OP'J IQUE
plaque de verre qui recouvre l'objet est épaisse, plus il faut rapprocher ces lentilles les unes des autres , si l'on veut corriger l'aberration de courbure et de réfrangibilité. [Dans les objectifs dits à correction ou à compensation , la première lentille peut être rapprochée ou éloignée des deux autres , de manière à corriger l'influence de l'épaisseur de la lame de verre couvre -objet.] Si l'on n'a pas à sa disposition d'objectif à correction , il faut toujours se servir de plaques d'une épaisseur en rapport avec les propriétés optiques du système objectif employé.
187°. Objectifs à immersion. — Le rapprochement mutuel des diverses lentilles qui composent l'obj.ectif augmente le pouvoir réfringent du système et par suite le grossissement du microscope. On pourrait donc avec une seule et même combinaison de verres obtenir un grossissement d'autant plus fort qu'on recouvrirait l'objet d'une lame de verre plus épaisse ; mais, en réalité, cette manière d'accroître le grossissement n'est praticable que dans des limites trèsrestreintes, parce que, la distance focale de l'objectif diminuant , il arriverail un moment où l'épaisseur de la plaque de verre deviendrait supérieure à la distance à laquelle il faudrait placer l'objet.
Le but qu'on se propose d'atteindre en augmentant l'épaisseur de la lame couvre-objet , peut aussi être obtenu par l'interposition entre cette lamelle et la surface de la dernière lentille objective, d'une couche d'eau ou de tout autre liquide plus réfringent que l'air. [Tel est le principe de l'immersion imaginé par Amici.] L'eau agit dans ce cas comme le ferait le verre, et exige , par conséquent, qu'on corrige l'objectif dans le même sens, c'est-à-dire qu'on diminue l'intervalle des lentilles qui le composent. Les objectifs disposés d'après le principe de l'immersion sont appelés objectifs à immersion ; nonseulement ils produisent un grossissement plus considérable, mais encore ils ont l'avantage de donner plus de clarté que les objectifs ordinaires ; car la suppression de la lame d'air entre la plaque de verre et la première lentille de l'objectif fait disparaître en majeure partie une cause puissante de déperdition de la lumière, en amoindrissant beaucoup l'intensité de la réflexion aux surfaces de séparation entre le verre et le milieu interposé..
188. Description du microscope composé. — Après ces notions théoriques préliminaires, qu'il était indispensable d'exposer, nous allons décrire rapidement le microscope composé tel qu'on le construit de nos jours.
Le corps de l'instrument consiste en un tuyau BC (Fig. 198) portant à son extrémité inférieure l'objectif formé de trois lentilles achromatiques, dont la plus extérieure est celle qui a le plus court foyer. Dans l'intérieur du tuyau BC . vers son milieu, se - trouve un diaphragme percé au centre d'une ouverture et destiné à arrêter les rayons marginaux. A la partie supérieure , on voit l'oculaire C, comprenant le verre oculaire proprement dit et la lentille de champ ; ces deux verres sont montés dans un même tube appelé porte-oculaire , qui s'enfonce à frottement doux dans le tuyau principal. Le porte-oculaire renferme dans son intérieur un petit diaphragme situé à l'endroit où se forme l'image réelle.
DES MICROSCOPES
•Ml
Les pièces accessoires les plus importantes sont le porte-objet et Y appareil d'éclairage. Le porte-objet consiste en une plate-forme ou platine E reliée au corps du microscope par l'intermédiaire d'une coïonne portant un collier qui embrasse le tuyau BC. On procède à la mise au foyer, soit en déplaçant le porteobjet, soit en faisant mouvoir le corps de l'instrument.
Dans le microscope que représente la Fig. 198, c'est le tuyau BG qui est mobile : les mouvements rapides sont obtenus à l'aide du pignon A , qui commande \ine crémaillère fixée au collier dont nous avons parlé ; la mise au foyer s'achève à l'aide de la vis de rappel D, qui détermine un mouvement lent.
