‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernementChapitre 80 sur 195 · JUGEMENT DE LA FORME · texte numérisé non relu

JUGEMENT DE LA FORME

impossible de reconnaître de loin si une tour est ronde ou carrée. Les effets de la perspective peuvent quelquefois aider au jugement ; mais il faut alors que la distance ne soit pas trop grande, ou que le corps, de grandes dimensions, comme un édifice, soit orienté de manière à montrer différentes lignes dont on puisse apprécier les angles.

Nous jugeons plus facilement de la situation des objets placés à différentes distances, par la position relative de leurs images sur la rétine, position que nous avons appris à comparer avec celle des objets, en noi^s aidant de Fapprédation des distances, par la locomotion ou par jes différents moyens indiqués ci-dessus (2165). Les positions relatives des images sur la rétine sont soumises à certaines règles géométriques, de manière qu'on peut tracer sur une surface plane, un dessin qui produit dans l'œil la même image que les objets réels. L'étude de ces règles constitue la perspective linéaire, science qui parait avoir pris naissance dans les décorations théâtrales, et dont, d'après Yitruve, un nommé Agatarchus, guidé par Eschyle, aurait donné les premiers principes. C'est au moyen de la perspective linéaire, en combinant les ombres et les teintes, diminuant la grandeur des objets qui doivent paraître les plus éloignés; affaiblissant leur éclat pour imiter les effets de l'absorption de la lumière par l'atmosphère, en observant les règles de ce qu'on nomme la perspective aérienne, que les peintres obtiennent les illusions que produisent leurs tableaux quand on s'en éloigne convenablement. Les bords du tableau nuisent singulièrement à l'illusion en fournissant à l'œil une ligne de repère, à- laquelle il compare involontairement les distances des différents points du dessin, de manière à les Yoirà leur véritable distance. On évite cet inconvénient en regardant à travers un tuyau qui cache le cadre. C'est par un semblable artifice qu'on produit les illusions des dioramas et des panoramas. Dans le diorama, le spectateur est à une fenêtre dont le contour, qui lui cache les limites du tableau, est très éloigné de la surface peinte, et ne peut servir de terme de comparaison pour juger des distances réelles de ses différents points. Dans le panorama, la peinture est disposée circulairement autour du spectateur, qui eu occupe le centre et est placé sur une galerie circulaire, dont le plancher fait saillie de manière à cacher le bord inférieur du tableau. Le bord supérieur est caché par le contour circulaire d'un toit qui recouvre la galerie.

S468. nmUBNGB DBS DEUX TIUX SDR L'AFFBiCIATIOir DU BBLIBF. — Un des

éléments les plus importants du jugement du relief des corps rapprochés, est fourni par l'action simultanée des deux yeux. Ce rôle de la double vision, a été découvert vers 1833, par M. Wheatstone *.

Quand on regarde un même corps peu éloigné, successivement avec chaque œil, on en aperçoit Yensemble sous deux aspects différents : avec l'un des yeux, les positions relatives des lignes ne sont pas les mêmes qu'avec l'autre, et l'on voit du côté de cet œil certaines parties du corps qu'on ne voit pas avec l'autre,

1 Annales de chimie et de physique^ 3« série, t. II, p. 330.

les deux yeux n*étant pas situés de la même manière par rapport au eorps. Par exemple, un cube sera vu comme en A (/î^. 1601) quand on le regardera avec rœil gauche, et comme en B, avec Fœil droit. Un tronc de cône ayant sa petite base tournée vers les yeux , sera vu comme en C avec l'œil gauche, et comme eu D, avec l'œil droit (fig. 1602). Quand on regardera avec les deux yeux, les deux images faites sur les rétines ne seront donc pas identiques. On distinguera trois parties ; la première, vue en même temps par les deux yeux, et dont les sensations se confondront, par les raisons que nous avons développées (2162); les deux. autres , vues par un œil seulement, et qui s'ajouteront dans l'image, de part et d'autre de la partie commune. De la combinaison de ces diverses sensations résultera le sentiment des trois dimensions et du relief du corps. On voit que les deux yeux embrassent, pour ainsi dire, la surface des objets, de manière à en distinguer non seulement la partie antérieure, mais encore une portion des parties latérales. Cela ne pouvant avoir lieu sur un tableau peint, on comprend pourquoi les objets représentés sur le premier plan ne peuvent jamais produire une illusion complète; d*antaiit

Fig. 1604.

Fig. 1602.

plus qu'ils se projetteraient sur des objetç éloignés différents pour les deux yeux, s'ils étaient réels, ce qui n'est pas réalisé sur le tableau. On supprime cette opposition entre l'elfet du dessin et celui de la vision binoculaire des objets réels, en s'éloignant, auquel cas les images faites dans les deux yeux sont sensiblement identiques ; ou bien en fermant un œil, ce que Ton fait instinctivement quand on veut bien juger de l'effet d'une peinture.

2i69. Stéréoscope. — En partant des principes qui précédent, M. Wheatstone s'est proposé de faire voir en relief des dessins, faits sur une surface plane, d'objets à trois dimensions. On commence par préparer deux dessins de l'objet, l'un le représentant tel qu'on le voit avec Tœil droit. Vautre tel qu'on le voit avec l'œil gauche ; et il faut faire en sorte que, celui de droite étant vu par l'œil droit seulement, et celui de gauche, par l'œil gauche, les deux dessins paraissent superposés. Pour remplir ces conditions, les dessins sont placés sur deux tablettes verticales parallèles a6, a'b' (fig, 1603) entre lesquelles sont disposés deux miroirs plans mn, m'n formant un angle de 90**. Un écran c, présentant des échancrures, o, o' pour les yeux, et n'n pour le nez, cache l'arête d'intersection des deux miroirs. La figure 1604 représente la projection horizontale de l'instrument. Les rayons lumineux , partant des

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