‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernement (volume 2)Chapitre 34 sur 186 · DÉVELOPPEMENT DE LÉLECTH1CITÉ PAR LE FROTTEMENT · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DE LÉLECTH1CITÉ PAR LE FROTTEMENT

bien sec. L'expérience réussit de même avec la résine, la gomme laque ; le résultat est bien plus marqué quand l'air que Ton insufle est môle de poussière. L'air, qui sort d'un fusil à vent, produit une lueur , quand la bourre contient un peu dépoussière; tandis qu'elle n'en produit pas quand elle est bien propre... En général, toutes les fois que deux corps sont frottés Tun par l'autre, il se dégage de l'électricité. Il n'y a que le cas de deux liquides ou de deux gaz qui laisse du doute ; mais les circonstances sont telles qu'il est presque impossible d'apercevoir, dans ce cas, l'électricité dégagée.

4&6S. Des eorps J>ons ou mauvais conducteurs. — Tous les corps étant susceptibles de s'électriser par le frottement, on voit que la distinction en anélectriques et idio-électriques ne peut plus être conservée ; mais il faut diviser les corps en bons conducteurs et en mauvais conducteurs de l'électricité. Ces derniers se nomment aussi corps isolants, parce qu'on s'en sert pour séparer du sol les corps bons conducteurs sur lesquels on veut conserver l'électricité, qui, sans cette précaution, se perdrait dans la terre. Le globe, considéré à ce point de vue, porte le nom de réservoir commun.

Parmi les corps isolants, nous citerons h gomme laque ' , la cire d'Espagne, le diamant, les pierres précieuses transparentes, les résines, le soufre, l'ambre, le verre, la porcelaine, le caoutchouc, le gutta-percha, la soie... L'air sec est mauvais conducteur, sans cela les phénomènes électriques nous seraient inconnus. Remarquons que les plus mauvais conducteurs laissent toujours un peu passer l'électricité.

Les bons conducteurs sont les métaux, le corps des animaux, le lin, le chanvre, les liquides, exepté les huiles. La plombagine est aussi un bon conducteur. Le charbon de bois présente une particularité importante à remarquer: calciné, il conduit fort bien, tandis qu'il est mauvais conducteur dans son état ordinaire. Nous avons vu qu'il en est de môme pour la chaleur. On peut dire, en général , que les corps solides qui sont bons ou mauvais conducteurs pour la chaleur sont dans le môme cas pour l'électricité.

Les pierres, les briques, le bois surtout quand il est sec, la moelle de sureau, conduisent imparfaitement l'électricité.

Les vapeurs, particulièrement la vapeur d'eau, conduisent bien ; aussi, l'air devient-il conducteur quand il est humide , ce qui rend alors les expériences d'électricité très difficiles. Le verre, qui est très hygrométrique (II, 1154), cesse

■ La gomme laque est une espèce de résine rouge-brun , provenant d'un suc desséché qui s'écoule, sous forme d'un liquide laiteux, des tiges de plusieurs arbres de tylnde (Ficus indka, F. religion, Rhamnus jujuba...), quand ils sont piqués par la femelle d'un certain insecte (Coccus tara). L'animal reste renfermé et se multiplie dans ce liquide, qui durcit peu à peu. On sépare la substance résineuse pure, en dissolvant la matière dans l'alcool froid, filtrant et t vaporant. La cire à cacheter n'est autre chose que de la gomme laque mêlée d'un peu de térébenthine, et colorée avec du vermillon ; elle nous venait autrefois de l'Inde par l'Espagne, d'où lui est venu son nom de cire d'Espagne.

d'isoler quand il se recouvre d'humidité ; il faut alors le dessécher au moyen de linges chauds. Pour éviter cet inconvénient , on le recouvre dans les appareils électriques, d'une couche de gomme laque, qui n'est pas hygrométrique, et qu'on applique en la dissolvant dans l'alcool.

Circonstances qui modtflent In conductibilité dos solides. — Le pouvoir conducteur des solides dépend de leur nature ; mais il peut dépendre aussi, pour une même substance, de la structure : ainsi, le diamant est mauvais conducteur, tandis que la plombagine conduit bien. Le verre pulvérisé et la fleur de soufre conduisent assez bien. La cire et le suif conduisent, à l'état liquide, mais non à l'état solide. La glace froide et sèche isole, tandis que l'eau conduit bien.

Influence de in chaleur. — La chaleur communique à tous les corps la propriété de conduire l'électricité. Par exemple, le verre brûlant est conducteur. Le soufre, la gomme laque échauffés, les gaz même, sont dans ce cas : en plaçant une petite lampe métallique à alcool allumée, à 2m au-dessous d'un corps électrisé, elle attire les corps légers, si elle est isolée; tandis que, lorsqu'elle est éteinte, elle ne présente aucun signe d'électricité, même quand elle est placée à quelques centimètres du corps électrisé.

n. Théorie des deux électricités. — Déeempesitlon par lntuenee.