La plaque qui constitue le porte-objet est en laiton ; les vis K et L permettent de la transporter dans deux sens perpendiculaires pour amenerl'objet dans le champ de l'instrument. Au centre de la platine se trouve une ouverture destinée à laisser passer les rayons lumineux renvoyés par l'appareil d'éclairage. Ce dernier consiste en un miroir concave F, mobile dans tous les sens et qu'on oriente de manière à réfléchir, dans la direction convenable la lumière provenant des' nuées ou d'une
Fig. 198. m- Microscope inclinant (grand modèle perfectionné de Nachet). — A. Double pignon imprimant par l'intermédiaire d'une crémaillère des mouvements rapides au corps du microscope. — B. Système objectif. — C. Système oculaire. — C Vis micrométrique pour mettre le micromètre oculaire exactement au point. — D. Vis de rappel pour achever la mise au foyer. — E. Platine. — F. Miroir réflecteur. — K , L. Vis servant à déplacer la platine.
lampe. [Quand on veut obtenir unéclairage plus intense, on place sous l'ouverture dont est percée la platine, un système de lentilles convergentes connu sous le nom d'éclairage Dujardin, et destiné à concentrer la lumière sur l'objet.] Au-dessous se meut un diaphragme tournant qui porte plusieurs ouvertures de différente grandeur ; par ce moyen , on peut faire varier la quantité de lumière qui tombe sur l'objet.; Ce dernier se pose sur la platine E, entre deux plaques de verre, dont l'inférieure, la plus grande, est maintenue par deux règles à ressort. [Le système tout entier, corps du microscope, porte-objet et appareil d'éclairage , est
OPTIQUE
La Fig.
suspendu sur axe de manière à pouvoir s'incliner cl rester fixe dans toutes les positions.
199 représente un microscope de construction plus simple, et qui
suffit , en général , pour les besoins de la médecine pratique. Dans ce modèle, l'instrument ne peut pas être incliné; les mouvements rapides s'opèrent directement à l'aide de la main , et un certain nombre d'autres perfectionnements font également défaut.]
189. Microscope horizontal. — Dans un grand nombre de circonstances, il est utile de pouvoir changer la direction des rayons lumineux qui traversent le microscope, avant qu'ils entrent dans l'œil de l'observateur. Ce résultat s'obtient généralement à l'aide d'un prisme à réflexion totale. C'est ainsi
Fig. 199. — Microscope petit modèle droit (Nachet).
Fig. 200. — Prisme à réflexion totale.
qu'en plaçant entre l'objectif et l'oculaire un prisme tel que celui de la Fig. 200, on renvoie dans la direction horizontale les rayons qui ont traversé l'objectif, et qu'en coudant alors le corps du microscope à angle droit , on a un instrument à l'aide duquel on peut observer en regardant droit devant soi. [Cette disposition a été adoptée par Ch. Chevalier.]
189a. Application de la chambre claire au microscope. — En adaptant au microscope une chambre claire, on peut dessiner l'image fournie par l'instrument en en suivant exactement les contours sur une feuille de papier. Disposons , par exemple , devant l'oculaire d'un microscope horizontal la chambre claire de Wollaston. Ce petit appareil consiste en un prisme à quatre faces, dont la coupe est représentée en BDCE (Fig. 201) ; l'angle D est droit, tandis que l'angle E a 135°. Un rayon lumineux , tel que de, qui arrive horizontalement, traverse sans déviation la face CD ; puis , rencontrant en c la face CE sous un angle supé- Fig. 2oi. -chambre claire rjeur ^ 440 ? il est réfléchi totalement suivant e/; il subit
de Wollaston. „ ■ , ,» , i • 1 . -,
en f une seconde réflexion totale, qui le renvoie verticalement dans la direction fi, et de là dans l'œil de l'observateur, qui le projette au dehors suivant fS. En plaçant une feuille de papier en S , on voit à la fois
DES MICROSCQPES.
l'image fournie par le microscope et le papier, et l'on peut ainsi suivre les contours de l'image.
[M. Nachel a imaginé pour les microscopes verticaux une chambre claire spéciale, qui est représentée dans la Fig. 202. Elle se compose d'un prisme dont la section degh est un parallélogramme ; les angles aigus d et g ont 45°. Sur la petite face gh, qui se place au-dessus de l'oculaire, est collé un petit cylindre de verre, dont la base inférieure est horizontale comme les faces dh et eg, de sorte que les rayons qui émergent du microscope traversent le prisme sans déviation. Mais ceux qui , venant du papier placé à côté du microscope, rencontrent la face dh, éprouvent sur les faces obliques ed et gh deux réflexions totales qui lès renvoient dans l'œil de l'observateur suivant une direction parallèle à celle des rayons fournis par le microscope.]
.Fig. 202.
