‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernement (volume 2)Chapitre 35 sur 186 · Plumes. 8. Gomme laque. 42. Métaux polis · texte numérisé non relu

Plumes. 8. Gomme laque. 42. Métaux polis

Le mercure paraît être la substance qui a le plus de tendance à prendre l'électricité négative : un bâton de résine s'électrise positivement quand on le plonge dans ce liquide et qu'on l'en retire aussitôt.

Iaflaeaee de la sarfaee. — Un même corps frotté avec la même substance peut recevoir Tune ou l'autre électricité, suivant l'état de sa surface. C'est ainsi que le verre frotté avec du drap s'électrise positivement quand il estpo/i, et négativement quand il est dépoli. Canton, ayant pris un bâton de verre, dépoli sur la moitié de sa longueur, et l'ayant frotté avec du drap non isolé, vit la moitié polie prendre électricité positive, et l'autre la négative. — Si l'on frotte deux plaques de verre l'une sur l'autre, chacune d'elles prend tantôt l'électricité positive, tantôt la négative, comme l'a constaté yEpinus; mais si l'une des plaques est dépolie, elle prend toujours le fluide négatif.

Il suffit d'une modification invisible de la surface du verre pour qu'il prenne le fluide négatif. M. Heinlz a fait à ce sujet des expériences curieuses '. Ayant frotté un tube de verre avec delà poudre fine d'émeri humide, puis l'ayant lavé avec soin, il trouva que ce tube prenait le fluide négatif quand on le frottait légèrement avec du drap, quoique sa surface ne présentât aucun changement apparent. En frottant plus fortement, le fluide positif reparaissait. — Le verre acquiert encore la propriété de s'électriser négativement avec le drap, le cuir, la soie et même les métaux, quand on l'a exposé à l'action d'une flamme quelconque, surtout de celle de l'hydrogène. Le cristal de roche, le spath d'Islande, le spath pesant, le gypse, sont dans le même cas. Tous ces corps avaient été refroidis, puis lavés et nettoyés avec soin. La modification produite à la surface n'est pas due à la chaleur seule ; en effet, un bâton de verre qui a été chauffé dans un tube bien fermé, continue de donner de l'électricité positive. Elle n'est pas due non plus à des actions chimiques produites sur le verre par la flamme ; car l'acide

i Archives de l'électricité, par M. A. De la Rive, t. III, p. 742.

carbonique très chaud et la vapeur d'eau ne produisent aucun effet, tandis que la flamme de l'oxyde de carbone et de l'hydrogène rendent le verre négatif. Un bâton de verre plongé dans un acide concentré, puis lavé avec soin, prend encore l'électricité négative, quand on le frotte modérément. Les alcalis ne produisent rien. Ces modifications invisibles de la surface peuvent être rapprochées de celles qui ont été observées par M. Marcet dans des ballons de verre (II, 955) ; elles ne disparaissent pas avec le temps, mais on peut les détruire par un frottement plus ou moins prolongé.

Un minéral, la cyanite, présente cette particularité que certains échantillons s'électrisent positivement et d'autres négativement. Un même cristal peut même présenter, sur ses différentes faces, des tendances électriques opposées ; c'est pour cela que Hauy a donné à cette substance le nom de disthène.

Un ruban de soie blanc frotté sur un ruban noir, prend l'électricité vitrée, et le ruban noir, le fluide résineux ; ce que Inghenhousz attribue à une âpreté communiquée au ruban noir par la teinture. Cigna ayant posé deux bandes de soie blanches l'une sur l'autre, et ayant passé l'angle d'une règle d'ivoire sur celle qui était en dessus, la trouva électrisée négativement, tandis que celle de dessous avait l'électricité positive. Un ruban de soie étant frotté par un ruban identique que l'on fait glisser transversalement en un de ses points, prend le fluide négatif, et le ruban mobile le fluide positif.

influence de la chaleur. — M. Dessaigne a découvert que la chaleur donne aux corps une tendance à prendre le fluide négatif1. Si l'on frotte l'un sur l'autre deux disques de verre identiques, mais dont l'un soit plus chaud que l'autre, le plus chaud prend le fluide négatif. Si l'on frotte un bâton de verre avec une feuille de plomb, le verre prend l'électricité positive ; mais si, en pressant fortement, on vient à l'échauffer, il s'électrise négativement. On peut s'expliquer maintenant ce résultat, remarqué par Bergmann, que, de deux surfaces de même nature, celle qui reçoit le plus de frottement s'électrise négativement : c'est qu'elle s'échauffe le plus ; et l'on voit pourquoi, dans les expériences citées ci-dessus, le ruban de soie noire, le ruban blanc frotté par la règle, le ruban fixe sur lequel on en fait glisser un autre transversalement, prennent le fluide négatif.

