AVIS SUR LES METAUX
AVIS AUX FONDEURS, MARECHAUX, TAILLANDIERS, SERRURIERS, COOTELIERS, CHAUDRONNIERS, DO- REURS, CISELEURS, FERBLANTIERS, POTIERS d'É- TAIN, ETC.
Sur les métaux ; — les alliages ; — le soufre et les sels.
Tous les métaux se trouvent dans l'intérieur de la terre; toutes les substances terreuses ou pierreuses qui les contiennent se nomment minerais , et tous les lieux d'où on les extrait s'appellent mines.
Il y a des minerais très-pauvres et des minerais fort riches ; mais ils exigent tous une ou plusieurs fontes pour céder le métal qu'ils contiennent, et cet art de fabriquer les métaux , ou de les retirer de leurs minerais, de les épurer et de les approprier à nos besoins , se compose d'une foule d'opérations plus ou moins difficiles, et dont on ne peut se faire une juste idée si l'on n'a pas fréquenté les usines où elles se pratiquent journellement.
Si vous saviez, par exemple, le nombre infini d'opérations , de fourneaux et de machines qu'exige la simple confection d'une épingle; si vous saviez que plus de cinquante ouvriers de professions dilïéren-
tes ont contribué à sa f ibrication , et que telle épingle faite en Normandie peut réunir, dans sa faible étendue , le tribut des mines de cuivre du Japon , des mines de calamine du pays de Lirabourg , et des mines d'étain de l'Inde on du Cornwai ; votre étonnement serait extrême , et cependant tout cela est réel et sans exagération ; car je ne fais entrer dans les cinquante ouvriers dont je parle , ni les mineurs qui ont extrait le minerai, ni les laveurs qui l'ont préparé à la fonte , ni les marins ou voitu- 1 iers qui ont apporté le cuivre , l'étain et le zinc , dont chaque épingle est cependant composée. Cet exemple , pris au hasard , suffira pour vous donner une idée de Timportance et de la variété des travaux dont les métaux font la matièie première. Je pourrais en citer cent autres, si je ne m'adressais pas à ceux-là même qui ; ratiquent ces différentes professions , et pour lesquels tout ce que je pourrais dire n'aurait rien de nouveau ; je ne dois parler que de la nature des métaux et de leurs alliages, et non de leur manipulation. Je suivrai ['ordre de leur plus grande utilité , sans avoir égard à leur valeur.
Minerais de fer. Les minerais dont on retire le fer sont ordinairement des oxides jaunes, noirs ou rouges; ils se présentent sous la forme de masses irrésulières pleinés, creuses ou massives. Les oxides jaunes sont les plus communs ; ce sont les minerais
que l'on fond dans presque toutes les fonderies du Berry, de la Franche-Comté , de la Normandie et du ci-devant Périgord ; ils comprennent les aetites , les mines en grain et une partie des hématites. Les rouges sont plus rares, mais iis se font distinguer par leur richesse; tel est celui de l'île d'Elbe , de l'Arriége, des Vosges, etc. ; les noirs font ordinairement mouvoir l'aiguille de boussole , et ils donnent de bons lérs : tels sont les minerais de Suède ; ils sont rares.
Enfin on remarque encore , parmi ces minerais, celui qui se trouve avec le charbon-de-terre , et qui est le minerai anglais par excellence , et le fer spathique , dit mine d'acier, que l'on traite dans les usines du Dauphiné, ainsi qu'en Styrie, etc.
La fonte e%i le premier produit des minerais de fer; c'est la substance métallique qui s'amasse dans le creuset des hauts fourneaux , et dont on fait une infinité d'objets d'arts et de ménage, en la recevant pendant qu'elle, est encore rouge et fluide , dans des moules de sable préparés d'avance.
On distingue la fonte grise et la fonte blanche. Elles sont cassantes toutes les deux, mais la première est cependant susceptible de se limer et de se forer; elle pèse de 45o à 5oo livres le pied cube. Les marmites, les chenets, les plaques de cheminées, les fers à repasser, les chaudières dans lesquelles on fait le sucre , les bombes, les boulets, les canons de rempart , les ca-
ronades et une foule d'autres objets s'exécutent journellement avec ces deux sortes de fontes de fer; mais depuis quelques années on a encore étendu rusai:,e de cette substance, en l'appliquant à la décoration et à l'exécution de grandes constructions. A^ous avez tous entendu parler des machines à vapeur, des ponts , des charpentes et des chemins de fer : hé bien , c'est avec la fonte que l'on exécute toutes ces gi-andes constiuctions; en sorte que l'emploi de cette substance va toujours en croissant ; mais , malgré cette énorme consommation de fonte en nature^ vous saurez cependant que l'opération qui en absorbe toujours le plus est la fabrication du fer, qui provient presque tout de la fonte épurée et travaillée sous le martinet ou les cylindi-es.
Ze/erse fait avec la fonte, que l'on épure en la refondant. Il y a , comme vous savez, du fer doux et du fer dur, du fer cassant à chaud et du fer cassant à froid ; et ces différentes qualités pro^iennent tantôt de la nature du minerai et tantôt de la manière plus ou moins soignée a\ec laquelle il a été fabriqué. Presque tous les fers anglais sont durs et cassans, et presque tous ceux du Berry et de la Aormandie sont doux et lians.
Les fers mal fabjiqués, qui ne sont point assez affinés et qui contiennent encore de la fonte , cassent à chaud , parce qu'ils renferment des matières très -fusibles dans leur intérieur.
Les fers aciéreux, qui ont la cassure brillante à facette , et qui ne présentent point de parties filamenteuses qui semblent s'être fait^tirer avant de rompre, cassent à froid j mais, comme ils sont fort durs , on les réserve pour différens usages pour lesquels le fer doux ne serait point aussi bon ,• par exemple , pour la fabrication des instrumens de culture, pics, pioches , socs, etc., et l'on réserve le i^ev doux pour la clouterie et la fabrication des tôles et des tils de fer. Le fer pèse environ 545 livres le pied cube ; mais dans les devis il est prudent de le porter à 55o ( 275 kilog. ). ^
Vous connaissez la couleur , la dureté et les autres propriétés du fer, vous savez combien sa faculté de se laisser foiger au feu le rend précieux pour l'industrie ; mais la plus importante de toutes ses qualités^ puisqu'elle a influé sur les révolutions du monde civilisé, c'est d'être susceptible de s'aimanter et de se diriger alors suivant la ligne nord et sud (ou du nord au midi). Une faible aiguille d'acier aimantée est l'âme de la boussole , de ce précieux instriiment qui a permis à l'homme de faire le tour du monde et de traverser les mers pour arriver à un point déterminé d'avance. Je regrette que la description de la boussole ne soit point du ressort de cet ouvrage ; mais il faut au moins que vous sachiez que la pierre d'aimant est un minerai de fer très-riche en métal , qui se
trouve dans l'Inde, en Suède, en Corse, etc.
