PILES CLOISONNÉES
plonger dans l'eau après qu'ils ont servi, pour éviter que les sels, en cristallisant dans leurs pores, ne les fassent fendre. Mais ils résistent notablement au passage de l'électricité, surtout ceux en porcelaine; aussi s'applique- t-on à leur donner le moins d'épaisseur possible. Malgré ce défaut, on les préfère, dans les applications industrielles de la pile, aux diaphragmes organiques : souvent les diaphragmes en terre poreuse s'incrustent de cuivre, et alors, comme l'a constaté M. du Moncel, la résistance au passage de l'électricité est diminuée, et la pile devient plus énergique, pourvu toutefois que les incrustations n'altèrent pas trop la perméabilité.
4466. Plies à aeide azotique autour de l'élément inactif. — Ces piles donnent un courant constant très énergique; les premières ont été imaginées par M. Grove.
Plie de Grove. — Une lame recourbée, en zinc amalgamé zz (fig. 1095), est plongée dans un vase V, et enveloppe de deux côtés un vase poreux vv> dans lequel s'enfonce une lame de platine p. Le vase poreux est rempli d'acide nitrique , et le zinc plonge dans de l'eau acidulée par l'acide sulfurique. Quand le circuit est fermé , le zinc est attaqué en donnant naissance à du gaz hydrogène ; ce gaz est absorbé par de l'acide nitrique, qui passe à l'état d'acide hypo-azotique. La bonne conductibilité des liquides rend cette pile très énergique ; mais quand elle fonctionne pendant quelque temps, l'acide azotique s'échauffe et répand des vapeurs d'acide hypo-azotique qui sont très incommodes. On atténue cet inconvénient en mêlant un peu d'acide sulfurique à l'acide azotique , et le courant reste alors constant pendant plus longtemps. O'un autre côté , le platine finit par devenir très cassant sous l'influence de l'électricité ; aussi M. Grove eut-il l'idée , dès 1839 , de le remplacer par du charbon de bois ou de la plombagine artificielle , et l'on construisit, à Londres, des piles avec cette modification.
Couples a tête de pipe. — Dans les premières piles construites par M. Grove, le diaphragme est formé par une tête de pipe, dont là lumière est bouchée [fig. 1096). L'acide sulfurique est remplacé par de l'acide chlorhydrique, dont le chlore s'unit au zinc, pendant que l'hydrogène est absorbé par l'acide azotique. Ces petits couples produisent des effets étonnants, eu égard à leurs dimensions ; ce qui tient en partie à la grande perméabilité de la terre de pipe. Avec 6 couples, on peut décomposer rapidement l'eau, et faire rougir un fil fin en platine.
Pile de Sehœnbein. — M. Schœnbein ayant reconnu que le fer passif, c'est-à-dire rendu inattaquable à l'acide nitrique , par les moyens que nous indiquerons plus tard , peut remplacer le platine de la pile de Grove ,
SOURCES D ELECTRICITE
construisit le couple suivant1 : un vase cylindrique en fonte passive forme l'élément inactif, et reçoit un mélange de 3 parties d'acide azotique et de 1 partie d'acide sulfurique du commerce. Le vase poreux est plongé dans ce liquide ; il est rempli d'eau acidulée, dans laquelle plonge un cylindre de fonte ordinaire qui forme le pôle négatif. Ce couple très énergique est peu coûteux ; de plus , le sulfate de fer qui s'y forme ayant plusieurs usages dans l'industrie , sa valeur vient en déduction des frais d'entretien de la pile.
Cette pile , comme celles de M. Grove et les piles à charbon que nous allons décrire , perd peu à peu de son intensité par l'altération des liquides , surtout de l'eau acidulée, qu'il faut renouveler de temps en temps. L'acide azotique s'affaiblit aussi par la formation de l'acide hypo-azolique , ce qui a moins d'inconvénients ; on peut , du reste , lui rendre toute sa force par un procédé fort simple, dû à M. Leroux, en y versant un peu d'acide sulfurique concentré, qui s'empare de l'excès d'eau de l'acide azotique.
«469. Piles & charbon. — Les essais de Grove pour remplacer le platine de sa pile, par du charbon, étaient passés presque inaperçus, lorsque M. Bunsen,
Fig. 1097.
Fig. 4098.
en 1843, ayant eu aussi l'idée d'employer du charbon, pour substance inactive de la pile à acide azotique , imagina une espèce de charbon pouvant se mouler facilement l. Le couple qu'il construisit, et qui est désigné sous le nom de couple de Bunsen, consiste ( fig. 1097) en un cylindre de zinc amalgamé z plongé dans l'eau acidulée contenant de \ à | d'acide sulfurique du commerce. Ce liquide est renfermé dans le vase poreux. Un manchon en charbon ce enveloppe ce vase et plonge dans l'acide nitrique ; le bord supérieur de ce manchon est imbibé de cire, pour empêcher l'acide d'atteindre par capillarité, le collier
1 Archives de l'électricité, t. II, p. 286.
2 Pour préparer ce charbon, on introduit dans un moule en tôle, du coke en poudre impalpable, mélangé de la moitié de son poids de houille, et Ton chauffe au rouge, jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de gaz. Le charbon est alors assez compacte et assez dur pour se travailler à la lime et au tour.