‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernement (volume 2)Chapitre 56 sur 186 · EFFETS 01 LA FOUDRE · texte numérisé non relu

EFFETS 01 LA FOUDRE

itf S. Da efcoc e» retour. — On peut être renversé ou tué au moment où la foudre éclate à une très grande distance. Ce résultat, connu sous le nom de choc en retour, a été expliqué ainsi par railord Mahon, en 1779 : Considérons un point B (fig. 1021) placé au-dessous d'un nuage fortement chargé d'électricité positive; il y aura décomposition par influence dans l'électricité neutre des objets placés en B, le fluide négatif sera attiré vers la surface du sol, et le fluide positif refoulé dans les profondeurs de la terre. Si la foudre frappe en P , le nuage sera déchargé/ et les fluides décomposés en B se rejoindront subitement à travers les objets terrestres, de manière à faire éprouver une violente commotion aux êtres animés qui pourraient se trouver là, pendant que ceux qui seraient placés en c n'éprouveraient rien, leur distance au nuage pouvant être plus grande que AB, soit à cause de la confi- Fig. <o24.

guration du sol, soit à cause

de la forme même du nuage. Il pourra arriver aussi que l'électricité soit accumulée surtout aux extrémités du nuage, s'il a une forme allongée (1302). Le choc en retour ayant lieu lorsque la foudre tombe, on voit que les nuages sont assez prés du sol pour agir fortement sur lui.

On a des exemples bien constatés d'hommes et d'animaux renversés ou tués par le choc en retour. On n'aperçoit ordinairement aucune lésion sur les cadavres, si ce n'est quelquefois chez l'homme à la plante des pieds, surtout quand les chaussures sont garnies de clous. On n'a jamais vu, à notre connaissance, le choc en retour occasionner des incendies ; cependant cela ne paraît pas impossible, d'après un fait cité par Brydone (1377), et aussi d'après l'expérience suivante : On fait communiquer avec le sol, le bouton d'un pistolet de Volta (1251) isolé et placé très prés d'une machine électrique chargée. Au moment où on la décharge , le gaz fait explosion ; l'électricité refoulée dans le sol rentrant par le bouton, en produisant l'étincelle intérieure.

4374. Des victime» de la foudre. — Dans les grandes villes, où il y a un très grand nombre d'édifices élevés, la chance d'être foudroyé est peu à redouter; mais il n'en est pas de même dans les villages et dans les campagnes. Il résulte d'un relevé fait par M. Boudin, qu'il y a eu, en France, 2238 personnes tuées raide par la foudre, en 29 ans, de 1835 à 1862, ou, en moyenne, 77 par an. Le maximum aétéde 111, en 1835, et le minimum de 18 en 1847. Si l'on y joint celles qui ont survécu quelque temps à l'accident, et celles qui n'ont été que blessées, on arrive à plus de 6700, ou 251 par an, en moyenne. Le* femmes paraissent moins exposées que les hommes ; car, sur 880 personnes frappées de 1854 à 1863, il n'y a que 233 femmes, moins du tiers. On

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serait tenté d'attribuer cette sorte d'immunité à ce que les femmes s'exposent peu audehors, en temps d'orage; mais dans les groupes, on les a vues plusieurs fois être épargnées de préférence aux hommes. Faut-il voir ici une influence de la nature des vêtements?

Les départements les plus élevés au-dessus de la mer, ceux dont le sol est montagneux, sont les plus exposés. Ainsi, de 1835 à 4852, le département du Cantal a eu 20 morts par la foudre; l'Aveyron, 24 ; la Corse, 27 ; laSaône-et- Loirc, 38; la Haute-Loire, 44; le Puy-de-Dôme, 46; tandis que l'Eure, l'Eure-et-Loir et le Calvados, n'en ont eu que 2 on 3. Ou a vu jusqu'à 9 personnes tuées par le même coup : ainsi, le coup de foudre qui frappa l'église de Chàteauneuf-les-Moustiers , dans les Basses-Alpes , tua 9 personnes et en blessa plus de 80. A la fin de juin 1861 , on a relevé 33 coups de foudre en 8 jours, dont chacun a tué ou blessé grièvement au moins une personne.

Dans les autres pays de l'Europe, M. Boudin trouve, pour la moyenne annuelle des individus tués raide par la foudre : en Belgique, 3 ; en Suisse, 9,84 ; en Angleterre, 22. Ce sont là évidemment des minimum : que d'accidents qui n'ont pas été constatés, que de morts dont la cause n'a pas été enregistrée !

iSYft. Dc« précautions & prendre 6M temps dorage. — On voit que la cbance d'être foudroyé n'est pas aussi méprisable qu'on l'a dit quelquefois. Cette chance augmente énormément au moment d'un orage. Il n'est donc pas inutile défaire connaître les précautions à prendre alors.

Dans les maisons, il faut s'éloigner des masses métalliques (1367), déposer celles qu'on a sur soi, se tenir à distance des cheminées (1366). On est plus en sûreté au milieu d'une chambre que prés des murs et des angles, où se réfugient souvent les personnes timorées. Il y a plus de danger à se grouper qu'à se tenir séparés les uns des autres. Les obstacles les plus faibles arrêtant quelquefois le fluide, il est bon de tenir les fenêtres et les portes fermées.

Au-dehors, il faut éviter de se mettre à l'abri auprès des clochers, des meules de paille ou de fourrage, des édifices élevés, qui sont souvent foudroyés ; surtout de se placer sous les arbres isolés. Sur 407 personnes tuées par la foudre de 1843 à 1854, M. Boudin en trouve 21 tuées sous des arbres» et ce n'est là qu'un minimum, car souvent le lieu de l'accident n'est pas précisé. En temps d'orage, les personnes réunies dans les églises de campagne dépourvues de paratonnerre, sont très exposées. En 1748, dans un seul orage, le tonnerre tomba sur 24 églises, comprises entre Landerneau et Saint-Pol de Léon, et le 19 février 1860, en Belgique, la foudre incendia, en moins de deux heures, 10 clochers, sur une étendue de 160 kilomètres environ.

En rase campagne, on doit éviter les terrains élevés. Si l'orage est violent et les nuages bas, il faut tâcher de trouver un grand arbre et se placer à une distance de son pied égale à peu près à sa hauteur; si les branches s'étendent beaucoup en largeur, la distance devra être plus grande. On se trouvera ainsi préservé par l'arbre , qui sera frappé de préférence, à cause de son élévation. Il ne parait pas, du reste, qu'il y ait danger à courir pendant l'orage ; ce ne serait qu'autant que la foudre viendrait à tomber dans l'espace d'air raréfié

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