DE L’ŒIL
Cette différence de densité étant supposée , on peut se représenter l’humeur vitrée comme formée de couches concentriques successives , 1, 2, 5, 4» 5, 6 ( fig . 1G1). Si 011 imagine maintenant deux rayons parallèles G I et HI, tombant sur la lentille composée, ils pourront être réfractés par elle de manière à produire leur foyer dans le point F , et avant d’avoir rencontré la rétine. Après le point F, 011 l’enlre-croisement a lieu , ces rayons devraient diverger, et par là même ne tracer sur la rétine qu’une image confuse. Mais si les couches successives du corps vitré vont en augmentant de densité vers le fond de l’œil , chacune d’elles devra rapprocher les rayons de l’axe de l’œil , de manière à les rendre à peu près parallèles ; en sorte qu’il pourra exister une image distincte non seulement au point F , mais dans tout l’intervalle qui le sépare de la rétine, et sur la rétine elle- même.
11 faut observer que de semblables dispositions n’auraient à produire que de très-petits effets , puisque depuis la distance de huit pouces, où existe la vision distincte, jusqu’aux corps les plus éloignés, la différence des angles des rayons incidens est très-petite, eu égard au petit diamètre de la pupille, tandis qu’elle deviendrait très-considérable dans un plus grand rapprochement de l’œil. On conçoit aussi que celte correction serait de nul effet pour les cas dans lesquels les rayons partiraient d’un objet trop rapproché, puisqu’alors il ne se forme de foyer avant ni sur la réline.
En examinant avec attention la condition de la rétine recevant des impressions, on peut arriver à un genre do solution plus simple et qui nous paraît plus probable. En effet , il est d’observation que les images produites par une lentille conservent après le heu du loyer une assez grande netteté, quoiqu’elle grandisse cl devienne moins éclairée.
liT Eli LA VISION.
C’est ce qu’on peut voir dans l’inslnimcnt connu sous le nom de lanterne magique. 11 en résulte que la rétine , placée relativement aux objets éloignés un peu en arrière du foyer de leurs rayons dans l’œil, peut encore percevoir une image nette , ce qui ne saurait arriver lorsque ces mêmes rayons rencontrent la rétine avant d’avoir formé un foyer quelconque.
La vision naturelle est accompagnée de quelques cir constances remarquables. Elle donne lieu de notre part h différens jogemens qu’il est important d’examiner successivement , pour se faire une idée juste de la fonction.
Les images tracées dans l’œil sont évidemment renversées , et cependant nous voyons les objets dans leur position naturelle. On peut sc rendre compte de cet effet, qui parait extraordinaire, par le principe général, que nous rapportons toujours l’existence de l’objet dans la direction du rayon qui nous affecte; en sorte que le rayon qui frappe le bas de la rétine, étant celui qui vient de la partie supérieure du corps, nous jugeons cette partie dans le lieu qu’elle occupe réellement. Cette circonstance de nos sensations est, du reste, très-générale; car nous apprécions fort bien par le tact la direction suivant laquelle nous viennent les impressions.
L’homme, ainsi qu’un grand nombre d’auimaux , est à la fois pourvu de deux yeux , qu’il emploie simultanément , d’où il résulte que la vision se compose de la perception de deux images. On a coutume d’expliquer la sensation unique qui provient de celle double cause, en disant que les images doivent sc former exactement sur les points corrcspondans des deux rétines , et l’on en donne pour preuve la duplicité des images dans le strabisme, C est-u-dirc lorsque le? axes visuels ne coïncident point
sur l’objet placé devant les yeux. Il faut cependant con venir que cette explication est tout-h-fait insuffisante. En effet, les deux yeux considérant un objet de petite étendue, comme un cube, par exemple, placé h huit pouces de distance, ont leurs deux axes visuels convergeant sur cet objet, et ces axes sont écartés d’autre part de tout l’intervalle qui sépare les deux yeux. En conséquence, chaque œil voit cet objet d’un point de vue différent ; d’où il résulte que les images tracées dans les deux yeux sont nécessairement différentes Tune de l’autre , quoique la sensation qui en résulte soit unique, et se trouve composée de tout ce que les images formées dans les deux yeux ont de commun , aussi bien que de ce qu’elles ont de différent.
L’angle que forment les axes visuels des deux yeux, et jjar conséquent les rayons qui partent d’un même objet pour se rendre h ces deux organes, donnent lieu h des différences remarquables dans le jugement que l’on porte sur l’alignement de différens corps situés dans l’espace. Si l’on regarde l’extrémité de son doigt avec un seul œil , et qu’on le place dans l’alignement d’un objet éloigné, on trouve que ce doigt est précisément selon une ligne droite qui se porterait de l’objet éloigné vers la pupille.
Si , sans rien changer h la situation respective , on regarde avec l’autre œil seul , le doigt ne paraît plus dans l’alignement de l’objet éloigné, et il faulle déplacer d’une grande quantité pour le ramener dans la ligne droite, qui joint la pupille de ce nouvel œil au même objet. Mais ce ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que si l’on regarde avec les deux yeux h la fois, il faudra placer le doigt dans une situation moyenne, c’est-h -dire vis-h-vis la racine du nez. Cette manière de mirer étant beaucoup plus incertaine que la première , on a coutume de fermer un œil
pour ajuster exactement trois points sur la même ligne , comme lorsqu’on tire un coup de fusil.
