EFFETS DE LA FOUDRE
supposer que la foudre produisait des fusions froides. Mais il est facile de rendre compte du phénomène, en remarquant que les corps non conducteurs ne manquent pas d'être brûlés lorsque les métaux en contact sont entièrement fondus ; et que, dans les cas où ces corps ne présentent que des traces de fusion, les portions fondues sont instantanément refroidies par le contact de celles qui n'ont pas changé d'état, et qui présentent assez de masse. Ce phénomène est analogue à celui qui se passe quand on met un charbon allumé sur un morceau de toile étendu sur une masse métallique (II, 803).
La foudre fond aussi les substances peu conductrices. On a vu des ustensiles de verre être fondus en quelques parties, ou ramollis au point de se déformer par leur propre poids. Des briques sont vitrifiées à la surface. De Saussure au mont Blanc, Ramond au pic du Midi et au mont Perdu, de Humboldt au Mexique, et beaucoup d'autres voyageurs, sur divers sommets, ont observé des portions de roches vitrifiées par la foudre. Ces vitrifications n'ont d'épaisseur que quelques dixièmes de millimètres, mais elles recouvrent parfois des surfaces de près d'un mètre carré, qui sont vernissées d'une espèce d'émail gris ou jaunâtre, dans lequel on distingue des bulles ou boursouflures, de plusieurs millimètres de largeur.
Fulgurites. — Quand la foudre frappe certains terrains sablonneux recouvrant des couches humides, elle fond le sable en formant un tube vitrifié et lisse en dedans, et recouvert en dehors de grains de sable agglutinés. Le diamètre intérieur est de 1 à 50mm; la longueur peut atteindre jusqu'à 40 mètres. Le plus souvent ces fulgurites ou tubes fulminaires se ramifient à leur extrémité inférieure ; leur position est tantôt verticale, tantôt inclinée à l'horizon. Hermann aie premier remarqué de ces tubes, dans la Silésie, en 1711. On les a considérés successivement comme des incrustations faites autour de racines ayant ensuite disparu ; comme des cellules construites par des vers antédiluviens; comme des espèces de stalactites. Hentzen paraît les avoir, le premier, attribués à la foudre; opinion que Blumenbach et Fiégler ont développée complètement. Depuis, on a pris la nature sur le fait, c'est-à-dire qu'on a trouvé des tubes encore chauds, à l'endroit où l'on avait vu tomber la foudre. M. Fielder cite deux observations semblables ; M. Hagen a été témoin du fait, et M. Vicke cite un cas observé en 1858 à Oldenbourg.
Nous ajouterons que Beudant, Hachette et Savart ont obtenu des tubes analogues aux fulgurites, en déchargeant la grande batterie du Conservatoire des Arts -et-Métiers de Paris, à travers des couches de verre pilé, ou de sable mêlé de sel pour le rendre plus fusible.
On trouve des tubes fulminaires dans la Silésie, la Prusse orientale, le Cumberland, au Brésil près de Bahia; en général, suivant la remarque de Fiégler, dans les localités où le sable recouvre une couche aquifére.
4369. il. Effets mécaniques. — La foudre brise les corps imparfaitement conducteurs : les pierres volent en éclats, les poutres se divisent en fragments quelquefois très petits et tombant en poussière au moindre contact.
Les arbres sont fendus et divisés en lanières minces, souvent complètement desséchées ; le fluide passe ordinairement entre le bois et i'écorce, qui est projetée au loin : c'est là, en effet, que le pouvoir conducteur est le pins prononcé, à cause de l'accumulation de la sève. Les cloisons, les murs sont perforés. Souvent la foudre soulève le pavé des églises, au-dessous duquel elle trouve une couche humide; elle renverse des pans de muraille, des portions d'édifices, en projetant les débris à de grandes distances : en 4762, en Cornouailles, le tonnerre démolit la tourelle d'une église et lança à 55" une pierre du poids de plus de 100 kilos; en 1852, à Cherbourg, la fondre brisa le bas-mât d'un navire désarmé ; un fragment de 2"1 de long et de 20e" d'équarrissage au gros bout, est lancé avec une telle force, qu'il s'engage par le gros bout, en faisant un trou semblable à celui d'un boulet de canon, dans une cloison en chêne de 3cm d'épaisseur placée à 80" de distance.
La foudre produit aussi des phénomènes de transport : des objets assez lourds se trouvent déplacés; des personnes foudroyées ont été quelquefois lancées à des distances de 20 à 30". En 1809, prés de Manchester, un mur pesant plus de 26000 kilos fut arraché de ses fondements et déplacé de 3m à l'une de ses extrémités, et de plus de 4m à l'autre. Ces effets prodigieux s'expliquent par les principes de M. Pouillet (1338), quand on considère l'énorme tension de l'électricité qui produit la foudre.
4390. ni. Effets ehiniques. — On prévoit facilement que la foudre doit produire une foule de décompositions dans les substances qu'elle rencontre sur son passage. Elle transporte ensuite les éléments qu'elle a séparés, et les dépose en poussières impalpables sur les corps qu'elle traverse, et dans lesquels elle prend de nouvelles substances, qu'elle va déposer plus loin. C'est ainsi que l'on trouve des taches ferrugineuses, des couches d'une épaisseur imperceptible de soufre, d'oxyde de cuivre, etc., sur les différents objets traversés par la foudre, et particulièrement dans l'intérieur des ouvertures qu'elle pratique. M. Fusiniéri a appelé l'attention, sur ces transports qu'il rapproche de ceux qu'il a produits au moyen des batteries (1337).
L'éclair qui traverse l'atmosphère y détermine la combinaison d'une petite quantité d'azote et d'oxygène (1339). L'acide azotique formé se combine ensuite avec des bases, par exemple l'ammoniaque, qui peuvent se trouver en petite quantité dans l'air. Aussi les gouttes de pluie' sont-elles quelquefois acides pendant les orages. M. Liebig ayant analysé les eaux de pluies recueillies dans des vases de porcelaines à 77 époques différentes, trouva, dans 1 7 échantillons qui provenaient de pluies d'orages, de l'acide azotique combiné à de l'ammoniaque ou de la chaux. Des 60 autres échantillons, 2 seulement donnèrent des traces presque imperceptibles de cet acide. C'est à l'acide nitrique, répandu dans l'atmosphère après les orages, qu'on attribue l'origine des salpôtriéres naturelles. M. Boussingault a en effet remarqué, en Amérique, aux environs de Rio-Bamba, que le salpêtre se forme plus abondamment dans les localités où il tonne souvent. Ainsi, pour reproduire un rapprochement qui a