‹ Traité élémentaire de rhétorique et d'éloquenceChapitre 22 sur 27 · AVIS AUX MAÇONS · texte numérisé non relu

AVIS AUX MAÇONS

Sur la chaux ; — le plâtre ; — les pierres de tailie et les pierres gelives ; — la pouzzolane ; — le sable ; — les briques ; — les ardoises et les couvertures de bitumes; — sur les crayons noirs, roueres , blancs , gi is ; — et sur ceux dits mine de plomb.

La chaux. Toutes les pierres calcaires sans exception, c'est-à-dire tous les marbres, les craies et les pierres à bcttir qui bouillonnent quand on jette de ieau-forte dessus , quelles que soient d'ailleurs leurs couleurg, leur dureté , la finesse ou la grosseur de leur grain , sont susceptibles de se changer en cliaux vive quand on les calcine.

Ainsi le marbie blanc des statues, le marbre noir des tombeaux, les marbres colorés dont on fait des tables ou des chambranles de cheminées, les pierres à bâtir de Paris, de Lyon, de Eordeaux, la craie ou blanc d'Espagne, la plupart des marnes, les coquilles d'huîtres , etc. , sont des pierres à chaux.

Le moyen le plus simple et le plus certain de s'assurer si une pierre est véritabienient calcaire pu si c'est une pierre à chaux, c'est d enchaulicrunniorceaudela grosseur d'un œuf à la ibrge d'un serrurier, de la laisser refroidir et de jeter u:i peu d'eau dessus. Si c'est une pieiie à chaux elle séchauffera

sif&era , se gor!fle!"a , so fendra dans tous les sens et se réduira en poudre plus ou moins blanche et avec plus ou moins de vi-

^•acité.

Si l'on a trop chauffé, surtout dans une fovLn^ au charbon-de terre, il arrivera que la pièce d'essai sera couverte dune croûte vitreuse calcinée qui empêchera leau de pénétrer, en sorte quelle pouira tarder à s'échauffer et à tomber en poudre : mais si le feu n"a pas été assez vif ou assez long, la pièce ne sera pas cuite et 1 eau n aura encore aucun effet sur elle. Il est donc prudent de recommencer l'épreuve plusieurs fois ; un quart d'heure de feu de forge suffît oi'dinairement pour calciner un morceau de la grosseur d'un petit œuf: et d'ailleurs s'il ne re>t pas dans toute son épaisseur et qu'il reste un noyau non cuit . ce que Ton appelle, suivant le pays, crapaud ou pigeon, on ne ser a pas moins certain que l'on a véritablement essayé une pierre à chaux qui pourra cuire en entier dans un four ordinaire ou par un feu plus prolongé.

Je ne dis pas pour cela que tous ces marbres et toutes ces pierres soient susceptibles de donner de bonne chaux ; je dirai au contraire qu'il n'y en a peut-être pas deux qui en donnent de qualité éi/ale : mais, avant daller plus loin, disons qu'il n'y a réellement que trois espèces de chaux, et nous conviendrons ensuite de ce que l'on doit appeler bonne ou mauvaise chaux.

On distingue donc :

I". La chaux grasse ou commune , qui est très-blanche , qui demande iDeaucoup d'eau et qui porte beaucoup de sable.

2°. La chaux maigre , qui demande peu d'eau et porte peu de sable.

3°. La chaux hydraulique , qui se distini;ue de toutes les autres par sa propriété de durcir sous l'eau sans avoir pris l'air. Cette chauxne gonfle pasen se fusant, porte très-peu de sable, n'est jamais d'un beau blanc , est souvent bise , jaune ou grisâtre. Actuellement entendons - nous sur ce qui doit constituer une bonne et une mauvaise chaux.

La chaux grasse commune qui foisonne beaucoup, qui porte une grande quantité de sable et d'eau , est une chaux excellente pour la bâtisse courante ; elle est économique et durcit assez promptement à l'air, surtout en été.

La chaux hydraulique, qui jouit de la propriété admirable de durcir sous l'eau sans mélange de ciment, est excellente pour les fondations humides et pour les ouvrages qui doivent être submregés dès l'instant qu'ils sontr finis ; mais certes elle n'est point économique , car elle ne rend que un pour un après qu'elle est fu^ée. Elle porte trèspeu de sable et demande d'assez grandes précautions pour l'éteindre et l'employer. Quant à la chaux maigre, qui prend peu de sable et qui ne jouit point cependant de

la faculté de durcir sous l'eau, je ne balance point à la regarder comme la moins bonne des trois, parce qu elle n'est ni économique ni hydraulique. On doit cependant la préférer à la chaux Lirasse pour les tra\ aux humides, parce qu'elle durcit quelquelbis à la lonîçue.