4*ftS. SBS THÉOHIBS ÉLBCTOQUBS. TKfcOBIB DE STMKBH. — NOUS avons

maintenant les éléments nécessaires pour établir la théorie électrique généralement adoptée. Dans cette théorie, on admet l'existence de deux fluides particuliers , V électricité vitrée et Yélectricité résineuse. Chacune d'elles repousse le fluide de même espèce et attire celui d'espèce contraire. On admet, en outre, que tous les corps contiennent, en quantité indéfinie, une troisième espèce de fluide nommée électricité neutre, et qui est formée par la réunion de l'électricité vitrée et de l'électricité résineuse ; le frottement, par un mode d'action qui nous est inconnu, décompose le fluide neutre en séparant les deux

1 Annale» de chimie et de physique, îe série, t. XLII, p. 33.

électricités, de manière que l'une d'elles se porte sur le corps frotté, et l'autre sur le corps frottant. Ces électricités sont en quantités égales, sur deux disques identiques et isolés que l'on a électrisés en les frottant l'un contre l'autre ; car, si on les place de part et d'autre et à égale distance d'un pendule électrique, ce pendule reste en équilibre. Si l'on vient à rapprocher les deux disques l'un de l'autre, on voit jaillir une étincelle, et tout rentre à l'état neutre. Du reste, la nature des fluides électriques est tout à fait inconnue; tout ce qu'on peut dire, c'est que l'électricité se comporte comme un fluide très subtil, tendant à se répandre en vertu de la répulsion qui existe entre ses parties ; se répandant, en effet, sur les corps bons conducteurs, avec une rapidité extrême, dont nous nous occuperons plus tard, et ne pouvant se mouvoir dans les corps mauvais conducteurs.

Théorie de Fra»kii». — La théorie des deux fluides est due à Symmer, elle a été précédée de beaucoup d'autres, proposées par Dufay, Hauksbée, et surtout Nollet; mais elles ont été toutes abandonnées, quand on a eu à expliquer d'autres faits que les attractions et répulsions. Une théorie célèbre, qui fut accueillie avec transport, et vers laquelle quelques physiciens semblent pencher de nouveau, est celle de Franklin. Dans cette théorie, on n'admet qu'une seule espèce d'électricité, dont les parties se repoussent entre elles, et qui est unie aux molécules des corps, en quantité dépendant de leur nature, et constituant, pour chacun d'eux, un état d'équilibre naturel dans lequel le fluide ne produit aucun effet extérieur. Vient-on à augmenter cette dose d'électricité, le corps est électrisé en plus ou positivement; vient- on, au contraire, à lui enlever une partie de son électricité naturelle, il est électrisé en moins ou négativement. C'est là l'origine des noms d'électricité positive et d'électricité négative. Le frottement fait passer l'électricité d'un des corps mis en présence sur l'autre corps, de sorte que ces deux corps sont électrisés, l'un en plus, l'autre en moins ; si on les met en communication, l'équilibre se rétablit. La répulsion des corps électrisés en plus s'explique par celle qu'exerce le fluide électrique lui-même. L'attraction d'un corps électrisé en plus, sur un corps à l'état naturel ou sur un corps électrisé en moins, et la répulsion entre deux corps électrisés en moins, sont dues, d'après Franklin, à des mouvements que l'électricité, en cherchant son équilibre, communique à l'air. Mais, indépendamment des difficultés qui se présentent quand on veut développer cette explication, les attractions et répulsions des corps mauvais conducteurs électrisés, ont lieu dans le vide comme dans l'air. De plus, ^Epinus ayant soumis au calcul le système de Franklin, trouva que, pour expliquer la répulsion des corps électrisés négativement, il faudrait admettre que les molécules des corps se repoussent au lieu de s'attirer. yEpihus imagina alors un autre systèmemoins sujet à objections, mais qui n'eut pas cependant la vogue du premier. Jusque-là on n'avait admis qu'un seul fluide. Les expériences de Dufay, confirmées par Kinnersley, firent songer à en admettre deux. C'est alors que Symmer développa la théorie des deux fluides, au moyen de laquelle il put rendre compte de tous

Page 1