CHAPITRE IL
Avançons, contemplons comment un art mortel Ravit aux dieux la fondre, et wi flècèes an ciel.
Pelillb, Lu trois rigtut, chant I).
g 4. — DÉVELOPPEMENT DE L'ÉLECTRICITÉ PAR LE FROTTEMENT ET THÉORIE DES DEUX FLUIDES.
L Us 4éY0toppMMat d« rélMtrielté par !• firottoment.
itS9. Phéa«BièBes ipéséraiix. — Quand on frotte du verre, de la résine, du soufre, avec de TétofTe, du cuir, des feuilles de plomb..., les corps fmtés acquièrent la propriété d*attirer les corps légers, tels que des petits Boroaux de papier, de liège, ou de ■wOede sureau, des lambeaux de /fiilies d*or, des barbes de plume, rtc. (fig. 92â). Si le corps frotté jiréseote une masse assez considérable et qu*on en approche le doigt, on entend un léger pétillement . et, dans l'obscurité, on aperçoit une petite aigrette lumineuse. Enfin , quand on approche ce corps du visage ou des mains , on éprouve pjg
une impression particulière que Hauksbée comparait à celle que produit une toile d'araignée. Si Ton vient à passer la main sur toute la surface du corps frotté, on fait disparaître les propriétés que le frottement lui avait communiquées.
La cause de ces phénomènes a reçu le nom d'ëïeclricUé, du nom grec de l'ambre ou succin (^Afxrpov), sur lequel la propriété attractive a d'abord été
observée. De ce mot, on a tiré une foule de termes dérivés, dont le sens se comprendra facilement quand nous aurons à les employer. Il faut remonter jusqu'à Thaïes de Milet, 600 ans avant notre ère, pour trouver les premiers indices de la connaissance de Tattraction qu*exerce l*ambre frotté >. Ce phénomène, dont Théophraste fait mention dans son Traité des pierres précieuses^ était le seul fait connu des anciens, et Tambre et le jayet les seules substances sur lesquelles on Teût observé avant le XVI« s\èc]fi. Gilbert fît sortir li science de Félectricité de sa longue enfance, comme il avait fait pour le magnétisme ; il constata la propriété de s'électriser dans la plupart des pierres précieuses, les résines, la gomme laque, le soufre, le verre, etc. Il reconnut que les phénomènes s'observent beauconp plus facilement par un temps sec que par un temps humide. Depuis, une foule d'observateurs, Wilte, Otto de Guericke, Hauksbée, Gray, Dufay, Nollet, Franklin, Wilson, iEpinus, Beccaria« Cavallo, Coulomb, etc., augmentèrent la liste des corps électriques,
Eiectros€«pes. — Pour expérimenter, on approche simplement le corps frotté, de corps légers placés sur une table, et on les voit se précipiter sur hii (fig. 922); ou bien on emploie le pendule électrique (fig. 924), formé d'une balle de moelle de sureau suspendue à un fil. On se sert encore de YaiguiUe électrique (fig, 923), qui n'est autre chose qu'un petit levier suspendu sur un pivot, et terminé par deux balles métalliques. Ces divers instruments se nomment des électroscopes,
Otto de Guericke, au lieu d'expérimenter sur de simples cylindres, employa des globes de verre ou de soufre qu*3
/î . faisait tourner rapidement sur eux-mêmes, pendant qu'on
•— t-^l aide appliquait les mains sur leur surface afin d'exercer I I I un frottement énergique. Il imagina ainsi la première [g^ilAPS machine électrique. Dés-Iors , les expériences purent se '^■^™' faire avec facilité, et, suivant l'expression de Romas, t les Fig. 923. physiciens eurent, dans le cours de quelques années, beau-
coup plus d'idées justes de l'électricité que les anciens philosophes n'en avaient conçu de fausses dans l'espace de 2000 ans. « C'est ainsi que Otto de Guericke découvrit l'étincelle électrique qui jaillit d'un corps électrisé quand on en approche le doigt ; Boyle remarqua que les attractioos s'exercent à travers les corps. On voit (fig, 923) comment on opère à travers les parois d'une cloche. Newton avait déjà constaté qu'une lame de verre frottée d'un côté attirait de l'autre. Boyle remarqua aussi que les substances frottées paraissent lumineuses dans l'obscurité , et répandent une légère odeur, qu'A compare à celle du phosphore ou de l'acide nitrique. Il démontra que l'ambre attire dans le vide, et qu'un corps électrisé est attiré par un corps à l'état
1 De Humboldt a trouvé avec surprise que les enfants des Sauvages des bords de rOréuoqiw, race des^plus dégradées , s'amusaient à faire attirer des corps légers par certaines graÎMt lisses et aplaties, aprè« les avoir vivement frottées.
DBVELOPPEIIENT DE L*ÊLECTRIC1T£ PAR LE FROTTEMENT. 95
DiUirel ; il entrevit ainsi Tégalité de l'action et de la réaction , principe que Newton défait développer plus tard. ^
!*«•. Fr*p«c<^UB ée réieetriellé daM eerlalM ««rps. — Pendant longtemps on a divisé les corps en corps tàio-élcctriques ou susceptibles de s'éleciriser par le frottement, et corps anélectriques, qui ne pouvaient pas s*électriser. Hais cette distinction ne tard apas à disparaître de la science, pour être remplacée par une autre. Gray, aidé de Weller, découvrit par hasard, en 1722, 125 ans après Gilbert, que la vertu électrique peut se propager dans certains corps. Ayant frotté un tube de verre fermé par un bouchon en liège , il vit avec surprise, le bouchon attirer quoiqu'il n*eût pas été frotté. Il en condot qu'il avait reçu cette propriété, du verre, par communication. Il implanta alors dans le bouchon une tige de sapin terminée par une boule d'ivoire, et reconnut que la faculté d'attirer s'était propagée jusqu'à la boule. Voulant savoir jusqu'où pouvait aller une pareille transmission, il monta à une fenêtre élevée et suspendit au bouchon un fil de fer qui descendait presque jusqu'au sol. Ayant ensuite frotté le tube de verre, il vit l'extrémité inférieure dn fil de fer attirer des corps légers , qu'un autre observateur en approchait. Cette transmission de la vertu attractive se fait avec une rapidité telle qu'on peut la regarder comme instantanée ; c'est pourquoi on a considéré l'électricité comme un fluide extrêmement subtil, se répandant dans certains corps avec ime excessive rapidité, et on l'a désigné sous le nom de fluide électrique.
