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CHAPITRE XV

DES MICROSCOPES

182. LOUPE ET MICROSCOPE SIMPLE. — Pour comparer entre elles les dimensions des images rétiniennes fournies par des objets de diverses grandeurs ou placés à des distances différentes, le moyen le plus simple consiste à déterminer les angles visuels correspondants.

[Nous avons vu, § 180b, que l'angle visuel d'un objet a pour mesure l'angle que formeni entre elles les droites qui passent par les deux extrémités opposées de l'objet et par li centre de l'image de la pupille vue à travers la cornée ; mais, si l'on considère que

DES MICnOSC.OPKS.

co centre des lignes visuelles est a moins de 4 millimètres (exactement 3mm,82) eu avant du premier point nodal, on no commet pas nue grande erreur en mettant le sommet de: l'angle visuel à ce premier point nodal, à moins que -l'objet ne suit très-rapproohé de l'œil.]

En prenant pour mesure de l'angle visuel l'angle des lignes de direction extrêmes, nous avons entre l'objet et son image la relation exprimée par la formule (2bi3) du § 180. On peut dire plus simplement que" les images rétiniennes des objets qui sont vus sous le même angle visuel sont égales entre elles.

Lorsque l'angle visuel descend au-dessous d'une certaine valeur déterminée, nous ne sommes plus capables de distinguer séparément deux impressions dont, l'intervalle soustend un angle plus petit. Regarde-t-on , par exemple, deux fils très-fins tendus l'un à coté de l'autre, et diminue-t-on peu à peu leur écartement, il arrive un moment où ces deux fils paraissent n'en plus former qu'un seul , bien que le contact ne soit pas encore établi. Il a été dit, § 180b, que l'angle visuel minimum qui représente la limite de finesse de la vue a une valeur moyenne de 1', ce qui correspond sur la rétine de l'œil schématique à une étendue linéaire de 4mm,3.

Les considérations précédentes montrent que-nous devons d'autant mieux distinguer les détails d'un objet que nous le voyons sous un angle visuel plus grand, et qu'inversement tout corps, quelque grand qu'il soit , n'apparaît que comme un point, dès que son diamètre apparent est inférieur à l'angle visuel minimum.

Grâce à l'accommodation , nous sommes en état de voir nettement le même objet sous des angles visuels très-différents, puisque nous pouvons faire varier la distance de l'objet , sans que son image rétinienne cesse d'être nette. Le moyen habituel auquel nous avons recours pour reconnaître les détails les plus fins d'un objet consiste à rapprocher ce dernier le plus possible de notre œil ; mais on a vu que le pouvoir accommodatif possède une valeur maxima , qu'il ne peut dépasser, et qui détermine la position du punctum proximum. Du moment qu'un objet est situé en deçà de cette limite, les rayons réfractés à travers le système dioptrique oculaire ont leur point de concours placé en arrière de la rétine ; il en résulte sur l'écran rétinien la formation de cercles de diffusion dont l'influence défavorable sur la netteté de la vision n'est pas compensée par l'accroissement de l'angle visuel .

Or nous avons dans l'emploi de la lentille convergente un moyen de ramener dans la rétine le point de concours de rayons lumineux qui, sans cela.

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iraient se réunir en arrière de la membrane sensible. Celte catégorie de lentille nous permet donc de rapprocher les objets plus que nous ne pouvons le l'aire à l'œil nu ; de cette manière il nous est donné de distinguer des détails qui ne sont pas visibles à une plus grande distance. La lentille convergente employée à cet usage prend le nom de loupe.

Soit, par exemple, L (Fig. 193), une lentille biconvexe placée devant l'œil, et PQ un objet situé entre cette lentille et son foyer antérieur F ; la lentille aura pour effet de diminuer la divergence des rayons lumineux partis des différents points de l'objet ; ainsi , les rayons émanés du point P prendront, au sortir de la lentille, une direction telle qu'ils sembleront provenir d'un point P' situé plus loin ; de même, le faisceau lumineux qui a son sommet en Q' deviendra moins divergent et son sommet sera reculé en Q'. Il en résulte que l'œil croit voir, au lieu de l'objet PQ , un objet P'Q' plus grand et plus éloigné.

