‹ Traité élémentaire de physique médicaleChapitre 130 sur 188 · ANGLE DE ROTATION · texte numérisé non relu

ANGLE DE ROTATION

Rougo extrême

Ommin G45

Ommm55o

Limito du vert et du bleu. .

0mmm,492

Ommra^OG

La rotation est proportionnelle à V épaisseur de la lame. Ainsi une plaque de quartz de 2 millimètres d'épaisseur produira une déviation des rayons rouges extrêmes, égale à 2 x 17", 49, ou 34°, 98. La rotation reste la même, quand on retourne la lame face à face.

238a. Couleurs avec la lumière blanche. Teinte sensible. — Si, au lieu d'opérer dans la lumière monochromatique, on emploie de la lumière blanche, il est évident que la partie centrale de la figure de polarisation sera toujours colorée; car, en faisant tourner l'analyseur de la quantité nécessaire pour éteindre complètement les rayons rouges , on n'arrête pas les autres couleurs , et si on augmente la rotation, l'intensité des rayons plus réfrangibles diminue, mais celle des rayons rouges s'accroît de nouveau.

[Lorsque la lumière incidente est formée de rayons parallèles, la colora lien de la plaque est uniforme ; elle change d'ailleurs, d'une manière continue, à mesure qu'on fait tourner l'analyseur. Parmi les couleurs qui se succèdent ainsi, Biot a remarqué dans l'image extraordinaire ce qu'il appelle la teinte sensible ou teinte de passage; elle répond à la position de l'analyseur qui produit l'extinction des rayons jaunes ; pour une plaque de quartz de 1 millimètre d'épaisseur, l'analyseur doitdone être tourné de 24°. La couleur de la teinte sensible est un bleu violacé qui rappelle la couleur delà fleur du lin ; e]\e offre ce caractère particulier que, pour le plus petit déplacement de l'analyseur, elle vire immédiatement au bleu ou au rouge, suivant le sens du déplacement , circonstance qui permet de la reconnaître facilement et de s'en servir pour déterminer la déviation du plan de polarisation (cf. § 240, appareil de Biot, saccharimètre de Soleil).

A l'aide des déviations du plan de polarisation des couleurs simples et de la règle de Newton sur le mélange des couleurs, on peut calculer la coloration i|ue donne la lumière blanche pour chaque position de l'analyseur, avec une plaque de quartz d'épaisseur connue. Quand on interpose entre le polarisateur el la plaque île quartz Un prisme biréfringent; celui-ci donne deux images qui, conformément à la loi de Malus (voy. § 225, p. 437), ont des intensités complé-

OPTIQUE

méritai res ; il en résulte qu'après le passage des rayons à travers lé quartz et l'analyseur, ces deux images ont toujours des teintes complémentaires , puisque la portion de chaque couleur simple qui manque dans l'image ordinaire se retrouve nécessairement dans l'image extraordinaire.]

239 (235). Structure du cristal de roche. Théorie de la polarisatien ro'atoire.

La forme cristallographique du quartz donne une indication sur la cause des phénomènes do polarisation rotatoire produits par ce corps. La tonne primitive du cristal de roche est une combinaison du prisme hexagonal avec une double pyramide à six faces.

Dans la Fig. 266, les faces appartenant au prisme sont désignées par la lettre M , et les faces des pyramides par la lettre P. Aux angles du prisme, à la naissance de chaque pyramide terminale, on remarque des facettes h inclinées toutes d'un côté, soit à droite, soit h gauche , ce qui constitue un genre de dissymétrie qui rentre dans ce qu'on appelle Yhémiédrie. Trois de ces facettes sont posées de deux en deux sur les angles supérieurs du prisme; les trois autres, alternant avec les premières et tournées en sens inverse, occupent les angles inférieurs. Ces facettes, désignées par Haiiy sous le nom de plagièdres , peuvent être envisagées comme appartenant h une pyramide ou à un rhomboèdre qui serait enclavé dans la forme primitive, sans que les axes des deux formes coïncidassent.

