DÉVELOPPEMENT DE L'ÉLECTRICITÉ PAR LE FROTTEMENT
naturel ; il entrevit ainsi l'égalité de l'action et de la réaction , principe que Newton devait développer plus tard.
4S60. Propagation de l'électricité dans certains corps. — Pendant longtemps on a divisé les corps en corps idio-éïcctriques ou susceptibles de s'électriser par le frottement, et corps anélectriques, qui ne pouvaient pas s'électriser. Mais cette distinction ne tard apasà disparaître de la science» pour être remplacée par une autre. Gray, aidé de Weller, découvrit par hasard, en 1722, 125 ans après Gilbert, que la vertu électrique peut se propager dans certains corps. Ayant frotté un tube de verre fermé par un bouchon en liège , il vit avec surprise, le bouchon attirer quoiqu'il n'eût pas été frotté. 11 en conclut qu'il avait reçu cette propriété, du verre, par communication. Il implanta alors dans le bouchon une tige de sapin terminée par une boule d'ivoire, et reconnut que la faculté d'attirer s'était propagée jusqu'à la boule. Voulant savoir jusqu'où pouvait aller une pareille transmission, il monta à une fenêtre élevée et suspendit au bouchon un fil de fer qui descendait presque jusqu'au sol. Ayant ensuite frotté le tube de verre, il vit l'extrémité inférieure du fil de fer attirer des corps légers , qu'un autre observateur en approchait. Cette transmission de la vertu attractive se fait avec une rapidité telle qu'on peut la regarder comme instantanée; c'est pourquoi on a considéré l'électricité comme un fluide extrêmement subtil, se répandant dans certains corps avec une excessive rapidité, et on l'a désigné sous le nom de fluide électrique.
L'électricité ne peut se propager également dans tous les corps ; les corps anélectriques sont propres à cette propagation, et les corps idio- électriques s'opposent, au contraire, au passage du fluide. C'est encore le hasard qui mit Gray sur la voie de cette découverte. Il étudiait la transmission de l'électricité, d'un tube de verre à une boule d'ivoire, par une corde de chanvre tendue horizontalement, et soutenue par un fil de chanvre. Il n'obtint d'abord aucun résultat ; mais Weller ayant eu l'idée heureuse de remplacer le fil de suspension par un cordon de soie, la boule attira les corps légers dés qu'on frotta le tube de verre attaché à l'extrémité de la corde de chanvre. Le cordon de soie s'étant rompu, il fut remplacé par un fil de laiton qui se trouvait là par hasard, et la boule d'ivoire ne donna plus aucun signe d'électricité. Le cordon de soie ayant été rétabli, l'expérience put réussir de nouveau; et en suspendant ainsi une longue corde avec des cordons de soie, les deux observateurs purent conduire l'électricité à 765 pieds de distance, sans que l'effet parût diminué. Ils attribuèrent alors l'absence d'effet qu'ils avaient d'abord constaté, à ce que le fluide électrique se perdait par le fil de laiton ou de chanvre, tandis que la soie s'opposait à son passage. Des expériences multipliées leur montrèrent alors que les corps se divisent en corps qui laissent facilement passer l'électricité , et en corps qui s'opposent à son passage. Les premiers furent nommés bons conducteurs, et les autres mauvais conducteurs de l'électricité.
4S61 . Tous les corps s'éleetrlsent par le frottement. — Six ans après, Dufay fit voir que tous les corps sont susceptibles de s'électriser par le
frottement, quand on a soin de tenir ceux qui sont bons conducteurs, par l'intermédiaire de substances mauvaises conductrices. Ainsi, on peut électriser un cylindre de métal par le frottement, quand on a soin de le fixer au bout d'un tube dé verre que l'on tient à la main. Cette découverte une fois faite, on essaya d'électriser toutes sortes de corps, même le corps des animaux. Sympson électrisaun chat, en passant la main sur son dos; les poils se hérissaient, étaient attirés par la main, et dans F obscurité, par un temps sec, chaque friction était accompagnée d'une lueur. Les cheveux longs s'électrisent par le passage du peigne, surtout les blonds, et chaque coup de peigne produit une lueur très distincte. Brydone a pu rassembler sur des conducteurs suspendus à des fils de soie, l'électricité dégagée sur un chat. Il a pu tirer des étincelles de deux personnes, montées sur des blocs de résine qui s'opposaient à la perte de l'électricité, et dont l'une passait le peigne dans les cheveux de l'autre ; les cheveux n'avaient été ni poudrés, ni pommadés depuis plusieurs mois. Antérieurement, Gray avait transmis le fluide électrique d'un morceau de résine, au corps d'un enfant couché sur des cordons de soie tendus horizontalement, et avait vu les corps légers attirés par ses mains. Plus tard, Dufay avait excité une admiration générale en tirant des étincelles du corps d'un enfant suspendu de la même manière.
Quand l'air est bien sec, on voit l'électricité paraître d'une manière tout-à-fait inattendue. Par exemple, on a vu à New- York, des personnes se charger d'électricité en marchant sur des tapis de laine, au point de donner des étincelles quand elles s'approchaient de corps bons conducteurs. La maison était construite avec des matériaux mauvais conducteurs et très secs. — Colladon a vu, dans plusieurs filatures, à Mulhouse, le frottement des mèches de coton qui glissent dans des anneaux métalliques destinés à les guider, produire beaucoup d'électricité. Quand l'air est sec. cette électricité se conserve, et les filaments qui flottent dans l'air s'amassent sous forme de houppes, sur les parties saillantes des métiers, au point d'en entraver le jeu.
Le frottement des liquides produit aussi de l'électricité : quand on agite du mercure bien sec dans un verre, on voit des lueurs, dans l'obscurité, et le verre estélectrisé. Dans l'expérience de la pluie de mercure (f,37), on aperçoit des lueurs assez vives, et le mercure est électrisé ; car le tube de verre attire les corps légers, et il ne peut avoir reçu d'électricité que des gouttelettes de mercure qui l'ont touché dans leur chute. Picard a remarqué, le premier, qu'en déplaçant brusquement le niveau du mercure dans le tube d'un baromètre, il se produit des lueurs. Hauksbée a reconnu que ce phénomène se produit encore dans le vide imparfait, et il l'a, le premier, attribué à l'électricité. Pour qu'un liquide électrisé un solide par le frottement, il faut qu'il ne le mouille pas.
Les gaz produisent aussi de l'électricité par le frottement. Hauksbée ayant fait passer de l'air par bulles à travers du mercure placé sous le récipient de la machine pneumatique, le mercure parut tout en feu dans l'obscurité. Wilson a électrisé des lames de verre au moyen du vent d'un soufflet, par un temps