INFLUENCE DU FER DES NAVIRES
couchant, la plus grande différence observée fut de i°,25' quand Taxe du navire était dirigé de l'O. NO. à TE. SE. Ces observations étaient faites tout prés de l'équateur. Aux tles Malouines, par 51° de latitude australe, la plus grande différence ne fut que de 0° ,25'. L'inclinaison n'était aussi que très peu altérée : des observations faites en 17 stations, de l'équateur à la latitude australe de 43°, ont donné, à Payta, 42', 4 pour la plus grande différence entre l'inclinaison à bord et l'inclinaison observée sur la côte voisine. On a remarqué que les différences sont plus grandes, à égalité de latitude, au nord de l'équateur magnétique qu'au sud. De plus, l'inclinaison est généralement plus petite à bord qu'à terre dans l'hémisphère austral, contrairement à ce qui a lieu dans l'hémisphère boréal.
4233. Méthode de H. Barlow. — M. Barlow, après de longues recherches, est parvenu à compenser directement les effets du fer des navires; son travail, couronné par l'Institut de Londres, a été publié en 4823. M. Barlow a commencé par étudier l'action sur une petite aiguille aimantée, de globes de fer (bombes, boulets) placés dans différentes positions et toujours à la même distance de son axe. Il a reconnu que ces globes présentaient deux pôles produits par la force magnétique terrestre, et placés sur un diamètre parallèle à cette force. L'aiguille n'est pas influencée quand son point de suspension se trouve dans le plan de la ligne neutre du globe de fer, ou dans le méridien magnétique qui passe par son centre ; ce qu'il est facile d'expliquer en supposant l'aiguille assez éloignée du globe, pour que l'action de ce dernier forme un couple.
M. Barlow se convainquit alors que l'action du fer des navires provient de la polarité magnétique que lui communique la terre, et que l'effet résultant est le même que celui d'un aimant dont l'axe serait dans le méridien magnétique et changerait par rapport à Taxe du navire, avec la position de ce dernier. Il conçut alors l'idée de produire les mêmes effets, au moyen d'une masse de fer convenablement placée, qui, éprouvant les mêmes modifications magnétiques lors des changements de latitude, devrait toujours conserver la même position pour produire le même effet. Cette masse de fer se nomme compensateur magnétique on plaque de correction.
Description et usage de la plaque de eorreetloa. — Cet appareil se compose de deux plaques circulaires en fer c, c' (fig. 900) de 30"* environ de diamètre, séparées par une lame de bois et traversées au centre par une tige de cuivre t, de 4cm de diamètre. Les deux plaques sont pressées Tune contre l'autre par des écrous tournant sur cette tige, et par trois petites vis placées prés des bords. On commence par prendre note des déviations produites par Faction du fer, dans les différentes positions du vaisseau, en comparant, comme ci-dessus, la boussole qui est à bord, à une autre boussole placée sur le rivage. On transporte ensuite la boussole du navire à la place de l'autre» et on la pose sur un socle en bois {fig. 900) pouvant tourner sur lui-même, et percé de plusieurs trous. On cherche ensuite, par tâtonnement, dans quel trou et à
quelle profondeur il faut enfoncer la tige de la plaque ce', pour que l'aiguille aimantée éprouve, quand on fait tourner le socle, des déviations égales à celles qu'elle éprouvait à bord. On mesure ensuite exactement- la distance du centre de la plaque à la verticale et à l'horizontale qui passent par le centre de l'aiguille. On reporte ensuite la boussole dans le navire, et Ton ajuste le compensateur sur le trépied qui la supporte, de manière qu'elle ait la même position relative, comme on le voit en et (fig. 901 ). On voit que la plaque ajoutant son effet à celui du fer du vaisseau, Terreur sera doublée. On pourra donc toujours la connaître, en faisant deux observations de déclinaison, Tune après avoir enlevé la plaque, l'autre après l'avoir mise en place. La différence entre les deux résultats sera le double de l'erreur cherchée. On prendra donc la moitié de cette différence , et on la retranchera de la déclinaison observée sans la plaque , si elle a été augmentée quand on l'a adaptée, et on l'ajoutera dans le cas contraire.