4*63. des deux espèces D'électricité. — Dufay, qui a prouvé que tous les corps peuvent s'électriser, a aussi distingué deux espèces d'électricités ; voici

par quelles expériences : on suspend une balle de moelle de sureau a à un fil de soie (fig. 924), et l'on en approche un cylindre de résine électrisé. La balle est attirée, mais dés qu'elle a touché le cylindre, l'attraction se change en répulsion, r. Ce fait, Qbservé d'abord par Otto de Guericke, n'a lieu qu'après que la balle , qui est isolée , a emprunté au cylindre de résine une partie de son électricité, comme on peut s'en assurer directement en approchant la main de cette balle , qui est aussitôt attirée. Si on lui enlève son électricité en la touchant avec la main, la balle est de nouveau attirée par le bâton de résine. Si maintenant on approche un bâton de verre électrisé , de la balle repoussée par le bâton de résine , cette balle est attirée, et l'attraction est plus vive que si la balle était à l'état naturel. De même si l'on fait toucher la balle de moelle de sureau au verre électrisé, elle en est repoussée; mais elle est alors attirée par la résine élec-

Fig. 9*4.

trisée. La balle, dans un même état, est donc repoussée par l'un des corps électrisés, et attirée par l'autre ; d'où Ton a conclu que l'électricité développée par le frottement sur le verre, est différente de celle qui se développe sur la résine. La première a reçu le nom d'électricité vitrée ou électricité positive, et l'autre le nom à* électricité résineuse ou électricité négative, et on les désigne par les signes (+) et ( — ). Nous verrons plus loin que l'espèce d'électricité que reçoit un même corps, dépend de la nature de la substance avec laquelle on le frotte ; c'est pourquoi, pour que la définition des deux fluides soit complète, nous dirons que Y électricité vitrée est celle qui se dégage sur le verre, et V électricité résineuse, celle qui se dégage sur la résine, quand on les frotte avec une étoffe de laine.

f &€8 bis. Aetleus mutuelles des deux fluides. — Remarquons que lorsqu'il y a répulsion, les deux corps en présence sont chargés de la même espèce d'électricité, et quand il y a attraction, ils renferment des électricités différentes. Or, il est naturel d'admettre que les actions mutuelles des corps électrisés sont la conséquence des actions exercées par les deux fluides l'un sur l'autre. On dira donc, comme pour le magnétisme, que les fluides de même nom p,g. 925t

se repoussent et que les fluides de nom contraire

s attirent. Cette loi peut se vérifier au moyen de deux pendules électriques, qui se repousseront si on leur a communiqué la môme électricité par le contact du verre ou de la résine frottés, et s'attireront s'ils sont chargés d'électricités contraires.

Si l'on approche d'un pendule électrisé par la résine, un corps quelconque électrisé, il y aura nécessairement attraction ou répulsion. Dans le premier cas, le corps sera chargé d'électricité vitrée, et dans le second, d'électricité résineuse.

«£64. Production simultanée des deux électricités. — Après qu'on eut distingué les deux électricités, Wilke reconnut qu'elles se produisent toujours en même temps ; Tune se portant sur le corps frotté , l'autre sur le corps frottant. L'un des fluides ne peut naître sans l'autre , et si, ordinairement, on n'en aperçoit qu'un seul, c'est que l'autre se perd dans le réservoir commun, le corps qui le reçoit n'étant pas isolé. Si l'on frotte l'un contre l'autre deux plateaux tenus par des manches de verre (fig. 025), et qu'on les sépare ensuite brusquement , on les trouve chargés d'électricités de nom contraire ; ce que l'on reconnaît au moyen du pendule électrique préalablement chargé d'une électricité connue.

Quand on frotte l'un contre l'autre deux corps de même nature, il peut se faire qu'on n'aperçoive qu'une seule électricité. C'est que l'autre s'est perdue par quelque voie qu'on finit toujours par découvrir. Par exemple, Bergmann a vu deux plumes d'oie, frottées l'une sur l'autre, s'électriser toutes les deux positivement ; et M. Faraday a vu, deux bandes de flanelle frottées en croix prendre Tune et l'autre le fluide négatif. Dans ces deux expériences, le fluide

de nom contraire à celui que Ton observe est emporté par les parcelles de matière que le frottement détache des surfaces ;• ce que Ton reconnaît en recevant ces parcelles sur une plaque de métal isolée, sur laquelle on peut constater ensuite la présence de cette électricité.

La nature de l'électricité que prend un corps doit dépendre de la substance avec laquelle on le frotte, puisque celle-ci a aussi une certaine tendance, d'après sa nature, à prendre une électricité plutôt que l'autre : c'est ainsi que le verre s'électrise positivement quand il est frotté avec du drap, et négativement, quand il l'est avec une peau de chat garnie de son poil, ou avec des pierres précieuses plus dures que lui. Dans la liste qui suit, les substances frottées avec celles qui les suivent prennent l'électricité positive, et l'électricité négative, quand on les frotte avec celles qui les précédent.

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