causes variées; et d’abord on conçoit que si deux corps qui se trouvent à des températures différentes sont en contact, l’équilibre pourra s’établir par conductibilité suivant les lois que nous avons exposées : mais cet équilibre pourra aussi se produire à distance, c’està-dire sans que les corps se touchent , soit qu’on les observe plongés dans l’air, soit qu’on les enferme dans un espace vide d’air.

Deux corps également échauffés , qui sont actuelle-

1 l8 D 13 l'ÉQUILUîRE DU C ALORIQUï

ment plongés clans l’air, arrivent , au bout d’un certain temps, à la même température par l’influence de deux, causes : i° l’action de l’air , a0 le rayonnement.

L’action de l’air apporte ou enlève du calorique au corps par communication , et très-rapidement , parce que l’air sc renouvelle sans cesse. En effet, si un corps plus chaud que l’air est plongé dans une atmosphère tranquille , elle viendra s'échauffer autour de ce corps en produisant un courant ascensionnel, jusqu’à ce que l’équilibre soit établi; un mouvement inverse arrivera autour d’un corps plus froid que l’air, et par conséquent l’air et les deux corps se trouveront , au bout d’un certain temps , à la même température. On voit que ce moyen d’équilibre est indirect.

Le rayonnement concourt à la production de l’équilibre de température par deux voies différentes: d’abord le corps le plus chaud émettra dans tous les sens plus de calorique , dans un temps donné, que le corps le plus froid; en conséquence , les températures des deux corps se rapprocheront. Mais , en outre (c’est ici le point essentiel de la théorie) , le rayonnement produira entre les deux corps des influences réciproques qui détermineront nécessairement l’équilibre ; en effet , le corps le plus chaud enverra au corps le plus froid plus de calorique qu’il n’en recevra , et réciproquement, jusqu’à ce que les deux corps en euvoienteten reçoivent autant l’un que l’autre; ce qui arrive lorsqu’il y a équilibre de température.

En adoptant celte ingénieuse explication , il faut admettre que tous les corps de la nature font ainsi un échange continuel de leur calorique; et la variété des surfaces ne s’oppose point à l’équilibre, car celles qui rayonnent le plus sont aussi celles qui absorbent davantage , et précisément dans la même raison.

11 est très-important de remarquer que , si tout ce que

entre les corps.

nous avons dit jusqu'à présent sur la mesure du calorique et son équilibre sufftaux physiciens, il n’en est pas de même pour le physiologiste ; car le calorique , qui paraît être l’agent le plus puissant dans l’économie animale , semble susceptible d’agir sur nos organes , non-seulement en vertu de sa tension ou delà température réelle , mais encore par son passage à travers ces organes ; et il nous sera facile de prouver que des quantités très-différentes de calorique peuvent traverser un corps dans un temps donné, sans que le thermomètre indique ces différences. En effet, supposons qu’une barre de 1er soitchauffée à 1 oo° par une de ses extrémités , et maintenue à o° par l’autre : un thermomètre placé dans le milieu de ce conducteur pourra demeurer stationnaire à une température moyenne , que nous supposerons 5o°. Et il est évident que , dans ce cas , la barre de fer est le siège d’un courant de calorique qui se porte de l’extrémité échauffée à l’extrémité refroidie , et dont la vitesse dépend de la différence de ces températures; mais il est certain que si l’une des extrémités de la barre de fer était élevée à soo0 , et l’autre extrémité refroidie proportionnellement , le thermomètre pourrait encore demeurer au terme moyen de 5o8 , quoique le courant de calorique dans le conducteur fût alors beaucoup plus rapide que dans le premier cas.

Un autre exemple beaucoup plus frappant d’un phénomène semblable , se présente dans l’évaporation des liquides. On peut chauffer une masse d’eau par sa partie inférieure , de manière que l’évaporation qui a lieu à sa surface compense les acquisitions de calorique , et que le liquide se maintienne à une température fixe. Mais si , d’une part, on augmente l’action du feu, et que, de l’autre , on accélère par un courant d’air la vaporisation du liquide, la température de la masse pourra rester la même , et cependant il 6e géra formé , dans un temps donné , beaucoup plus de va-

DE l’ÉOUIUBRE DU CALORIQUE

peur , et par conséquent une plus grande quantité de calorique aura traversé la masse liquide.

Les physiciens n’ont tenu jusqu’ici aucun compte de l’influence des courans plus ou moins rapides de calorique qui peuvent s’établir dans les corps , sans faire varier la tension du calorique ou la température. Il y a ici une grande analogie entre les phénomènes de chaleur et ceux de l’électricité. Les phénomènes de tension de ce dernier fluide sont connus depuis très-Iong-temps , et ceux des courans électriques n’ont été découverts et étudiés que depuis peu. Et , de même que les organes des animaux ont donné les premiers indices de l’existence des courans électriques, nous verrons les organes des animaux modifiés au plus haut degrc par l’influence des courans de calorique.

299. Du froid. Nous avons admis une cause capable de produire les phénomènes de chaleur; nous l’avons nommée calorique, et nous lui avons attribué les propriétés nécessaires pour expliquer les phénomènes. Mais il existe aussi des phénomènes inverses , que , par opposition , on peut nommer des phénomènes de froid , et dont on peut attribuer la cause h l’existence d’un fluide que l’on nommerait frigorifique. Cet supposition peut même s’appuyer sur des expériences qui , au premier coup d’œil , paraissent concluantes. Par exemple , si , au milieu d’une atmosphère à -j- io° de température, on place un miroir concave vis-à-vis d’un globe de glace, un thermomètre placé au foyer de ce miroir s’abaissera tout à coup de plusieurs degrés : d’où l’on peut conclure que des rayons frigorifiques s’échappent de la glace , sont réfléchis par le miroir et se rassemblent à son foyer. Cependant , si l’on se rappelle la théorie des échanges de calorique par rayonnement, on comprendra que le thermomètre doit

entre les cours. 121

envoyer plus de calorique h la glace qu’il n’en peut recevoir, et que l’effet du miroir doit être d’augmenter beaucoup la rapidité de cet échange inégal , en renvoyant un très-grand nombre de rayons calorifiques du thermomètre è la glace ou de la glace au thermomètre.

Puisqu’il est possible de concevoir, par la supposition unique d’un fluide calorifique , les phénomènes les plus insidieux, il serait contraire à l’esprit systématique d’adopler une double cause superflue. En conséquence, nous ne considérerons le froid que comme un état relatif dans lequel les corps contiennent moins de calorique libre que ceux que nous regardons comme chauds; en sorte que le même corps peut être chaud ou froid par rapport h tel autre. C’est ainsi que, dans les usages habituels, une température de lo° ou 1 5° nous paraît froide au toucher, tandis que, dans les expériences de physique , ou nomme froides les températures qui sont au-dessous de o°.

Si l’on eut apporté à la distinction que nous venons d’établir toute l’attention qu’elle mérite , et qu’on eût toujours bien précisé la valeur réelle du mot froid , on ne serait sûrement pas tombé dans les erreurs , et la confusion qui régnent en physiologie et en pathologie , relativement aux effets du froid sur l’économie animale.

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