Par cette méthode ingénieuse , on ne corrige les erreurs que d'nne manière approximative , parce que :
1° l'état de la plaque de correction est lui-même modifié par le fer du vaisseau , et d'une manière qui varie avec son orientation ; 2° la force coèrcitive qui peut exister dans les masses de fer change avec la température; 3° des différences imperceptibles en certains pays peuvent devenir sensibles dans des latitudes plus élevées, où l'influence que l'on veut combattre est beaucoup plus prononcée. H est donc très utile de régler de nouveau la position de la plaque de correction , quand on s'éloigne beaucoup des lieux où elle avait été réglée d'abord ; 4° le déplacement de masses de fer assez considérables , par exemple d'une ancre que l'on jette à la mer et de sa chaîne , suffît pour que la correction devienne inexacte. Il résulte de là que , toutes les fois qu'il sera possible , il vaudra mieux observera terre.
Poisson a appliqué le calcul au compensateur de M. Barlow , et il en a expliqué l'efficacité, en montrant qu'une masse unique de fer convenablement placée, peut annuler les effets d'un nombre quelconque de masses de fer irrégulièrement distribuées dans un navire, quelle que soit la position de ce dernier. *
1234. laflnence du fer des vaisseaux sur la marche des chraaomètres. — Les chronomètres qui servent dans la détermination des longitudes renferment des pièces d'acier qui deviennent magnétiques, et sont influencées ensuite par le fer du vaisseau, de manière que leur marche est modifiée.
Fig. 900.
Fig. 901.
BOUSSOLES DE DECLINAISON
L'erreur peut aller jusqu'à 10» par jour. Le capitaine Buchan parait avoir, le premier, observé ces irrégularités des chronomètres, lors de son voyage au pôle nord; il con>tata qu'ils ne marchaient pas de la même manière à bord et sur la côte. MM. Barlow et Evans ont vu le mouvement être tantôt accéléré, tantôt retardé. M. Fisher a toujours obtenu une accélération en plaçant des masses de fer près de l'instrument. Cependant, il paraît constant qu'il y a retard dans presque tous les cas; un boulet placé à 54 ou 81 centimètres d'un chronomètre, peut le retarder de 4» par jour.
Des expériences de M. Fisher, «4 de M. Frodsham, sur des parties détachées d'un chronomètre, ont montré que l'action perturbatrice se produit sur le balancier et son ressort; car cette action disparaît, quand on emploie un balancier en cuivre, môme lorsqu'on en approche un aimant.
Pour éviter les erreurs dont il s'agit, il faut éloigner le chronomètre de toute masse de fer, ou le poser* sur un support muni d'une plaque de compensation capable de détruire l'action du fer du navire sur une boussole qu'on mettrait à sa place
n. De la déclinaison.
4X35. B0U880LE8 K DÉCLINAISON. — Relativement à la déclinaison, il y a à observer ses différentes valeurs aux divers points de la surface du globe, et ses variations. Les instruments destinés à mesurer la déclinaison se nomment boussoles de déclinaison. La fi g. 902 représente un de ces instruments : rfr' est une botte circulaire en cuivre1, au centre de laquelle est suspendue , sur une pointe , une aiguille horizontale dent tes extrémités parcourent un cercle divisé en degrés ; une glace préserve cette aiguille des agitations de l'air. La boîte rfr' peut tourner autour d'un axe vertical, fixé en dessous à son centre, et engagé dans un tube porté par le pied de l'instrument; elle est munie de deux verniers opposés , qui parcourent les divisions d'un cercle horizontal ce' fixé par 6 bras au pied de l'instrument.
1 On évite d'employer le laiton, parce que le zinc qui entre dans sa composition contient quelquefois des parcelles de fer qui dévient l'aiguille aimantée. On a vu des boussoles où ce défaut était tellement prononcé que l'aiguille tournait avec la botte de laiton , et pouvait s'arrêter dans tontes les positions.