V acier se fait avec lé fer ; il n'en diffère que parce qu'il contient une certaine dose de cliarbon , telleaient combinée , tellement alliée avec lui , que l'œil ne peut l'y apercevoir: cependant, lorsqu'un instrument poli est composé de fer et; d'acier, on distingue bien laligne de soudure. L'acier a une teinte plus grise et plus -ombre ; et , si l'on veut s'assurer d'une manière positive si telle pièce est de fer ou d'acier, il suffira de placer une goutte d'eau-forte 'acide nitrique ) à sa surface , et de l'essuyer un moment après : l'acide laissera une tache noire comme de l'encre sur l'acier, et n'en laissera pas sur le fer. Cette tache noire est produite par le charbon contenu dans l'acier, et qui est mis à nu par l'acide.
On distingue dans le commerce plusieurs sortes d aciers, savoir :
L'acier de cémentation , qui se fait avec des barres de fer que Ton enferme dans des caisses de briques , remplies de poussière de charbon de bois, et que l'on fait chauffer au rouge pendant plusieurs jours. Je n'ai pas besoin de vous dire que la caisse étant bien fermée, ne laisse pas brûler le charbon ; il rougit ; mais , comme il n'a pas d air , il ne se consume pas. Cette manière de faire l'acier est la plus ordinairement employée.
V acier naturel ou de forge , qui s'obtient en effet tout naturellement par la
fonte de certains minerais , ou par Taftinage des fontes grises ; il diffère peu du fer aciéreux , se trempe mal , et se soude fort bien.
L'acier fonda, qui n'est autre chose que de l'acier naturel ou de cémentation , ibndu dans des creusets et moulé dans des lingotières. C est avec cet acier que l'on fait les instrumens les plus soignés , ainsi que les bijoux et les parures d'acier.
Le wootz est une espèce d'acier qui nous a été apporté de l'Inde depuis quelques années, et qui Cat infiniment plus dur que nos aciers d'Europe. Des ciseaux de wooLz coupent la tôle d'acier avec autant de facilité que nos ciseaux ordinaires coupent le papier. On ne connaît point encore la fabrication du wootz ; mais des essais faits à Paris et en Angleterre prouvent que l'alliage de l'acier avec certains métaux , et même avec quelques terres, devient d'une dureté excessive , et qui approche de l'acier indien. On pourra donc bientôt augmenter la liste des différentes espèces d'aciers , sans avoir égard au lieu de leur fabrication.
Le damas , connu depuis long- temps par les cimeterres , les sabres et les poignards que l'on nous apportait du Levant, est une étoile composée avec de l'acier de l'Inde, et qui présente, après a\oir été polie, des Acines contournées et repliées en tous sens. On est parvenu k imiter le
damas en France, tant pour rarraçjîement de ses dessins que pour sa grande dureté.
Je ne vous parlerai point de la trempe de ces ditférens aciers : vous savez que le refroidissement subit donne à l'acier une excessive dureté : qu'on peut la modérer en rendant ce refroidissement plus lent. J'ajouterai seulement que tous les prétendus secrets de la trempe, et toutes les drogues que Ion introduit dans l'eau ou le suif dont on se sert pour tremper les outils tranchans et les faux de fabrique allemande , se réduisent à fort peu de chose d'utile , et n'ont d'autre but que de fasciner les yeux et d'augmenter l'importance des ouvriers qui se disent possesseurs de ces prétendus secrets.
Pour résumer en peu de mots ce que je crois devoir vous dire sur le fer, je vous rappellerai que la fonte se fait avec le minerai de fer, que le fer se fait avec la fonte , et que l'acier se fait avec !e fer. Sauf quelques exceptions . voilà , fort en raccourci , mais d'une manière exacte , toute la filiation de ces trois produits d'un seul et même minerai.
L'Angleterre , la France et la Russie , la Suède , l'Autriche , sont les pays qui fournissent à peu près tout le fer qui se consomme dans le monde entier, et dont la valeur annuelle est estimée à 35o millions de francs.
Fcr-bla?ic. 'Vov^^z Etain.^
Le plomb n'est point le plus lourd de tous les métaux , comme on le croit assez généralement; il est vrai qu'il pèse 795 livres le pied cube (Sg^ til-) 5 i^'ïis le mercure en pèse gSo (475 kil.); l'or i35o (675 kil.), et le platine écroui 1600 (800 kil.). 11 se fond bien avant de rougir, et ne rend aucun son ; c'est un métal muet, il est mou et se lamine avec facilité.
Le plomb terni par l'air ou l'humidité se distingue assez difficilement à l'œil d'avec l'étain et le zinc également ternis; mais le plomb se laisse toujours entamer par l'ongle du pouce , l'étain se laisse pénétrer par une épingle , et le zinc la fait rebrousser. Par ce simple essai, qui , j'espère , est bien à la portée de tout le monde , on distinguera de suite et d'une manière certaine si tel objet, qu'on ne peut altérer ni déplacer , est exécuté en plomb , en étain ou en zinc pur.
Vous connaissez les nombreux usages du plomb , il est inutile de vous les rappeler ; mais cependant je dois vous dire que ce métal est la base de la litharge^ du sel de Saturne , du blanc de céruse , du minium et de plusieurs autres couleurs , enfin , que le plomb de chasse doit sa forme granulaire à un mélange d'arsenic , qui lui donne la faculté de se réduire en globules parfaitement ronds et plus ou moins gros.
Les principales mines de plo s b sont exploitées on Angleterre et dans les diifé-
rentes parties de rAllemagne. La FraDce en possède aussi ; mais elles sont loin d'approcher de l'importance de celjes que nous I venons de citer ; les deux principales sont ! celles de Poulaouen en Bretagne et de Tillefort dans la Lozère.
Le seul minerai de plomb que 1 on exploite en giand ressemble par sa couleur et son brillant au plomb nouvellement coupé ; mais il se brise dès que i on frappe dessus , et comme il contient de i5 à 20 p. 100 de soufre, on estoblipë de lui faire subir un traitement particulier pour en retirer son plomb pur et malléable. Ce minerai, connu sous le nom de galène ou dalkifoux , contient toujours de l'argent.
Lé cuwre. Ce métal a un goût et même une odeur qui s'attachent aux doigts et lui sont particuliers. Sa couleur s'oppose à ce que l'on puisse le confondre avec aucun autre métal , car je ne parje ici que du cuivre rosette, le cuivre jaune étant un alliage et un produit de l'art , comme le bronze , le potin , le métal de cloche , etc.
