DANS LES CRISTAUX
extrémité était enveloppée d'une bande de fer-blanc, qu'ils échauffaient dans la flamme d'une lampe à alcool. Ils ont reconnu ainsi que le bois conduit beaucoup moins dans le sens perpendiculaire aux fibres que dans le sens des fibres ; ce qui se conçoit bien, d'après ce qui précède, puisque, dans le sens perpendiculaire aux fibres, les couches du bois présentent alternativement des densités diflérentes. Le rapport des conductibilités dans les deux sens est de 5:3, pour le chêne ; la différence est plus prononcée dans les bois tendres que dans les bois durs. La série des bois rangés dans l'ordre de leur pouvoir conducteur, dans le sens des fibres ou perpendiculairement, est la suivante : a/titer, noyer, chêne, sapin, peuplief*, liège. Les expériences dans le sens perpendiculaire aux fibres n'ont porté que sur le noyer, le chêne et le sapin.
SIS. Condaetibiiifé daas les cristanx. — Les cristaux non symétriques, dans lesquels la densité et l'élasticité ne sont pas uniformes (I, 659), ne possèdent pas le même pouvoir conducteur dans les différentes directions. Ce fait a été constaté par M. de Sénarmont, au moyen d'une méthode très ingé- : nieuse, qui lui a permis d'opérer sur les très petites masses que présentent ;. ordinairement les cristaux'. Il emploie des plaques minces polies, obtenues L soit par clivage, soit par des procédés mécaniques, et dont la direction, par rapport aux axes du cristal, est relevée «avec soin. Un petit trou un peu conique est pratiqué au milieu de la plaque; il y engage l'extrémité d'un gros fil f argent assez long, et qui apporte au milieu de la lame la chaleur qu'il reçoit prson extrémité opposée, d'unelampe à alcool. La lame, abritée par un écran, est enduite d'une légère couche de cire, et on la place horizontalement ; on voit alors la cire fondre et former, à la limite de la fusion, un bourrelet liquide qui correspond à une ligne isotherme, c'est-à-dire ayant partout la même température, celle de la fusion de la cire. Cette ligne est d'autant plus nettement dessinée que la plaque est moins conductrice. Quand la plaque est refroidie, ce bourrelet est encore très distinct, et on peut prendre la mesure des divers diamètres de la courbe qu'il dessine. M. de Sénarmont a aussi employé comme source, un tube d'argent traversant la lame, et dans lequel il faisait passer un courant d'air chaud ; ou bien encore il concentrait les rayons solaires, au moyen d'un verre ardent, sur le point qu'il voulait échauffer. Il a préféré le plus souvent le procédé que nous avons d'abord indiqué, parce qu'il permet de donner un diamètre très petit, de 0'"'»,25 par exemple; au trou conique, dont le contour circulaire, par lequel s'introduit la chaleur dans la lame, peut, quand il est trop grand, avoir de l'influence sur la forme de la courbe isotherme. Du reste, pour éviter les défauts de forme du trou et du fil d'argent, on fait tourner la plaque dans son propre plan, pendant la fusion de la cire; et, pour éviter les effets des défauts accidentels de stnicture, on opère sur plusieurs plaques égales de même substance.
* Annales de chimie et de physique, 'i^ série, t. XXI, p. 657 ; et XXII, p. 179.
152 CONDUCTIBIUTÉ
Lois. — Il a d*abord été constaté que : !<> les bords de la plaque n'oot aucune influence sur la forme de là courbe formée par la cire en fusion, quand cette courbe n*est pas trop rapprochée de ces bords ; 2® cette courbe est toujours circulaire dans les substances homogènes ; d*où il faut conclure que, si l'on faisait arriver de la chaleur en un point pris au milieu de la masse d'un corps homogène, les surfaces isothermes seraient des sphères ayant leur centre en ce point. Voici maintenant les résultats obtenus avec les cristaux :
lo Les cristaux symétriques autour d'un point, c'est-à-dire appartenant an premier système cristallin (1, 415), se comportent comme les substance- homogènes, c'est-à-dire que les surfaces isothermes sont des sphères, car les lignes isothermes sont toujours des circonférences, sur des plaques prises dans des directions quelconques. Les expériences ont été faites sur le spath fluor, le fer oxyduléy le cuivre oxydulé, la galène et la blende.
^o Les cristaux du second et du troisième système cristallin, qui sont symétriques autour d'un axe, donnent des courbes isothermes circulaires sur des plaques prises perpendiculairement à l'axe de symétrie, et des courbes elliptiques, quand elles sont prises dans toute autre direction ; et la différence entre le grand et le petit axe de l'ellipse est la plus prononcée quand la lame est prise parallèlement à l'axe. Il résulte de là que les surfaces isothermes doivent présenter la forme d'ellipsoïdes de révolution autour de l'axe. Ces ellipsoïdes sont le plus souvent allongés dans le sens de l'axe, comme pour le quartz; d'autres fois ils sont aplatis suivant cette direction, comme dans Vidocrase, le fer oliyisie. Les cristaux observés sont Y oxyde d'étain, le nitilcy Yid4)crase, le protochlorure de mercure, le spath d'Islande, le quartz, le béryl, le fer oligitte, le corindon.
3o Dans le quatrième système cristallin, caractérisé par trois axes inégaux perpendiculaires entre eux, les surfaces isothermes sont des ellipsoïdes à trois axes inégaux parallèles aux trois axes* cristallographiques. Il y a donc trois directions suivant lesquelles la conductibilité est maximum, moyenne et minimum. Cristaux observés : baryte sulfatée, topaze, aragonite, boumonite^ sulfure d'antimoine, staurolide, pinite.
4" Dans le cinquième système cristallin, dans lequel un des axes est perpendiculaire au plan des deux autres qui sont obliques entre eux, les surfaces isothermes sont encore des ellipsoïdes à trois axes inégaux, et dont un est parallèle à l'axe de symétrie du cristal. Les directions des deux autres ne peu^ vent être assignées à priori. Les surfaces isothermes sont donc encore des ellipsoïdes à trois axes, dont un seul peut être déterminé d'avance. Cristaux étudiés : glaubérite, feldspath adulaire, feldspath pierreux, pyroxène, augite^ wolfram, gypse.
5» Quant aux cristaux du sixième système, dans lequel les trois axes sont inégaux et obliques les uns par rapport aux autres, les analogies ont conduit M. de Senarmont à admettre que les surfaces isothermes sont des ellipsoïdes h