Il y a dès lors k considérer dans un cristal de quartz deux ellipsoïdes d'élasticité : l'un, correspondant à la forme principale du cristal; l'autre, à la forme secondaire qui produit l'hémiédrie, les grands axes de ces ellipsoïdes secondaires étant légèrement inclinés l'un sur l'autre. Cela posé, imaginons qu'on taille une lame de quartz perpendiculairement au grand axe de l'ellipsoïde principal; cet axe se confond avec l'axe optique, puisque le quartz est positif. Tout rayon lumineux normal à la lame la traverserait sans se bifurquer, si l'ellipsoïde principal existait seul; mais, par suite de la présence de l'ellipsoïde secondaire, chaque rayon normal à la lame se décomposera en deux couples de rayons, deux ordinaires/ qui suivront la même route perpendiculaire à la surface réfringente, et deux extraordinaires qui auront des trajets distincts.

Or nous avons vu que toute vibration rectiligne, telle que AA' (Fig. 267), peut être regardée comme ^composée de deux vibrations circulaires AB A'B' et AB'A'B de sens contraire ; chacune de ces vibrations circulaires étant engendrée à son tour par deux vibrations reotilignes, polarisées à angle droit et ayant une différence

de phase égale à (cf. § 218).

Cela posé, nous admettrons que, réciproquement, les quatre rayons auxquels donnent naissance les deux ellipsoïdes d'élasticité du quartz se combinent deux h deux, un ordinaire de l'un des couples avec un extraordinaire de l'autre, de manière à engendrer deux rayons polarisés circulairement et de sens contraire, ces deux rayons restant superposés quand l'incidence est normale h la lame perpendiculaire a l'axe. Si les deux vibrations circulaires possédaient la même vitesse de propagation, elles se composeraient en une vibration rectiligne A A , qui aurait toujours la même direction; mais supposons que l'une des vibrations circu-

Fig. 266. — Forme cristallographique du cristal de roche (héraiédrie rotatoire).

Fig. 267. — Explication de la rotation du plan de polarisation.

POLARISATION UOTATOI I! K.

laires so propage plus rapidement que l'autre, lu vibration rectiligno résultante se déplacera aans le sens do la composante qui marche le plus vite, et d'une quantité angulaire d'autant plus grande que le chemin parcouru sera plus considérable. Le plan de vibration prendra ainsi succossivomont les positions l'I", IMV etc., h mesure que la longueur du trajet accompli augmentera. Tollo est la cause de la rotation du plan de polarisation.

Nous avons admis qu'un rayon lumineux qui rencontro normalement une lame de quartz perpendiculaire à l'axe produit doux rayons polarisés circulairement et de sens inverse; qu'en outro, les deux vibrations circulaires possèdent uno vitesse do propagation différente. Cotto hypothèse est confirmée d'uno manière .éclatante par l'expérience. Taillons, en effet, un prisme BDE (Fig. 2G8) de 152° dans un cristal de roche dextrogyre ; plaçons-le entre deux autres prismes BCD et ADE lévogyres, taillés et disposés de manière à former avec le promior un parallélipipède rectangle. Un rayon polarisé entrant normalement a la face BC, se

décompose en deux autros , polarisés circulairement

r . . . Fie. 268. — Séparation de deux rayons

en sens contraire ; ces rayons restent superposes jus- polarisés clmllall.emcnt en sens con

qu'en o. Mais arrivés en ce point, ils entrent dans le traire, prisme BDE, qui, faisant tourner le plan de polarisation en sens inverse du prisme d'entrée BCD, donnera à la vibration circulaire droite la vitesse de marche qu'avait la gauche dans le premier milieu, et k la vibration gauche la vitesse que possédait la droite. L'une de ces vibrations se trouvera donc dans le même cas que si elle pénétrait dans nu milieu plus réfringent, et l'autre entrera, au contraire, dans un milieu relativement moins réfringent. De là bifurcation du rayon et formation de deux rayons od et of, tous deux déviés, l'un à droite , l'autre à gauche. Le prisme ADE produira sur 'chaque rayon une nouvelle déviation dans le sens de la première, et augmentera ainsi l'angle d'écartement des rayons émergents dh' et fh. Ces rayons possèdent tous les caractères de la lumière -polarisée circulairement; on constate, en outre, que les vibrations se font a droite pour l'un, et h gauche pour l'autre.