L'un des verniers m est muni d une pince, que Ton peut fixer au cercle ce' au moyen d'une vis de pression, et qui porte une vis de rappel u qui permet de donner avec précision à la botte rfr' la position désirée. Cette boite porte deux montants verticaux qui soutiennent une lunette à réticule L, mobile autour d'un arbre horizontal oo' parallèle au cercle ce' . Un niveau à bulle d'air n, soutenu par des crochets qui s'appuient sur deux parties de l'arbre oo' tournées avec soin et de même diamètre, sert à reconnaître si cet arbre est parfaitement horizontal. L'axe optique de la lunette décrit alors dans ses mouvements autour de oo\ un plan vertical qui passe par le centre de la botte rfr'. Une ligne diamétrale, tracée sur le fond de celte botte , figure la trace de ce plan sur le fond ; on la nomme ligne de foi. Le levier o'v fixé à l'extrémité de l'arbre oo\ et muni d'un vernier v qui parcourt les divisions du quart de cercle a , fait connaître l'angle que fait la lunette avec l'horizon.
La figure 903 représente en sn l'aiguille de la beussole. Celte aiguille a la forme d'un losange ; on en voit la coupe verticale en SN. Au centre de figure est un trou circulaire par lequel on peut l'ajuster exactement sur la chappe c,
ou l'en séparer à volonté. La chappe
g n' est formée d une agate creusée pour
^j^=^^f^^^^Ê^^^jgl^^^ recevoir la pointe du pivot, et enchâssée s/ ' ** dans un petit plateau en cuivre qui
s fc IÉ a * se relève autour d'elle , de manière à
former un cylindit vertical exactement
Fig. 903. de môme diamètre que le trou central
de l'aiguille. Un petit levier e, e (fig. 902
et 903), terminé par un anneau qui entoure le pivot, s'élève, quand on appuie
sur l'extrémité, qui sort de la botte rfr\ de manière à soulever la chappe et à
l'empêcher de porter sur la pointe quand on ne se sert pas de l'instrument.
Pour observer, on installe la boussole, au moyen des vis calantes que portent ses trois pieds, de manière que le niveau n soit horizontal dans toutes les positions de la botte rfr'. On cherche ensuite l'angle que fait l'aiguille aimantée avec le plan vertical qui passe par une étoile connue. Pour cela, on fait tourner la botte rfr' de manière à amener le centre du réticule sur l'étoile, et l'on observe l'angle que fait alors la ligne de foi avec l'aiguille aimantée. U reste ensuite à trouver, par les moyens astronomiques, l'angle que fait le vertical de l'étoile, à l'heure de l'observation, avec le méridien géographique. Cet angle est ajouté au premier angle observé, quand le méridien se trouve du môme côté de l'aiguille que le plan vertical observé ; on l'en retranche dans le cas contraire.
Méthode de retonraemeat. — Dans cette manière d'opérer, on observe en réalité l'angle que fait la ligne de foi avec l'axe de figure de l'aiguille. Hais il peut arriver que cet axe ne coïncide pas avec l'axe magnétique; par exemple, ce dernier peut être dirigé suivant oo' (fig. 903). Pour éviter cette cause d'erreur, après avoir observé l'angle que fait Taxe de figure avec la ligne de
BOUSSOLES DE DECLINAISON
foi, on enlève l'aiguille de dessus la chappe, et on l'y remet après l'avoir retournée de manière que la face qui était en dessus se trouve en dessous. L'axe magnétique prendra spontanément la même direction que dans la première observation, mais Taxe de figure aura une position différente, que nous trouverons en faisant tourner l'aiguille tw, autour de oo\ de manière qu'elle* vienne en »Y. On voit que l'axe magnétique divise en deux parties égales l'angle des axes de figure ns, nV. L'angle formé par l'axe magnétique avec la ligne de foi est donc la moyenne entre les angles que fait successivement l'axe de figure avec la même ligne, quand on retourne l'aiguille.
