‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernementChapitre 71 sur 195 · CONDITIONS DE L*IMAGE · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE L*IMAGE

tensité de la lumière, comme on peut le vérifier dans une giace, en interceptant avec un écran et laissant passer alternativement une vive lumière qui arrive à Toeil. Le diamètre de la pupille peut varier ainsi, suivant Hyoung, de 3""" à 7"" environ. Les variations sont faciles à observer chez certains animaux qui, comme les chats, ont la pupille en forme de fente verticale; cette fente, très étroite au grand jour , s'élargit latéralement au point de devenir circulaire quand il fait très sombre.

Comme chacun des points d'un objet lumineux ou éclairé envoie des rayons divergents, dont Tintensité varie en raison inverse du carré de la distance, on pourrait croire que le rétrécissement de la pupille, quand on regarde des objets rapprochés, est occasionné par Texcitation que produit une lumière plus vive. Ce mouvement serait donc automatique et indépendant de la volonté. 11 est incontestable que Taction de la lumière détermine la contraction de la pupille; mais, comme l'admettait Descartes, la volonté intervient aussi, et TefTort que Ton fait pour voir nettement les objets rapprochés est accompagné du rétrécissement de la pupille. En effet, Magendie a constaté que la pupille se resserre quand, avec une même intensité lumineuse, on cherche à distinguer un objet très petit. Si, comme l'a fait Dugès, on cache un des yeux avec la main, et qu'on le découvre ensuite subitement, on voit, dans un miroir, la pupille de l'autre œil se rétrécir, quoiqu'il reste soumis à l'action de la même iumièrp, à cause de l'habitude qu'il a contractée d'avoir ses mouvements concordants avec ceux de l'autre œil.

et 41. Champ de la vision. — On appelle ainsi, soit l'espace angulaire dans lequel sont compris les objets qui peuvent envoyer des rayons dans l'œil, soit l'espace dans lequel ils doivent être renfermés pour donner une image nette sur la rétine. Ce dernier espace, très étroit, comme nous allons le voir, est le champ de la vision ne^^^. Le champ, dans la première acception, est, d'après M. Brewster, de I^O"" dans le sens vertical, et de ISO"", dans le sens horizontal. Cette grande étendue provient de la courbure de la cornée transparente, qui forme le sommet du grand axe d'un ellipsoïde, ce qui est favorable h l'entrée des rayons très obliques. Chaussât a constaté cette forme, sur l'œil du bœuf ^ Pour cela, il plaçait l'œil dans unecaisse rectangulaire pleine d'eau, et projetait sur une lame de verre dépoli, au moyen du mégascope, l'image grossie huit à dix fois, de la cornée vue de profil. Il en traçait le contour, puis menant sur le dessin, des ordonnées et des abcisses, il les mesurait et cherchait si la courbe pouvait satisfaire à l'équation d'une ellipse, dont il calculait les axes au moyen de deux couples de ces coordonnées. Il a reconnu aussi que l'axe de l'ellipsoïde fait, dans le plan horizontal et du côté interne, un angle de 9 à 10"* avec l'axe perpendiculaire au centre de la pupille. Cet angle, que M. Sœmmering fils a aussi trouvé dans l'œil du cheval, existe-t-il chez l'homme? Cela est peu probable. Les animaux, dont il est question ici.

1 AnnaU$ de chimie el iU physique, 2« série, t. X, p. 337.

ayant les yeux placés latéralement à la tête, cette déviation des axes vers le nez a chez eux une utilité qui n'existe pas chez Thomme, dont les yeux sont placés en avant. M. Chaussât a trouvé à la cornée de Téléphant une courbure d'hyperboloïde; Demours pensait que celle de Thomme présentait une semblable courbure ; cela peut être pour des yeux très myopes ; il en est même dont la cornée est presque conique ; mais il résulte des recherches de MM. Chaussât, Krause, Vallée, que cette courbure est habituellement ellipsoïdale, comme pour Tœil du bœuf. Il est, du reste, facile de reconnaître que la surface de la cornée n*est pas sphérique, en se regardant dans une glace et observant Timage d'une fenêtre, sur la cornée ; en se tournant peu à peu, de manière que cette image change de place, on la voit grandir sensiblement en s'approchant du bord de la prunelle. Nous verrons aussi que cette surface n'est pas de révolution (2i54).

Les surfaces du cristallin ont aussi des formes d'ellipsoïde, à peu prés de révolution, mais autour du petit axe, comme Chaussât l'a constaté au moyen du mégascope, sur l'œil du bœuf. Le cristallin était plongé dans Teau et reposait sur du mercure pour éviter toute déformation ; il absorbe l'eau assez rapidement, mais on avait soin de se mettre en garde contre cette cause d'erreur.

Outre la forme de la cornée, il est une autre circonstance qui concourt à diminuer l'aberration de sphéricité pour les rayons obliques. M. Vallée a reconnu, par l'expérience, que les axes secondaires correspondant aux différents points d'un objet, ne se coupent pas en un seul centre optique, mais qu'ils se coupent deux à deux, en formant une petite surface placée derrière le cristallin. L'espace occupé par cette surface est très petit, et peut être considéré comme un point, quand on construit géométriquement l'image formée au fond de l'œil.

Champ de la tIsIob nette. — Le champ de la vision nette est extrêmement restreint. Car, si l'on regarde la première lettre d'un mot imprimé en caractères ordinaires, comme ceux de cette page, par exemple, on ne distinguera pas les dernières lettres du mot, et l'on ne pourra en deviner la fin sans déplacer l'œil. Quand la page est à 30 centimètres de l'œil, on ne peut distinguer que les lettres qui ne s'éloignent pas de plus de 10 à 15"^ de celle que l'on regarde directement. D'après Hyoung, le diamètre du champ de la vision nette n'est pas de plus de ^'^ à 4"". Si nous pouvons voir nettement toutes les parties d'un corps assez grand, c'est que, comme l'avait remarqué Ptolémée, l'axe de l'œil se déplace avec une très grande vivacité, et se dirige très rapidement sur les différents points du corps, de manière qu'on a la perception , presque simultanée de ses différentes parties.

SI42. Vision nette et vision distincte. — On a souvent établi une différence entre la vision nette et la vision distincte, entre la vision de détails et la vision d'ensemble. La vision est nette quand on distingue les petits détails des objets ; mais la limite est difficile à préciser, et il y a de grandes différences d'un individu à un autre. Dans tous les cas, la vision nette a toujours

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