‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernement (volume 2)Chapitre 76 sur 186 · GALVANISME · texte numérisé non relu

GALVANISME

était ainsi. Un jour, en 1786, ayant suspendu à un balcon en fer de la terrasse du palais Zambeccari, les membres inférieurs d'une grenouille, au moyen d'un crochet en cuivre qui traversait la moelle épiniére, il vit, avec une surprise bien légitime, ces membres s'agiter convulsivement en l'absence de tout orage, et il remarqua que cela avait lieu au moment où les membres venaient accidentellement toucher le fer du balcon. Il put dés lors répéter l'expérience aussi souvent qu'il voulut, et se trouva en possession d'un fait nouveau, inattendu, qui est devenu le point de départ d'une longue suite de brillantes découvertes, et l'origine d'une partie des plus étendues et des plus importantes de la physiques

L'expérience de Galvani fut bientôt connue du monde savant ; elle excita un étonnement général, et chacun s'empressa de la répéter. Galvani avait remarqué que les contractions n'avaient lieu qu'au moment où un arc conducteur établissait une communication entre les muscles des jambes, et les nerfs lombaires de la grenouille. Il constata aussi que ces contractions étaient bien plus vives quand l'arc était formé de deux métaux différents placés l'un à la

suite de l'autre. On reconnut aussi plus tard que la communication entre les deux métaux pouvait être établie par plusieurs personnes se donnant la main.

Pour répéter l'expérience de Galvani, on coupe en deux, avec des ciseaux, une grenouille vivante, vers la région lombaire ; on dépouille les membres inférieurs , et l'on met à découvert les deux faisceaux de nerfs qui se voient de chaque côté de la colonne vertébrale ( fig. 1044). On engage sous ces faisceaux l'une des branches d'un arc articulé zoe, formé de deux métaux Fig. 4044. différents , par exemple de cuivre c, et de

zinc z, et l'on appuie l'autre branche sur les jambes pendantes de l'animal; on les voit aussitôt s'agiter convulsivement. Au lieu de cet arc, on peut employer deux disques de métaux différents : on appuie le bord de l'un d'eux sur les muscles lombaires, le bord de l'autre sur les nerfs, puis on rabat l'un des disques sur l'autre de manière à le lui faire toucher ; aussitôt les mouvements convulsifs se manifestent. Au bout de quelque temps, la raideur cadavérique empêche la reproduction du phénomène. Les

1 Pour répondre à ceux qui prétendent que le hasard seul est le promoteur des découvertes originales, nous dirons que déjà deux fois le hasard avait offert l'occasion de faire la découverte de Galvani: en 4767, Sulzer avait remarqué que deux disques métalliques différents étant appliqués l'un au-dessus de la langue, l'autre au-dessous, produisent une saveur acide ou araère, quand on les joint par leur bord extérieur. En 4786, un étudiant de Bologne éprouva une légère commotion à la main, en disséquant une souris.

298 SOURCES D'ÉLECTRICITÉ

animaux à sang froid conviennent mieux, pour ces sortes d'expériences, que les animaux à sang chaud, parce que leurs muscles sont plus excitables, et conservent plus longtemps leur irritabilité.

14*8. — Théorie 4e Gaivaai. — Pour expliquer les contractions de la grenouille . Galvani supposa qu'il y avait dans les nerfs, une électricité propre au corps des animaux, et que ce fluide vital, comme il l'appelait , passant des nerfs dans les muscles par l'arc métallique, y produisait la contraction. Il assimilait ainsi le corps de la grenouille à une bouteille de Leyde , dont les muscles et les nerfs formeraient les armatures, et qui aurait été chargée d'un fluide analogue , mais non identique, à l'électricité, et qu'on a nommé depuis fluide galvanique.

Cette théorie eut d'abord un succès universel ; mais elle fut bientôt abandonnée. Volta, professeur à Pavie, répétait avec soin toutes les expériences de Galvani ; il fut frappé de la nécessité d'employer deux métaux différents quand on voulait produire des contractions prononcées. Il combattit alors l'explication de Galvani, qu'il avait d'abord adoptée , il soutint que le corps de la grenouille ne jouait dans le phénomène qu'un rôle purement passif, et que l'électricité dont on observait les effets, prenait naissance dans l'arc de communication. Il avança que le contact entre les molécules différentes des deux métaux qui composent cet arc, détruisait l'équilibre du fluide neutre, et déterminait sa décomposition : l'une des électricités était chassée sur l'un des métaux, et l'autre sur le métal juxtaposé. Ces deux fluides se combinant ensuite à travers les membres très excitables de la grenouille , y déterminaient des contractions.

Galvani et ses partisans se défendirent avec ardeur ; ils tentèrent de prouver qu'un seul métal suffisait pour produire des contractions , et ils en obtinrent en effet, mais elles étaient très faibles. Halle et Wels firent observer alors que les métaux communs ne sont pas purs, et ils montrèrent que les contractions deviennent plus fortes , quand on a frotté une des extrémités de l'arc, avec un autre métal. Galvani montra alors que des membres de grenouille étendus sur le mercure, éprouvent de légères agitations au bout des doigts; on objecta que les couteaux avec lesquels on les avait dépecés avaient laissé quelques parcelles de métal sur les muscles en contact avec le mercure. Galvani se servit alors de couteaux en verre , et les résultats restèrent les mêmes. Mais on trouva dans l'humidité qui tachait le mercure aux points touchés par les membres frais, une cause suffisante pour expliquer les faibles mouvements observés. La discussion continuait ainsi avec des chances diverses; les expériences se multipliaient , on les variait de toutes les manières. Galvani expérimentant avec son neveu Aldini, reconnut qu'il suffisait de mettre en contact avec les nerfs lombaires, quelques parties des muscles , pour obtenir des contractions sensibles, et il crut bien , cette fois, avoir fermé la bouche à ses adversaires. Mais , tout au contraire , Volta trouva dans ce fait une généralisation de son principe : il n'y avait pas que les métaux en contact qui pouvaient développer de

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