Le cuivre est assez sonore , il se lamine facilement à chaud , se forge à une faible chaleur et se tra\ aille à fioid sous le marteau. Sa dureté est moyenne, elle lui permet de recevoir fempieinte du fer, de se laisser couper par le burin d'acier, et de résister cependant assez bien au frottement des corps qui nous entourent habituelle-
ment. Le cuivre rouge pèse de 600 h 620 livres le pied cube.
Les liqueurs acides les plus faibles attaquent ce métal, Teau elle-même lui communique à la longue cette couleur verte redoutable par ses effets, et si conniie sous le nom de i^ert- de-gris.
On trouve quelquefois dans les mines des morceaux de cuivje pur, que l'on pourrait travailler comme celui qui sort de nos manufactui'es ,^et ce métal naturel se nomme cuivre liatif II est reconnaissable pour tout le monde; mais il n'en est pas de même de plusieurs autres minerais dont l'aspect et les couleurs n'ont rien de commun avec le cuivre , car il y en a de gris de fer, de rouge , de cramoisi, de bleu foncé, etc. Il en est un autre qui ressemble , il est vrai , assez bien pour la couleur etl'éclat au laiton poli; mais, par une sorte de fatalité , ce minéral cuivreux et bronzé , qui est composé de soufre et de cuivre, a les plus grands rapports de couleur et d'aspect avec un autre minerai de fer qui souvent ne contient pas un atome de cuivre. Or voici un moyen bien simple de soitir de toutes ces incertitudes , et je l'adresse paiticulièremeut aux horlogers, aux fondeurs ou maréchaux, parce qu'ils sont souvent consultés par les habitaus des montagnes pour des minerais qu'ils découvrent en voyageant ou en travaillant à la terre.
Lors donc que vous soupçonnerez qu'une
pierre contient du cuivre , vous en pilerex un morceau gros comme une noix , \ous ferez rouiiir cette poussière sur la pelle à feu jusqu'à ce qu'elle ne répande plus d'odeur, et vous la jetterez encore chaude dans un peu d'eau-forte -que vous aurez versée au fond dun vei're.
Si le minéral contient du cuivre , cette liqueur deviendra vcite au bout de quelques instans , et si cette liqueur prend cette couleur, \ous y p)onp;erez le bout de a otre couteau , et aussitôt il se couvrij'a d'uue lame de cuivre rouiie
Tel est le seul essai qui soit à votre portée ; vainement cherclieriez-vous à fondre les minerais en les exposant au feu de votre forge, et moins encore au feu de votre foyer, vous n'y réussiriez pas, ou, si vous parveniez à les fondre, vous n'en obtiendriez pas pour cela le métal.
Les principales mines de puÎA re sont celles d'Angleterre, de laPvu-sie, delà Suède, de l'Autriche et du Japon. La France ne possède que celle de Ches>y, près de Lyon, en sorte que tout le cuivre qui se cousomme annueileujent en France provient des mines que nous venons de citer , et surtout de celles d'Angleterre, de Suède et du Japon.
Les principaux usages du cuivre rouge consistent dai;^ la fabrication des vases domestiques, uLtus celle des chaudières propres aux usines, dans ie doublage des vais-
seaux et dans la couverture des édifices.
Le cuivre allié à l'étain et au zinc'en divej'ses proportions se pi-éte à des usaij^es bien plus nonibreux et bien plus variés. JNous rappellerons les pi'incipaux en parlant de ces divers alliages.
On a reproché aux vases de cuivre d'avoir causé de nombreux accidens , en introduisant dans les alimens qu'on y prépare une substance très- vénéneuse , qui est le vert- de-gris ; mais on s'est convaincu, par beaucoup d'expériences faites avec soin, que le vert-de-gris ne se forme que par le refroidissement des alimens, et seulement au point de contact de l'air avec le corps acide ou graisseux. L'étamage ne s'oppose que très-imparfaitement à la formation du vert-de-gris dans le cas énoncé ci dessus, et au contraire il n'y a aucun danger à préparer des alimens dans des vases de cuivre non étamés, pourvu qu'on ne les y laisse pas refroidir ou séjouiner. Le travail habituel des confiseurs qui se fait toujours dans des bassines de cuivre non étamées , et avec des fruits acides , prouve ce que j'avance ici de la manière là plus positi\e.
Le ciiwrc jaune ou laiton est le résultat de l'alliage du cuivre rouge avec un minerai de zinc qu'on nomme calamine.
Il n'y a point de minerai exploité qui donne du laiton directement, il est toujours un produit de* l'art.
Le cuivre jaune conserve sonéclatbeau-
coup plus long-temps que le cuivie louiie; ia teinte est plus agréable, moins commune, et c'est pour cela qu on le préfère pour l'exécution de presque tous lesinstrumens de physique. Lhorlogcrie seule en fait une consommation énoniie , ainsi que la fabrication des épiniïles.
Le cuivie dont on se sert de préférence pour la composition du laiton est celui de Drontheim en ]Non\éie ; la petite quantité de plomb quil contient le rend plus doux et plus facile à travailler sur le toar.
Le similor, lor de Mankeini , le métal du prince Robert, le tombac, le pinchheck et le chrysocol , sont des alliages de cuivre avec le zinc et quelques antres métaux qui lui donnant ur.e ressemblance plus ou moins parfaite avec 1 or.
Quant à la soudure forte ou brazure oue Ion emploie^ comme vous le sa^ez, pouisouder le cui\re ou le fer mince, on la compose ordinairement avec du cuivre jaune, du zinc et de l'étain.
Le bronze , dont les Grecs et les Romains faisaient des armes, et dont nous nous servons aujourd'hui pour la fonte des cloches, des statues et des canons, se compose toujours avec du cuivre et de l'étain , mais dans des proportions qui varient en raison des usages auxquels on le destine. 2Se croyez point que les anciens eussent le >ecret de tremper le cuivre comme nous trempons l'acier. Cela est une erreur , cai'
l'expérience a prouvé qu'en refroidissant le cuivre subitement , on le rend mou , et qu'il devient d'autant plus dur, qu'on lui procure un refroidissement lent et gradué.
Le potin n'est que du bronze impur dans lequel on fait entrer du piomb, du \e\\ etc. Il se polit assez bien et prend une couleur assez agréable; mais quand on \ient à le casser, on découvre sa mauvaise qualité. Les boîtes des roues de voitures, les boutons communs , les robinets , les chandeliers dits de cuivre, et une foule de pièces de mécanique s'exécutent avec \e potin.
