DU PATHÉTIQUE ET DE LA PÉRORAISO:V
D. Certains orateurs ne font-ils pas usage du pathéti(jue après la confirniation ?
Ji. Quelques orateurs, suivant la nature du sujet, font usage du pathétique, tel que nous l'avons décrit dans la rhétorique , avant de passer à la péroraison, ou bien lui assignent telle autre place qu'ils jugent plus propre à lui faire produire un effet énergique,
D. Quelles sont les règles de cette partie du discours?
il. Il n'y a pas de règles fixes pour le pathétique; mais on doit s'appliquer, à se concilier toute l'attention et la bienveillance de ses auditeurs avant de faire un appel à leiu-s passions; à l'introduire tout-à-coup et à l'insu de l'auditeur. Le pathétique échouerait si l'auditeur soupçonnait qu'on en appelle de sa raison à ses passions; à exprimer et à sentir avec énergie les émotions qu'on veut faire éprouver aux autres ; à s'exprimer avec naturel et facilité en bannissant tout ornement ou digression inutile; enfin à ne pas prolonger la crise trop long-temps, de peur de dépasser le but ou de s'exposer au ridicule.
D. Qu'est-ce que \a péroraison?
R. La péroraison est la partie du discours dans laquelle l'orateur, prenant congé de son
auditoire , essaie de nouveau de se le concilier et de l'amener à penser, à vouloir, à dire ou à faire comme lui.
D. Quelques orateurs ne se méprennent-ils pas sur le but de la péroraison?
R. Oui; ils en font une récapitulation des plus forts argumens et des preuves les plus solides , récapitulation qui doit être le résumé de la confirmation et la suivre immédiatement , mais qui n'est pas la péroraison qu'on doit regarder comme un dernier appel au jugement, à la raison ou aux passions de ses auditeurs.
D. La péroraison est-elle importante?
R. La péroraison est fort importante , parce qu'elle est placée à la fin du discours au moment où l'adversaire va prendre la parole pour renverser vos argumens, et qu'elle précède l'instant où les juges ou bien l'auditoire vont prononcer sur la question débattue par vous.
D. Quelle règle prescrit-on pour une bonne péroraison ?
R. On prescrit de saisir le moment favorable pour conclure avec avantage et avec grâce , de s'armer de toute son éloquence pour frapper, émouvoir, indigner, attendrir et faire naître dans l'ame des auditeurs toutes les émotions qui agitent la nôtre.
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UES DlFFÉRi:>'S GEXRtS DE COMPOSITIONS ORATOIRES.
D. ^«"'a-t-on pas clistrngué plusieurs genres de compositions oratoires?
R. Les anciens reconnaissaient trois genres de compositions oratoires. Le genre démonstratif, qui expose une suite défaits, blâme ou loue une personne, une action ou une chose. 'Lt judiciaire, destiné aux luttes et aux débats du barreau, et le déiibcratif, qui discute les lois, la paix, la guerre, les mesures à prendre pom^ la conservation de l'état et toutes les giandes questions politiques.
D. Cette classification est-elle suffisante?
R. Cette classification n'est plus aujourd'hui suffisante, et ne comprend pas tous les genres d'éloquence auxquels le développement de Tintelligence et des institutions sociales ont donné naissance.
D. Comment divisez-vous les genres d'éloquence?
R. Je partage l'éloquence en cinq genres : l'éloquence délibératii^e , l'éloquence judiciaire, l'éloquence de la chaire, l'éloquence militaire y l'éloquence académique , qui comprend les harangues, les éloges, les oraisons funèbres et les panégyriques.
DE l'Éloquence délibérative.
D. Quelle est l'éloquence que vous appelez délibératii'e?
R. L'éloquence délibérative , qui ne peut exister qu'avec la liberté politique, discute les lois à faire ou à détruire, les mesures administratives ou politiques à décréter ou à interdire, enfin tous les intérêts nationaux.
D. Quel est le caractère principal de cette éloquence?
il. Cette éloquence, qui traite des intérêts les plus importans et les plus chers de tout un peuple , doit avoir un caractère élevé , grave , mâle et solennel; l'énergie, la véhémence ou les passions entrent dans son domaine , et tous les mouvemens oratoires peuvent être employés par elle avec avantage.
D. Quelles sont les qualités essentielles de l'orateur politique ?
R. Un amour vrai et profond de la patrie et de la liberté, de la présence d'esprit, le talent d'improviser avec facilité, une mémoire fidèle et sûre, enfin toutes les éludes qui constituent le philosophe, l'économiste ou l'homme d'état sont les qualités indispensables à un orateur politique.
D. Quel est le but de ce genre d'éloquence?
R. Le but de l'éloquence délibérative est de
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convaincre au moyen de preuves, de séduire r esprit des auditeurs ou à' exciter leurs pas^ sions.