Boussole de déclinaison de Gnmbey. — Dans cet instrument beaucoup plus précis que le précédent , l'aiguille est remplacée par un petit barreau suspendu , suivant la méthode de Coulomb, par un paquet de fils de soie sans torsion. Ces fils s'enroulent sur un petit treuil e, dont le support peut tourner sur lui-même, pour supprimer la torsion s'il y en avait une. Ce fil traverse un châssis v fermé de chaque côté par des glaces , et porté par la botte BB' , qui peut tourner autour d'un axe vertical soutenu par le pied de l'instrument. Deux verniers fixés à la botte , et dont un est muni d'une vis de rappel , parcourent les divisions d'un cercle azimutal fixe c. L est une lunette avec laquelle on vise un objet éloigné, pour vérifier si l'instrument ne s'est pas déplacé pendant les observations. L' est une lunette dont l'axe optique décrit un plan vertical quand son axe de rotation est horizontal; un niveau placé au-dessus, fait connaître si cette condition est remplie. L'aimant est un barreau de 50e10 de longueur , de ibmm de largeur, et de 3u"n,5 d'épaisseur. Il est posé sur un double crochet suspendu aux fils de soie , de manière qu'on peut le faire tourner sur lui-même pour appliquer la méthode de retournement. Aux extrémités de cet aimant sont des anneaux en cuivre avec des fils croisés, comme on le voit en A. /, l sont des ouvertures obliques garnies de glaces, par lesquelles on aperçoit les fils croisés. Deux autres ouvertures, ty servent à introduire les doigts pour arrêter les oscillations. Il en existe encore deux autres, en dessous, par lesquelles on éclaire les fils , en renvoyant la lumière au moyen d'une feuille de papier.
Pour observer, on commence par viser une étoile connue, au moyen de la lunette L', et l'on note la division qui correspond au vernier. On remplace ensuite la lunette L' par un microscope, et l'on vise, par l'une des ouvertures /, le point de croisement des fils qui sont à l'extrémité de l'aimant, en faisant
Fig. 904.
tourner la boite BB, jusqu'à ce que ce point coïncide avec le centre du réticule du microscope. La. quantité dont on fait tourner la boîte BB donne alors l'angle que fait Taxe de l'aimant avec le vertical de l'étoile. On fait une seconde observation en visant l'autre extrémité de l'aimant, et l'on prend la moyenne, afin d'éviter l'erreur qui pourrait provenir de ce que la ligne, passant par les centres des anneaux de cuivre, ne serait pas exactement dans le plan vertical que décrit l'axe de la lunette. On recommence enfin, après avoir retourné l'aimant sur lui-même.
Au lieu de remplacer la lunette par un microscope, on dispose au centre de l'objectif, ou lentille tournée vers les objets, une seconde lentille plus petite que l'on couvre d'un écran quand on vise une étoile, tandis qu'on la découvre en cachant la partie extérieure de l'objectif, pour observer les extrémités de l'aimant, la lunette étant ainsi changée en microscope.
4836. Boussole marine. — Cet instrument, connu aussi sous le nom de compas des variations, se compose d'une boite cylindrique en cuivre BB ,
(fig. 905), soutenue par une suspension de Cardan , c'est-à-dire mobile autour de deux axes horizontaux perpendiculaires l'un à l'autre ; l'un dirigé suivant un diamètre de la base supérieure de la boîte, porte sur un anneau mobile autour d'un axe o perpendiculaire à ce diamètre et porté par un second anneau aa'. Ce mode de suspension fait que la base supérieure de la boîte BB reste horizontale , de quelque manière que s'incline le navire. L'anneau ao! est fixé, par des montants Fig. 905. — */\o. verticaux, à un plateau qui peut tourner sur
lui-même. Le fond de la boîte BB porte un pivot sur lequel est suspendue l'aiguille aimantée. Sur cette aiguille est collé un disque de papier rendu rigide par une lame de talc très mince, et sur laquelle sont tracés les degrés de la circonférence et les signes des vents. Le zéro de la division correspond à l'axe de l'aiguille aimantée, dont l'extrémité nord est indiquée par un signe particulier. Deux pinnules sont placées aux extrémités d'un môme diamètre de la boussole; l'une, f, présente une fenêtre au milieu de laquelle est tendu un fil vertical ; l'autre, à laquelle on applique l'œil , est formée d'une plaque munie d'une fente verticale très fine, derrière laquelle est disposé un petit miroir n incliné à 45°. Le tain de ce miroir est enlevé suivant une ligne correspondante à la fente, de manière qu'on peut voir le fil vertical de la pinnule f. — Pour observer , on fait tourner la boussole sur elle-même , et l'on vise à travers les deux pinnules e, /", comme on le voit dans la coupe qui se trouve au bas de la figure, une étoile ou un objet s placé à 15 ou 20° au-dessus de l'horizon, en plaçant l'œil en v. En même temps, on aperçoit dans le miroir n' limage de la ligne de foi tracée en dedans de la botte,
BOUSSOLES DE DÉCLINAISON. 63
et la division de la rose qui coïncide avec cette ligne de foi. On voit ainsi d'un seul coup-d'œil l'angle que fait l'aiguille aimantée avec le vertical de l'astre ou de l'objet visé. Il reste à trouver, par les moyens ordinaires, l'angle de ce vertical avec le méridien géographique.