L'effet de la loupe repose donc sur les deux points suivants : 1° possibilité de rappi'ocher davantage les objets de l'œil ; 2° accroissement de l'angle visuel par suite de la déviation des rayons lumineux. Supprimons ,■ en effet , la lentille L, et joignons les extrémités de l'objet au centre optique 0 [ou, pourplus d'exactitude, au centre des lignes visuelles] : nous avons ainsi l'angle visuel POQ, qui .correspond sur la réline à une étendue pq. Si nous remettons la loupe en place, l'angle visuel est alors P'OQ', et l'image rétinienne correspondante occupe une étendue égale à P"Q" ; or la figure montre que P"Q" est plus grand que pq.

Le grossissement de la loupe est égal au rapport de P'Q' h PQ. Désignons, comme nous l'avons fait jusqu'ici, par p la distance SL de l'objet à la lentille, par p' la distance S'L de l'image, et par / la longueur focale de la lentille; nous avons entre ces trois quantités la relation connue :

Le terme en p' est précédé du signe — , parce que l'image est virtuelle et par conséquent située du même côté que l'objet. De cette équation, on tire :

Or la loupe doit reporter l'image de l'objet à la distance moyenne de la vue distincte, distance que nous appellerons D ; il en résulte que, si nous désignons par e l'intervalle qui sépare la lentille de l'œil, nous avons :

et par suite : p

D'autre part, nous savons que le rapport des grandeurs de l'image et de l'objet est égal k . Par conséquent, le grossissement sera :

DKS MICROSCOPES.

Si on néglige la distance e, qui est toujours très-petite par rapport à D, la formule précédente se réduit h la suivante :

qui, traduite en langage ordinaire, siguifio quo le grossissement de la loupe est égal h V unité augmentée du rapport de la distance de la vision à la longueur focale de V instrument. [Lorsque la longueur focale est très-petite, le terme y est très -grand; on peut.

'alors négliger le terme 1, co qui donne simplement: G-— y~. Dans ce cas, le grossissement est sensiblement en raison inverse de la longueur focale de la loupe.]

Pour une même loupe, le grossissement varie selon la personne qui en fait usage a cause des différences individuelles de la distance D. Si, par exemple, D = 16cm et /' = 1, ces valeurs donnent un grossissement égal à 16 -4- 1 ou 17; pour un autre œil, dont la distance D serait de 30 centimètres , la même loupe procurerait un grossissement égal à 30 -f- 1 ou 31.

Avec la loupe on ne peut jamais voir nettement qu'une faible partie de l'objet qu'on regarde. Gela tient à ce que les rayons lumineux qui partent des extrémités de l'objet PQ sont réfractés plus fortement que les rayons émanant d'un point voisin de l'axe principal (cf. § 453), et que, par suite, leur diver- < gence est diminuée dans une plus grande proportion ; il en résulte que l'image des points P et Q. parait plus éloignée que celle du point S, et qu'ainsi la surface de l'objet semble bombée. On évite cette déformation de l'image en n'utilisant que la partie centrale de la loupe et en excluant les régions périphériques à l'aide d'un diaphragme percé au milieu d'une ouverture. Pour supprimer l'aberration de réfrangibilité, il suffit d'employer un système de lentilles achromatiques (voy. § 166).

L'instrument qu'on désigne sous le nom de microscope simple n'est autre chose qu'une loupe montée sur un support et accompagnée , comme le microscope composé, d'un porte-objet et d'un appareil d'éclairage ; la loupe est formée d'une seule lentille ou de plusieurs lentilles constituant un système achromatique. Le microscope simple est souvent employé pour préparer les objets qu'on étudie ensuite à l'aide du microscope composé.

183. MICROSCOPES A PROJECTION. — Dans la loupe, la lentille convergente est employée à donner une image virtuelle et amplifiée des objets. On peut se servir d'une lentille du même genre pour projeter sur un écran une image réelle et agrandie ; tel est le principe des microscopes à projection.

Nous avons vu (cf. § 149b) que , si on place un objet d e (Fig. 194) un peu au delà du foyer principal F d'une lentille convergente, mais

très -près de Ce Pis. 194. — Principe du microscope à projection.

WUNDT, Physique médicale.

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point , il se forme de l'autre côté de la lentille , et à une grande distance, une image DE, réelle, renversée et plus grande que l'objet; imaginons que nous recueillions cette image sur un écran disposé à cet effet en DE , et nous aurons un microscope à projection réduit à sa forme la plus simple. Pour le soustraire aux effets des aberrations de sphéricité et de réfrangibilité qui nuiraient à la netteté des images , on emploie un système de lentilles aplanétiques et achromatiques.