D. Comment l'orateur politique parvient-il à convaincre?
R. Il parvient à convaincre par des preuves
directes et par la réfutation des sophismes.
D. ]Vya-t-il pas plusieurs sortes de preuves?
R. Dans les matières deliberatives, il y a
deux sortes de preuves , le raisonnement ou
argumentation et les exemples.
D. Quelle forme doit avoir le raisonnement?
R. Le raisonnement doit avoir une forme sévère , rigoureuse et incontestable. Dans ce genre d'éloquence où tout se prouve par les contraires, les motifs doivent toujours reposer sur Injustice et Y utilité.
D. Comment se sert-on de la justice pour convaincre?
R, En invoc[uant les principes de Téquité, ou ceux qui sont avoués par tous les hommes et gravés dans leur coeur: en montrant les rapports immédiats ou éloignés que l'action ou la mesure en question , qu'on présente sous l'aspect le plus favorable à sou opinion, peut avoir a\ec ces préceptes; enfin en démontrant d'après ces principes combien elle est digne d'intérêt ou de mépris, de haine ou d'admiration. D. Comment fait-on valoir l'utilité?
H. En prouvant combien l'objet en discussion peut avoir d'avantages actuels ou futurs sur le bien-être ou le bonheur des individus ou de la nation , ou combien son adoption serait fatale et dangereuse.
D. Quel mobile doit-on mettre en action dans ces raisonnemens?
R. On doit mettre en action V intérêt , soit individuel , soit général ; tous les auditeurs n'ont pas le même intérêt dans la mesure proposée; l'orateur doit peser , comparer ou balancer tous ces intérêts, et embrasser la majorité d'entre eux dans le choix et la variété de ses preuves.
D. Quel avantage retire-t-on des exemples ?
R. Par les exemples, on entraîne en excitant l'émulation en même temps qu'on s'efforce de convaincre par l'autorité et l'expérience des siècles passés.
D. Que prescrivez-vous dans l'emploi des exemples ?
R. Les exemples doivent être amenés adroitement et par d'heureuses transitions; il faut, selon la nature du sujet, les exposer avec simplicité, brièveté ou énergie, ou par exclamations, ou par apostrophes ou par prosopopée; enfin on doit faire ressortir la parité des circonstances enire ces exemples et le sujet qu'on discute, et l'urgence de suivre les mêmes erremens.
D. Qu'est-ce qu'on nomme sophismes?
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Â. On nomme sophismes, un abus du raisonnement qui consiste à établir et à prouver une proposition vraie , et à l'aide d'un deuxième principe qui ne l'est pas, d'en tirer des conclusions fausses.
D. N'existe-t-il pas deux classes de sophismes dans l'éloquence politique?
H. Oui, il existe 1° des sophismes qu'on pourrait appeler loginues , et dont nous venons de donner la définition ; 2.^ des sophismes généraux, qui portent sur l'ensemble des pensées , des paroles ou des preuves.
D. Est-il important de réfuter les sophismes?
il. C'est une partie importante de l'art de l'orateur politique , que de dérouler et de réfuter les sophismes qui se présentent sous mille formes variées et spécieuses ; il faut pour cela un esprit étendu et pénétrant , mais une fois qu'il a saisi le point vulnérable du sophisme , l'orateur acquiert un avantage décidé sur son adversaire.
D. Comment séduit-on Vcsprit de ses auditeurs ?
R. On séduit l'esprit de ses auditeurs en cherchant à leur plaire , à se concilier leur intérêt et à leur inspirer de la confiance.
D. Par quels moyens peut-on espérer de plaire ?
D. Ou plaît à ses auditeurs par des com-
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plimens délicats, par des louanges adroites, en évitant de froisser leurs préjugés, de choquer leurs goûts, leurs opinions, leurs sentimens , leurs habitudes; enfin en manifestant pour eux un tendre intérêt ou une affectueuse sollicitude.
D. Quelle voie emploie-t-on pour se concilier l'intérêt ?
R. On s'efforce d'exciter la reconnaissance ou l'affection , l'admiration ou l'estime pour soi , le mépris ou la haine pour son adversaire. On s'identifie avec les auditeurs , on prouve que les sentimens, les opinions, les intérêts sont communs, on réclame l'indulgence; enfin on fait valoir un fait, une circonstance particulière qui donne droit à la bienveillance de l'auditoire.
D. Comment inspire-t-on la confiance?
R. Par la gravité et la sévérité du maintien et du langage, par un amour apparent de l'ordre, de la justice et de l'écpiité, par de longues études, une impartialité, des lumières ou une probité reconnue, enfin par la douceur, la bonté ou la franchise.
D. Comment parvient-on à exciter les passions?
R. Par l'emploi du pathétique , et une connaissance approfondie des ressorts qui peuvent mettre en jeu , dans le cœur humain , la joie , la douleur, la haine, l'orgueil, l'admiration, l'a-
mour, l'enthousiasme , lindignation , le patriotisme , etc.