[Le quartz doit son pouvoir rotatoire à sa structure cristalline ; la molécule même de ce corps est inactive , caries solutions de silice ne dévient pas le plan de polarisation. Il en est de même de quelcpies autres substances qui exercent sur la lumière polarisée la même action que le quartz ; telles sont le cinabre (sulfure de mercure cristallisé), le eblorate et le bromate de soude, l'acétate d'urane et de soude. Le fait est remarquable pour ces trois derniers corps, parce qu'ils cristallisent dans le système régulier.]

240. POUVOIR ROTATOIRE MOLÉCULAIRE. — Un grand nombre de substances, liquides naturellement ou dissoutes dans un liquide inactif, exercent sur la lumière polarisée une action semblable à celle du quartz.. Le pouvoir rotatoire de ces substances, se manifestant en dehors de tout phénomène de cristallisation, appartient évidemment à la molécule même du corps.

Le pouvoir rotatoire moléculaire se rencontre dans la plupart des principes immédiats qui sont élaborés sous l'influence de la vie dans les êtres organisés, animaux ou végétaux, et qui offrent un certain degré de complication moléculaire. Nous citerons, entre autres, les différentes espèces de sucre, la dextrine, la gomme arabique , les essences de térébenthine , de citron etc. , les acides tartrique, malique etc., la quinine, la cinchonine, la strychnine et d'autres alcaloïdes, l'albumine, la chondrine etc. Parmi ces corps, les uns dévient le plan de polarisation à droite, les autres le font tourner à gauche. Ainsi la sac-

fôS OPTIQUE.

charose (sucre de canne), la glycose (sucre de raisin, de diabète), la lactose (sucre de lait), la dexlrine, l'essence de citron etc. sont dextroggres ; l'albumine, la gélatine, la gomme arabique, les essences de térébenthine , de laurier etc. sont lévogyres. Il en est quelques-uns qui, quoique ayant la môme composition chimique, sont tantôt dextrogyrcs , tantôt, lévogyres; l'acide tartrique se trouve dans1 ce cas; aussi distinguc-t-on un acide lartrique droit et un acide tartrique gauche.

[L'action 'rotatoire d'un liquide appartenant à la molécule même du corps, il est évident que, toutes choses égales, la déviation du plan de polarisation produite par une colonne liquide doit être proportionnelle au. nombre des molécules traversées par la lumière, c'est-à-dire à la longueur de la colonne et à la densité de la substance active.

Si nous appelons « l'angle de déviation, d la densité de la substance active, l la longueur de la colonne liquide , nous avons :

a = P dl

d'où l'on tire :

p- = irr «

La quantité' p est ce que Biot appelle \v pouvoir rotatoire moléculaire; on peut le définir : la déviation du plan de polarisation que produit une substance, en supposant sa densité et son épaisseur ramenées à l'unité. Le pouvoir rotatoire moléculaire varie d'une substance h l'autre; mais, en général, il est constant pour un même corps, quelles que soient les valeurs qu'on donne à d et à l , pourvu toutefois que la température ne ebange pas; il sertMonc à spécifier ce corps quant à son action rotatoire.

