ENTRE LES CORPS
muniquer à ceux-ci une partie de leur calorique ; et si l’on emploie le thermomètre , on voit, que plusieurs corps qui affectent d’abord différemment cet instrument, finissent, au bout d’un certain temps , par l’affecter tous de la même manière. Nous savons que cela n’indique point qu’ils contiennent les mêmes quantités de calorique , mais que cela semble indiquer une égalité de tension du calorique dans les différens corps, en considérant le calorique comme un fluide élastique.
Le phénomène dont nous venons de parler est très général , et porte le nom à’ équilibre de température . Les physiciens ont beaucoup varié sur son explication, et ont fini par adopter l’hypothèse de Prévôt , qui considère le calorique comme un fluide discret.
L’équilibre de température peut se produire entre différens corps par des causes variées ; et d’abord on conçoit que si deux corps qui se trouvent a des températures différentes sont en contact, l’équilibre pourra s’établir par conductibilité suivant les lois que nous avons exposées: mais cet équilibre pourra aussi se produire à distance , c’est-àdire sans que les corps se louchent , soit qu’on les observe plongés dans l’air, soit qu’on les enferme dans un espace vide d’air.
Deux corps également échauffés, qui sont actuellement plongés dans l’air , arrivent , au bout d’un certain temps , à la même température par l’influence de deux causes : i° l’action de l’air , 2° le rayonnement.
L’action de l’air apporte ou enlève du calorique au corps par communication, et très rapidement, parce que l’air se renouvelle sans cesse. En effet, si un corps plus chaud que l’air est plongé dans une atmosphère tranquille , elle viendra s’échauffer autour de ce corps en produisant un courant ascensionnel , jusqu’à ce que l’équilibre soit établi;
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un mouvement inverse arrivera autour d’un corps plus froid que l’air , et par conséquent l’air et les deux corps se trouveront , au bout d’un certain temps , à la même température. On voit que ce moyen d’équilibre est indirect.
Le rayonnement concourt à la production de l’équilibre de température par deux voies différentes : d’abord le corps le plus chaud émettra dans tous les sens plus de calorique, dans un temps donné, que le corps le plus froid; en conséquence , les températures des deux corps se rapprocheront. Mais , en outre (c’est ici le point essentiel de la théorie ) , le rayonnement produira entre les deux corps des influences réciproques qui détermineront nécessairement l’équilibre ; en effet, le corps le plus chaud enverra au corps le plus froid plus de calorique qu’il n’en recevra, et réciproquement , jusqu’à ce que les deux corps en envoient et en reçoivent autant l’un que l’autre ; ce qui arrive lorsqu’il y a équilibre de température.
En adoptant cette ingénieuse explication , il faut admettre que tous les corps de la nature font ainsi un échange continuel de leur calorique ; et la variété des surfaces ne s’oppose point à l’équilibre , car celles qui rayonnent le plus sont aussi celles qui absorbent davantage, et précisément dans la même raison.
Il est très important de remarquer que, si tout ce que nous avons dit jusqu’à présent sur la mesure du calorique et son équilibre suffit aux physiciens, il n’en est pas de même pour le physiologiste ; car le calorique ; qui paraît être l’agent le plus puissant dans l’économie animale, semble susceptible d’agir sur nos organes, non seulement en vertu de sa tension ou de la température réèlle, mais encore par son passage à travers ces organes; et il nous sera facile de prouver que des quantités très différentes de calorique peuvent traverser un corps dans un temps donné, sans que le ther-
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momètre indique ces différences, g a, effet, supposons qu’une barre de fer soit chauffée à ioo°par une de ses extrémités, et maintenue à o° par l’autre : un thermomètre placé dans le milieu de ce conducteur pourra demeurer stationnaire à une température moyenne , que nous supposerons 5o°. Et il est évident que , dans ce cas , la barre de fer est le siège d’un courant de calorique qui se porte de l’extrémité échauffée à l’extrémité refroidie, et dont la vitesse dépend de la différence de ces températures ; mais il est certain que si l’une des extrémités de la barre de fer était élevée à 200° , et l’autre extrémité refroidie proportionnellement, le thermomètre pourrait encore demeurer au terme moyen de 5o° , quoique le courant de calorique dans le conducteur fût alors beaucoup plus rapide que dans le premier cas.
Un autre exemple beaucoup plus frappant d’un phénomène semblable , se présente dans révaporation des liquides. On peut chauffer une masse d’eau par sa partie inférieure, de manière que l’évaporation qui a lieu à sa surface compense les acquisitions de ca torique , et que le liquide se maintienne à une température fixe. Mais si, d'une part, on augmente l’action du feu, et que, de l’autre, on accélère par un courant d’air la vaporisation du liquide , la température de la masse pourra rester la même , et cependant il se sera formé , dans un temps donné , beaucoup plus de vapeur , et par conséquent une plus grande quantité de calorique aura traversé la masse liquide.
Les physiciens n’ont tenu jusqu’ici aucun compte de l’influence des courans plus ou moins rapides de calorique qui peuvent s’établir dans les corps , sans faire varier la tension. du calorique ou la température. U y a ici une grande analogie entre les phénomènes de chaleur et ceux de l’électricité. Les phénomènes de tension de ce dernier fluide sont connus depuis très long-temps , et ceux des
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courans électriques n’ont été découverts et étudiés que depuis peu. Et, de même que les organes des animaux ont donné les premiers indices de l’existence des courans électriques, nous verrons les organes des animaux modifiés au plus haut degré par l’influence des courans de calorique.
3o2. Du froid . Nous avons admis une cause capable de produire les phénomènes de chaleur; nous l’avons nommée calorique, et nous lui avons attribué les propriétés nécessaires pour expliquer les phénomènes. Mais il existe aussi des phénomènes inverses , que , par opposition , on peut nommer des phénomènes de froid , et dont on peut attribuer la cause à l’existence d’un fluide que l’on nommerait frigorifique . Cette supposition peut même s’appuyer sur des expériences qui, au premier coup d’œil, paraissent concluantes. Par exemple, si, au milieu d’une atmosphère à + io° de température , on place un miroir concaye vis à vis d’un globe de glace, un thermomètre placé au foyer de ce miroir s’abaissera tout à coup de plusieurs degrés : d’où l’on peut conclure que des rayons frigorifiques s’échappent de la glace, sont réfléchis par le miroir et se rassemblent à son foyer. Cependant, si l’on se rappelle la théorie des échanges de calorique par rayonnement , on comprendra què le thermomètre doit envoyer plus de calorique à la glace qu’il n’en peut recevoir , et que l’effet du miroir doit être d’augmenter beaucoup la rapidité de cet échange inégal , en renvoyant un très grand nombre de rayons calorifiques du thermomètre à la glace ou de la glace au thermomètre.
Puisqu’il est possible de concevoir , par la supposition unique d’un fluide calorique , les phénomènes les plus insidieux , il serait contraire- h l’esprit systématique d’adopter une double cause superflue. En conséquence, nous