‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernement (volume 2)Chapitre 55 sur 186 · EFFETS DE LA FOUDRE · texte numérisé non relu

EFFETS DE LA FOUDRE

souvent été fait, la foudre serait l'origine du salpêtre, qui forme la base de la poudre à canon, cette autre foudre, dont l'homme fait un si cruel usage.

Odeurs développées par la foudre. — La foudre laisse souvent après son passage une fumée plus ou moins épaisse, provenant des matières atteintes , calcinées ou décomposées, et accompagnée d'une odeur forte qu'on désigne ordinairement sous le nom d'odeur de soufre. C'est surtout dans les édifices, que cette fumée et cette odeur sont prononcées. Parmi toutes les substances que la foudre rencontre, il doit s'en trouver souvent qui renferment du soufre ; il peut donc se faire qu'il y ait, dans certains cas, un peu d'acide sulfureux mêlé à la fumée suffocante qui reste après l'accident. Mais, malgré l'assertion presque unanime des observateurs, nous ne pensons pas que l'odeur soit celle de l'acide sulfureux ; car, dans le dépouillement d'une quantité considérable de cas de foudre, nous n'en avons pas trouvé un seul où il fût dit que la fumée dégagée excitait la totix, et l'on sait que c'est là un des effets de l'acide sulfureux. Dans un ou deux cas seulement, on parle d'une vapeur qui prenait à la gorge ; mais c'est ce que font toutes les fumées provenant de la décomposition des substances organiques. M. Boussingault a été souvent à même d'observer la foudre : sept fois elle a frappé des arbres en sa présence ; il a vu un nègre tué sous ses yeux ; à Zupia, sa maison a été incendiée ; en Europe, le tonnerre est tombé dans sa chambre tout prés de lui, et jamais il n'a senti l'odeur de l'acide sulfureux. 11 compare l'odeur qu'il a observée à celle que dégage le bois que l'on distille, et il pense que si les observateurs parlent presque toujours d'odeur de soufre, c'est à cause de l'habitude que l'on a de désigner ainsi toutes les odeurs fortes et nauséabondes qu'on ne peut rapporter à une cause connue.

il peut se faire aussi que, en plein air, les coups de foudre soient accompagnés de l'odeur de X ozone (1341), quand cette odeur n'est pas déguisée par celle de la fumée dégagée des corps atteints par le météore.

«3*91. IV. Effets magnétiques. — Quand la foudre frappe un navire, il arrive souvent que les pôles de l'aiguille des boussoles sont renversés, de manière que l'extrémité marquée nord se tourne vers le sud; d'autres fois, les aiguilles perdent simplement leur magnétisme. Quelquefois enfin, l'axe magnétique est déplacé et fait un angle avec l'axe de figure ; quand cet angle est de 90°, l'aiguille se dirige de l'est à l'ouest. II est donc important de vérifier les boussoles, dans les navires qui viennent d'être foudroyés. Àrago cite un vaisseau génois qui, croyant marcher vers le nord, vint se briser sur la côte d'Afrique, près d'Alger, parce que les pôles de sa boussole avaient été renversés à la suite d'un coup de tonnerre.

Le fer, les instruments d'acier, sont souvent aimantés quand la foudre frappe des objets voisins. Le 19 mai 1819, la foudre entra dans la boutique d'un cordonnier, à Obergunzbourg, en Souabe, et tous ses outils se trouvèrent si fortement aimantés, qu'il perdait beaucoup de temps à les séparer les uns des autres, quand il voulait s'en servir. L'aimantation des diverses pièces de fer

et d'acier qui peuvent se trouver dans les navires, peut apporter des perturbations notables aux indications des boussoles. Les pièces d'acier des chronomètres peuvent aussi être aimantées par la foudre. Duperrey a vu ta marche de ses chronomètres tellement accélérée par cette cause, que la longitude calculée au moyen de leurs indications, correspondait à un point placé à 40 lieues dans les terres de l'Australie, auprès desquelles il naviguait.

13». v. Effets physiologiques. — La foudre renverse, blesse, tue les hommes et les animaux. On remarque généralement que les cadavres entrent rapidement en putréfaction. Quelquefois, on ne voit sur le corps aucune marque extérieure du passage du redoutable météore; d'autres fois, de longs sillons où la peau est enlevée, des plaies saignantes, des perforations, des brûlures, se montrent en différents points du corps. Quand il n'y a pas de marques extérieures, l'autopsie indique souvent une congestion dans le cerveau et un épanchement du sang hors des vaisseaux lésés. On a pu constater aussi que ce liquide, extrait des veines, avait perdu la propriété de se coaguler. Souvent les habits sont enflammés, les parties métalliques qu'ils contiennent, fondues ou arrachées. Le fluide passe fréquemment entre les vêtements et la surface du corps; il trouve là une couche d'air humide des produits de la transpiration, par laquelle il s'écoule avec facilité. Cela explique pourquoi la surface intérieure des vêtements présente quelquefois seule des traces de brûlures.

Les personnes foudroyées sont renversées sans entendre le coup ni voir l'éclair, comme l'ont toujours attesté celles qui sont revenues à la vie; elles conservent généralement pendant longtemps une grande faiblesse musculaire , qui indique que le système nerveux est violemment ébranlé. Quand le tonnerre tombe au milieu d'une foule, il frappe de préférence certains individus, qui ne semblent pas cependant placés d'une manière plus défavorable que les autres. 11 y a peut-être là un effet de leur organisation. Nous avons vu que certains individus ont l'épiderme assez épais pour arrêter la décharge d'une bouteille de Le) de (4327) ; elles seraient préservées, par un effet analogue, à celui que produisent certains vêtements : on a vu, en effet, la foudre glisser, sans leur faire de mal, sur des personnes portant des vêtements de soie, ou couvertes d'un manteau de toile cirée.

Nous avons parlé (1328) des essais que Ton a tentés pour guérir les paralysies au moyen de la commotion électrique; il est facile de saisir la liaison des deux faits suivants avec les résultats qu'on a obtenus: en 1762, à Kent, la foudre tombe dans la chambre du pasteur Winter paralysé depuis un an à la suite d'une attaque d'apoplexie ; il reçoit une violente commotion, après laquelle il se trouve radicalement guéri. En août 1819, à Niort, un malade atteint depuis plusieurs années d'un rhumatisme au bras gauche, voit le mal disparaître après qu'il a été renversé par la foudre.

Les troupeaux de moutons sont souvent foudroyés ; ce que Ton attribue à la colonne de vapeur qui s'élève de leur corps, pendant qu'ils se pressent les uns contre les autres, poussés par la frayeur.

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