‹ Traité élémentaire de rhétorique et d'éloquenceChapitre 23 sur 27 · INSTRUCTION PRATIQUE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION PRATIQUE

Pour essayer les pierres dappareil d'après le procédé qui a obtenu la médaille d or de pre-

I. On choisit leséchantillonssur les points douteux du banc de pierre que Ion veut éprouver, par exemple, sur les places qui présentent des dilVérences dans la couleur, le grain ou l'aspect.

IJ . On fait tailler ou scier ces échantillons en cubes, de deux pouces de côté, à vives arêtes, les morceaux simplement cassés pouvant olTiir ainsi une détéiioration fausse qui ne tiendrait nuileiient à la qualité de la pierre, mais simplement à la Ibrce qui la brisée.

III. On numérote ou l'on marque chaque cchantrllon avec de Tencre de Chine , ou avec une pointe d acier; l'on conserve des notes exactes du lieu et de la place d'où chaque cube a été détaché.

P> . On faitlbndre dans une quantité deau proportionnée au nombre d échantillons que Ton veut essayer , tout le sel de Glauber {sulfate de soude} qu'elle peut dissoudre à froid, et pourj^trc bien certain que cette eau ne peut en prendre davantage^ il faut qu'il reste un peu de sel au fond du vase, une ou deux heuies après quon ly aura jeté. — Ainsi, par exemple, une livre de ce sel suffit

pour saturer une bouteille d'eau ordinaire.

Y. On fait chauffer cette eau chargée de sel^ dans un vase quelconque , jusqu'à ce qu'elie bouille à gros bouiiiouSj et l'on y plonge alors tous les échantillons sans la retii-er de dessus le feu, et en disposant les cubes de manièie à ce qu'ils plongent tous complètement,

VI. On laisse bouillir les pierres pendant une demi-heure ; il ne faut pas les laisser plus long-temps, mais ce temps de 3o minutes est de rigueur.

Yll. On retire chaque échantillon l'un après l'autre et on les suspend à des fils de manière à ce qu'ils ne touchent à i-ien , et qu ils soient parfaitement isoiés. On place au-dessous de chacun d'eux un vase rempli deladissolutJondanslaquelleilsontbouiili, mais en ayant soin de la laisser leposer, et de jeter le fond, qui renferme toujours delà poussière ou des grains détachés des* échantillons. Chacun de ces vases sert à laver le cube qui est suspendu au-dessus de lui.

YIII. Si le temps n'est pas trop humide ou trop froid, on trouvera, vingt-quatre heures après quecespierres auront été suspendues, leur surface couverte de petites aiguilles blanches salines, tout-à-fait pareilles au salpêtre des caves par la manière dont elles se présentent. On plongera ces pierres dans le vase qui est au-dessous de chacune d'elles , pour faire tomber les premières efflorescences salines. On jc-

commence ainsi toutes les fois que les aiguilles sont bien formées ; après la nuit surtout, on les trouve plus longues et beaucoup plus abondantes que dans le courant du jour : ce qui fait conseiller de faire l'expérience dans un appartement feimé, dans une cave, etc.

IX. Si la pierre que l'on a éprouvée n'est point gelive , le sel nenti'aîne rien avec lui, et l'on ne trouve au fond du vase m grains, ni feuillets , ni fraiimens de la pierre éprouvée , que Ion doit avoir soin de ne point changer de place dans le cours de rexpérieuce , non plus que le vase qui est au-dessous d'elle.

Si la pierre est gelivje , au contraire, ou s"aperce\ ra^ dès le premier jour que le seî paraîtra, qu'il entraîne avec lui des fragmens de pierre, que le cube perd ses angles et ses \ives arrêtes , et eniiu l'on trouvera au fond du vase tout ce qui s'en sera détaché dans le cours de l'épreuve , qui doit être achevée au bout du cinquièuje jour à partir du n-oûient oii le sel pousse pour la ptemière fois , car cet effet retarde ou avance suivant l'état de lair. On peut aider la pousse du sel , en trempant la pierre aussitôt qu'il commence à paraître sur quelques points et en répétant cette opération cinq ou six fois par jour.

