DES SOURCES DU CALORIQUE
3oo. On est convenu de nommer sources du calorique toutes les opérations dans lesquelles la température des corps s’élève. Cependant il est vrai de dire que, dans ces phénomènes , le calorique est plutôt dégagé que formé , et
DES SOl’RflES
que le soleil, placé hors de notre globe, paraît mériter lui seul le nom de source de calorique , puisqu’il nous en envoie sans cesse de nouvelles quantités. Néanmoins, en conservant les expressions reçues , les différentes sources du calorique sont : x°lc soleil; 2° la combustion; 5° beaucoup d’autres combinaisons chimiques; 4° la percussion; 5° le frottement; 6° enfin , les phénomènes électriques.
Le soleil est évidemment , pour le globe que nous habitons , une source de calorique. Nous avons vu , en parlant du calorique rayonnant , que ce fluide semblait accompagner la lumière qui nous vient du soleil , qu’on pouvait l’en isoler par la réfraction , attendu qu’il est moins réfrangible qu’aucune partie de cette même lumière.
Les quantités de calorique qui nous viennent du soleil varient beaucoup suivant les lieux et les situations relatives de la terre , en raison du temps plus ou moins long pendant lequel le soleil éclaire les différons points de sa surface. C’est ainsi que les régions équatoriales sont frappées presque perpendiculairement, et pendant la moitié de la durée du jour sidéral , par les rayons du soleil qui en élève considérablement la température; tandis que les pôles, qui sont h peine effleurés par ces rayons, demeurent éternellement glacés. Les situations intermédiaires diverses produisent les climats différons; et, comme les relations de chaque point de la terre avec le soleil varient aussi dans le cours de l’année , il en résulte pour eux la diversité des saisons , d’autant plus prononcée qu’on s’approche des pôles , d’autant moins sensible qu’on est plus près de l’équateur.
Il semblerait que ces acquisitions continuelles de calorique transmis par le soleil dussent élever rapidement la température du globe; mais il faut remarquer: i° qu’une
grande partie des rayons calorifiques qui tombent sur le
globe s’en trouvent immédiatement réfléchis , particuliérement h la surface des mers; 2° qu’il se produit continuellement des vapeurs aqueuses h la surface du globe, et qu’une portion se perd probablement dans l’espace , puisque les mers diminuent d’étendue ; o° enfin , que la terre ne reçoit jamais les rayons calorifiques du soleil que par la moitié de sa surface, tandis qu’elle rayonne sans cesse du calorique par la totalité de cette surface.
Il paraît certain que les causes de refroidissement de la terre l’emportent de quelque chose sur le calorique qu’elle reçoit, puisqu’il résulte d’un grand nombre d’observations modernes, que la surface du globe est beaucoup plus froide que son intérieur, et cela suivant une progression tellement rapide , qu’il est probable que le centre de ce globe est dans un état de fusion ignée, et que sa surface habitable n’est qu’une croûte légère solidifiée par lercfroidissement.
La chaleur des rayons du soleil est extrêmement variable; elle est très-faible dans les hautes régions de l’atmosphère, où l’air est rare et parfaitement transparent. Elle est beaucoup plus forte lorsque les rayons sont, perpendiculaires à la surface du globe que lorsqu’ils sont obliques; elle ne s’élève guère naturellement au-dessus de 4 9°; mais on peut la porter jusqu’au-delà de 1 oo° en plaçant taboulé d’un thermomètre dans la cavité d’un corps noir et mauvais conducteur. On peut concentrer celte chaleur au moyen d’une lentille comme celle de Tchirnhausen , au point de produire des températures plus élevées que celles des meilleurs fourneaux; mais le foyer de chaleur est toujours situé au foyer de lumière que cet instrument produit.
Il résulte des circonstances précédentes, qu’il doit y avoir une grande analogie entre le calorique et la lumière; que l’une étant absorbée peut souvent produire l’autre , et
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que peut-être les effets différons ne résultent que de la plus ou moins grande rapidité de leur marche. Il est cependant juste d’observer que la lumière de la lune , qui n’est autre chose que celle du soleil , réfléchie par ce satellite , ne produit jamais la moindre chaleur sensible, même lorsqu’on la concentre par des lentilles , au point de la rendre plus éclatante que la lumière naturelle du soleil.
La combustion ou la combinaison des corps avec l’oxigèue produit souvent une grande quantité de calorique, et quelquefois simultanément beaucoup de lumière. 11 paraît que , dans ce cas particulier, le calorique qui entrait dans la composition du gaz oxigène h l’état latent devient libre tout à coup , lorsque le radical ou l’oxigène lui-même se combine avec un autre corps; et l’on observe , en général, que la quantité de calorique dégagée par la combustion est d’autant plus considérable, que le produit de la combinaison éprouve une condensation plus grande. C’est ainsi que le phosphore , qui solidifie l’oxigène en brûlant , en dégage plus de calorique que le carbone, qui produit de l’acide carbonique gazeux. Si le corps combustible luimême est à l’état de gaz, il y a en quelque sorte une double source de calorique; et c’est pourquoi l’hydrogène , en brûlant , dégage environ trois fois plus do calorique que le même poids de phosphore. Il s’en faut de beaucoup que ces principes soient susceptibles d’une application rigoureuse h tous les cas de combustion, et nous verrous que l’électricité pourrait bien jouer le principal rôle dans ces phénomènes. ( Voy. le mot Combustion dans notre Dictionnaire de chimie. )
Les combinaisons chimiques qui s’exécutent par suite d’une forte affinité, ou entre des corps dont les étals électriques sont très-opposés, donnent ordinairement lieu à un grand dégagement de calorique , quelquefois même de lu-
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mierc , commo il arrive, par exemple, dans l’union du chlore avec le bismuth. On a pensé long -temps que la quantité de calorique ainsi dégagée était proportionnelle à la condensation que les corps éprouvaient; mais beaucoup de faits combattent celle théorie. Par exemple, la combustion delà poudre h canon dégage beaucoup de calorique, quoique ses matériaux passent de l’état solide h l’état gazeux; il se développe alors une température extrêmement élevée. Il résulte de ces laits , et d’un grand nombre d’autres , que notre théorie actuelle du calorique est très-imparfaite, surtout relativement aux capacités calorifiques.
Le choc est un moyen puissant de dégager le calorique des corps solides et d’élever leur température. On peut remarquer que le flanc d’une pièce de monnaie s’échauffe sous les coups du balancier; maison a constaté que la diminution de volume et de capacité calorique était proportionnelle à ce dégagement, ce qui s’accorde avec la théorie.
Les liquides ne semblent dégager aucune quantité de calorique parle choc, comme il est facilede le constater dans les chutes d’eau qui se précipitent d’une grande hauteur sur les corps durs. Celte différence lient sans doute à leur peu de compressibilité.
Les gaz dégagent au contraire une très-grande quantité de calorique par la compression, ce qui paraît dépendre de ce que leur capacité est proportionnelle a leur volume. Un mélange d’oxigèue cl d’hydrogène s’enflamme par une vive compression , ce qui suppose une température de 5oo° au moins. Il en est de même dans l’inflammation de l’amadou par la compression de l’air atmosphérique.
Le f7‘oUcment entre les corps solides dégage constamment une quantité de calorique plus ou moins considérable qui , comme on lésait , peut aller jusqu’il les enflammer. Les corps wious jouissent aussi de la même propriété,