‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernement (volume 2)Chapitre 121 sur 186 · ÉTATS STATIQUE ET DYNAMIQUE · texte numérisé non relu

ÉTATS STATIQUE ET DYNAMIQUE

m* De l'association des états dynamique et statique de l'électricité.

4603. L'électricité qui se propage sous forme de courant peut être accumulée sur des conducteurs, et les charger en prenant l'état statique. Volta avait chargé une bouteille de Leyde au moyen d'une pile isolée dont les pôles communiquaient avec les armatures. Pour charger un simple conducteur , il suffit de le faire communiquer avec l'un des pôles pendant que l'autre pôle communique avec le sol. Ordinairement, le condensateur ou le conducteur isolé que l'on charge avec une pile, acquièrent instantanément le maximum de charge ; mais cela tient à leurs faibles dimensions comparées à la grande vitesse de propagation de l'électricité. Quand ces conducteurs présentent une très grande surface, l'écoulement de l'électricité delà pile dure pendant un temps appréciable, et forme un courant qui peut être accusé par l'aiguille aimantée. M. Faraday et M. Wheatstone ont fait, à ce sujet, au moyen des fils des télégraphes électriques , des expériences qui ont jeté un nouveau jour sur le mode de propagation de l'électritité '.

4604. Introduction de l'électricité dynamique dans an vante conducteur. — Les expériences de M. Wheastone ont été faites avec un câble destiné à établir une communication télégraphique sous-marine entre le Piémont et la Corse. Ce câble, de 177 kilomètres de longueur, contenait 6 fils de cuivre isolés les uns des autres par une enveloppe en gutta-percha , et l'ensemble était entouré d'une armature de 12 fils de fer épais contournés en hélice. Ce câble était enroulé dans un puits sans eau, et l'on pouvait réunir les fils de cuivre deux à deux, à ses extrémités, de manière à former un seul fil de 1062 kilomètres. L'un des pôles dune pile de 144 couples à la Wollaston ayant été mis en communication avec le sol, et l'autre, avec l'un des bouts du fil de cuivre dont l'extrémité opposée était isolée, un réomètre interposé près de la pile indiqua un courant, qui cessa bientôt, quand tout le fil eut été chargé d'électricité. Cependant avec un réomètre très sensible, on observait un faibre courant permanent, dû à la déperdition de l'électricité par les différents points du long conducteur. En effet, l'intensité de ce faible courant était en raison inverse de la distance de la pile au point où on l'observait, et, prés de la pile , elle était sensiblement proportionnelle à la longueur totale du fil. Cette intensité était aussi à peu près proportionnelle au nombre des couples , tant que la déviation ne dépassait pas 36°. — Le courant se manifestait encore dans deux des fils de 177 kilomètres séparés l'un de l'autre et isolés à l'extrémité opposée à la pile, quand chacun d'eux était en communication avec un des pôles ; et deux réomètres placés prés des pôles , indiquaient des courants de sens contraire l'un à l'autre. Dans les deux expériences qui précédent, on n'observe

i Annales de chimie et de physique, 3e série, t. XL1 , 123 , et XLYI, 424.

aucune déviation de l'aiguille aimantée quand un des pôles de la pile est isolé. — Le fil de J062 kilomètres ayant été mis en communication avec le sol par Tune de ses extrémités, puis avec la pile, par l'autre, on vit trois réométres placés l'un au milieu, et les deux autres prés des extrémités du long fil, se dévier successivement, en commençant par le plus rapproché de la pile ; ce qui montre la propagation successive de l'électricité. — Le long fil étant isolé et chargé comme dans la première expérience, l'extrémité isolée fut mise en contact avec le sol; les réométres furent encore déviés successivement, mais en commençant par le plus éloigné de la pile. — L'un des bouts du fil de 1062 kilomètres ayant été mis en communication avec l'un des pôles de la file, et l'autre bout ayant été joint ensuite au second pôle, les réométres extrêmes furent aussitôt déviés; mais celui du milieu ne se mit en mouvement que quelques instants après. Enfin, le fil étant séparé au milieu, et ses extrémités, réunies aux pôles de la pile, on rétablit la jonction au milieu ; le réométre placé en ce point s'agita immédiatement, et ceux qui étaient près des pôles, seulement quelques instants après. Tous ces phénomènes s'expliquent facilement dans la théorie de la propagation progressive de l'électricité par des décharges intermoléculaires.

1605. Condensation de l'électricité dans des fils Isoles et rabsergés. — On doit à M. Faraday des expériences remarquables qui prouvent qu'un fil métallique enveloppé de gutta-percha et plongé dans un milieu conducteur, se comporte comme un condensateur électrique dont l'enveloppe de gutta-percha formerait la lame isolante, et le liquide, l'armature extérieure '. Dans ces expériences, cet éminent physicien s'est servi d'un câble formé d'un fil de cuivre recouvert de gutta-percha et divisé en parties de 800 mètres de longueur, enroulées en paquet et suspendues à des barques sur un canal. 200 paquets semblables plongeaient dans l'eau, et leurs extrémités étaient réunies deux à deux hors de l'eau, de manière à former une longueur totale de 160 kilomètres. Ce câble étant isolé à une extrémité, on le chargea d'électricité au moyen d'une pile de 360 couples. Un observateur toucha ensuite le fil d'une main, pendant que son autre main communiquait avec le sol, et il reçut aussitôt une violente commotion ayant une certaine durée, comme celle d'une batterie voltaïque. Il pouvait, par plusieurs contacts rapides, diviser la décharge en plusieurs temps. On pouvait aussi, au moyen du réométre, constater l'existence d'un courant pendant que le fil se chargeait et pendant qu'on le déchargeait, et saisir la propagation successive de l'électricité, au moyen de plusieurs réométres placés aux extrémités et au milieu du fil. 11 s'écoulait quelquefois 2 secondes entre les instants où les instruments extrêmes se mettaient en mouvement. Des résultats semblables ont été obtenus avec des fils revêtus de gutta-percha et enfouis dans la terre. Quand ces fils étaient suspendus dans l'air, on n'obtenait plus la commotion ; phénomène qui se montrait de nouveau quand l'enveloppe isolante du fil était recouverte d'une

1 Bibliothèque universelle de Genève (Archives des sciences), t. XXV , p. 209.

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