FORMATION DES ORAGES
raître au-dessous du nuage principal, formant comme des taches blanchâtres. Ces ascitizi sont très irréguliers, comme déchirés; ils présentent de longs bras, qui se replient vivement quand leurs extrémités viennent à se rapprocher. Au bout de quelque temps, des lueurs instantanées se montrent dans le nuage, des éclairs jaillissent entre sa surface et celle des nuages voisins, la pluie tombe à grosses gouttes, et l'orage est déclaré.
Quand les nuages se forment par la rencontre de deux vents opposés, les phénomènes, un peu plus compliqués, présentent des circonstances analogues, seulement alors il se forme ordinairement un plus grand nombre de nuages distincts. Cette existence de plusieurs nuages voisins, ordinairement en deux couches superposées (1361), a été remarqué par Franklin, Beccaria, de Saussure; elle est nécessaire à l'explication des éclairs (1262). Cependant Arago cite des coups de tonnerre isolés, partis d'un nuage unique; mais, dans les quatre cas cités, l'éclair est venu frapper le sol.
Dans certains pays, les orages qui éclatent dans les montagnes doivent leur origine à des lambeaux qui se détachent de gros nuages inférieurs, ou qui se forment dans les plaines ; ces lambeaux montent rapidement, en ramassant, pour ainsi dire, l'électricité croissante des couches qu'ils traversent, vont se grouper sur une cîme, et engendrent là un orage. Ce phénomène a été souvent observé par M. Peytier, dans les Pyrénées.
H résulte de ce qui précède, que les orages doivent être circonscrits dans un espace peu étendu. C'est, en effet, ce qui a lieu ; et ils parcourent, sous l'action du vent, des bandes de pays plus ou moins larges, et d'une longueur qui dépend de la durée du météore et de sa vitesse de translation.
Les nuages orageux se forment à des hauteurs très variables. M. Kaemtz en a vu, dans les Alpes, dépasser le sommet du Faulhorm, du Schwarzhorn, du Pilate et du Niésen, ce qui leur assigne une hauteur de 3300 mètres au moins. Les habitants de Chamounix assurent que les orages passent souvent par dessus le mont Blanc (4810 mètres). Du reste, les traces de vitrification que l'on rencontre sur ces hautes ctmes (1368) montrent que des orages les ont dépassées. D'un autre côté, on a vu des nuages orageux à moins de 1000 mètres de hauteur; ce sont ceux-là qui lancent la foudre sur la terre.
4385. Constitution électrique des nuages orageux. — Voici comment Gay-Lussac conçoit l'éleclrisation des nuages orageux » : la vapeur électrisée que contient l'air se condense en gouttelettes, qui retiennent l'électricité que renfermait cette vapeur, en la resserrant dans le volume beaucoup moindre qu'elle occupe à l'état liquide. Ces particules fortement électrisées , sont entourées d'une petite atmosphère de fluide, qui pénétre la couche d'air humide qui les sépare les unes des autres. Si la tension de cette électricité n'est pas trop grande, les choses restent en cet état, et l'on a un nuage ordinaire ; mais si la tension est forte, l'électricité passe d'une particule à l'autre,
» Annales de chimie et de physique, 2e série, t. VIII, p. h 58.
pour se rendre à la surface du nuage, soit avec lenteur, à cause de l'imparfaite conductibilité de l'air humide, soit par des décharges simultanées entre ces particules, analogues à celles qui se produisent dans les carreaux magiques, et en donnant lieu à des éclairs de 2e classe (1362). Ces déplacements d'électricité à travers une masse discontinue, non homogène et dont les parties sont mobiles, ne peuvent avoir lieu sans des changements relatifs de position dans ces parties, ce qui contribue à produire ces mouvements intestins, cette espèce de fermentation que l'on remarque dans les nuages orageux, avant que l'orage n'éclate.
Quand l'électricité s'est portée à la surface du nuage, elle y présente une énorme tension, d'autant plus grande que le volume de ce nuage est plus considérable ; car la surface est proportionnelle au carré des dimensions linéaires, tandis que le volume, ou l'espace occupé d'abord par l'électricité, est proportionnel au cube de ces dimensions. Dès que la tension est devenue suffisante à la surface, les éclairs jaillissent entre les nuages voisins.
Les particules aqueuses, ne laissant passer l'électricité qui doit se rendre à la surface, qu'avec une certaine lenteur, cette surface reprend bientôt la tension perdue dans les premières décharges ; de là de nouveaux éclairs, jusqu'à ce que presque toute l'électricité du nuage ait été anéantie.
4386. — Des voyageurs ont pu séjourner impunément au milieu de nuages orageux sans éprouver d'accidents. Le météorologiste Richard, qui a traversé un semblable nuage, sur la petite montagne de Boyer, entre Châlons-sur- Saône et Tournus, entendit un bruit comparable à celui que ferait un tas de noix remuées sur un plancher. — MM. Peytier et Uossard, dans les Pyrénées , ont été plusieurs fois enveloppés dans des foyers d'orages tellement formidables, vus de la plaine, qu'on les croyait perdus. Plusieurs fois leurs cheveux, les glands de leur casquette, se dressèrent et répandirent une vive lumière accompagnée d'un sifflement prononcé. Leur tente, formée d'un triple coutil serré, paraissait comme embrasée. — Letestu, en 1786, resta dans son aérostat, pendant trois heures de la nuit, au milieu d'un orage ; il entendait un bruit étourdissant, sa nacelle s'emplissait de neige et de grêle, les dorures de son drapeau étaient scintillantes.
On conçoit que, dans une pareille situation, l'observateur, électrisé comme le milieu qui l'environne, soit à l'abri des décharges électriques ; de même qu'un corps introduit dans une sphère électrisée ne peut pas en tirer d'étincelles (1296). Cependant le danger n'est pas entièrement nul, car un nuage constituant un conducteur très imparfait, dans lequel l'électricité est inégalement distribuée, des décharges peuvent avoir lieu d'un point à un autre. C'est ainsi que Letestu trouva son drapeau percé ; et que MM. Peytier et Hossard reconnurent des traces de fusion au canon d'un fusil laissé hors de leur tente, et une autre fois, des traces de carbonisation sur un piquet en bois planté en terre. M. Buchwalder, se trouvant sur le mont Sentis, dans les Alpes, fut enveloppé par un violent orage, et son aide fut tué par un globe fulminant,