En outre l'image sera d'autant mieux visible qu'elle sera plus brillante , toutes choses égales d'ailleurs ; il importe donc que l'objet d e soit fortement éclairé, car la quantité de lumière envoyée par la surface de l'objet se répartit dans l'image DE, sur une étendue bien plus considérable, de sorte que l'image a d'autant moins d'éclat que le grossissement est plus grand ; et puis , la lumière, en traversant un système de lentille éprouve une série de réflexions et d'absorptions qui l'affaiblissent toujours un peu. C'est en raison de cette importance de l'éclairage qu'on distingue différentes variétés de microscopes à projection, suivant le mode d'éclairage employé. Dans le microscope solaire, on fait usage de la lumière du soleil ; la source lumineuse du microscope à gaz est la lumière Drummond ; enfin, dans le microscope photo -électrique, l'objet est éclairé par la lumière électrique. De tous ces appareils, le microscope solaire est le plus avantageux, parce qu'il est le seul qui, pour les plus forts grossissements, donne une image suffisamment éclairée.

Le dispositif d'un microscope à projection reste à peu près toujours le même, quel que soit le mode d'éclairage employé. On y distingue comme parties essentielles un système de lentilles achromatiques, ordinairement au nombre de trois, une pièce formée de detix lames' de verre entre lesquelles se place l'objet, un écran destiné à recueillir l'image et ùn appareil d'éclairage. Ce dernier consiste en un miroir concave ou en un miroir plan associé à une lentille convergente ; dans l'un comme dans l'autre cas, les rayons provenant de la source lumineuse sont concentrés sur l'objet, qui se trouve ainsi éclairé par derrière.

Le grossissement se calculera à l'aide de la formule connue (cf. § 151b, p. 301, formule IV) :

JL = £L = — 1—

Si l'on suppose p = f, c'e-t-à-dire l'objet situé au foyer même du système dioptrique, on a, pour la grandeur de l'image, o = <x> • donc, pour obtenir une image aussi grande que possible, il faut placer l'objet très-près du foyer, sans toutefois le faire coïncider avec ce dernier point. Il est clair, d'ailleurs, qu'on doit toujours avoir p >/; sinon i deviendrait négatif, c'est-à-dire que l'image se formerait du. même côté que celui où se trouve l'objet et serait, par conséquent, virtuelle. Lorsque p = 2/, la grandeur de

l'image est égale à celle de l'objet, car on a alors : -~- — -y* = 1.

Le microscope solaire donne des grossissements extrêmement considérables, pouvant aller jusqu'à 6000 et même 8000 ; en outre, le ebamp de l'instrument a une grande étendue, ce qui permet d'embrasser d'un seul coup d"ceil un objet dans sa totalité ; malgré ces avantages, ce microscope ne saurait être employé dans les recherches micrographiques, car il ne fournit pas d'images suffisamment nettes. La cause de ce défaut réside non-seulement dans l'aberration de sphéricité et de réfrangibilité, mais encore dans l'interférence des rayons lumineux (cf. chap. XVIII); l'influence de ce dernier genre de phénomènes se fait surtout sentir dans les forts grossissements. En revanche, les' mi-

mes MicnoscopF.s.

croscopes h projection sont tros-utilos comme moyen de démonstration , pour faire voir à un grand nombre d'observateurs les objets que leur petitesse empêobe de distinguer de loin.

184. MICROSCOPE COMPOSÉ. — Quand, au lieu de projeter sur un écran l'image réelle que donne un système lenticulaire, on la regarde à l'aide d'une loupe, ce qui augmente encore

Fig. 195. — Principe du microscope composé.

le grossissement, on réalise le principe du microscope composé. Cet instrument résulte donc de la combinaison de la loupe avec le microscope à projection.

Sous sa forme [a plus simple, le microscope composé présente à considérer une lentille convergente GH (Fig. 195) , en avant de laquelle est placé l'objet DE, à une distance plus grande

que la longueur focale principale ; cette première lentille donne une image réelle et renversée B'E', plus grande que l'objet , si celui-ci est situé près du foyer. Une seconde lentille convergente G'J est disposée de manière que son loyer principal antérieur tombe au delà de l'image D'E' ; la lentille G'J agit alors comme loupe par rapport à l'image réelle D'E' et en fournit une image virtuelle et amplifiée, située en D"E"; pour que l'œil placé derrière la seconde lentille distingue nettement l'image virtuelle, il faut que celle-ci occupe une position qui ne soit pas en dehors des limites de la vision distincte.