Chambre claire de Nacliet pour les microscopes verticaux.
189b. Microscope redresseur. — Le microscope composé ordinaire renverse les images; c'est là un grave , inconvénient , quand on veut disséquer sur le porte-objet , puisque la pointe du scalpel parait se déplacer en sens contraire du mouvement réel qu'on lui imprime. Lé redressement des images peut s'obtenir de la manière suivante.
Supposons qu'on ait affaire à un microscope vertical. Imaginons qu'on surmonte l'oculaire de deux prismes à réflexion totale semblables à celui de la Fig. 203 , et qu'on les dispose l'un au-dessus de l'autre , mais de manière que leurs sections perpendiculaires soient situées dans deux plans verticaux faisant entre eux un angle de 90°.
Chacun des prismes renversera l'image dans le plan perpendiculaire à ses arêtes , comme le montre la Fig. 203, où l'on voit les points L , R , S disposés , après la réfraction , dans l'ordre S', R', L'. Par suite, l'image sera redressée dans tous les sens. [M. Nachet combine les deux prismes en un seul prisme triangulaire à bases obliques, qui produit le même effet.]
189e. Microscope pancratique. — Le redressement de l'image peut encore être obtenu par l'adjonction d'un second objectif. Imaginons, en effet, qu'on place l'objet h une distance plus grande qu'on ne le fait avec les microscopes ordinaires; l'image réelle donnée par l'objectif sera alors* plus petite et plus rapprochée du système réfringent qui la produit; nous pouvons reprendre cette image au moyen d'un second objectif, qui, la renversant à son tour, donnera une image réelle de même sens que l'objet; c'est cette seconde image que l'oculaire rendra virtuelle.
Un microscope ainsi disposé permet de varier le grossissement tout en conservant le même système d'objectifs. Selon qu'on approchera ou qu'on éloignera l'objet du premier objectif la première imago réelle deviendra plus grande ou plus petite. Approchc-
Fig. 203.
Prisme redresseur.
OPTIQUE
t-on, par oxomplc, l'objet, l'image grandit; en même temps elle s'éloigne; par conséquent, il faut aussi reculer le second objectif avec l'oculaire, afin que l'imago soit vue distinctement. Les instruments construits d'après ce principe sont connus sous le nom de microscopes pancraliques.
189d. Application de la photographie à la reproduction des objets microscopiques. — Nous avons montré § 189» comment la chambre claire appliquée au microscope composé permet de calquer pour ainsi dire sur le papier l'image fournie par l'instrument. Nous devons dire un mot d'une méthode qui donne des résultats encore plus exacts; nous voulons parler de la photographie appliquée à la reproduction des objets microscopiques.
On a commencé par photographier directement les images fournies par le microscope solaire , en projetant ces images sur une plaque sensible; mais les épreuves ainsi obtenues laissaient à désirer, et d'ailleurs ce genre de microscope n'est pas d'un emploi avantageux dans les recherches micrographiques.
L'appareil le plus convenable est un bon microscope composé, tel que celui qui esl représenté en C (Fig. 204.) Pour le faire servir à la photographie , on enlève l'oculaire et on le remplace par un châssis A dans lequel se meut la plaque sensible ; la distance de l'objet à l'objectif doit être telle que l'image réelle fournie par l'instrument se peigne exactement au lieu occupé par la plaque photographique. Il faut éclairer l'objet beaucoup plus fortement que cela n'est nécessaire quand on se sert du microscope pour observer directement l'image. [Aussi concentre- t-on la lumière sur le miroir M à l'aide d'un appareil particulier représenté en B ; en outre , sous la platine du microscope on place Véclairage de Dujar- "din F.]
A l'aide du dispositif qui vient d'être décrit, on ne peut obtenir que des images de dimensions assez petites. On les amplifie en les faisant servir d'objet pour une nouvelle épreuve photographique, et ainsi de suite. [Mais il est quelquefois préférable d'obtenir du premier coup une image suffisamment agrandie. Dans ce cas, on adapte au
Fig. 20i. — Appareil de photographie microscopique à petites épreuves (modèle Naclict). — A. Châssis substitué à l'oculaire et destiné à recevoir la plaque sensible. — B. Règle à coulisse supportant l'appareil auxiliaire d'éclairage, savoir : I) un miroir argenté ; E) un diaphragme à ouverture circulaire ; D) une lentille convergente ; H) une cuve renfermant une solution de sulfate do cuivre ammoniacal, qui ne laisse passer que des rayons possédant une activité chimique. — C. Corps du microscope.