Quand la boussole doit servir simplement à indiquer l'angle que fait Taxe du navire avec le méridien, il n'y a plus de pinnules ; l'intérieur de la boîte porte seulement une ligne de foi dirigée suivant l'axe du navire, etl'on observe l'angle que fait l'aiguille avec cette ligne, ensuite on en retranche ou on y ajoute la déclinaison supposée connue. La figure 906 représente une boussole marine ordinaire. Pendant la nuit, on l'éclairé au moyen d'une lampe, dont la lumière pénètre, par l'ouverture ac, dans la botte qui renferme l'instrument , et vient éclairer par dessous le disque divisé , en passant à travers le fond , qui est formé d'une lame de verre dépoli.
Dans les navires à hélice , le mouvement rapide du propulseur produit à F arrière une trépidation qui pjg. 900. — 4 M 8. agite continuellement l'aiguille de la boussole ; on évite cet inconvénient en la soutenant par un flotteur posé sur un liquide. L'eau se congelant facilement et l'alcool s' évaporant , M. Santi a eu l'heureuse idée de remplacer ces liquides par la glycérine qui ne présente pas les mômes inconvénients.
Des aiguilles des boussoles. — La forme de losange est la plus convenable, d'après les expériences de Coulomb (1225). Le même physicien a reconnu que le frottement sur le pivot est proportionnel au poids de l'aiguille, quand la pointe est uu peu usée ; et, comme la force magnétique diminue moins rapidement que l'épaisseur, il y a tout avantage à employer des aiguilles très minces. Quand elles ont une forme prismatique, la longueur est à peu prés indifférente ; car la force directrice est proportionnelle à cette longueur, aussi bien que le poids. La chappe se fait en laiton, en agate, en verre; elle est creusée en dessous, et la cavité tournée avec soin a la forme d'un cône très évasé. La pointe du pivot doit être un peu arrondie ; l'angle au sommet est ordinairement de 15 à 20° ; on la fait moins effilée pour les usages de la mer, où les agitations la fatiguent beaucoup plus, et l'on remplace l'acier par le laiton, l'acier s'oxydant rapidement par l'air de la mer. Pour empêcher l'inclinaison, on ajoute, d'un côté de l'aiguille, un petit contrepoids, qu'on doit éloigner du centre quand on s'avance notablement vers le pôle.
i£37. Usages et origine de la boussole. — Indépendamment de ses usages en mer, la boussole sert à se diriger dans les voyages à travers les continents. Les géologues en font souvent usage pour reconnaître la direction des chaînes de montagnes, des collines ou des vallées. On se sert, dans ce cas, de petites boussoles ayant la forme et les dimensions d'une montre ordinaire. — La fig. 907 représente une boussole d'arpenteur. La ligne de foi est parai-
lèle à l'un des côtés de la boîte, auquel est fixée une petite lunette à réticule qui sert à viser dans la direction dont on veut avoir l'orientation par rapport à l'aiguille aimantée. Cette lunette est souvent remplacée par une simple alidade à pinnules.