En résumé, dans le microscope composé, il se forme d'abord une image réelle et renversée D'E' plus grande que l'objet, et qui, reprise par une loupe, donne une image virtuelle D"E" plus grande elle-même que l'image réelle. En plaçant un écran en D'E', on pourrait y recueillir l'image réelle ; mais l'image virtuelle n'existe que pour notre œil, qui reporte en D"E" les rayons lumineux venus des différents points de D'E'. La lentille GH tournée vers l'objet et fournissant l'image réelle, porte le nom d'objectif; la lentille par laquelle on regarde et qui donne l'image virtuelle, s'appelle V oculaire.

Le champ du microscope composé, c'est-à-dire l'espace dans lequel sont renfermés les points d'un objet qui peuvent être vus, est toujours peu considérable , d'abord , parce que l'objectif lui-même a un champ limité, mais surtout parce que, de tous les rayons qui partent des différents points de l'objet d qui tombent sur l'objectif, ceux-là seuls qui viennent d'un point silué près de l'axe principal rencontrent l'oculaire. Le cône des rayons qui proviendraient d'un point E,, par exemple, donnerait, au sortir de l'objectif, un cône réfracté cpii aurait son sommet en E4', et qui, se continuant suivant G'E^G", n'entrerait ni dans l'oculaire, ni , par conséquent, dans l'œil.

372 OPTIQUE

Calcul du grossissement du microscope composé. — Pour obtenir le gros sissement du microscope composé, il suffit de calculer le grossissement^produit par l'objectif, puis celui de l'oculaire, et de multiplier les deux grossissements l'un par l'autre. Or, si nous appelons o La grandeur de L'objet, i> celle de L'image réelle fournie par l'objectif, p> la distance de l'objet il la lentille objective, et /■ la longueur focale , nous avons :

-Il '= ■ /*• - ,

Quant au grossissement, de l'oculaire, il a la même expression que celui de la loupe (cf. § 182) :

U désigne la grandeur de l'image virtuelle,/, , la longueur focale de l'oculaire, et D la distance pour laquelle l'œil est accommodé.

En multipliant terme à terme les deux équations précédentes, nous trouvons pour !<■ grossissement du microscope :

G - A /■ v /» +D /■ (D -H/0 (1] o ~p.-fi X fi fi (p—fi)' ' ' W

Dans cette formule, la valeur de p peut varier entre certaines limites. Si pi diminue, l'image D'E' devient plus grande et s'éloigne de l'objectif pour se rapprocher de l'oculaire; l'image D"E" marche dans le même sens, èt il arrive un moment où elle est trop près de l'œil pour être vue nettement. On peut remédier à cet inconvénient , soit en reculant l'oculaire, soit en en prenant un plus fort. Pour un objectif et un oculaire donnés, la distance £>■ de l'objet a l'objectif est subordonnée à la longueur l du microscope, c'est-à-dire à la grandeur de l'intervalle II' qui sépare l'oculaire de l'objectif. Il est donc possible d'exprimer pi en fonction de/, fi, D et L

Appelons p'i la distance I'S' de l'image D'E' h l'objectif , p* la distance ST de cette même image à l'oculaire et rappelons-nous que la distance S"I' de l'image D"E" a l'oculaire doit être égale à D, distance de la vision distincte. Nous avons nécessairement :

1 = pJ ■+■ p*.

ou, en remplaçant j/i etpi parleurs valeurs tirées de la formule des foyers conjugués :

A l'aide de cette équation, on calculera la valeur de p< qu'on mettra ensuite dans là formule (1) , et on en déduira le grossissement.1

Il est h peine besoin de faire remarquer que le grossissement ainsi obtenu ne saurait être très-exact, d'abord parce que les formules employées pour le calculer ne sont qu'approchées; en second lieu, parce qu'on néglige la distance de l'œil à l'oculaire. Nous nous abstiendrons néanmoins de développer les calculs qui permettent d'arriver a une valeur exacte ; il nous suffit d'avoir donné une idée générale de la théorie du microscope. D'ailleurs l'emploi de la méthode théorique pour déterminer le grossissement du microscope composé, est toujours peu sûr et fort long; en pratique, il est beaucoup plus avantageux de recourir à la méthode expérimentale , que nous exposerons plus loin (voy. § 191).

185. De la lentille de champ. — Le microscope composé, réduit aux parties que nous avons décrites, présente plusieurs défauts : 1° le champ de l'insl ruinent est peu étendu ; 2° les aberrations de sphéricité et de réfrangibilité y font sentir leurs effets perturbateurs sur la pureté des images.

