ARMATURES
M. Bazin a eu l'idée de recourber un seul barreau aimanté, en forme de fer à cheval, de manière à faire agir les deux pôles sur un même portant. La fig. 896 représente un aimant ainsi disposé, formé de plusieurs lames superposées, dont les extrémités sont échelonnées comme cela doit toujours avoir lieu dans les faisceaux. On aimante ces barreaux recourbés, comme les barreaux droits, en plaçant sur le prolongement des deux branches, deux aimants fixes, et promenant les aimants mobiles sur les faces, en en suivant la courbure. Les aimants en fer à cheval portent beaucoup plus que le double de la charge
Fig. 895.
Fig. 897.
que porterait un de leurs pôles ; c'est qu'il se fait dans le portant, sous l'action des deux pôles réunis, une décomposition magnétique qui réagit ensuite pour augmenter la puissance de l'aimant. Pour mettre en évidence cette influence du portant, on le retire un peu, de manière à laisser à découvert une partie de l'extrémité d'une des branches de l'aimant, comme on le voit sur la fig. 897, et l'on suspend en a un morceau de fer aussi lourd que possible. Si l'on vient ensuite à enlever tout à fait le portant, le morceau de fer se détache aussitôt.
La forme et les dimensions du portant ont une grande influence sur la limite de charge, et c'est par tâtonnement qu'on arrive à lui donner les proportions les plus convenables. Il y a avantage à arrondir les extrémités, comme on le voit dans les fig. 896 et 897, et à donner une forme cylindrique à la surface de contact. — Pour mettre en évidence l'influence de la forme, on suspend au pôle d'un barreau aimanté, un cube de fer représentant sa limite de force ; on trouve ensuite que le même barreau ne peut porter que quelques grammes d'un fil de fer qu'on y suspend verticalement; c'est que la quantité de fluide décomposé est très petite dans le fil de fer très étroit.
Aimante naturels armés. — Les aimants naturels sont généralement
très faibles, mais on peut augmenter leur force dans une proportion étonnante,
au moyen de pièces de fer, ou armatures, convenablement disposées. La fig. 898
représente un aimant naturel armé. Après avoir cherché la position des pôles
de la pierre d'aimant A, ou y polit deux faces parallèles, sur lesquelles on applique, aussi exactement que possible, deux plaques de fer très doux, qui en recouvrent toute la surface. Ces plaques, fixées par des bandes de cuivre, et nommées ailes ou jambes de l'armature, sont terminées par des masses a, a ', ou pieds, qui s'avancent en dessous, de manière à s'appuyer exactement sur la face inférieure de l'aimant, auquel on a donné la forme d'un parallélipipède rectangle, ce' est le portant ou contact, auquel on suspend la charge.
Le rôle des armatures est facile à comprendre : le fluide neutre de l'aile est décomposé par l'action du pôle de la pierre d'aimant qui est de son côté. Le fluide attiré dans l'aile réagit sur celui de l'aimant, et y détermine une décomposition plus complète , de manière que la force de l'aimant est considérablement augmentée. De plus, le magnétisme reçoit une meilleure direction, et Ton peut enfin utiliser en même temps les deux pôles ; aussi l'aimant peut-il
soutenir jusqu'à 200 fois la charge qu'il portait avant ^^ d'être armé.