JUGEMENT DE LA FORME
géométriquement. Mais remarquons que si nous menons la droite ebp' qui passe par le bord p' de la pupille, les points situés en eB enverront des rayons dans Tœil ; ces rayons se réuniront sur la rétine et feront voir ces points. Le disque ÂB paraîtra donc autour de ah, et il faudra éloigner le premier jusqu'à ce que ses bords touchent les droites cap et ebp', pour qu'il soit invisible. On verrait de même que, si ab était remplacé par une ouverture, on apercevrait une bande de largeur égale à Be' tout autour du disque AB placé dans Tangle aob.
iBflnenee de la distMiee. — Â égalité de grandeur de l'image de la rétine, nous jugeons les objets d'autant plus grands que nous les supposons plus éloignés, parce qu'une longue expérience nous a appris que Téloignement d'un objet est accompagné d'une diminution dans les dimensions de l'image. Ainsi, un homme ne nous semble pas plus grand à 3 métrés qu'à 20, quoique l'image sur la rétine soit beaucoup plus petite dans le dernier cas. L'aveugle de Cheselden ne pouvait d'abord reconnaître les grandeurs relatives des objets ; par exemple, il ne concevait pas comment un portrait en miniature pouvait être renfermé tout entier dans sa main, tandis que la tête du modèle ne pouvait être contenue dans ses deux mains. Ce ne fut qu'après une longue expérience qu'il put comparer les grandeurs des objets, ils lui parurent d'abord tous très gros, et ce ne fut qu'en en voyant de plus grands, qu'il jugea les premiers plus petits. L'influence de la distance le jetait aussi dans des erreurs continuelles, qu'il apprit peu à peu à éviter.
Il résulte de là que tout ce qui peut nous tromper sur les distances, nous trompe également sur les grandeurs. Par exemple, un grand nombre d'objets interposés faisant juger les distances plus grandes (2165), feront paraître plus grands les corps situés au delà. C'est ainsi qu'un homme placé au haut d'une pente couverte de pierres, de plantes, etc., nous semble un géant. La lune, le soleil, les constellations, prés de l'horizon, paraissent beaucoup plus grands qu'au zénith ; cependant leur diamètre angulaire est moindre. Cette illusion, qui a été expliquée par Alhazen, vient de ce que la voûte céleste paraissant surbaissée au zénith, parce qu'elle y est plus éclairée qu'à l'horizon, les astres nous semblent plus éloignés quand ils sont près de l'horizon. Les objets terrestres interposés concourent aussi à faire paraître la distance plus grande. Si l'on regarde l'astre à travers un tube qui empêche de voir la voûte céleste et les objets terrestres, l'illusion disparaît.
Quand les objets sont très grands, de manière que l'œil ait besoin de beaucoup se déplacer pour en observer les différentes parties, le jugement de leur grandeur dépend aussi des détails plus ou moins nombreux qu'ils présentent, et qui servent à apprécier le déplacement éprouvé par l'œil. C'est ainsi que les édifices dits gothiques paraissent très grands, à cause des nombreuses sculptures qui les décorent, et aussi parce que ces ornemenis soai d'autant plus nombreux, et non d'autant plus grands, que l'édifice est plus élevé. Dans un monument d'architecture grecque, au contraire, les proportions restent les
mêmes, la grandeur absolue des parties change seule, de sorte que ces édifices, quand ils dépassent les dimensions communes, ne produisent pas un effet en rapport avec leur masse. Par exemple, tous les voyageurs ont remarqué que Téglise Saint-Pierre de Rome, vue du milieu de la place, semble avoir des proportions ordinaires ; ce n^est qu*en s'en approchant qu'on se fait une idée des dimensions colossales de l'édifice.
1Bi69. JoffemeHt de la forme et des positieHS relatiTes. — L'image formée sur la rétine n'a que deux dimensions, et nous n'acquérons la faculté de juger des positions relatives des divers points de cette image qu'à la suite d'expériences souvent répétées. L'aveugle de Cheselden ne pouvait pas d'abord distinguer un triangle d'un cercle, il n'éprouvait qu'une impression, sans pouvoir discerner de différences entre ces deux figures. Au bout de quelque temps, il put se rendre compte du contour des corps, et plus tard il parvint à acquérir le sentiment du relief et de la forme des objets à trois dimensions, après avoir fait un grand nombre de comparaisons entre les indications du tact et les conditions de l'image p|^ne faite sur la rétine. Il y a encore ici deux cas à considérer * celui où l'objet est à une faible distance et celui où il est très éloigné.
Cas des eorps peu éioiffaés. — Quand les objets sont rapprochés, le sentiment du relief vient en partie de l'appréciation des distances différentes de leurs divers points à l'œil. De plus, les différentes lignes de l'objet qui forment une image plane sur la rétine, sont déformées suivant certaines lois ; celles qui sont droites paraissent former des angles différents de ceux qu'elles forment réellement, et nous nous accoutumons peu à peu à remonter à la forme du corps qui a produit l'image ainsi modifiée. Dans les arts graphiques, on parvient à imiter le relief des corps en donnant, aux différentes lignes de la figure plane d'un objet à trois dimensions, les mômes positions relatives qu'elles ont dans l'image que cet objet forme sur la rétine ; de manière que le dessin produit cette même image dans l'œil. Il est une autre condition dont les peintres tirent un grand parti ; nous voulons parler de la distribution des ombres et des pénombres sur les corps éclairés. Par exemple, un cercle paraîtra former une sphère, si les ombres y sont peintes telles qu'elles se présentent à la vue sur une sphère réelle éclairée d'un cété. Mais ce n'est encore qu'après une longue expérience que nous nous habituons à voir en relief les corps sur lesquels la lumière est départie suivant les lois qui dépendent de leur forme. Pour l'aveugle de Cheselden, tous les objets étaient d'abord pians; un tableau n'était pour lui qu'une surface couverte de différentes couleurs. Plus tard, quand il fut arrivé à apprécier le relief des corps, les figures d'un tableau lui parurent en relief» et il demandait quel était donc le sens qui le trompait, du tact ou de la vue.
Cas des objets éioS^aés. — Nous n'avons, pour juger de la forme des objets éloignés, q^ue le secours des ombres ; aussi, les jugements sont-ils alors très incertains. Par exemple, en l'absence d'ombres bien marquées, il est