DÉ QUELQUES PHÉNOMÈNES ACCIDENTELS
Toutes les substances qui peuvent produire la double réfraction ne paraissent pas présenter cette répulsion. Il paraît, au contraire, que quelques unes ont des axes qui attirent la lumière , et qui produisent une double réfraction dans un sens opposé. Tel est, par exemple, le cristal de roche.
Toutes les substances dontja forme cristalline peut être rapportée à un rhomboïde ou à un prisme à base carrée, n’ont qu’un seul axe de double réfraction. Toutes les matières qui ne sont pas cristallines , ou dont les formes se rapportent au cube, ne produisent que la réfraction simple, à moins qu’on ne leur imprime quelques modifications en les comprimant ou les échauffant inégalement. Enfin toutes les substances cristallines , autres que celles que nous avons citées , ont , dans leur intérieur, deux axes de double réfraction disposés symétriquement par rapport aux formes cristallines. Les topazes, les micas, les sulfates de chaux et de baryte, etc., sont dans ce cas.
4i5. Polarisation fixe de la lumière. —Lorsqu’un cristal de spath d’Islande a été traversé par un rayon lumineux qui s’est divisé en deux portions, si l’on vient à faire passer ces deux rayons à travers un nouveau cristal, chacun d’eux ne se divisera point de nouveau; mais le rayon naturel sera réfracté suivant les lois ordinaires , tandis que le rayon extraordinaire continuera à subir les lois de la double réfraction; d’où il résulte que ces deux lumières, une fois séparées dans le premier cristal , jouissent désormais de propriétés parfaitement distinctes, et qui peuvent toujours les faire reconnaître.
Les propriétés qui caractérisent le rayon extraordinaire peuvent être transmises à la lumière par d’autres voies que la double réfraction. Il suffit pour cela que la lumière soit réfléchie par certaines substances , sous certains angles
DE LA LUMIERE
déterminés; par exemple , si l’on fait tomber un rayon lumineux sur une lame de verre qu’on aurait noircie par derrière, et si l’angle d’incidence est de 35° 25', le rayon, après sa réflexion, jouira des propriétés d’un rayon extraordinaire ; car si on le regarde à travers un cristal de spath d’Islande , il pourra être entièrement dérangé de sa direction, dans certaine situation du cristal.
Il existe un autre moyen de reconnaître, dans la lumière réfléchie, les propriétés nouvelles qui caractérisent le rayon extraordinaire. Il suflit , pour cela, d’essayer de faire réfléchir une seconde fois le rayon par une nouvelle glace noircie et sous le même angle : en effet, si l’on présente la glace au rayon du même côté où il a déjà été réfléchi , ou dans le sens opposé, c’est à dire si les deux réflexions sont dans le même plan, le rayon sera réfléchi dans la seconde glace comme dans la première. Si , au contraire, la nouvelle glace est présentée sur les parties latérales du rayon réfléchi , de manière que le nouveau plan de réflexion soit perpendiculaire au premier, ce rayon cessera absolument d’être réfléchi par la glace.
On voit donc qu’un rayon lumineux qui a subi la double réfraction, ou quia déjà été réfléchi par certains corps sous certains angles , ne présente pas , comme la lumière ordinaire, les mêmes propriétés sur toutes ses faces ; qu’il est susceptible d’être réfléchi d’un côté , quand il ne peut pas l’être de l’autre.
Ces observations, répétées et modifiées de beaucoup de manières, ont conduit Malus à admettre que les molécules de la lumière ont des extrémités douées de propriétés attractives et répulsives opposées; qu’elles sont ordinairement mêlées confusément par rapport à la direction de leurs pôles; mais qu’en traversant certains corps, ou en en frappant certains autres pour en être réfléchis, les