Le cuivre blanc d'Europe est un mélange de cuivre et d'arsenic ; il ne sert guère que pour faire des boutons et pour les miroirs de téiesccrpe.
Celui des Chinois, nommé toutenague , ne nous est pas encore parfaiteiiient connu.
Il existe beaucoup d'autres alliages dont le cuivre est la base , mais qui sont si rarement employés, qu'il devient inutiie de vous en parler. J'aime mieux que vous sachiez que le vitriol bleu , dont on fait usage dans les teintures, est un sel qui contient un tiers de son poids de cuivre, et que le verdet , dont on se sert pour peindre les
ialousies et les treillai2;es en vert, est en-
core une substance qui a ce métal pour
base , puisqu'il se fabrique avec du cuivre, du vinaigre ou du maïc de raisin , particulièrement à Montpellier et à Grenoble.
Il faut donc éviter de cuire des alimens sur
uu feu fait avec de vieux treillages verts.
Lctain pur est d'un blanc d'ajgent ; en se ternissant il passe au bleuâtre : lorsqu'on en plie une baguette, elle fait entendre un petit bruit que Ion nomme cri de ïèlaiii ; il donne de l'odeur par le frottement , et son peu de dureté lui permet de se laisser pénétrer par une épingle ; il est très -ductile et susceptible de se réduiie sous le lauiinoir en feuilles plus minces que du papier.
L étain est le plus léger de tous les métaux usuels, il ne pèse que ôio livres environ le pied cube 255 kil.;, et il est si fusible, qu'un fer chaud le fait fondre. Dans cet état de fluidité, il se couvre promptenient d'une pellicule terne que les fondeurs ambuîans nomment crasse, et qui n'est autre chose que de Toxide d'étain que Ion ramène à l'état de métal en le fondant à travers les charbons. Les savans sont convenus dappeler oj:icIe ^ les pellicules ternes ou terreuses, dont le temps, Ihumidité ou le feu, recouvrent la plupart des métaux : ainsi la rouille , le vert-de-gris , la crasse d'étain, la fleur de zinc, la battiture de cuivre, la paille de fer sont des oxides. Rappelez-vous ce mot et sa signification , parce qu'il commence à passer dans le langage habituel et familier.
On connaii; dans le commerce plusieurs sortes d'étains, mais seulement par rapport aui différentes coDtrées qui le fournissent.
Les [principaux sont ceux de l'Iode, savoir : l'étain de IMalakka ou l'étain en chapeau, et l'étain de Banka, qui se fait remarquer par sa blancheur.
L'étain de Cornwal , et non de Corneille, comme vous l'appelez quelquefois , vient d'An£f|eterre, et contient un pour cent de plomb , et demi pour cent de cuivre. Quant aux étains d'AUeniagne , on les confond dans le commerce avec ceux d'Angleterre , qui sont ordinairement en gros lingots ou en bâtons.
Les usages de l'étain sont très-nombreux et très-variés; à létat de métal pur, il nous fournit une foule d'ustensiles de ménage qui deviennent économiques par leur solidité et leur valeur réelle.
En Suisse , en Normandie , l'étain de la maison d'un fermier est une partie essentielle de son mobilier. On avait cherché à jeter de la défaveur sur la salubrité des vases d étain ou simplement étamés ; mais des expéiiences faites avec un soin infini ont parfiutement rassuré à cet égard.
L'étain ayant la propriété de s'allier avec plusieurs métaux de moindre valeur que lui, on devait s'attendre que les gens sans bonne foi ne manqueraient pas d'en abuser, en sorte que l'on a été forcé d'exiger des potiei's d'étain qu'ils garantissent leurs ouvrages par un poinçon analogue à celui des matières d'or et d'argent : ainsi, par exemple, l'étain de potier doit contenir loo d'é-
tain pur, 6 livres (3kii.) de cuivre et i8 ouces (60 iiranjmes; de bismuth.
L étain commun doit renfermer 100 d'etain pur, i 5 de plomb , 6 de cuivre jaune, avec une quantité variable d'antimoine.
Outre les moyens chimiqu; s dont on peut faire usage pour connaitre positivement le dearé de pureté de ce métal , on pratique journellement plusiei-rs» ssais qui ont pour but de comparer sous un même volume le poids de letain pur avec celui dont on ne connaît point la qualité. Tels sont l'essai à ia^ balle et l'essai à la T^erre.
Les alliaiîes véritablement utiles qui ont létain pour base , sont Vétain et plomb , qui est la soudure des ferblantieis ;
L'ètain et cuùre. qui est le bronze , le métal de clcches et des canons , remarquable par Tcclat du >on qui! produit , et l'étain et mercure, qui sert à doubler les ûlaces et les miroirs, ce qui leur pernjet de répéter l'image de tous les objets qui passent devant eux.
Le fer-blanc n'est autre chose que du fer ordinaire laminé ou de la tôle dont la surface e^t bien décapée et que l'on a plongé dans un bain composé d'étain et d'antimoine. Cet alliaae s'attache au fer et se recouvre d'une couche ])!-ilhinte qui le défend de la rouille. Ce même fer-blanc, dont les services sont innombrables, arrosé avec diverses liqueurs acides , prend un aspect nacj'é des plus agréables et porte le
nom do moiré métallique. Les vernis colores doiît on le recouvre permettent de l'appliquer à une foule d'objets d'utilité ou d'agrément , et cette découverte est récente,
L'étain fondu s'attache aussi à la surface du cui\re, le iccouvre d'une couche mince, et s'oppose un peu à l'action ^énéneu^e de ce métal. C'est l'étamage pjoprement dit.
Enfin , outre tous ces usap,es, soit à l'état de pui-eté , soit à l'état d'alliaiic , il en est une foule d'autres qui lui sont encore dus, mais où il est plus complètement déguisé : ainsi les ^maus et la couleur écarlate ont l'étain pour base.
Les principales mines détain sont situées dans l'fnde , en Amérique, en Antileterre et dans plusieurs parties de rAlIemagne; on en a trouvé de simples indices en France, et la Russie en est totalement privée- Le minerai d étain n'a aucun rapport d'aspect avec le meta! , il est brun , quelquefois transparent, sans aucun éclat métallique.
Le zinc métallique est nouvellement introduit dans l'industrie; mais depuis loniitemps on se servait de i'un de ses minerais pour convertir le cuivre louge en laiton , et en effet c'est toujours avec de la calamine que l'on a fabriqué le cuivre jaune.
Aujourd'hui non-seulement on continue à employer la pierre calaminaire pour ce même usage , mais le zinc proprement dit a pris rang parmi les métaux usuels; ou le coule, CD le moule, on le tourne, ou le
lamine à chaud, et on parvient même à le tirer h la filière.