S'il s'agit d'une dissolution, on calculera la densité d de la manière suivante : soient p le poids de la substance active, et V le volume delà dissolution; la densité du corps

actif sera évidemment le rapport de son poids à son volume, c'est-à-dire , et la formule (1) deviendra :

p = -fr <2)

Cette dernière formule permet de calculer la quantité de substance active contenue dans une dissolution, quand on connaît le pouvoir rotatoire p de cette substance; il suffit alors d'évaluer, à l'aide d'un appareil de polarisation rotatoire (voy. § 240a et suiv.), la déviation produite par une colonne liquide dont on mesure la longueur et le volume.

De la formule (2) on tire :

équation qui donne la déviation a produite par une colonne l d'une dissolution renfermant un poids p de substance active dans un volume V.

Quand pu a affaire à un mélange de plusieurs substances actives, on calcule séparément les déviations de chacune d'elles, comme si elle était seule, et on fait leur somme en affectant du signe -+- les déviations qui ont lieu a droite, et du signe — celles qui sont de sens contraire. Supposons, par exemple, qu'on ait un mélange de deux substances actives de pouvoirs rotatoires p et p' ; soient p et p' les poids de ces substances, V le volume de la dissolution, et l la longueur de la colonne liquide. La déviation duc à la première substance sera :

POLARISATION ROTATOIRE. 459 La déviation duc ;i la seconde aura pour valeur :

Donc, nous aurons potir la déviation totale A :

iss Ot ■+• a' a» (pp + P'i''). • > (4)

Nous donnons, dans lo tableau ci-dossous, los pouvoirs rotatoires d'un certain nombre de corps dont la plupart se rencontrent dans l'organisme humain. Suivant que la déviation a lieu à droito ou a gauche-, ollo ost précédée du signo H- ou du signe .

SUBSTANCES DEXTKOGYRES. "

Saccharose (sucre de cannes) p = + 73°, 84

\ Pd = + .r>3°,50

Glycose (sucre de raisin) j

( p — ~f- Jo ,00

Lactose (sucre de lait) p = 4- 58°,20

\ de Pasteur p = -f- 67°53

Lactocrlycoscs , . ,

bJ /de Fudokowski .'. . . p = -+- 99°,74

Dextrine p — -+- 118°, 00

Amidon soluble ' p =="-+- 211°,00

Acide glycoebolique p ~ -+■ 29°,00

Taui-ocholate p = : H- 24° 50

SUBSTANCES LÉVOGYRES.

Lévulose p= — I06°,00

Gomme arabique • . . . p = — 36°,00

, ',' . I du sérum ■•..■„=— 56°,00

Albumine 1

I du blanc d œuf p„ — — 3o°,50

Gélatine p . = — 130°, 00

Chondrine \ avec un peu de soude .... p — — 213°,50

dissoute dans l'eau , f avec grand excès de soude . '. p . = 1 — 552°, 00

La notation po représente la déviation de la couleur correspondant à, la raie D de Fraunhofer. Les pouvoirs rotatoires simplement désignés par p se rapportent au jaune moyen.J

240a. Appareils de polarisation pour la détermination du pouvoir rotatoire moléculaire. — Biot, Soleil [M. Wild et d'autres] ont imaginé des appareils qui pei mettent de mesurer la déviation imprimée au plan de polarisation par un liquide actif, c'est-à-dire doué du pouvoir rotatoire, ou par une substance active en solution dans un liquide inactif; à l'aide de cette déviation, on peul ensuite calculer, soit le pouvoir rotatoire moléculaire, soit la richesse d'uue solution én substance active. — Tous ces appareils renferment, comme parties essentielles, un polariseur et un analyseur.

OPTIQUE

[Appareil de Biot ('). — Dans cel; appareil le polariseur est un miroir en verre noir qu'on incline sons un angle convenable pour polariser entièremenj la lumière; l'analyseur consiste en un prisme de Nicol monté dans un petit tube mobile autour de son axe; ce tube entraîne dans son mouvement une alidade, qui parcourt un cerc le fixe divisé en degrés, et qui indique ainsi l'angle que fait la section principale de l'analyseur avec le plan primitif de polarisation.