-Vous insistons sur l'observation précédemment faite , qu'il faut bien se gaider de faire fondre le sel dans l'eau pendant

qu elle est chaude , c'est à froid seulement que cette saturation doit avoir lieu; car, ainsi que nous l'avons déjà dit, et comme on l'a reconnu dans les expériences faites à finspection générale des carrières , telle pierre qui résiste bien à l'action de 'a gelée et à l'action de la lessive saturée à froid , se délite complètement quand on l'expose à l'action de la lessive saturée à chaud , et il en serait souvent de même si Ton prolongeait les lotions au delà du quatrième jour, comme nous l'avons indiqué ci-dessus.

X. Si l'on veut juger comparativement du degré de gelivité de deux pierres indiquées comme devant se décomposer par l'action de la gelée ^ on pèse, apiès les avoir séchées , toutes Les parties qui se sont détachées des surfaces du cube , et l'on saura de suite celle qui sera la plus gelive des deux.

Enfin , si un cube de 24 pouces carrés de surface (ou ]5 centimètres) a perdu 180 grains (0,9 grai>!mes) en un jour, une toifee carrée de la même pierre aurait perdu trois livres 6 onces dans le même espace de temps (ou I kil. 66 ).

La gelée n'est point la seule cause de l'altération des pierres : il en est qui s'égrènent au soleil ou par l'efiet de la chaleur, et Ton est à peu près certain que ce défaut tient à ce que ces pierres contiennent des sels que la chaleur fait sortir de

leur intérieur et qui foî'cent les grains de la pierre à tomber .- ce fait est positif pour les mauvaises pierres que l'on emploie à Bordeaux et aux environs , car on peut retirer ces diffërens sels en faisant passer de l'eau sur ces pierres et en la faisant réduire sur le feu

Vous voyez donc que l'altération n'est point due à la lune , mais tout simpleaient à la gelée et à plusieurs sels que la chaleur fait sortir de leur intérieur.

On ne sait point encore à quoi tient l'endurcissement de certaines pierres sous l'eau , non plus que la propriété que l'on remarque sur d'autres pierres, qui consiste à les rendre humides à l'approche du changement de temps.

Les briques. Je n'ai point besoin de \ ous dire que les briques ordinaires se font avec de l'argile commune, qui devient rouge en cuisant , et quil en est à peu près de même des tuiles et des carreaux; mais il est bon que vous sachiez qu'il est un autre £2;enre de briques qui ne sert qu a la construction des fours dans lesquels on fond les métaux , dans lesquels on fait le verre , la porcelaine , etc. Ces briques particulières sont très-chères, parce que les terres avec lesquelles on les fait sont assez rares; leur qualité essentielle est de ré-ister au plus grand coup de feu sans fondre , ce qui n'arrive pas aux briques rouges puisqu'elles se fondent souvent en cuisant.

Les briques à fourneau et les terres avec lesquelles on les fabrique , se nomment briques et terres réfractaires ; leur caractère distinctit'est de blanchir au feu au lieu de s'y colorer, et de résister à l'action de la chaleur la plus violente : on peut les éprouver à un bon feu de forge soutenu pendant deux heures, et, si elles y résistent, cela est déjà ui^fort indice en leur faveur. Les argiles réfractaires sont quelquefois blanches avant d'être cuites ; mais il y en a d'excellentes qui sont noires ou grises comme celles de Forges en Normandie , de Lodève , de Languedoc , etc. , et qui deviennent blanches en cuisant. Elles ne buuillennent pas dans l'eau-forte.

Les ardoises. Les montagnes dans lesquelles on trouve les ardoises sont composées de roches qui forment des couches très-épaisses, que l'on nomme schistes, et ces mêmes couches de schiste sont composées d'une infinité de feuillets plus ou moins minces, qui se séparent avec phis ou moins de facilité et dont on fait Tardoise qui sert à couvrir nos maisons.