— F. Eclairage de Dujardin concentrant la lumière sur l'objet.
— M. Miroir réflecteur du microscope.
DES MICROSCOPES. 381
aûcroscope une boîte à soufflet avec rallonge j à l'aide île laquelle la plaque sensible peut être placée à une assez grande distance, de manière que l'image réelle fournie par le microscope, se faisanl plus loin, soit aussi plus grande ;
Fig. 205. — Appareil de pliotographio microscopique à amplification directe (modèle Nachet). — A. Allonge antérieure de la boîte à soufflet qui réprésente une chambre noire. — B. Chevalet servant d'appui à cette allonge. — C. Tube renfermant un prisme à réflexion totale. — D. Microscope. — E. Tablette de bois mobile. — F. Disque tournant supportant le microscope et l'appareil auxiliaire d'éclairage. — H. Allonge à porte latérale constituant la partie postérieure de la chambre noife.
il va sans dire que l'objet doit alors être rapproché de l'objectif. La Fig. 205 représente un appareil de ce genre adapté à un microscope vertical , qu'un prisme à réflexion totale placé en C transforme en microscope horizontal.]
Pour le détail des opérations que nécessite la photographie des objets microscopiques, nous renvoyons le lecteur aux ouvrages suivants :
Gerlach, Die Photographie als Hiilfsmittel mikroskopischer Forschung. Leipzig 1863. [Moitessier , La photographie appliquée aux recherches micrographiques. Paris 1866.]
190. Microscope binoculaire. — Les prismes peuvent être utilisés de différentes manières pour transformer le microscope monoculaire en microscope binoculaire ou stèréoscopique.
Imaginons que, derrière la lentille objective L (Fig/ 206), nous disposions deux prismes D4 et Dâ, dont les arêtes soient placées en regard et au contact l'une de l'autre. Chacun des prismes recevra une moitié du faisceau lumineux émané du point I de l'objet PQ et réfracté par l'objectif; les rayons qui traversent le prisme D, iront se réunir en I'15 pour donner une image réelle du point I; les rayons réfractés par le prisme D, projetteront l'image en I'a, Il en serait de même pour lous les autres points de l'objet PQ , en sorte qu'on a ainsi
382 OPTIQUE
en P,Q, et P2Q2 deux images réelles. Sur le trajet des rayons lumineux qui partent de ces images, plaçons à une distance convenable deux oculaires 0,
et Ot, et mettons-nous derrière, de façon que notre œil droit voie l'une des images et l'œil gauche l'autre image. Si l'objet PQ présente des différences de niveau , c'est-à-dire des saillies et des creux, les deux images P,Q, et P2Q2 ne seront pas semblables, car tel point de l'objet enverra un pinceau de lumière qui tombera tout entier sur l'un des prismes et qui ne rencontrera pas l'autre ; en un mot, il existera entre les images PtQ, et P2Q2 les mêmes différences qu'entre les deux projections stéréoscopiques de l'objet. 11 en résultera que les yeux, venant à fusionner ces deux images, éprouveront la sensation du relief, et croiront voir l'objet luimême avec ses saillies et ses creux.
Le dispositif que nous venons de décrire a deux défauts qui en rendent l'emploi impraticable :
1° les prismes D4 et D2 dispersent la lumière et donnent ainsi des images colorées; 2° le fusionnement des deux images donne naissance à un effet pseudoscopique, c'est-à-dire que la sensation de relief a lieu en sens inverse de ce qu'elle est dans l'objet ; les saillies apparaissent en creux, et inversement.
Cet effet de pseudoscopie est dû au renversement de l'image. Considérons, par exemple, les deux dessins G et D (Fig. 207), qui , regardés respectivement par l'œil correspondant , donnent par leur fusionnement l'apparence d'une pyramide tronquée, dont la petite base est en avant delà grande. Transposons les deux images ; en mettant à gauche en D' le dessin D, et à droite en G' le dessin G, l'œil droit voit alors le dessin qui correspond à l'œil gauche, et inversement. Il en résulte que la pyramide apparaît en creux , *** 207;, l?8"?™ dl8p?Bé8 p°u c'est-à-dire que la petite base semble située sur
dmre l'effet stereoscopique (D, 0) on i r
l'effet pseudoscopique (d', G'). un plan plus reculé que celui de la grande base.