[)KS MICl'iOSC.Ol'KS.

L'influence do l'aberration de courbure se.manifeste par le phénomène suivant. : les rayons qui tombent sur les parties périphériques de l'objectif sont rétractés plus fortement que les rayons centraux ; il en résulte que l'image réelle D'E' (Fig. 195) , au lieu d'être plane comme l'objet, offre une courbure dont, la convexité regarde l'observateur; l'oculaire agit, à son tour, dans le même sens , l'image D"E" est encore plus bombée. D'un autre côté, le contour de l'image est bordé d'un liséré coloré dû à l'aberration chromatique. Ces imperfections peuvent être réduites à un minimum par un moyen qui consiste à ajouter au microscope une troisième lentille convergente qu'on place entre l'objectif et l'oculaire , avant le lieu de formation de l'image réelle donnée par l'objectif. L'introduction de cette nouvelle lentille L' (Fig. 196) a pour résultat d'augmenter la convergence des rayons lumineux , et par conséquent de rapprocher de l'objectif l'image réelle et de la rendre plus .petite. Nous avons indiqué sur la figure en P'Q' la position et la grandeur de l'image que donnerait l'objectif L; par suite de la présence de la lentille L', l'image- P'Q' est reportée en P"Q", et c'est cette dernière image dont l'oculaire L" donne alors une image virtuelle P"'Q"'.

On voit que l'introduction de la lentille L', qui porte le nom de lentille de champ ^ ou lentille collective , diminue un peu le grossissement, puisqu'elle rend plus petite l'image réelle P"Q"; mais, en revanche, elle augmente le champ de l'instrument, et, en outre, elle accroît la clarté de l'image virtuelle P'"Q'" dans le même rapport qu'elle réduit la grandeur le l'image réelle. Ce n'est pas tout : la lentille de champ corrige aussi dans une certaine mesure les aberrations de sphéricité et de réfrangibilité, et elle est redevable de cet effet à l'action qu'elle exerce sur les rayons réfractés, action qui consiste à diminuer l'obliquité des rayons extrêmes tombant sur l'oculaire, et à rapprocher les uns des autres les foyers des diverses couleurs .

Fig. 19G — Effet produit par la lentille de champ dans le microscope compose. [Par erreur, la lentille de champ 1/ J' tourne sa face plane vers l'objectif; elle devrait être disposée en sens inverse, pour avoir le minimum d'aberration spliérique (cf. § 153, p. 305).]

Les microscopes actuels sont toujours munis d'une lentille de champ ; la présence de Ce troisième milieu réfringent introduit nécessairement une modification dans la formule qui donne le grossissement de l'instrument. La manière la plus simple d'en tenir compte consiste à substituer au système de l'oculaire et de la lentille de champ une lentille tjnique, qui produirait le même effet.

Supposons d'abord que l'oculaire et la lentille de champ se touchent; appelons fi et

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fi leurs longueurs l'ecalcs respectives ; nous pourrons déduire la longueur focale F du système' de la formule connue , relative à l'association des lentilles :

Mais, puisque en réalité l'oculaire et la lentille do champ sont séparés l'un de l'autre par un intervalle notable, la longueur focale du système est plus grande que F. Pour trouver la véritable longueur <!', introduisons une lentille auxiliaire divergente de foyer <li, tel que, associée h la lentille convergente de foyer F, elle donne une longueur focale <I>. Nous aurons alors :

et en remplaçant par sa valeur :

1 JL J JL

<I> - fi + fi - $

On exprimera onsuite 4* en fonction des longueurs focales fi et fi et de l'éeartement a des deux verres; puis on tirera la valeur de <|>, qu'on introduira dans la formule du grossissement.

Le rapport entre les trois quantités/a, fs et a est le plus favorable pour la correction des aberrations de sphéricité et de réfrangibilité, quand on a : fi : a : /a = 3 : 2 : 1 , c'est-à-dire quand la lentille collective a une longueur focale, triple de celle de l'oculaire et que l'écartement des deux verres est égal au double de cette dernière longueur.