Il règne beaucoup d'incertitudes sur l'époque de la découverte de la direction de l'aiguille aimantée. La boussole était connue en Europe et en usage dans la navigation, au xue siècle; on la désignait sous le nom de guide-aimant, marinière ou marinetle. Guyot de Provins en parie formellement vers 1180, dans un petit poème en langue gauloise, où il dit que l'aiguille tourne constamment sa pointe du côté de l'étoile polaire '. On a donc tout lieu de croire que la boussole a d'abord été connue en France vers le commencement du xiic siècle, d'autant plus que la fleur de lis , qui indique le pôle nord de l'aiguille, a été adoptée dans tous les pays. Cependant , on a attribué l'invention de la boussole à Flavius Gioja d'Amalfi ; mais il y a évidemment erreur , puisque ce navigateur vivait au xive siècle. Tout ce qu'on peut lui accorder , c'est d'avoir suspendu l'aiguille sur un pivot, de manière qu'on pût l'observer constamment ; tandis qu'auparavant, on la faisait flotter sur l'eau au moment où l'on voulait observer. On a prétendu aussi que les Chinois se dirigeaient au moyen de la boussole, à travers les steppes de la Tartarie, plus de 1000 ans avant notre ère. On s'appuie sur des documents publiés par Duhalde dans sa Description de la Chine, et sur divers passages de l'Encyclopédie japonaise, qui parlent de chars, en avant desquels était une petite figure mobile, dont le bras étendu indiquait . le sud. On ajoute que Marco Paolo. qui allait en Chine par la mer Rouge, avait pu en rapporter cette invention ; mais ce célèbre voyageur ne revint en Europe qu'en 1295. Des critiques très érudits ont soutenu, au contraire, que les Chinois ont connu la boussole par leurs relations avec les Européens, et que les documents dans lesquels ils s'en attribuent l'invention, ont été fabriqués et intercalés après coup, par orgueil national. En effet, les Chinois font flotter l'aiguille sur l'eau, comme on l'a fait d'abord en Europe, et ils n'ont pas de mot particulier pour nommer la boussole, qu'ils désignent par une périphrase '. Cependant de Humboldt admet que les Chinois ont connu l'art de se diriger sur les continents au moyen de l'aimant, plus de 1000 ans avant notre ère, et qu'au iiie siècle, c'est-à-dire plus de 700 ans avant l'introduction de la boussole en Europe, leurs jonques naviguaient sur l'océan indien en se servant de l'indication magnétique du sud 3.
i Dont font à l'aiguille allumer.
Quand la mer est obscure et brune, Puis n'onUls garde d'esgarer.
Quand ne voit estoile ne lune, Contre restoile va la pointe.
2 Dissertation sur Vorùjine de la boussole, par D.-A. Aiuni, 1849.
3 Examen critique de l'fewf. de la gtoyraphic, t. 111, p. 36.
BOUSSOLES DK DÉCLINAISON. 65
Nous trouvons enfin dans les œuvres d'Albert-le-Grand, un passage d'où il semble résulter que les anciens occidentaux ont connu la direction de l'aiguille aimantée, et en faisaient usage sur mer '. Le traité des Pierres d'Aristote, d'où ce passage est tiré, est actuellement perdu. La précieuse propriété de l'aimant, oubliée pendant des siècles, aurait été retrouvée au xue siècle, peutêtre d'après les indications d'Aristote, dont les ouvrages furent révélés aux Européens vers cette époque par Albert-le-Grand, qui les a commentés d'après une traduction arabe. Il ne serait pas étonnant dès-lors que les Chinois et les Indiens eussent connu la boussole avant les Européens ; Aristote en aurait eu communication pendant la conquête de l'Inde par son élève Alexandre-le-Grand.