Entre le polariseur et l'analyseur se place un tube de verre ('puis qu'on remplit du liquide à examiner. Le tube plein de liquide esl fermé à chacune àé, ses extrémités par un disque de verre, maintenu en place à l'aide d'Une virole métallique qui sévisse sur une gaine en laiton, servant d'enveloppe au tube de verre.

Pour observer, on fait tourner l'analyseur jusqu'à ce que la teinte sensible apparaisse (cf. § 238») : on lit alors sur le cercle gradué le degré indiqué par l'alidade , et on a ainsi mesuré la déviation du plan de polarisation.]

240b. Saccharimètre de Soleil. — L'appareil imaginé par Soleil est particulièrement destiné à doser la quantité de sucre contenu dans un liquide ; de là, le nom de saccharimètre qui lui a été donné.

Le saccharimètre de Soleil se compose de trois parties principales A , B , G (Fig. 269) : la partie postérieure A renferme le polariseur, la partie antérieure B , l'analyseur et un dispositif spécial pour mesurer l'action rotatoire de la dissolution sucrée. Dans la partie intermédiaire C, se place le tube G, rempli du liquide sur lequel on opère ; ce tube est semblable à celui de l'appareil de Biot.

Le polarisateur est un prisme biréfringent achromatisé p , figuré à part en G' ; la lumière pénètre en o par une petite ouverture circulaire, et tombe sur le prisme p, qui la polarise en donnant deux images de l'ouverture ; mais l'une d'elles, l'image ordinaire, est arrêtée par un diaphragme. L'analyseur, consistant en un prisme de Nicol figuré à part en N , de profil et de face , occupe dans la partie B la position marquée a. Il est précédé d'un tube L, renfermant une lunette de Galilée à courte portée, destinée à rendre la vision nette. Le prisme de Nicol a son plan de polarisation perpendiculaire à celui du polariseur. de sorte que, si l'appareil ne renfermait que ces deux pièces, l'analyseur éteindrait entièrement la lumière transmise par le polariseur. Mais, entre ce dernier et la partie C où on met le tube rempli de la dissolution sucrée , se trouve enp' un biquartz à rotations inverses ou plaque à deux rotations. On nomme ainsi une plaque de quartz composée de deux demi-disques d'égale épaisseur, taillés perpendiculairement à l'axe, l'un dans un cristal dexlrogyre, l'autre dans un échantillon lévogyre ; les deux demi-disques sont juxtaposés suivant leur tranche diamétrale, de manière à former un disque circulaire complet; la plaque à rotations inverses est figurée à part en Q. Les plans de polarisation de l'analyseur et du polariseur étant croisés à angle droit , la coloration des deux moitiés du biquartz est identiquement la même, puisque la moitié dextrogyre dévie à droite le plan de polarisation d'une quantité précisé-

(') Biot, Instructions pratiques sur l'observation et la mesure des propriétés optiques appelées rotatoircs, vec l'exposé succinct de leur application à la chimie médicale, scientifique t't industrielle. Paris 1845, in- 1".

POLARISATION ROTATOIRE

mi

pcnl égalo à celle dont la moitié lévogyre le fait tourner à gauche. L'épaisseur de la plaque a été choisie telle que la couleur commune obtenue dans les conditions qui viennenl d'être indiquées suit celle de la teinte sensible; il faut

pour cela une épaisseur de 3mM,7. Pour peu qu'on déplace alors l'analyseur dans un sens ou dans l'autre, l'une des moitiés vire au bleu , tandis que l'autre passe au rouge (Fig. 269, Q'), car les plans de polarisation des rayons lumineux qui ont traversé les deux moitiés du biquartz ne sont plus symétriquement placés par rapport à la section principale de l'analyseur, et celle-ci s'est rapprochée autant de l'un qu'elle s'éloignait de l'autre.