L'électricité ne peut se propager également dans tous les corps ; les corps uâectriques sont propres à cette propagation, et les corps idio-électriques s'epposent, au contraire, au passage du fluide. C'est encore le hasard qui mit Gray sur la voie de cette découverte. Il étudiait la transmission de l'électricité, fu tube de verre à une boule d'ivoire, par une corde de chanvre tendue horuMitaleroent, et soutenue par un fil de chanvre. Il n'obtint d'abord aucun réadlat ; mais Weller ayant eu l'idée heureuse de remplacer le fil de suspension larun cordon de soie, la boule attira les corps légers dés qu'on frotta le tube de v»Te attaché à l'extrémité de la corde de chanvre. Le cordon de soie s'étant rompu, il fut remplacé par un fil de laiton qui se trouvait là par hasard, et la boole d'ivoire ne donna plus aucun signe d'électricité. Le cordon de soie ayant été rétabli, l'expérience put réussir de nouveau; et en suspendant ainsi une longue corde avec des cordons de soie, les deux observateurs purent conduire l'électricité à 765 pieds de distance, sans que l'effet parût diminué. Ils attriboxent alors l'absence d'effet qu'ils avaient d'abord constaté, à ce que le fluide âectrique se perdait par le fil de laiton ou de chanvre, tandis que la soie s'opposait à son passage. Des expériences multipliées leur montrèrent alors que les corps se divisent en corps qui laissent facilement passer l'électricité, et eo corps qui s'opposent à son passage. Les premiers furent nommés bons conducteurs^ et les autres mauvais conducteurs de l'électricité.
ilSti. T«vs les ««rps s'électrisent par le frottement. — Six ans après, Dufay fit voir que tous les corps sont susceptibles de s'électriser par le
frottement, quand on a soin de tenir ceux qui sont bons conducteurs, par l'intermédiaire de substances mauvaises conductrices. Ainsi, on peut électriser un cylindre de métal par le frottement, quand on a soin de le fixer au boot d*an tube de verre que Ton tient à la main. Cette découverte une fois faite, on essaya d'électriser toutes sortes de corps, même le corps des animaux. Sympson électrisaun chat, en passant la main sur son dos; les poils se hérissaient, étaient attirés par la main, et dans Tobscurité, par un temps sec, chaque friction était accompagnée d*une lueur. Les cheveux longs s*électrisent par le passage du peigne, surtout les blonds, et chaque coup de peigne produit une lueur très distincte. Brydone a pu rassembler sur des conducteurs suspendus à des fils de soie, Télectricité dégagée sur un chat. Il a pu tirer des étincelles de deux personnes, montées sur des blocs de résine qui s'opposaient à la perte de Félectricité, et dont Tune passait le peigne dans les cheveux de Tautre ; les cheveux n'avaient été ni poudrés, ni pommadés depuis plusieurs mois. Antérieurement, Gray avait transmis le fluide électrique d'un morrean de résine, au corps d'un enfant couché sur des cordons de soie tendus horizontalement, et avait vu les corps légers attirés par ses mains. Plus tard, Dufay avait excité une admiration générale en tirant des étincelles du corps d'un enfant suspendu de la même manière.
Quand l'air est bien sec, on voit l'électricité paraître d'une manière tont-à-foit inattendue. Par exemple, on a vu à New- York, des personnes se charger d'éleetricité en marchant sur des tapis de laine, au point de donner des étincelles quand elles s'approchaient de corps bons conducteurs. La maison était construite avec des matériaux mauvais conducteurs et très secs. — Colladon a yu, dans plusieurs filatures, à Mulhouse, le frottement des mèches de coton qoi glissent dans des anneaux métalliques destinés à les guider, produire beaucoup d'électricité. Quand l'air est sec, cette électricité se conserve, et les filaments qui flottent dans l'air s'amassent sous forme de houppes, sur les parties saillantes des métiers, au point d'en entraver le jeu.
Le frottement des liquides produit aussi de l'électricité : quand on agite du mercure bien sec dans un verre, on voit des lueurs, dans lobscunté, et le verre estélectrisé. Dans l'expérience de la pluie de mercure (1,37), on aperçoit des lueurs assez vives, et le mercure est électrisé ; car le tube de verre attire les corps légers, et il ne peut avoir reçu d'électricité que des gouttelettes de mercure qui l'ont touché dans leur chute. Picard a remarqué, le premier, qu'en déplaçant brusquement le niveau du mercure dans le tube d'un baromètre, i! se produitdes lueurs. Ilauksbée a reconnu que ce phénomène se produit encore dans le vide imparfait, et il l'a, le premier, attribué à l'électririté. Pour qu'un liquide électrisé un solide par le frottement, il faut qu'il ne le mouille pas.
Les gaz produisent aussi de l'électricité par le frottement. Ilauksbée ayant f.ût passer de l'air par bulles à travers du mercure placé sous le récipient de la machine pneumatique, le mercure parut tout en feu dans l'obscurité. Wilson a électrisé des lames de verre au moyen du vent d'un soufflet, par un temps