Fig. 206. — Principe du microscope binoculaire.
DES MICROSCOPES
On peut supprimer du môme coup l'aberration de réfrangibilité et l'effet pseudoscopique , en prenant deux prismes achromatiques et en les disposant base contre base. Par ce moyen, le faisceau dé lumière, parti de chaque point de l'objet est divisé en deux portions, et les deux pinceaux ainsi obtenus s?ènlre~croîsent , de manière que celui de droite se rend à l'œil gauche, et celui de gauche à l'œil droit ; le relief apparaît alors tel qu'il existe en réalité.
Au lieu do déterminer le dédoublement du faisceau luminoux par la voie dioptrique, on préfère l'obtenir h l'aide de la réflexion totale, parce qu'il n'y a pas lieu, dans ce cas , de s'occuper de la correction de l'aberration do réfrangibilité. Nous nous bornerons h décrire deux des dispositifs usités dans la construction du microscope binoculaire.
Un premier procédé consiste à prendre trois prismes équilatéraux et a les disposer comme le représente la Fig. 208. Le prisme inférieur dédouble le faisceau lumineux et détermine en même temps l'entre-croisement des deux pinceaux partiels, ce qui cmpêcbe l'effet stéréoscopique de se transformer en vue pseudoscopique. Les deux prismes supérieurs s'emparent des pinceaux qui émergent du prisme inférieur pour leur donner une direction appropriée à la position des yeux de l'observateur. Un mécanisme spécial permet de régler la distance mutuelle des prismes supérieurs, afin de la mettre en harmonie avec l'écartement des yeux pour chaque individu.
M. Nacbet emploie encore un autre procédé fort ingénieux pour transformer le microscope monoculaire en instrument binoculaire. Au-dessus de l'objectif a (Fig. 209) est un premier prisme à réflexion totale D , placé de façon à s'emparer de la moitié du faisceau lumineux qui émerge de l'objectif et à le renvoyer horizontalement sur un second prisme E ; celui-ci, disposé en sens inverse du premier, projette la lumière sur l'oculaire A'B'. Quant aux rayons qui traversent l'autre moitié de l'objectif, ils continuent leur route en ligne droite et tombent sur l'oculaire AB. Dans ces conditions, chaque faisceau provenant d'un point de l'objet est dédoublé, mais les pinceaux partiels ne s'entre-croisent pas, de sorte qu'on a une vue pseudoscopique de l'objet. Si on veut obtenir la vision stéréoscopique dans des conditions de relief conformes à la réalité, il suffit de déplacer le prisme. D parallèlement a lui-même dans un plan horizontal, de manière à ce qu'il dégage la moitié gauche du faisceau réfracté par l'objectif et qu'il s'empare de la moitié droite ; c'est alors le pinceau de gauche qui continue sa route en ligne droite pour se rendre dans l'œil droit, et le pinceau de droite subit deux réflexions qui le dirigent dans l'œil gauche. Cet appareil est très-instructif, en ce qu'il permet, par un simple déplacement du prisme, d'obtenir à volonté une vue stéréoscopique directe ou une \ue pseudoscopique, et de comparer ainsi la différence des effets dans les deux cas. Enlève-t-on entièrement le prisme D, on n'a plus qu'un microscope monoculaire. La Fig. 210 représente dans son ensemble un microscope muni de son appareil binoculaire. — Ce genre d'instrument donne moins de clarté que les microscopes monoculaires; car, à cause du dédoublement 1 '^f^c^irè'applicàblo'Ttoît du faisceau lumineux, chaque image est moins éclairée. microscope.
Fig. 208. — Système de prismes à réflexion totale produisant le dédoublement des faisceaux lumineux dans le microscope uniquement binoculaire.
OPTIQUE
Mais il jouit du précieux avantage de produire la sensation du relief, c'est-à-dire de montrer l'objet tel qu'il est en réalite', avec ses saillies et ses creux, de nous faire apprécier les différences de niveau de ses diverses parties et de nous donner ainsi une idée vraie de
La forme des objets. Toutefois le microscope monoculaire permet aussi de déterminer indirectement l'éloignement relatif des détails observés; car, en faisant varier la mise au point, on peut explorer successivement les différents plans de l'objet. Toujours est-il que le microscope binoculaire estun excellent instrument, surtout comme moyen de démonstration.