087. Angle visuel. — Lorsqu’un objet quelconque est placé au-devant de l’œil , les rayons qui partent de ses points extrêmes forment, en entrant dans la pupille, un angle plus ou moins ouvert , et on lui donne le nom d’angle visuel. On conçoit aisément que l’ouverture de cet angle dépend du diamètre de l’objet et de sa distance h l’œil; d’où il résulte qu’à distances égales l’angle est d’autant plus ouvert que le diamètre est plus grand , et réciproquement. Mais d’un autre côté , à grandeurs égales , l’objet le plus près sous-tendra l’angle le plus grand, et réciproquement.
La seule notion que la vue nous fournisse directement sur la grandeur des objets, dépend de l’ouverture de l’angle visuel , en sorte que nous pouvons être trompés de toutes les manières sur la grandeur réelle d’un objet , quand nous ignorons sa distance véritable. Si , par exemple , nous regardons par un petit trou percé dans un écran , un carré de carton blanc d’un décimètre de côté , placé à un mètre de distance , on pourra lui substituer un carré de carton de deux décimètres de côté , placé à deux mètres de distance, sans que nous puissions soupçonner l’échange. 11 paraît même que pour un aveugle de naissance , auquel on donne la faculté de voir par une opération chirurgicale , tous les corps semblent d’abord posés sur l’œil.
Il existe pour nous plusieurs moyens de rectifier les faux jugemens que nous venons d’indiquer : i° nous contractons , dès l’enfance , l’habitude de nous transporter vers les objets que nous apercevons, et de comparer ainsi la nature de leurs images avec leur distance réelle; 2° les objets les plus éloignés sont ordinairement ceux qui en-
5j6 de l’ceil
voient moins de lumière dans l’œil ; ce qui est une suite des lois du rayonnement; 5° le sol lui-même sur lequel reposent les objets, et le nombre des corps intermédiaires , nous donnent une idée de distance. C’est en rectifiant, d’après ces données, les effets produits par l’angle visuel , que nous jugeons approximativement de la distance et souvent de la forme des corps.
Les moyens de rectification que nous venons d’indiquer deviennent eux-mêmes des causes d’erreurs fréquentes. Ainsi , de deux corps également éloignés , le plus éclairé nous paraît plus voisin; et si une maison nous paraît plus petite qu’elle n’est, lorsqu’elle se trouve située au milieu d’une plaine unie , elle nous paraîtra beaucoup plus grande , si elle s’élève à l’extrémité d’une allée d’arbres ou au sommet d’une pente douce ; car, dans ce dernier cas , le grand nombre des objets intermédiaires nous faisant juger sa distance très-considérable , nous pensons qu’elle doit être d’une grande dimension , pour produire l’angle visuel qu’elle sous-tend.
Les deux effets dont nous venons de parler sc produisent d’une manière très- prononcée , lorsqu’on regarde le soleil ou la lune dans différentes situations. À leur zénith, ces astres sont plus lumineux et sans objets intermédiaires; on les juge plus voisins , et ils paraissent plus petits. On les voit au contraire beaucoup plus gros, lorsqu’ils sont à l’horizon, et surtout lorsqu’ils se lèvent h l’extrémité d’une allée d’arbres.
Les effets delà vision sur la rétine, d’une part, exigent un certain temps pour sc produire , et, de l’aulrc, persistent pendant quelques inslans. Il résulte de la première circonstance , que nous ne pouvons pas apercevoir un icorps qui se meut très-rapidement, comme un boulet de canon; il résulte de la seconde , que certaines impressions
produites dans un point de la rétine existent encoro , lorsqu’d s’en produit de nouvelles. C’est ainsi qu’un brandon de feu , mu circulairemeut avec vitesse, produit l’effet d’un cercle embrasé.
il faut remarquer encore que la rétine est susceptible d une sorte de fatigue qui l’empèclie d’éprouver des sensations faibles , lorsqu’elle vient d’en supporter de plus a îves. C est ainsi qu’on voit un point noir sur tous les objets , après avoir fixé le soleil; car la partie de la rétine sur laquelle l’image du soleil était peinte , est devenue insensible à une lumière ordinaire. On observe encore qu’apics avoir fixé pendant quelque temps une surface blancno placée sur un fond noir , en regardant ensuite un fond .blanc, on voit une surface noire, d’une figure semblable a la figure blanche qui avait précédemment affecté la rétine. Cet état relalii de sensibilité de la rétine est, du reste, tellement prononcé , qu’on ne voit rien dans un lieu médiocrement éclairé, lorsqu’on vient du soleil, tandis que les prisonniers s’accoutument à distinguer tous les objets dans 1 obscurité de leurs cachots. C’est pour éviter le contraste de ces impressions , en fucililantla vision dans tous les cas , que l’iris se contracte et rétrécit la pupille sous 1 influence d’une lumière vive; tandis qu’elle sc relâche et 1 agrandit considérablement , lorsque la lumière est faible.
OoS. Imperfection de la vision. — Sans parler des imperfections de 1 organe de la vue , qui dépendent d’une lésion de la sensibilité, ni des affections morbides qui desorganisent entièrement le globe de l’œil , nous dirons quelque chose de la myopie , de la presbytie , de la cataracte et des moyens d’y remédier.
La myopie es t une disposition ordinairement congéaiale de i oeil , en vertu de laquelle il possède un pouvoir ré-