Ce métal particulier, d'un crris bleuâtre, ressemble à l'étain terni ; il est pins dur que lui, puisque leniugle se rebrousse à sa sur face sans y entrer. Son poids est de 5oo livres en^iron le pied cube.
Le zinc est plus facile à fondre que le cuivre , et plus ditîicile que le plomb : aussitôt qu il est fondu, il dé^ajze une fumée blanclie: et, si l.on pousse le leu assez longtemps pour l'enflammer, il brûle avec une lumière ébloui^.sante et en laissant échapper une foule de petits duvets blancs qui sont la fleur ou l"o\ide de zinc. En continuant le feu , il se consume tout entier.
On fabrique le zinc avec la pierre calaminaire et avec la jjlende , qui sont deux minerais contenant ce métal en plus ou moins fortes doses.
Les princip;iles mines de calamine oxide de zinc) . sont situées dans les duchés de Juliei's et de Limbourg. Qaa.u, à la blende 'sulfure de zinc , elle se trouve dans la plupart des mines de plomb.
On fabrique le laiton à ^amur, en Angleterre, en Suède et en France. Le zinc métallique se prépare à Liège , et Ion est parvenu à le lapxîiner dune manière si parfciite, qu il s'emploie déjà à la place du plomb pour doubler les baigno res , les réservoirs , etc. Malheureusement sa combustibilité erapê- -chc de remployer à la comerture des édi-
fices. Les brillantes étoiles des feux d'artifice sont dues à la limaille du zinc et de fer. Le mercure. Ce métal , toujours liquide et toujours coulant sous la température de nos climats , devient dur et solide dans les contrées excessivement froides qui avoisinent le pôle. Le mercure coulant n'est donc autre chose qu'un métal fondu à une trèsbasse température. Il pèse goo livres le pied cube (475 kii.)
Le mercure ou vif- argent dissout l'or et l'argent ; il se volatilise quand on le chauffe fortement , et c'est sur ces deux propriétés que sont fondés ses deux principaux usages. En eftet , le mercure sert principalement à retirer l'or et l'argent qui sont disséminés dans les sables et les minerais qui contiennent ces deux métaux précieux, ainsi qu'à l'art de dorer les autres métaux, tels que le 'vermeil ou argent doré , la damasquinure , etc. Le mercure sert encore à une foule d'usages plus ou moins importans ; par exemple, dans la construction des thermomètres et des baromètres , dans i'étamage des glaces , ete.
Les ouvriers qui travaillent avec le mercure sont sujets à des tremblemens incurables. Le vermillon qui colore la cire à cacheter , le sublimé-corrosif et plusieurs médicamens , ont le mercure pour base.
On trouve un peu de mercure coulant dans les mines; mais le seul minerai qui soit exploité pour en extraire ce métal, est
une co'iibinaison de soufre et de mercure (mercure sulfuré], qui se fait distinguer des autres minerais par sa belle couleur rouae et sa propriété de disparaître totalement au feu.
Les principales mines de mercure sont celles du Pérou , didria en Carniole , d'Almaden en Espagne, et du duché des Deux-Ponts.
L'argent , dont tout le monde connaît le son et la couleur, pèse en\iron j33 livres Je pied cube ■ 366 kil. ) ; sa valeur varie entre 5o et 32 francs le marc ou les huit onces ; il est suî-ceptible d être laminé et tiré à la filière la plus fine, puisqu'il entre dans la fabrication des tissus , conjointement avec lor et la soie.
On tn uve de l'argent tout formé dans la nature, et, dans ce cas , il suffit de le trier et de le fondre pour le verser dans le commerce ; mais cet argent natif nest point le seul minerai que l'on exploite pour en retirer ce métal précieux; on le trouve combiné a\ec le soufre, a\ec lantimoine, larsenic , etc. Dans ces divers minerais il est à peu près méconnaissable , et il faut être minéralogiste pour le deviner. Je vous dirai même que l'argent natif, qui se présente >ouvent sous la forme de filamens tordus et contournés, ne jouit point ordinairement du blanc argentin qui nous fait reconnaître largent travaillé et poli. C'est assez \ous dire combien il faut vous méfier de toutes
ces substances brillantes que l'on trouve dans les roches, et que Ton est toujours tenté de prendre pour de l'argent.
L'argent natif, le seul que ion puisse reconnaître quand on n'est point minéralogiste, se laisse limer et couper avec facilité, et se présente alors avec la blancheur et l'éclat qui distinguent ce métal : ainsi toute substance blanche et brillante qui ne se prête point à cette épreuve , et qui ne donne pas ce résultat , n'est point de l'argent. \ous me dis[)enserez bien de vous dire à quoi sert l'argent; mais vous apprendrez probablement avec intérêt que ce sont toujours les célèbres mines du Nouveau- Monde, ou de l'Amérique, qui fournissent encore la plus grande masse de celui qui se verse annuellement dans la balance du commerce. Le Mexique , par exemple, renferme à lui seul plus de trois mille exploitations établies sur 5ooo filons ou amas de minerais d'aigent; leur produit va toujours en augmentant, et il était, il y a quelques années, de 126 millions de francs par an. Celles du Pérou rapportaient 1 1 millions , et l'on a calculé que la seule mine de Potosi, découverte en i545 , a produit jusqu'à nos jours pour 6 milliards d'argent. Après avoir cité de tels résultats , que pourrait-on dire de nos mines européennes , dont la plupart ne produisent que du plomb argentifère , telles que celle de !Norwé5e, de Hongrie, de la Saxe, du Hartz
et de la Bolième , que l'on exploite cependant toujours a^ ec succès ?
La loi autorise en France l'alliage de -^ de cuivre dans la monnaie d'ariientet dans l'orfèvrerie, afin d'en auiimentei- la dureté. Le conti oie est la garantie qu'il n'en existe pas une pius foite dose que celle autorisée. Quant au plaqué, qui n'est que du cuivre recou^er(. d'une lame d'argent, on est dans l'usage d'y employer-^ en valeur. Ainsi un vase en plaqué qui pèserait 20 kilog. en renfermerait véritablement i d'argent.
L'or, Ce métal auquel nous avons attaché tant de prix, qui partage avec l'argent le privilège de" représenter le fjuit de nos travaux ; ce métal qui fait tant de mal , et qui pourrait faire tant de bien, se trouve tout formé dans la nature, et souvent il sutnt de le rassembler et de le fondre pourqu'd soit susceptible d'être versé dans le coaiiiierce avec une valeur de plus de quinze cents fr. la livre.
La belle couleur jaune de for est connue de tout le monde ; mais sa nuance n est pas toujouis la même, parce qu'il est ordinairement allié au cuivre, au fer, et surtout à l'argent. De là, ces teintes de jaune verdâtre ou de jaune rougeâtre qu'on lui remarque si souvent.