191. Mesure du grossissement d'un microscope composé. — Nous avons indiqué précédemment (cf. §§ 184a et 185) la marche à suivre pour calculer le pouvoir grossissant d'un microscope , à l'aide de ses constantes dioptriques. En pratique, on n'emploie jamais ce procédé, parce qu'il est long et qu'il donne des résultats incertains ; on a recours à la voie expérimentale pour mesurer le grossissement.
Un moyen très-facile consiste à placer sur le porte-objet du microscope une lame de verre portant des divisions très-rapprochées les unes des autres , par exemple 100 divisions dans l'espace d'un millimètre ; c'est là ce qu'on appelle un micromètre. [Nobert fabrique des micromètres dont les traits sont si rapprochés qu'il en irait au-delà de 3000 divisions dans la longueur d'un seul millimètre ! ] A l'aide de la chambre claire , on projette les divisions grossies du micromètre sur une règle divisée en millimètres et placée à la distance moyenne de la vision distincte ; il suffit alors de voir combien de divisions de l'échelle sont couvertes par un certain nombre de divisions du micromètre. Si nous désignons par N le nombre des divisions de la règle qui sont recouvertes par m divisions du micromètre , et par k le rapport de grandeur qui existe entre les deux sortes de divisions , nous avons évidemment pour le grossissement :
ng. 210. ■
- Microscope muni d'un appareil binoculaire (Nachet).
Ct == X
Supposons , par exemple , qu'on ait trouvé N — 20 pour m = 10 et que k = 100 (une division du micromètre étant égale à 0mm,01, tandis qu'une division de la règle a pour longueur lnim) ; on a alors :
DES MICROSCOPES. 385
Dans le cas où la règle divisée ne serait pas à la distance moyenne de la vision distincte, il faudrait la ramener par le calcul à celle distance. Or la grandeur apparente d'un objet est en raison inverse de son éloignement ; donc
une longueur comprenant N divisions à la distance e, se réduirait à N ~
pour la distance moyenne de la vision distincte D. Mettant à la place de N la
valeur N -5- dans l'équation (1) , nous obtenons :
I G = feM. . . . (2).
me
Si , par exemple, N = 20 pour m = 10, à la dislance e = 300mra, et qu'on adopte pour valeur de la distance moyenne de la vision distincte D — 200mi", le grossissement réel sera :
Un observateur habitué à fusionner deux images sans le secours du stéréoscope peut se passer de chambre claire et opérer, comme l'indique M. Eertin : avec l'un des yeux.il regarde dans le microscope le micromètre , tandis que l'autre œil fixe la règle divisée placée sur le porte-objet ; quand la superposition des deux images a lieu, on cherche , comme précédemment, le nombre de divisions de l'échelle qu'embrasse une division du micromètre.
191a. Mesure de la grandeur réelle des objets microscopiques. — Pour déterminer la grandeur réelle d'un objet vu sous le microscope , on peut procéder de la manière suivante : après avoir mesuré le grossissement de l'instrument, on remplace le micromètre par l'objet dont on veut connaître les dimensions absolues, et on cherche combien son image couvre de divisions de' la règle. En divisant le nombre ainsi trouvé par le grossissement, on a la grandeur réelle de l'objet. Si , par exemple , l'image de l'objet recouvre sur l'échelle 2,,lm, et que le grossissement soit de 200, la grandeur absolue de l'objet est égale à 2/200 de millimètre ou 0mm,01.
Habituellement on a recours a des méthodes plus exactes et qui ne nécessitent pas la connaissance préalable du grossissement. Le procédé le plus généralement suivi est celui qui repose sur l'emploi du micromètre oculaire. On désigne sous ce nom un simple micromètre en verre qui se place entre la lentille de champ et le verre oculaire, juste au point où se forme l'image réelle fournie par l'objectif; de cette manière les divisions du micromètre sont grossies par l'oculaire conjointement avec l'image réelle de l'objet. Il faut commencer par déterminer la valeur d'une division du micromètre oculaire relativement à l'objectif employé ; dans ce but, on dispose sur le porte-objet un micromètre objectif, et on cherche combien une division du premier recouvre de divisions du second.
