‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernementChapitre 78 sur 195 · JUGEMENT DE LA DISTANCE · texte numérisé non relu

JUGEMENT DE LA DISTANCE

prendre l'œil pour voir nettement. II en résulte que, quelle que soit la position du point lumineux, il apparaîtra toujours au sommet du cône formé par les rayons divergents qui entrent dans Toeil, prolongés s'il est nécessaire. Ce fait, établi pour la première fois par Barrow, est la source d'une foule d'illusions d'optique ; il nous a servi à expliquer les effets de plusieurs instruments d'optique, en tr' autres de ceux des miroirs plans ou courbes.

C«s des objets éioifl;nés. — Quadd il s*agit d'objets situés à de grandes distances, les éléments d'appréciation dont nous venons de parler nous manquent, puisque les axes des yeux ne changent plus sensiblement de position relative, et que l'œil n'a plus besoin de s'adapter (2144). Le jugement de la distance ne peut alors se fonder que sur des données assez incertaines. Tantôt on fait intervenir l'éclat des objets, tantôt ta netteté avec laquelle on les distingue à travers l'air plus ou moins pur. C'est ainsi qu'un objet éloigné paraît plus éloigné encore quand on le regarde à travers un verre bleu qui en diminue l'éclat. De deux lumières vues pendant la nuit, la plus éloignée nous semblera la plus rapprochée si, malgré la distance, elle parait la plus briijante. Les peintres ont soin de donner moins de netteté aux parties du dessin qu'ils veulent faire paraître à une grande distance. Un habitant d'un pays de plaine, transporté dans les montagnes, où l'air est généralement très pur, croit toujours les objets éloignés beaucoup plus rapprochés qu'ils ne sont ; les flancs des montagnes semblent plus escarpés qu'ils ne le sont réellement, les sommets paraissant trop rapprochés par rapport à leur base ; aussi quand on représente les montagnes en relief, a-t-on soin, pour qu'on les reconnaisse, d'exagérer les hauteurs par rapport aux dimensions horizontales.

Les objets interposés jouent aussi un rôle important dans l'évaluation des grandes distances ; plus ils sont nombreux, plus la distance paraît grande ; parce qu'ils forment autant de points de repère qui servent à l'évaluer. Un clocher vu par-dessus un toit qui cache tous les objets intermédiaires, semble toucherau toit, quoiqu'il en soit très éloigné.

Enfin, la grandeur connue des objets peut aider à apprécier leur distance, leur image sur la rétine étant d'autant plus petite qu'ils sont plus éloignés. C'est ainsi qu'on juge de la distance d'un navire, par la difficulté plus ou moins grande de distinguer les matelots et les détails de leur costume* C'est en agrandissant les images de la fantasmagorie qu'on produit dans l'obscurité l'illusion qui fait croire que ces images se rapprochent.

S4«ii. Jnffement de la ffrandenr. — Quand plusieurs objets sont à la même distance de l'œil, nous jugeons de leur grandeur relative en comparant les dimensions des images faites sur la rétine ; ces dimensions étant alors entre elles comme les diamètres apparents des ob/ets. Mais quand les distances sont différentes, le jugement que nous portons des grandeurs relatives des objets, dépend à la fois des dimensions de l'image faite sur la rétine, et de l'idée que nous nous faisons de la distance de ces objets. Occupons-nous d'abord de la grandeur de l'image.

Grandeur de l'inaffe, — On admet généralement que le diamètre absolu de Timage sur la rétine est en raison inverse de la distance de Tobjet à Tœil, ou plus exactement au centre optique de Toeil. Ce principe géométrique serait vrai si, Tœil, ne changeant pas d*élat d'après la distance des objets, Fimage se Tormait toujours à la même distance du centre optique ; mais nous savons qu'il n'en est pas ainsi. La grandeur de l'image doit donc varier suivant une loi plus compliquée.

M. LubinofTa montré, en outre, que la grandeur de la pupille a une influenc-e marquée sur les dimensions de cette image K Pour mettre ce fait en évidence, on prend deux disques inégaux, on fixe le plus grand derrière le plus petit sur une règle divisée fixe, et on les regarde par une ouverture plus grande que la cornée transparente; on trouve que le plus grand disque, pour être complètement caché par le plus petit, doit être plus éloigné que ne l'indique la loi géométrique ; les distances étant comptées, soit de la surface de la cornée, soit du centre optique de l'œil. — Si le petit disque est remplacé par une ouverture de même diamètre, et si le grand disque, peint sur un carton, est placé à la

distance pour laquelle il était cacbé par le petit disque de l'expérience précédente , on voit autour du grand disque une portion du fond, formant une espèce «l'auréole qui l'entoure. Si on l'éloigné de manière à ce que cette auréole disparaisse, et qu'on replace le petit disque , le grand n'est plus entièrement Fig. 4 600. caché. Ces phénomènes prouvent que

^ la vision n'est pas bornée par les limites géométriques de l'angle visuel. L'œil voit un peu derrière l'obstacle que lui présentent les bords du disque opaque, dans le premier cas, et ceux de l'ouverture, dans le second. » Si l'on remplace le petit disque par uu anneau mince, formé par exemple avec un fil de fer noirci, on obtient à la fois les résultats donnés par le petit disque ou par l'ouverture qui le remplace ; c'està-dire que l'on voit le grand disque dépasser le bord extérieur de l'anneau, pendant que le bord intérieur parait bordé d'une auréole formée par le fond sur lequel est peint ce disque.

Ces résultats dépendent de la grandeur de la pupille ; car, si l'on regarde par un très petit trou, ils disparaissent, et, avec une fente étroite, les effets n'ont lieu que dans le sens de la fente. Voici comment ils s'expliquent : Soit pp' (fig. 1600) l'ouverture de la pupille , ab , AB les deux disques; menons l'angle visuel aob par les bords du premier, en prenant le centre de la pupille pour sommet de cet angle. Si les points A et B sont sur le prolongement de oa et ob, le disque ÂB sera à la distance pour laquelle il serait caché

1 Annalet de chimie et de physique, 3« série, t. LIV, p. 43.

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