îs
CHALEUR
(( une quantité de chaleur équivalente à la force vive détruite du poids qu'il « arrête dans sa course descendante. »
M. Hirn, en mesurant à la fois la quantité d'oxygène consommé, la chaleur sensible dégagée , et le travail produit par un homme dans un temps donné , a aussi reconnu que le travail positif consomme de la chaleur, tandis que le travail négatif en dégage. Quand l'homme monte un escalier, par exemple, son système musculaire, en se contractant, accomplit un travail mécanique positif; en même temps la quantité d'oxygène consommé augmente, et chaque gramme de ce gaz développe moins de chaleur sensible que pendant le repos ; une partie de la chaleur de combustion disparaît donc pour se transformer en travail mécanique. Si, au contraire, l'homme descend le même escalier, il accomplit un travail négatif, et la quantité d'oxygène consommé augmente aussi, comme dans le premier cas, mais la chaleur sensible dégagée est alors supérieure à celle que peut produire l'oxygène; il faut donc que la force vive détruite pendant la descente se soit convertie en chaleur et ait ainsi contribué à accroître la quantité de chaleur sensible mise en liberté.]
286. Température du corps dans l'état de santé. — Les animaux doivent à la chaleur qu'ils produisent continuellement de posséder une température propre, en général supérieure à celle du milieu ambiant. Le degré de cette température dépend à la fois de la quantité de chaleur formée et de la quantité de chaleur perdue dans le même temps. Les causes de refroidissement sont multiples : le rayonnement, le contact du milieu ambiant, l'évaporation de la sueur à la surface de la peau et du poumon occasionnent la perte la plus considérable; la quantité de chaleur enlevée au corps de l'homme par ces trois causes réunies est évaluée à 77 p. 0/0 de la perte totale. Le réchauffement de l'air inspiré, des boissons et des aliments ingérés intervient aussi pour une faible part dans le refroidissement du corps animal.
Quand la production et la perte de chaleur ne varient pas, la température ne tarde pas à devenir constante. Lorsque cet état d'équilibre se trouve atteint, la chaleur perdue dans un certain temps est évidemment égale à celle qui se produit dans le même temps; si, par exemple, le corps de l'animal engendre 1,87 calories, il perd la même quantité de chaleur par voie de rayonnement, d'évaporation, de conductibilité etc. Mais quand la température reste constante, il ne s'ensuit pas nécessairement que la production et la perte de chaleur conservent les mêmes valeurs absolues; il suffit, pour que la température du corps soit invariable, que le gain et la perte de chaleur varient dans le même sens et dans le même rapport. C'est précisément ce qui arrive pour les animaux à sang chaud ou à température constante; les gains et les pertes de chaleur s'y compensent presque toujours de telle sorte que la température de leurs organes internes demeure à peu près invariable. Chez les animaux à sang froid ou à température variable, la compensation n'a pas lieu, ou, du moins, elle est insuffisante , parce que, d'une part, ces animaux produisent moins de chaleur que les animaux à sang chaud, et que, d'autre part, le plus grand nombre d'entre eux sont soumis à des causes de refroidissement, plus puissantes. La température des animaux à sang froid surpasse, en général, à peine
de quelques degrés celle du milieu ambiant ; elle peut même descendre audessous, quand l'évaporation qui se fait à la surface de leur corps devient plus abondante et enlève ainsi plus de chaleur; c'est là un fait qui prouve le peu d'activité de la calorification dans ces organismes. Beaucoup d'animaux à sang froid passent une partie ou la totalité de leur existence dans l'eau, c'est à-dire dans un milieu qui possède un pouvoir refroidissant considérable. Pour qu'un être vivant, placé clans cle pareilles conditions, conserve une température propre, supérieure à celle du milieu ambiant, il faut qu'il soit le siège de combustions respiratoires d'une grande intensité, et qu'il soit organisé de façon à atténuer autant que possible la déperdition de la chaleur; aussi les animaux à sang chaud qui vivent habituellement dans l'eau, les cétacés par exemple, ont-ils la peau doublée d'une épaisse couche de graisse, corps mauvais conducteur de la chaleur.
Toutes choses égales d'ailleurs, la perte de calorique est d'autant moins grande que la surface d'un corps est plus petite relativement à son volume.