L or pèse treize cent cinquante livres le pied cube ;6-5 kil ) , il est, après le plomb, le plus mou des métaux, mais en revanche
il est le plus tenace et le plus malléable de tous ; en effet •
Un fil d'or d'un dixième de pouce de diamètre soutient, sans se rompre, un poids de cinq cents livres (200 kil.), et la facilité avec laquelle il s'étend sous le marteau n'est pas une de ses moindres qualités, puisqu'elle supplée à sa rareté en lui permettant de recouvrir les corps de la couche la plus mince que l'on puisse imaiiiner j ainsi, par exemple , on sait :
Qu'un grain (o,53 décigram.) d'or peut s'étendre sous le marteau du batt, ur en une feuille de 5o pouces carrés (1,3"; mètres) ; qu'une statue équestre de Grandeur naturelle peut se dorer en plein avec une pièce d'or de 20 francs; qu^un cylindre d'argent sur lequel on aurait étendu une once d'or, peut fournir, par suite de son passage à la filière , un fil doré long de 97 lieues de poste (43 myriam êtres), et que si l'on passe ce fil sous un laminoir, il se changera en un petit ruban de 1 1 1 lieues de long, doré en pjein sur les deux faces.
L'or ne s'emploie point pur , on y ajoute du cuivre ou de l'argent pour en augmentei* la dureté, et c'est cet alliage dont la proportion est réglée par la loi, et garantie par le poinçon on contrôle. Sur 1000 parties d'or, il y en a (S4 d'alliage en France.
Cn seul acide peut dissoudre l'or, c'est l'eau régale (acide nitro-chlorique), il résiste à tous les autres. C'est sur cette propriété
qu'est fondé l'essai de la pierre de touche , dan> lequel Fcau-forte (acide nitiique) dissout le eu ivre ou l'arijent sans attaquer 1 or..
Le aieicure dissout l'or, il s'en sature iusqu a devenu epaisetpateux, et c est,co:iime nousl'a%ons déjà dit en parlant du mercure, le moyen dont on fait usaiie pour retirer les plus petites particules d'or du milieu du minerai ou des sables qui les renferment.
C'est toujours à l'état de métal que l'on trouve lor dans la nature, et cet or natif jouit de réclat et àe la malléabilité de l'or travaillé, quoiqu'il soit ordinairement allié au fer, au cuivre ou à l'argent. L'oi" natif s'aplatit sous le marteau ; le plus petit grain se change en une paillette, et ce seul caractère suffit pour le faire distinguer d'avec toutes les autres substances qui ont un faux éclat doré et qui s'égrènent toutes sans exception^ quand on veut les aplatir entre l'enclucie et le marteau. ^ oiià, j'espère, un moyen bien simple de vous sauver des méprises qui vous font croire si souvent au bonheur d'avoir découvert une mine d'or. Le mica , les pyrites de fer et les pyrites de cuivre , sont les trois minéraux qui en imposent le plus sou • vent par leur couleur et leur faux éclat doré. Mais aucun d'eux ne s'aplatit sous le marteau.
L^or natif se trouve dans les sables ou dans les filons qui traversent le montagnes. Le minéral qui le contient ordinairement est du cristal de roche (?oramun 'quartz hyalin
laiteux), et ii s'y présente ordinairement en lames, en paiiiettes, en .;2,rains irréguliers, en filamens contournés ou ramifiés. Celui qui se trouve dans les sables de certaines rivières s'offre en paillettes plus ou moins fines, ou en petites niasses arrondies que l'on nomme pépites.
Les principales mines d'or exploitées de nosjourssontcellesdel'Améiique, qui consistent en mines souterraines et en lavages de sables aurifères.
Le Brésil en produit«nnuellement pour près de 24. millions de francs, le Mexique, le Pérou et Buénos-Ayres pour 10 millions. En Afrique, le sable d'or forme une branche essentielle du commerce des nègres, qui le vendent à l'état de sable, ou à l'état d'anneaux grossièrement travaillés. On porte le produit de ces sables à 5 millions.
L'Europe renferme peu de mines d'or actuellement exploitées, si ce n'est en Sibérie et en Hongrie.
Quant à l'Asie, ses richesses nous sont h. peu près inconnues , mais on sait qu'elle renfermée aussi des mines et des lavages importans.
Enfin , les calculs qui méritent le plus de confiance portent la quantité d'or qui entre annuellement dans la ciiculation à une valeur de54niillions, et celle de l'argent à 189 millions, ensemble 243 millions, qui viennent augmenter la masse des matières représentatives qui font nécessairement haus-
ser Je prix des marchandises et du travail dont elles otVrent Tequivalent : augmentation qui serait bien autrement sen^ible, sans les perfectionnemens appoilés dans 1 aiiiiculture et l'introduclicn des machines dans nos ateliers et nos manufactures.
Le platine est un métal presque aussi blanc et aussi biillant que l'argent ; il est le pliis difficile à ibndre et le plus pesant des métaux, car il résiste au feu de for::e, et, quand il est travaillé, il pèse jusqu'à 1600 l. le ])ied cube (800 kil.)
Le platine est tiès-dur, mais cependant il se laisse couper et limer par l'acier: on le forge assez bien à froid: il se lamine et se passe à la filière avec fiicilité, ce qui permet de !e réduire en feuilles excessivement minces, et de le tirer en fils déliés. Un fil de platine de moins d'une ligne de diamètre soutient, sans se rompre, un poids de 230 liv. \\i5 kil.) Ce m.élal reçoit et conserve un beau poli, parce quil est assez dur et qu'il rési^te aux injures de l'air. Il en est à peu rrès de même à l'égard des acides, cai* il ne se laisse guère di?50udre comme l'or que par le mercure et par l'eau régale acide nitro-cliîoi'ique).
La découA eite du platine dans f Amérique méridionale ne remonte qu'à 1^35.
Pendant long-temps on n'a eu aucuns détails sur son gisement; mais on sait aujourd'hui quil se trou\e disséminé en grains fort petits, pour l'ordinaire, dans les ter-
rains sablonneux dont on retire de l'or, et qui forment entre autres les vastes plaines du Cboco à la jNouvelle-Grenade, dont la surface énorme n'a pas moins de 600 lieues carrées. Le platine natif retiré par le lavaxïe et simplement tamisé , et mêlé avec de l'or, de i'arû;ent, du minerai de fer, et avec plusieurs autres métaux encore nouveaux, particulièrement avec du palladium , dont on a déjà frappé quelques médailles.