186. Objectifs achromatiques et aplanétiques. — Pour donner encore plus dd netteté aux images fournies par le microscope composé, on emploie des objectifs achromatiques et aplanétiques. Lorsque le grossissement est moyen, une seule lentille achromatique est suffisante ; il n'en est plus de même pour les forts grossissements ; on associe alors un certain nombre de lentilles composées , ce qui offre le double avantage d'augmenter le grossissement et de corriger les aberrations de sphéricité et de réfrangibilité mieux qu'on ne peut le faire avec un système uniquement formé d'un verre en crown et d'un verre en flint.

Malgré les avantages que présentent les systèmes achromatiques et aplanétiques, on en borne l'emploi à l'objectif. L'oculaire et la lentille de champ sont, en général, de simples verres convergents, parce qu'on ne pourrait leur substituer des combinaisons lenticulaires aplanétiques qu'au détriment du grossissement. D'ailleurs on a dans le choix du système objectif un moyen de compenser l'aberration produite par l'oculaire et la lentille de champ. Il esj facile, en effet, de composer un système lenticulaire qui, au lieu de dévier les rayons périphériques plus fortement que les rayons centraux, comme le fait une simple lentille convergente, ou même de réunir en un point unique tous les rayons réfractés, agisse, au contraire, plus faiblement sur les rayons marginaux ; nous dirons d'un tel système qu'il est achromatisé ou compensé en excès (ùberverbessertes System). On reconnaît cet excès de correction- à ci "signe que le foyer le plus rapproché est bordé d'un liséré bleu, tandis que, dans une simple lentille convergente, ce liséré est rouge. Nous dirons, au contraire, que l'achromatisme est en déficit (unterverbessertes System), lorsque l'aberration du système sera incomplètement corrigée ; l'oculaire et la lentille de champ réunis constituent un système de celte nature.

DES MICROSCOPES

On peut donc s'arranger de manière que l'excès de correction de l'objectif compense exactement le délieil d'achromatisme de l'oculaire, y compris celui de la lentille de champ. Mais il est clair que, si un objectif donné produit une compensation exacte pour une distance déterminée du verre oculaire et de la lentille de champ , l'achromatisme de tout l'ensemble du système ne subsiste plus avec la môme rigueur dès l'instant qu'on vient à changer les distances respectives des différents verres. C'est pour cette raison qu'on rend invariable I'écartement qui existe entre l'oculaire et la lentille de champ, en fixant ces deux verres dans le même tube ; on donne souvent le nom d'oculaire à l'ensemble de ces deux lentilles.

Quant à la distance du système de l'oculaire à celui de l'objectif, on peut la faire varier entre certaines limites; de là un moyen d'obtenir avec la même combinaison de verres des grossissements différents. U est clair, en effet, que plus la lentille de champ est éloignée de l'objectif, plus l'image P"Q" (Fig. 196), et par suite l'image P"'Q"' sont grandes. Si l'on désire connaître plus exactement l'influence de la longueur du tube du microscope sur le grossissement de l'appareil , on n'a qu'à se reporter aux considérations développées dans le § 184a. Mais ces variations de la distance entre l'oculaire et l'objectif s'accompagnent aisément d'un défaut de netteté des images, surtout lorsqu'il a fallu, pour obtenir l'achromatisme du système dioptrique tout entier, dépasser notablement le point de correction de l'objectif.

187. Objectifs à correction. — Pour examiner un objet sous le microscope, on le dispose généralement entre deux plaques de verre ; or quand le grossissement est considérable, l'influence de la plaque supérieure sur la marche delà lumière n'est pas négligeable. Cette lamelle représente, en effet , une lame à faces parallèles, et dévie en conséquence les rayons lumineux qui en rencontrent obliquement la surface ; il en résulte que les rayons qui partent d'un même point P de l'objet (Fig. 197) prennent, après avoir traversé la plaque AB, g des directions telles qu'ils semblent provenir de différents points P',P"... A situés l'un au-dessus de l'autre. Si donc l'objectif doit de nouveau faire concourir tous ces rayons en un même point, il faut le construire de telle sorte que des rayons homocentriques qui tomberaient sur la face la plus rie- 197 extérieure soient réfractés , de façon à aller se réunir'en une série de points situés l'un à la suite de l'autre, mais disposés dans un'orclre inverse cle celui des points P,P', P"...

Il est évident , dès lors, qu'un objectif donné ne convient qu'à une plaque de verre d'une épaisseur déterminée. Néanmoins on peut employer un seul et même objectif pour des plaques 'de différente épaisseur, en faisant varier les distances mutuelles des diverses lentilles qui composent cet objectif; plus la

Action perturbatrice cle la lame couvre-objet sur l'homocentricité des rayons lumineux.

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