Si nous voulions nous rendre exactement compte des lois qui règlent dans le corps humain la production et la dépense de la chaleur, nous aurions besoin de connaître : 1° la distribution de la chaleur dans l'organisme, c'est-à-dire le degré de température en chaque point; 2° la conductibilité de tous les organes et de tous les tissus pour la chaleur ; malheureusement, la plupart de ces données nous manquent dans l'état actuel de la science. Mais, comme la circulation du sang établit entre tous les organes internes un échange continuel de chaleur, on peut admettre que les différences de température qui tendent à se produire sont sans cesse neutralisées, et que, par suite, toutes les parties intérieures du corps se trouvent constamment à la même température. La supposition que nous venons de faire est justifiée par l'observation : on n'a constaté entre les températures des viscères internes , des cavités profondes accessibles au thermomètre (cavité buccale, rectum), du sang du cœur droit et de celui du cœur gauche, que des différences peu marquées. [Chez l'homme, la température de la bouche prise sous la langue est en moyenne de 37°, i à 37°,2; dans le rectum et le vagin, elle est de 37°,3 à 37°,4. D'après M. Jùrgensen, qui base ses conclusions sur le chiffre énorme de 11,000 essais thermomètriques, la température dans le rectum serait de 37°,87 chez l'homme sain. La moyenne généralement admise pour la température prise sous l'aisselle est de 37°.
Les recherches de Malgaigne, de M. G. de Liebig, de MM. Claude Bernard et Walferdin, deM. G. Colin, de MM. Jacobson et Bernhardt ont montré que chez les animaux , le sang du cœur droit possède une température supérieure de quelques dixièmes de degré (0°,1 à 0°,4) à celle du sang du cœur gauche ; ce fait indique que le sang se refroidit un peu en traversant les poumons].
En somme, nous pouvons considérer les parties intérieures du corps humain comme formant un tout, qui possède une conductibilité thermique sensiblement égale à celle cle l'eau, ou en tout cas très-voisine, puisque tous les tissus de l'organisme sont imprégnés d'un liquide aqueux. Le corps pris ainsi en bloc reçoit en moyenne 1,87 calories par minute ; comme le poids moyen de l'homme adulte est cle 60 kilogrammes, il en résulte qu'une quantité de chaleur égale à 0C,0311 est fournie par minute à chaque kilogramme de matière organique.
540 CHALEUR
Le corps est recouvert extérieurement d'une enveloppe qui conduit mal la chaleur ; nous voulons parler de la peau et de la couche graisseuse dont elle est doublée. La température de la peau môme est assez variable, excepté dans les points où la membrane cutanée se replie sur elle-même de manière à circonscrire un espace presque entièrement clos qui prend la température de l'intérieur du corps ; telle est la disposition qui se rencontre dans l'aisselle , et c'est pour cela qu'on choisit habituellement cette région pour y prendre la température,
286a. Régulateurs de la température du corps. — L'enveloppe cutanée renferme des vaisseaux sanguins et des glandes sudoripares ; ce sont là les appareils de compensation destinés à régler le rapport entre la production et la perte de chaleur. Suivant que les vaisseaux sanguins se dilatent ou se resserrent, le sang chaud venant de l'intérieur de l'organisme afflue en plus ou moins grande abondance à la surface du corps ; de là , des variations correspondantes dans la quantité de chaleur enlevée par le rayonnement et par le contact du milieu ambiant. Sous l'action du froid extérieur les fibres musculaires qui entrent dans la composition des parois des artérioles se contractent, [probablement par l'intermédiaire des vaso-moteurs,] rétrécissent ainsi la lumière du vaisseau, et par suite en diminuent le débit ; l'application de la chaleur produit l'effet in- I verse, relâchement, des muscles , dilatation consécutive des vaisseaux et afflux plus grand de sang. On voit donc que l'influence de la température extérieure suffit pour déterminer le fonctionnement en quelque sorte automatique de l'appareil qui sert de régulateur à la déperdition de la chaleur.
Les glandes sudoripares aident aussi à régulariser la température : les orifices de ces glandes livrent passage au liquide sécrété qui se répand à la surface de la peau et s'y évapore continuellement ; cette évaporation de l'eau renfermée dans la sueur absorbe une certaine quantité de chaleur qui est soustraite au corps. La température extérieure exerce sur les parois et probablement aussi sur les nerfs de sécrétion des glandes sudoripares la même influence que sur les vaisseaux sanguins : le froid ralentit la sécrétion de ces glandes ; la chaleur l'active.
286i>. Appareils de protection contre le froid. Vêtements. — Indépendamment des organes régulateurs de la déperdition de la chaleur, dont nous venons d'exposer le fonctionnement et qui sont constamment en activité, un grand nombre d'animaux possèdent, dans les poils ou les plumes dont leur corps est recou- • vert , un appareil de protection qui les garantit contre les variations extrêmes de la température extérieure. Le pelage et le plumage varient en épaisseur suivant les climats et suivant les saisons , en sorte que la perte de chaleur se proportionne au degré de la température ambiante.
