DÉCOMPOSITION PAR INFLUENCE
les phénomènes connus de son temps. La décomposition par influence, dont nous allons traiter, n'a fait que la confirmer. Nous aurons aussi à signaler plus d'une fois des phénomènes dans lesquels se manifestent des caractères distincts des deux fluides.
Remarque. — La théorie de Sy m mer n'est pas â l'abri d'objections. Il ne faut pas oublier qu'elle repose sur une hypothèse , celle de l'existence de fluides particuliers, auxquels on attribue des propriétés qui ne sont que la traduction des phénomènes. Ces fluides doivent donc être considérés comme une sorte de symbolisme, une espèce de formule servant à représenter les faits. Tout ce qu'on peut dire avec certitude, c'est que certaines actions exercées sur les corps y développent des forces agissant d'une manière opposée, mais dont la nature nous est inconnue. Cependant, comme l'hypothèse des fluides, non seulement rend compte des phénomènes qui ont servi à l'établir, mais encore se plie facilement et naturellement à l'interprétation de tous les autres, et qu'elle a permis de prévoir une foule de faits que l'expérience a ensuite vérifiés, on doit la considérer comme formant un jalon sur le chemin qui doit conduire plus tard à la découverte de la cause première ; il faudra un jour renoncer à l'idée des fluides, mais le mode d'action de la cause réelle devra être, sans doute, toujours interprété de la môme manière, car les choses se passent comme s'ils existaient.
Aujourd'hui, on cherche à rattacher les actions électriques à des mouvements particuliers de l'éther, et à rapprocher ainsi les phénomènes de Y électricité, de ceux de la chaleur et de la lumière. Nous verrons, en effet , qu'il y a de nombreux points de contact entre ces divers ordres de phénomènes ; mais la science, à ce sujet, ne présente encore, pour ainsi dire que des pressentiments, et l'on n'est pas encore parvenu à lier par cette nouvelle théorie l'ensemble des phénomènes électriques.
Nous adopterons donc ici la théorie de Symmer, tout en indiquant en quelques mots, quand l'occasion s'en présentera, les explications fournies par celle de Franklin. Nous aurons aussi l'occasion de faire voir comment certains phénomènes qui se manifestent dans les mauvais conducteurs, ont conduit M. Faraday à modifier, à certains égards, la théorie des deux fluides.
*s«6. décomposition DE L'iLBCTiiciTÉ pah ihfluehce. — Dans la théorie de Symmer, on admet que tous les corps contiennent une quantité indéfinie de fluide neutre, et que l'électrisation consiste dans la séparation des deux électricités qui le composent. Cette hypothèse reçoit la confirmation la plus heureuse du phénomène de la décomposition par influence.
Considérons un cylindre métallique isolé AB (fig. 926), au-dessous duquel on a suspendu, par des fils de lin, des couples de balles de sureau a, 6, c, c b' a', et approchons de ce cylindre un corps électrisé V. Aussitôt, nous verrons les balles de sureau de chaque couple s'écarter l'une de l'autre,- et d'autant plus qu'elles sont plus rapprochées des extrémités ; celles du milieu restant seules en repos. Ces effets prouvent la présence de l'électricité aux extrémités du
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cylindre ÀB. On reconnaît de plus, au moyen d'un bâton de résine électrisé, que l'extrémité A est chargée de fluide de nom contraire à celui du corps Y, tandis que l'extrémité B renferme du fluide de même nom. Ce résultat est aussi indiqué par l'inclinaison des balles a et a', dont les premières se portent vers le corps V, tandis que les autres s'en écartent. Ces faits s'expliquent
facilement dans la théorie de Symmer : le fluide neutre contenu dans le corps AB est décomposé par l'influence de l'électricité du corps V, laquelle attire le fluide de nom contraire et repousse le fluide de même nom, de manière à les séparer en vainquant leur attraction mutuelle, et à produire des quantités égales des deux fluides. C'est là ce que l'on désigne par électrisation par influence ou induction électrostatique. Si l'on vient à éloigner le corps V, ou à lui enlever son électricité, les fluides séparés sur le corps AB se recombinent aussitôt en obéissant à leur attraction mutuelle, et ce corps rentre à l'état neutre. II y a ici un phénomène analogue à celui qui se produit dans la décomposition du fluide magnétique neutre du fer doux sous l'influence d'un aimant (1197); seulement, tandis qu'il n'y a pas transport des fluides magnétiques, il y a ici réellement transport des deux électricités aux extrémités du corps AB ; si l'on compose ce corps, comme l'a fait Wilcke , de deux parties A et B soutenues chacune par une colonne de Terre, et si on les sépare pendant que s'exerce l'influence du corps V, chaque partie emporte l'électricité qu'elle a reçue.
L'action exercée par le corps V sur les pendules a, ayant donné lieu à quelques objections , M. Riess dispose le conducteur AB verticalement, comme on le voit (fig. 9-27), le pendule a ne peut s'écarter du conducteur AB sous l'influence de l'électricité du corps Y. v est une lame de verre à travers laquelle s'exerce l'induction sur AB.
Fig. 927.