Presque toutes les pierres calcaiies blanches , dures et \ives, donnent de la chaux grasse: et quant à celles qui produi>ent de la chaux liydraulique , il faut les chercher parmi les pierres marneuses dites cantines, qui sont mates, qui tachent les doigts et qui s'émiettent à i'air. Je pourrais encore ajouter d'autres caractères; mais le meilleur moyen de reconnaître cette chaux, qui durcit sous l'eau, c'est de l'essayer, et pour cela il suffit de faij'e cuire la pierre , soit à la forge , soit dans un four, de la faire fuser en jetant un peu d'eau dessus , ou en la trempant et la retirant de suite, et de la pétrir au fond dun ^erre en lui donnant la consistance du mastic du vitriei', de^ien l'unir avec le pouce et de remplir leurre d'eau. Si au bout de tiois jouis la chaux est asNCz dure pour ne plus fléchir sous le doigt , elle sera très-hydraulique, et elle le sera d autant moins qu'elle mettra plus de temps à durcir^ toujours en la tenant recouverte d'eau et ne mettant rien avec elle.

La pierre calcaire est très-commune; elle forme le sol de vastes contrées et la masse entière des chaînes de montagnes les plus

étendues; il y en a de toutes les couleurs, de dures comme les marbres , de tendres comme les craies ; d'autres qui ont le grain fin , d'autres qui sont grossières et qui renferment un grand nombre de coquilles entières ou brisées et qui ont vécu dans la mer comme celles qui y vivent encore.

\ oilà tout ce que j'avais de nouveau à vous dire sur les différentes espèces de chaux dont vous faites iournellement usa^e. J'ajouterai , pour le dire en passant , que c est un préjugé de cvoire que la chaux perd sa force quand elle se fuse naturellement ou quand elle tombe en poudre sans eau ; que c'en est un autre de croire que la chaux se brûle quand on l'éteint avec si peu d'eau qu'elle ne fait point pâte , mais simplement poudre ou farine : il n'y a point d'inconvénient à mettre peu d'eau, et il y en a beaucoup à en mettre trop.

Le plâtre se fait avec une pierre qui a beaucoup de ressemblance avec certaines piepxes à chaux; mais on la distingue d'avec «les par les propriétés suivantes.

La pierre à plâtre se laisse toujours attaquer aA ce l'ongle : quand on la frappe avec un maillet de bois, la place qui a reçu le coup devient blanche et farineuse , à peu près comme cela arrive au sucre , quelle que soit la couleur de la pierre. Enfin , et c'est encore là le meilleur moyen de la j-econnaître , jetez-en un fragment dans le foyer de la cheminée , ou quelques petits

morceaux dans un four à pain chautTé; >i c'est de la pierre à |>iàtie , quelques heures après la cuisson elle tondDera en poudre , et si l'on fait une bouillie épaisse avec cette poudre en la mêlant avec de l'eau , on. s'apercevra que la pâte se durcit : cette poudre-blanche ïera en effet du plâtre, tandis que si c'eût été de la pierre à chaux que ion eût essayé, elle n'aurait point cuit à une si faible chaleui-; ou si sa surface s était réduite en chaux vive , vous l'eussiez reconnu de suite à la manière dont elle se serait échauilee a^ec l'eau. Il y a quelques pierres à plâtre qui bouillonnent quand on en jette quelques niiette> dans i'eau-foi te ; mais en générai elles ne font point ceteilet, ou si elles le produisent, ce uest que pendant quelques minutes : telle est, par exemple , la pierre à plâtre de Paris. Cest donc encore un moyen de distinguer la pierre à plâtre davec la pierre à chaux , qui bouillonne toujours dans cette liqueur, et qui finit par s y dissoudre en entier.