L'homme emploie dans le même but des vêtements plus ou moins chauds. En vertu de la loi de Newton (voy. § 278), la vitesse du refroidissement d'un corps est proportionnelle à l'excès de température de ce corps sur le milieu environnant; mais nous pouvons diminuer la perte de chaleur, en nous enveloppant de substances qui conduisent mal la chaleur (cf. § 277b). Quand ce moyen
ne suffit pas à maintenir la température de noire corps, il faut, pour rétablir l'équilibre, que la production de la chaleur augmente et, par conséquent, que les combustions respiratoires deviennent plus actives.
286e. Température du corps dans l'état de maladie. — Dans les maladies qui s'accompagnent d'un étal fébrile, les régulateurs cutanés de la température sont vivement affectés; les vaisseaux sanguins, en particulier, se resserrent pendant le stade de froid de la fièvre, comme s'ils étaient soumis à un abaissement subit de température; pendant le stade de chaleur, ils se dilatent, ainsi qu'ils le font quand la température extérieure s'élève. En effet, au moment du frisson, la peau devient plus froide; conséquemment, la température intérieure doit augmenter. La chaleur fébrile qui suit le stade de froid est due en partie à l'élévation de la température intérieure produite par un ralentissement dans la déperdition du calorique, en partie aussi à un surcroît d'activité dans la formation de la chaleur.
Le fait observé par Bserensprung, que le thermomètre placé sous l'aisselle indique une élévation de température dès le début de la fièvre pendant le stade de froid, ne prouve pas que la peau soit aussi plus chaude, car nous avons vu, § 286, qu'on obtient de cette manière, non la température de l'enveloppe cutanée, mais une température à peu près égale h celle des parties centrales. On ne saurait donc accepter l'opinion avancée par Bserensprung, d'après laquelle un accroissement dans la déperdition de la chaleur nous donnerait déjà la sensation du froid; d'ailleurs cette hypothèse est en désaccord avec toutes les autres données expérimentales que nous fournissent nos sensations calorifiques.
[La mensuration de la température dans les maladies a acquis une grande importance en médecine, et de nos jours le praticien ne saurait se dispenser de recourir à l'emploi du thermomètre au lit du malade. Pour montrer l'importance de la thermométrie médicale, nous reproduisons ici les raisons présentées à ce sujet par M. Wunderlich dans la préface de son Traité sur la marche de la température dans les maladies; ces arguments sont les suivants :
Tout phénomène morbide offre un intérêt scientifique ; il est possible de me» surer la température du corps avec un degré de précision auquel atteignent les mensurations de bien peu de symptômes ; l'état de la température ne peut être ni simulé ni dissimulé; un simple écart de la chaleur normale suffit, sans autres signes, pour dénoter un trouble de l'organisme ; l'élévation de la température au delà d'une certaine limite est le seul signe certain de la fièvre ; dans bien des cas, le degré marqué par le thermomètre mesure en quelque sorte l'intensité et la gravité de la maladie ; la mensuration dé la température permet parfois de découvrir la loi que suit la marche.de certaines formes morbides; quand cette loi est trouvée, l'observation, à l'aide du thermomètre, peut faciliter et assurer le diagnostic ; elle décèle, plus sûrement et plus rapidement que tout autre moyen , les moindres irrégularités qui surviennent clans la marche de l'affection , elle indique si la maladie est en voie d'amélioration ou d'aggravation; il en résulte que la thermométrie médicale permet de contrôler l'effet du traitement etc.
542 CHALEUR
Pour donner une idée de la marche de la température morbide , nous empruntons à l'article chaleur du Nouveau dictionnaire de médecine et.de chirurgie pratiques deux exemples de courbes thermométriques. La Fig. 290
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Fig. 290. — Courbe therinométrique prise pendant un accès de fièvre intermittente.
représente le tracé graphique de la température pendant un accès de fièvre intermittente. On voit que dans l'espace de 2 heures, la température centrale monte de 37° à 41°, qu'elle se maintient à ce niveau pendant près de 3 heures, pour redescendre rapidement à son degré normal.
Jours : 2e 3o 40 5" (je 70 8e 9e 10" lie
Tig. 291. — Courbe tlieruiomtitriquo relative à une pneumonie de vieillard.
La Fig. 291 se rapporte à une pneumonie sênile; ici les variations de la température sont moins grandes et moins rapides; ce n'est qu'au bout de 10 jours que la chaleur revient à son état normal.]
lilliLlOGRAPHIE RELATIVE A LA CHALEUR ANIMALE.
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