Supposons que 1 division du micromètre oculaire embrasse 5 divisions du micromètre objectif, et que chaque division de ce dernier soit égale à 0»™,01 ; nous en conclurons que 1 division du micromètre oculaire représente en réa-
WIÎNDT, Physique m.'ilion.le. 25
::sc,
OPTIQUE
lité une longueur de 5 luis 0'»m,01 ou Omi»,05. Connaissant la valeur des divisions du micromètre oculaire, nous n'avons qu'à regarder combien il en entre dans la dimension à mesurer sur l'objet examiné au microscope, et à muliiplier le nombre trouvé par la valeur d'une division.
192. Essai du microscope. — Pour juger de la bonté d'un microscope, il faut prendre en considération, d'une part, les conditions générales auxquelles doit satisfaire tout instrument d'optique, savoir : l'aplanétisme, l'achromatisme, l'exactitude du centrage etc.; d'autre part, le but spécial auquel il est destiné. Sous ce rapport, l'essai d'un microscope comprend une série d'épreuves que nous allons passer en revue.
Pour vérifier si l'instrument est exempt d'aberration de sphéricité et de réfrangibilité, on prend comme objet une image à contours très-nettement délimités, par exemple l'image d'une croisée réfléchie à la surface d'un globule de mercure ; cette image, regardée à travers le microscope, doit conserver la pureté de ses contours et disparaître sitôt qu'on élève ou qu'on abaisse le corps do l'instrument. Toutefois la disparition de l'image n'est jamais brusque, parce qu'il est impossible de supprimer entièrement les aberrations de sphéricité et de réfrangibilité. Si la correction du système réfringent est en déficit, l'image s'évanouit à l'instant même où l'on abaisse le microscope, mais elle se change en une sorte de nébulosité lumineuse, quand on relève l'instrument. La correction estelle en excès, le phénomène se montre dans l'ordre inverse.
Le procédé suivant est encore plus sensible pour vérifier l'achromatisme : on recouvre d'une feuille d'étain l'une des moitiés de l'objectif; l'autre moitié représente alors un prisme; si l'aberration de sphéricité n'y est pas suffisamment corrigée, on s'en apercevra à, l'apparition de lisérés colorés qui borderont les images de lignes claires placées sur fond noir; l'irisation des contours sera surtout marquée quand la mise au point sera défectueuse.
Pour essayer le microscope relativement a la déformation particulière des images, dont il a été question dans le § 185, le meilleur procédé consiste h regarder un réseau quadrillé* aussi fin que possible ; ce réseau, vu à travers le microscope, doit présenter une surface parfaitement plane; il paraîtrait, au contraire, excavé, si l'achromatisme du système péchait par excès; il semblerait bombé dans le cas inverse (cf. § 186).
Quant aux autres qualités optiques que doit remplir un bon microscope, telles que l'exactitude du centrage, la clarté etc., il serait difficile de les soumettre à une épreuve directe. On se borne à apprécier la puissance de l'instrument, en examinant des préparations microscopiques qui offrent des détails de structure d'une délicatesse incomparable , et qu'on ne peut apercevoir qu'avec un excellent microscope. Ces préparations microscopiques sont connues sous le nom de test-objets; les plus généralement employées sont des diatomées, groupe de végétaux microscopiques de la famille des algues ; l'enveloppe siliceuse de ces plantes porte à sa surface une série de stries extrêmement fines et si rapprochées les unes des autres dans certaines espèces, qu'il en va jusqu'à 2000 dans l'espace d'un millimètre. On jugera de la puissance d'un microscope, en comparant l'image qu'il donne d'un test-objet à celle que fournit un autre microscope déjà reconnu excellent ou à une bonne reproduction photographique de cet objet.
La puissance d'un microscope, ce qu'on appelle aussi son pouvoir optique, conrpreud deux éléments distincts : lé pouvoir définissant ou délimitant, et le pouvoir pénétrant ou résolvant. Ce sont la deux qualités qui s'excluent jusqu'à un certain point l'une l'autre, et qui néanmoins doivent se trouver réunies dans un bon microscope. Aussi faut-il tenir, compte de l'usage auquel on destine particulièrement l'instrument, et donner, selon les cas, la préférence au pouvoir définissant ou au pouvoir résolvant; la dernière de ces qualités sera recherchée surtout pour les forts grossissements; on attachera, au contraire, plus d'importance à la première pour les grossissements moyens.
Sous le nom de pouvoir définissant, on désigne la propriété que possède un microscope de donner des images à contours très-nettement délimités; plus la correction des aberrations de sphéricité et de réfrangibilité est exacte, plus le pouvoir définissant a