1*38. bi la déclihaisok bm DUT&RKHTS usine. — Nous avons déjà dit (1302) que la déclinaison est différente aux divers points de la surface du globe. Les premières obseralMae «uMes, «W ce mj/A, ont été faîtes m Id99, d'après les ordres du prime de Nason, par les «urçgateurs hdtaritois. On étak encouragé dans ces sortes de recherches far T idée fue la déiSmijm «otis «me latitude donnée pourrait faire connaître la lengtaAe; mais la découverte dos variations de la déclinaison en un même lieu a fait rameeer à cette espémaœ. Halley, voulant vérifier certaines idées théoriques sur joes variations, «tr-eprit un long voyage sur on navire que lui confia le geuvenœawai anglais* H «a «réunissant à ses réstftats ceux qui araent été obtenue afltérieurawont par divers navigateurs, il dressa des caftas «ar tesquettas étaient traoét* 4e é «a 5°, les lignes d'égale âédmaxson m iu>$omq*t. £as certes, les premières dros ce genre, firent seasatiw & fépofKeiâ «Bas fmreat; mais F*»pfirfectk*i ies méthodes d'observatioû, da»s kafuefas «a n'avait jra teaw compte 4e i «fluence du fer du vaisseau, puis les changements qu'éprouve la déclinaison en un même lieu, les firent bientôt trouver inexactes. Mountain et Dodson publièrent de nouvelles cartes en 1745 et 1746, etM; Hansteen, en 1787, fit paraître un Atlas magnétique plus complet que tout ce qui avait été fait jusque-là. Churchman, en 1 794, dressa aussi des cartes magnétiques, et essaya de trouver les lois de la déclinaison, en partant de l'existence de deux pôles magnétiques, qu'il supposait tourner autour des pôles terrestres, celui du nord en 1096 ans, et celui du sud, en 2389 ans.
Ugaes isogoBlqnea. — M. Barlow a fait, en 1823, un grand travail sur les déclinaisons aux divers points de la surface du globe. C'est d'après les cartes qu'il a publiées qu'a été faite la fig. 908. Les lignes ponctuées représentent des lignes isogoniques. On voit combien elles sont irréguliéres; mais il
> Adhoc autem Aristot. in lib. de lapidibus dicit : Angulus magnéto cujusdam est , cujus virtus apprefaendeodi ferrum est ad zoron , hoc est , septentrionalem : et hoc utuntur nauttt : angolus verd alius jnagnetis illi oppositus trahit ad aphron, id est , polum meridiooalem : et si approximes ferrum versus angulum xoroo con?ertit se ferrum ad zoron : et si ad oppositum angulum approximes , convertit se directe ad aphron.
Beati Alberti magni, etc. op. t. 11, de mneralibus tractâtes 2, cap. VI.
faut remarquer que leurs formes sont altérées, dans les latitudes élevées, par le système de projection de Mercator, adopté dans cette carte.
Ligne sans déclinaison. — Parmi les lignes isogoniques, il faut remarquer les lignes sans déclinaison, c'est-à-dire la série des points sur lesquels Taxe de l'aiguille aimantée coïncide avec le méridien géographique. Une de ces lignes, représentées sur la figure en traits continus, commence au nordouest de la baie d'Hudson, traverse le Canada, coupe l'Amérique méridionale prés du cap Saint-Roch, et vient rencontrer le méridien de Paris vers le 65e degré de latitude australe. Une deuxième ligne sans déclinaison, partant au sud, du point a, traverse la Nouvelle-Hollande, enveloppe dans une vaste
Fig 908.
sinuosité, du côté de l'ouest, les lies de l'Océanie et les deux Indes, puis remonte au nord, longe le Japon, et vient aboutir à la Sibérie. Une autre branche, dont on voit l'extrémité en c, traverse la mer Blanche. On pense qu'elle n'est que la continuation de la courbe de l'Océanie, à laquelle elle se joindrait à travers l'Asie continentale, où les observations manquent. Il y a donc deux systèmes de lignes sans déclinaison ; on peut les regarder comme se continuant l'une avec l'autre par les régions polaires, de manière à ne former qu'une seule courbe faisant le tour de la terre.
Les lignes sans déclinaison se déplacent lentement de l'est à l'ouest ; celle de l'Océan Atlantique passait par Paris en 1663. Du reste, ces déplacements ne sont pas les mêmes dans toute l'étendue d'une même courbe ; car la déclinaison n'a pas varié sensiblement à la Nouvelle-Hollande, depuis un grand nombre d'années; ni dans la partie occidentale des Antilles et au Spitzberg, pendant tout un siècle. Les lignes isogoniques se déplacent, en même temps que les lignes sans déclinaison. En général, quand une ligne isôgonique passe de la mer sur une terre un peu étendue, elle s'y arrête pendant longtemps, et