Les pouzzolanes. La pouzzolane du commerce est une esjièce de sable \olcanique, terreux, d un brun foncé rougeàtre, ou d un gris soLLibre, que ion tirait autrefois de Pouzzole, dans \e royaume de ]\ pies, et que ion extrait aujourd hui de Civita- A ecchia près Rome , où il existe des carrières qui peuvent suffire au ser\ice de toute liiiurope. Cependant comme ii y a en France plusieurs contrées qui ont été an-

cieiinement ravagées par le feu des volcans , on a découvert en Auvergne , en Languedoc et en A ivarais, des canières de pouzzolanes aussi bonnes que celles d'Italie, et t|ui ont le grand avantage d'être infiniment moins chères, surtout en temps de guerre ; et de plus comme il est bien prouvé que les vraies pouzzolanes sont des substances terreuses ou pierreuses qui ont été cuites et calcinées par le feu des volcans , on a été conduit tout naturellement à chercher à les imiter par l'art , et cette idée est bien ancienne , puisque les plus vieux mortiers contiennent de la tuile pilée , qui nest autre chose qu une soite de pouzzolane artificielle. Plusieurs ingénieurs français et étrangers sont ])arvenus à imiter les pouzzolanes naturelles en calcinant et faisant écraser ditlérentes pierres et plusieurs sortes d'argiles. La chaux hydraulique de bonne qualité se suffit à elle-même, et n'a naturellement besoin d'aucun mélange de pouzzolane ou de ciment.

Je ne puis rien vous dire de iiouveau sur les sables : vous savez que le nseiileur est celui qui est lavé par la rivière et qui crie dans la main ; qu'il y en a cependant de fort bon parmi ceux qui se trouvent dans les carrières, et qu il faut avoir grand soin de laver le sable de mer dans un coul'ant d'eau douce, sous peine de voir tomber le mortier en poudre par l'effet du sel qui pousse en dehors.

AVIS

Sur les pierres il'appareil ou pierres de taille, et particulièrement sur les pierres gelives.

Les pierres calcaires , its p'és , le» granits et les laves , sont les principales pierres dont on fait usaire dans la bâtisse , et qui peuvent ibuiuii' des pierres de taille ou d'appareil. Tous savez déjà que les pierres calcaires sont celles que l'on emploie le plus ordinairement , qu'elles sont susceptibles de donner de la chaux vive par la calcination, et que la plupart dentre eiïe^ peuvent se sciera la scie à dents, ou au sable et à l'eau ; enfin vous savez aussi que plusieurs de ces pierres sont capables de jeceNoir iv poli et de. passer pour de véritables marbres.

Quant aux jzrès et aux granits surtout, ^ ous connaissez leur grande dureté , la difticultéque l'on éprouve à les tailler, et la nécessité où Ton est souvent de les mouiller pour en f'aciiiLer la taille. Les laves sont des produits volcaniques , ce sont des pieries qui ont élé calcinées par les feux souterrains, et qui ont quelquefois coulé comme du métal. Aujourdbui nous les employons , tantôt comme meule de moulin , tantôt comme pierre de taille. Telle est la pierre noire de ^ olvic , tlont toute la ville de Glermont-Ferrant est bâtie.

Malheureusement toutes ces pieiTes jie

sont point également solides , nous en connaissons un grand nombre que l'oii ne peut employer que dans l'intérieui', et qu'il serait impiudent d'exposer aux injures de l'air. Cependant on ne croit plus aujourd'hui que la lune mange les pierres; mais, ce qui n'est que trop vrai , c'est que la gelée en attaque un grand nombre , qu'elle les éciène , qu'elle les fait éclater ou qu'elle les ronge prolondement.

Quand on sait qu'une pierre a ce défaut, on se garde bien de l'employer en dehors ; mais, quand on ouvie une nouvelle carrière , il est impossible de deviner si la pierre qu'elle produit sera gelive ou non. La couleur, la durefé, le son , la pesanteur, la manière dont elle prend l'eau, la grosseur ou la finesse de son grain , tout cela est trompeur , et jusqu'à ces derniers temps on a été réduit à tirer des pierres d'avance, et à les exposer pendant plusieurs hivers sur le chantier à l'action du froid ; mais vous comprendrez facilement que ce moyen avait le grand inconvénient délaisser le propriétaire dans l'incertitude pendant plusieurs années , et que si plusieur.-, hivers doux venaient à se succéder, cette expéiience même n'était pas trèsrassurante pour l'architecte ou l'ingénieur qui devait les employer.

Voici donc actuellement comment on parvient à découvrir en cinq ou six jour* bi telle i;;crre est geUvc ou non.

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