Comme le platine est le métal qui se dilate le moins et qui est le plus inaltérable à l'air ^ on s'est empressé d'en taire l'étalon des poids et n^esures, et l'on en fabrique journellement les creusets et les capsules des chimistes et des pharmaciens.
Ce métal, qui est encore nouveau pour bien des personnes , est moins cher que i'aroent quand il est brut; mais lorsqu'il est travaillé il se vend jusqu'à 20 fr. l'once, ce qui tient à la dilliculté que l'on éprouve encore à le purifier et à le mettre en œuvre.
Enfin le nom de ce métal, comme celui de tous les autres métaux, est masculin; on ne doit point dire de la platine , de la mani^anèse, )iiais du platine , du maiitranese.
L'aJitinioiiie est un métal blanc, aii^re , cassant, et qui présente des lames d'autant plus larges dans son intérieur, qu'il est d'une pureté plus parfaite; il est plus dur que le plomb, l'étain et l'argent même, puisqu'il les raie. Il est fort léger, car un
pied cube ne pèse que 170 liv. [S5 kilog.). L'antimoine rouait a\ant de fondre, et si on le pouï>se au feu il s'enflamme en répandant une fumée blanche analogue à celle du zinc. Un bain dantimoine refroidi lentement présente ordinairement à sa surface une étoile branchue en forme de feuille de fougère ; on la remarque sur presque tous les pains de l'antimoine du commerce, qui porte spécialement le nom de régule.
L'antimoine durcit tous les métaux mous avec lesquels on veut l'allier; aussi son principal usage est d'entrer avec le plomb dans la composition des caractères d imprimeiie. Quelques fondeurs en ajoutent à rétain dont ou fait les chandeliers , les cuillers , etc.
L'antimoine est la base de plusieurs médicaraens , et entre autres de Vêmétique , dont vous connaissez les effets.
Le minerai dont on retire lantimoine contient du soufre , et il est presque toujours composé d'aiguilles fines ou de baguettes plates, d'un blanc bleuâtre, qui se fondent à la flamme d'une chandelle; on remploie dans l'art vétérinaire , et particulièrement pou]' le traitenjcnt des chevaux ; mais son principal usage est , sans contredit, de fournir l'antimoine métallique. 11 en existe de fort belles mines en France , en Auvergne, en Languedoc venues , etc.
Le bismutli est un métal gris jaunâtre, qui passe au vio'àtre par une longue exposition à l'air, qui se casse facilement, et présente dans sa fracture de larges facettes très -brillantes,- il pèse 687 livres le pied cube , et se trouve presque toujours à l'état de métal natif dans Ja nature.
Le bismuth est le métal le plus fusible de tous les métaux solides : aussi entre-t-il pour moitié dans la composition de l'alliage de Darcet, qui se fond dans l'eau bouillante, dont on fait les londelles qui servent de soupapes de sûreté aux machines à vapeur, et qui se compose de 8 parties de bismuih , 5 de plomb et 3 d'étain , en y ajoutant i5 p. 100 de mercure; il fond à do degrés du thermomètre de Kéaumur, et sert à plomber les dents. Les potiers d'étain en mêlent une petite quantité dans leurs ouvrages pour leur donner plus de brillant et plus de solidité.
Les mines de Saxe versent annuellenient 4o à 5o quintaux de bismuth , qui suffisent aux besoins des arts.
Le cobalt n'a jamais été obtenu à l'état de métal que par pure curiosité, et jusqu'ici les arts n'en ont fait aucun usage. En revanche, les rainerais qui le coniieunent , qui sont pour l'ordinaire d'un blanc d'argent, d'un éclat métallique, et qui sont toujours n élangés d'arsenic, sont rechcjchés avec empressement , parce qu'ils ont la propriété de colorer en bleu tous les
verres et tous les émaux. Ces émaux bleus, réduits en poudres impalpables , colorent à leur tour la plupart de» substances avec lesquelles on les mêle. C est ainsi que le smalt, l'azur, le bleu d'émail, le bleu roy^l de Saxe, sont employés à colorer les verres ou les cristaux en bleu ; à former les fonda bleus de la porcelaine , à donner l'œil bleu aux linons , aux batistes , à certains papier? blancs, et à préparer l'empois bleu. Enfin le bleu de Thénard , nui rivalise avec le bleu d'outre-mer pour la peinture à l'huile , est une préparation de cobalt.
Les principales mines de cobalt sont celles de Tunabe'^ii en Suède ; mais il en existe dautresen Saxe, et même enFrance. Le cobalt métallique est magnétique, c est-à-dire qu'il indique le nord comme le fer aimanté.
Le manganèse est un métal colorant qui n'a été obtenu à l'état métallique que par pure curiosité ; aussi, ce sont ses minerais seulement que l'on emploie dans les arts . et non le mutai qu ils contiennent.
La plupart des minerais de manganèse sont dun noir bleuâtre , et leur aspect est ordinairement terreux ; mais il en existe une variété qui se présente en masses composées de petites aiguilles d'un gris de fer poli. Jl en existe plusieurs uïines en France que Ion exploite près de Tbiviers tt de 31àcon. Les principaux usages de ces minerais sont de servir à purifier la com-
position du verre blanc, à colorer les émaux , la porcelaine , la faïence et le verre lui-même en violet foncé.
Un autre usage fort important encore, c'est de servir à la fabrication de cette liqueur acide dont on fait usao;e pour blanchir en quelques heures les toiles bises , les cires jaunes, les pâtes de papier, etc.
Le chrome. Voici le troisième métal colorant par excellence \ c'est à lui que l'émeraude doit sa belle couleur verte , et c'est au moyen de ce même principe que l'on est parvenu à donner à la porcelaine cette teinte d'un vert particulier qui ne peut être imitée et qui se fait remarquer par sa nuance et sa richesse.
L'oxide vert de chrome, que l'on emploie aussi dans la peinture à l'huile , se retire d'un minerai fcrruuineux i^ris noirâtre que l'on exp-ioite spécialement pour cet usage à la Bastide , département du Yar.
Le chrome métallique nest d'aucun usage au moins jusqu'à ce jour.
V arsenic, (\oyez ci-après les avis généraux. )
Le soufre , que vous connaissez parfaitement, provieu; en partie des mii)erais pyriteux qui le contiennent sans qu'il soit visible à l'œil , mais dont la présence se décèle , lorsqu'on vient à le jeter sur le feu, par la flamme et l'odeur qui lui sont particulières. L'autre portion du soufre
qui est versé dans le commerce se trouve tout formé dans la nature , et jouit de tous les caractères que vous lui connaissez, c'est-à-dire de sa couleur jaune, de son odeur et de la facilité avec laquelle il s'enflaiiîme , en répandant cette odeur piquante qui vous est si bien connue.
