II
162 RAPPORTS DÜ CALORIQUK
mettant que cet oxigène s’est uni à de l’hydrogène pour
former de l’eau.
Celte disparition de l’oxigônc s’élève quelquefois à plus d’un tiers de l’acide carbonique formé; elle est surtout remarquable dans les animaux jeunes; elle est presque constamment accompagnée de l’absorption d’azote.
Répondant à l’objection que les poumons devraient , dans ce cas, être beaucoup plus chauds que le reste du corps , les chimistes, appliquant la théorie de Black, ont prétendu, d’après Crawfort, que le sang artériel avait, pour le calorique, une capacité plus grande que le sang veineux. Mais John Davy ayant prouvé que la capacité calorique des deux sangs était presque égale, celle explication est tombée d’elle-même. Nous ne dirons rien de l’hypothèse de M. Broglie, qui a cru , d’après des expériences faites par insufflation , que la respiration refroidissait l'animal ; cette proposition a été détruite par les expériences de Legallois, qui prouvent que la température est proportionnelle à la respiration considérée dans scs phénomènes intimes. Nous savons que ni M. Dulong, ni même M. Besprés, n’ont trouvé la consommation d’oxigène exactement proportionnelle à la chaleur produite. Mais nous croyons qu’il est si difficile d’obtenir des résultats quantitatifs exacts et comparables , dans les expériences sur les animaux , que les objections tirées des résultats de ces expérimentateurs sont , jusqu’à présent, d’une trèsfaible valeur. D’après ces considérations , nous croyons fort essentiel de fixer d’une manière précise l’explication physique de la production de la chaleur par la respiration, et de démontrer sa suffisance pour l’intelligence des phénomènes.
L’air qui pénètre dans le poumon y subit une altération constante et marquée , qui consiste principalement en cq
AVEC LES ETRES VIVANS. jG3
que o,oo b o,oG de son oxigène disparaissent, tandis qu'ils sont ordinairement remplacés , dans toute respirationnaturelle, du moins chez l’homme, paro,o3ào,o6 d’acide carbonique. Un homme d une stature ordinaire convertit ainsi, en vingt-quatre heures, au moins ;5o décimètres cubes d’oxigène en acide carbonique , ce qui représente 5q5 grammes de carbone qui ont été convertis en acide carbonique directement ou indirectement. En effet, on a d’abord supposé que tout ce carbone se combinait directement avec l’ oxigène de l’air dans les cavités bronchiques. La basse température du poumon ne serait point une objection à cette supposition, puisque le carbone peut se trouver dans le sang , h un tel état de division , que son affinité pour 1 oxigène puisse se satisfaire, comme on voit des disolutions métalliques absorber ce gaz b toutes les températures. Une objection plus forte , c’est la preuve physiologique que l’acide carbonique est exhalé par le poumon , lorsque l’animal respire du gaz hydrogène. Celte question, du reste, n’intéresse pas directement la théorie qui nous occupe, puisque, dans le cas où l’oxigène serait absorbé d’une part, pendant que l’acide carbonique serait exhalé de l’autre, il y aurait nécessairement une égale quantité de calorique dégagé , l’oxigène en abandonnant beaucoup plus dans sa condensation que l’acide carbonique n’en emporte dans sa gazéification.
Lorsque 5q5 grammes de carbone se combinent avec L oxigène , il se dégage une certaine quantité de calorique capable de fondre 58k,i 18 de glace , ou d’élever 58k, 1 18 d’eau b 7-5° de température , ou enfin de porter 28k,588 d eau a 1 ébullition , = 2808 unités de chaleur. Or, celle quantité de calorique est rationnellement suffisante pour rendre compte de la chaleur animale. En effet , la transpiration moyenne do la peau , en vingt-
lG4 RAPPORTS lîü C ATOPIQUE
quatre heures, 11’cxcède pas 2 kilogrammes, qui, en se réduisant en vapeur , emportent le calorique de près de 12 kilogrammes d’eau h 1 oo°. 11 se forme dans le poumon, pendant le même temps, 777 grammes de vapeur qui emportent le calorique de 4k,662 d’eau h 1 oo°. Il reste donc, pour répondre aux perles de calorique du corps par conductibilité ou par rayonnement, tout celui qui pourrait élever près de 12 kilogrammes d’eau à ioo°, ou 1200 unités de chaleur.
Il est presque superflu de remarquer que toutes ces évaluations portent sur des termes moyens; mais que s’il arrivait que la transpiration fût accrue, ce ne serait jamais que par suite d’une accélération dans les phénomènes respiratoires, qui produirait nécessairement une quantité de calorique relative à l’accroissement des pertes.
Nous venons de démontrer, par un calcul approximatif, qu’il est permis d’attribuer la chaleur animale à la respiration , et qu’elle peut y suffire ; mais les recherches directes et exactes de MM. Dulong et Desprez ne peuvent laisser aucun doute h cet égard. D’après le premier de ces physiciens, les \ environ de la chaleur produite par un animal, dans un temps donné, étaient directement expliqués par la quantité d’oxigène qui disparaissait , et par la formation de l’acide carbonique et de l’eau; mais sa méthode était susceptible de présenter des pertes en acide carbonique è cause du contact des gaz avec d’assez grands volumes d’eau.
Les expériences de M. Desprez, faites avec beaucoup de soins , répétées un grand nombre de fois dans des appareils d’une beaucoup plus grande exactitude, ont fourni ces résultats remarquables , que 0,90, 0,80 , 0,82 , o,8G, 0,88 , o,8o , 0,74 , 0,78 , 0,79 , 0,77 , 0,75 , etc, , de la chaleur animale dégagée dans un temps donné, se trou-