Il est évident que l'interposition d'un liquide doué du pouvoir rotatoire entre la plaque à deux rotations et l'analyseur, produira le môme effet que la rotation de ce dernier ; le liquide augmentera l'action du demi-disque à pouvoir rotatoire de même sens, dans la même proportion qu'il diminuera celle du demidisque qui dévie le plan de polarisation en sens inverse. Ainsi le tube G, rempli de la dissolution active, étant mis en C , détruira l'égalité de teinte des deux moitiés de la plaque à rotations inverses.

Il s'agit maintenant d'évaluer l'action rotatoire de la colonne liquide interposée. On y arrive . très-simplement en annulant cette action par celle d'une plaque de quartz qui dévie en sens contraire de la rotation produite par le liquide, et qui ait l'épaisseur voulue.

A cet effet, MM. Duboscq et Soleil ont imaginé, sous le nom de compensateur, un dispositif ingénieux qui permet tout à la fois de faire varier l'épaisseur de la plaque de quartz, et le sens de son pouvoir rotatoire. Le compensateur est placé dans la partie B du saccbarimètre , entre le tube à liquide et l'analyseur. Il comprend deux pièces : une plaque simple p" de quartz dextrogijre perpendiculaire à l'axe, de 3 millimètres d'épaisseur, et le compensateur proprement dit, consistant en une plaque de quartz lévogyre, formée elle-même de deux lames l, V , dont une coupe horizontale est figurée à part en D. Les faces de chaque lame sont inclinées l'une sur l'autre sous un angle très-aigu , et forment ainsi un prisme à arête verticale ; ces prismes , parfaitement égaux entre eux et achromatisès par des prismes de verre , se trouvent disposés l'un au devant de l'autre, mais en sens inverse, de manière à représenter une pkxque de quartz à faces parallèles. On peut , en outre, faire glisser les deux lames l'une sur l'autre horizontalement et dans des directions opposées, ce qui permet de faire varier l'épaisseur du système et de la rendre à volonté supérieure ou inférieure à celle de la plaque dextrogyre p" . Pour effectuer ce déplacement mutuel des lames , on manœuvre le bouton b qui porte un pignon denté agissant sur deux crémaillères , adaptées à la partie inférieure des montures métalliques des prismes. L'une des montures est surmontée d'une règle ee, placée horizontalement en travers de l'axe du saccbarimètre (voy. au-dessous de la partie B, la projection horizontale de cette même partie); l'autre monture porte un double vernier vv, placé en regard de la règle, sur laquelle sont tracées des divisions de part et d'autre du zéro , qui est au milieu. La position du zéro du vernier, par rapport aux divisions de l'échelle, indique la grandeur et le sens du déplacement relatif des deux lames, et permet d'évaluer l'épaisseur correspondante du système. Quand les zéros de la règle et du vernier coïncident , c'est la position figurée à part en F, la somme des épaisseurs des deux prismes est égale à l'épaisseur de la plaque p" ; l'effet rotatoire de cette dernière se trouve ainsi annulé. Si on tourne le bouton b de manière à

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diminuer l'épaisseur du système des lames mobiles, l'action de la plaque dextrogyre devient prépondérante; si, par un mouvement en sens inverse, on augmente cette épaisseur, c'est l'effet du quartz lévogyre qui l'emporte.

Le compensateur fournit donc le moyen de neutraliser l'action rotatoire do la dissolution active, et de rétablir ainsi l'égalité de leinte des deux moitiés du disque à rotations inverses. Connaissant l'épaisseur du quartz qui produit ce résultat, épaisseur donnée par le déplacement du vernier, on peut calculer l'angle dont le liquide fait tourner le plan de polarisation , et si on connaît, en outre, le pouvoir rotatoire de la substance dissoute, on a tous les éléments nécessaires pour déterminer, à l'aide des formules du § 240, la quantité de celte substance qui est tenue en solution. Ordinairement chaque division de l'échelle correspond à un dixième de millimètre d'épaisseur de quartz en plus ou en moins, suivant le sens du déplacement ; le vernier donnant à son tour les dixièmes , on peut mesurer l'épaisseur à un centième de millimètre. — Pour le dosage des solutions sucrées , on évite tout calcul en se servant des tables que M. Clerget(') a dressées à cet effet, et qui donnent pour chaque division de l'échelle du sacchaiïmètre le titre correspondant de la liqueur.