Les ardoises que l'on estime davantage sont celles qui sont solides et minces à la fois , et celles qui couvrent un grand espace sans le charger beaucoup. Les environs de Charleville , et d'Angers surtout , fournissent les ardoises les plus estimées; ils en expédient non- seulement sur tous les points de la France , mais jusqu en x\mé-

rique. Il faut dire cependant que les pays qui sont sujets aux grands a ents piéfèrent des ardoises plus petites et plus épaisses que celles que nous venons de citer, en sorte que si Ton prenait la jieine d exploiter avec art, et surtout de tailler avec soin les ardoises du Limousin, par exemple, elles con\iendraient souvent beaucoup mieux que celles qui sont plus minces et plus gmndes qu'elles. Dans les pays oîi il toii.be quelques pieds de neige tous les ans, les ardoises minces se brisent sous ce poids extraordinaire , et l'on a recours à celles qui sont plus épaisse^et moins larges. Le bitume. On trouve dans la terre une substance qui a les plus grands rapports avec le goudron ; on la nomme bitume asphalte, et depuis quelques années on l'emploie mêlée avec de la poussière, de la cendre ou du sable , pour couvrir les terrasses des maisons. Ce goudron minéral se fond à la chaleur comme de la résine , se mêle facilement avec la brique pilée, le sable , etc. , forme avec ces substances une espèce de pâte épaisse que Ton étend sur le sol de la terrasse que l'on veut garantir; et, quoiqu'on ne lui donne pas plus d'un pouce dépaisseur, cette couverture légère met parfaitement à l'abri des gouttières et des infiltrations.

Le pi emier essai de ce nouveau mastic a été fait avec celui de Sey^sel près de Genève ; mais depuis on a fait usage de celui

d'Auvergne , de celui des Landes , et même du bitume qui se pi'oduit dans la fabrication du gaz jjour l'éclairage , ainsi que des résines végétales.

La pierre noire, le crayon rouge, le crayon blanc , et le crayon dit de mine de plomb. Vous avez journellement à la main des crayons pour dessiner et pour tracer vos épures , et je veux que vous sachiez quelle est la nature de ces différentes substances.

Les crayons qui sont montés dans du bois , et qui ressemblent véritablement à du plomb, n'en contiennent pas un atome.

C'est une substance qui n'a que l'aspect métallique, mais qui a le plus grand rapport avec le charbon. On la nomme plombagine dans le commerce , et les savans l'appellent graphitée. La meilleure qualité vient du Cumberland, en Angleterre, et c'est avec elle que l'on fabrique ces crayons anglais si renommés , et que Conté a si bien imités en France, avec une composition particulière dont on est maître de varier la dureté.

Le crayon noir ou pierre noire, est une ' ardoise tendre que les savans nomment schiste j et qui avoisine presque toujours les mines de charbon -de-terre. Le sel dont elle se couvre quelquefois est du vitriol , dont on fait usage pour fabriquer l'encre à écrire.

Le srayon blnnc n'est que de la craie,

sorte de pierre à chaux , liès-teiulîe , t: èsline, et du plus beau blanc. Cette même substance, lavée et purifiée, se! t à faire le blanc dit d'Espague , dont k-s peintres en bâtiment fout un grand usage , ainsi que les menuisiers, chaipentiers , tonneliers , etc. On en trouve de très-bon près de Paris , iiïn>\ qu'en Champai:ne et en Au- 2,letene.

Le crayon rouge, nomme sanguine j est un minerai de fer assez riche , ou plutôt une argile ferrugineuse , qui tache les doigts, dont la couleur rouize de sano; est assez tenace: on s en ser\ait nutreiois pour dessinersur le papier et sur le bois, ou pour marquer les moutons ; celle que l'on vend à Paris ^ient de Sarre-Louis, mais il s'en trouve dans une infinité d'autres endroits.

Les crayons gris pour les écoles d'enseignement mutuel , qui ne tracent que sur l'ardoise , sont souvent argileux et quelquefois de lardoise tendre; ces derniers viennent d'Allemagne, mais on en trouve aussi en France.

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