[Quand la liqueur sur laquelle on opère ou que la lumière employée ne sont pas incolores,, leur couleur, s'ajoutant à celle qu'engendre la polarisation rotatoire, modifie la teinte sensible et nuit ainsi à l'exactitude de l'observation. Pour rétablir la teinte sensible, on adapte à l'extrémité du sacebarimètre, au delà du polariscur p, une plaque do quartz q à rotation simple, et un second prisme biréfringent acbromatisé n. Le quartz q, placé entre les deux prismes polarisants p et n, donne une teinte qu'on fait varier en tournant le prisme n jusqu'à ce qu'elle neutralise la coloration du liquide ou de la lumière employée.]

Pour graduer le sacebarimètre, on procède empiriquement. Un prépare une série de solutions de sucre de canne dans l'eau, à divers degrés de concentration, et on mesure la déviation correspondante à ebacune d'elles. La même méthode peut être employée pour graduer le sacebarimètre par rapport à d'autres liquides doués du pouvoir rotatoir.c.

[240e. Polaristrobosiètre de VVild — Le saccharimètre de Soleil, manié par des mains habiles , donne des résultats très-précis, mais à la condition que l'oeil de l'observateur ne soit pas affecté de quelque anomalie dans la perception des couleurs (achromatopsie , dysebromatopsie). Le polaristrobomètre de M. Wild offre cet avantage que l'évaluation de la rotation du plan de polarisation y repose, non sur l'appréciation d'une couleur, mais sur la disparition rie franges d'interférence et sur leur réapparition.

Dans cet appareil, le polariseur et l'analyseur sont des prismes deNicol. Un polariscope de Savart, placé entre l'analyseur et le tube à liquide , donne une image traversée horizontalement par une série de franges parallèles ; mais ces franges manquent dans la partie centrale toutes les fois que les sections principales des deux prismes de ni col sont croisées ou parallèles, et réapparaissent

(') OtiBBOBT, Analyse des substances saccliarifères au moyen des propriétés optiques de leurs dissolutions et évaluation de leur rendement industriel \Ann. de chimie et de physique [3] , 1810, t. XXVI , p. 175) — J. DtFBOSCQ , Pratiqnc du Saccharimètro Soleil. Paris 18GG.

('-') H. Wii.d, Uebiir élu noues Polarmtrobomator und élue neuo Uestininiuug der Drcliungsconstante des Zuckers. Sera 1866.

464 optique.

sitôt qu'on fait tourner soit le polariseur, soit l'analyseur. Le polariscope de Savart est formé par la superposition de deux lames épaisses de quartz, taillées un peu obliquement à l'axe et croisées à angle droit. Ce système donne dans la lumière polarisée des franges hyperboliques dont on ne voit que les parties éloignées du sommet, de sorte qu'elles paraissent rectilignes et parallèles.

Supposons maintenant que les sections principales du polariseur et de l'analyseur soient perpendiculaires l'une à l'autre: il y a interruption des franges dans la région centrale. Vient-on alors à remplir le tube à liquide d'une substance douée du pouvoir rotatoire, les franges réapparaissent dans toute l'étendue' île l'image; pour les faire disparaître de nouveau , on tourne le polariseur d'une certaine quantité, qui mesure précisément la déviation du plan de polarisation.

Quand la déviation surpasse 5°, et qu'on emploie la lumière blanche, les franges d'interférence ne peuvent jamais être effacées entièrement, quelle que soit la position du polariseur ; elles passent seulement par un minimum d'éclat. Mais on peut obtenir leur disparition en se servant de la lumière monochromatique.]

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