Le soufre naturel se forme continuellement aux en\ irons de ces montagnes brûlantes qu'on nomme volcans , et en Islande , par exemple, il se renouvelle si rapidement, qu'un an après l'avoir extrait k la pelle jusqu'à la profondeur de 3a4 pieds ( I mètre à i mèti'e 33 ) , ou en trouve tout autant dans les mêmes places.
Les n^ontagues qui produisent du sel , des sourcessalées et du plâtre, contiennent aussi pour fordinaire des quantités notables de soufre natif , quoique ces terrains n'aient aucun rapport ai\ec les volcans.
Le soufre du commerce pèse envii-on i5o livres ( 75 kilog. ) le pied cube. On le vend sous la forme de canons et sous celle de poudre nommée Jleur de soufre. L'un et l'autre se piépaient dans les manufactures de Maiseilie. Les principales -m.ines qui le fournissent sont exploitées en Sicile , dans le royaume de Aaples, en Russie, en LNlande et en Amérique; mais les usines de Suède , d'Angleterre , d'Allemagne, et même de France, où l'on traite des rainerais pyriteux de cuivre ou de fer, en produisent aussi en assez grande quantité.
L'usage le plus important du soufre est (l'entrer pour plus d'un dixième , et même jusqu'à un cinquième dans la fabricatiou de la poudre à canon. 11 est aussi pour les neuf dixièmes dans la fabrication de l'huile de vitriol (acide sulfurique ).
La préparation des allumettes et des mèches que l'on brûle clans les vaisseaux vinaiies , l'usage que l'on fait du soufre pour le scellement des ferrures , pour détacher le linge taché de fruits et pour blanchir ia gaze et les chapeaux de paille , forment à peu près tous les usages et toute la consommation domestique de cette substance. J'en ajouterai cependant un fort important, et que je recommande expressément; le voici : lorsque le feu prend à une cheminée, quelles que soient sa hauteur et sa force, ou parvient à l'éteindre subitement si l'on jette dans le brasier même qui a mis le feu , deux borines poiûnées de fleur de soufre, en soulevant un des coins du drap dont ou aura commencé par boucher le devant de la cheminée. Ce moyen est si parfait que je voudrais qu'on se déterminât à placer dans un des coins de
desouénement.
chaque cheminée une li\Te de fleur fre destinée d'avance à parer à ré\ en
AYIS âUR LÉS SELS. ^ .
Le sel de cuisine , l'alun , le nitre ou saipêïte, le nati'oii ,4e borax, rammoniaqu^",
les vitriols %erts, bleus et blancs . faisaient autrefois partie de cette irrande famille de minéraux qui se fondent dans l'eau et qui, ont tous une ^a^eur ou un iioùt plus ou moins remarquable; aujourdhui même il est encore reçu, que l'alun , le nitre et les vitriols sont des seis.l ous pouvez donc continuer à vous servir de cettL' expression que l'usage a consacrée, et qu'il ne, serait pas aisé de faire disparaître , surtout en parlant de ce minéral dont nous assaisonnons nos alimens , qui aide à conserver nos provisions , et dont l'emploi habituel et modéré contribue à la santé des hommes et des animaux. Je vais donc vous citer les principaux sels dont vous faites journellement usa.-:!'^.
1°. Le sel Jiiarin, sel gemme , est notre sel de cuisine; les savans le nomment muriate ou chlorate de soude, parce qu'il contient en effet plus de moitié de son poids de soude, (/^o^ez- pour l'histoire de ce sel rA\is aux cultivateurs , page 1 1.)
2°. L'alun se trouve bien rarement tout formé dans la nature, mais les roches qui en contiennent les principes constituans ne sont pas rares. Il en existe de vastes dépots en Hongrie, en Italie, et même en France. Tantôt ces roches alumineuises se trouvent aux environs des Aoicans, et tantôt dans les mines de charboi:-de -terre naturellement embrasées : on le retire en lessivant ces pierres et en faisant évaporer l'eau
quand elle est assez chargée , et quelquefois seulement on est obligé d'y ajouter un peu de potasse et d'ammoniaque. Tous les aluns ne sont point également bons ; mais on est revenu de la préférence que l'on accordait autrefois aux aluns de Rome ; on en fabi^ique aujourd'hui en France qui ne leur cède en rien, \ous savez que l'alun sert aux teinturiers, aux peinties en bâ-mens, etc.
Le nitre ou salpêtre (nitrate de potasse). Le nitre n'est que le salpêtre purifié ; on îe reconnaît à la manière dont il fuse sur les charbons allumés , et dont il anime la combustion. Son principal usage est d'entrer pour les deux tiers au moins dans la composition de la poudre à canon , et de servir à la fabrication de l'eau-forte (acide nitrique). On trouve le salpêtre dans les lieux habités , dans les caves , les vieux bâtimens, les écuiies et les carrières abandonnées. On en cite un vaste dépôt aux environs de Naples.
Le iiatron ou carbonate de soude est un sel qui se forme tout naturellement dans les lacs de l'Egypte , et qui contient un cinquième de son poids de soude pure. 11 diffère peu de la soude du commerce qui provient presqu entièrement de l'incinération des plantes marines^ c'est-à-dire des cendres produites par ces plantes brûlées dans des fosses. Tous employez bien rarement la soude ou le natron , mais j'ai pensé que
vous seriez bien aises de savoir que ce sei
es
t indispensable à la fabrication du savon et du verre commun. En elîet , le savon se fait avec de l'huile et de la soude, et le verre avec de la soude et du sable.
Le natron d'Egypte et la soude d'Alicante , de Narbonne et de jNoirmoutiers, sont les plus renommés.
Le borax [soude boratée). Voici un sel dont on fait journellement usage pour les soudures dans la bijouterie et l'orfèvrerie ; il se fond si facilement qu'il suffit de le présenter à la flamme d'une chandelle pour le voir se boursouftler et se vitrifier. Aussi faciiite-t-on infiniment . par ce moyen , la fusion des soudures de l'or , de l'argent et du cuivre. Quelques verriers en ajoutent une livre par pot. Les peintres sur porcelaine en font usage pour faciliter Tapplication dfî for et des couleurs sur la couverte.
On assure que le borax, qui est composé de soude et à' acide boraciqiie , dont la saveur est douceâtre et la transparence iiélatineuse , se trouve au Thibet et à la Chine, dans le fond de plusieurs lacs, qu'on l'en retire à certaines époques, et qu'on lui fait subir une première préparation. On épure le borax en Europe et surtout en Hollande , et ce n'est guère qu'à l'état cristallin qu'on le verse dans le commerce.
L ammoniaque se trouve très- rarement toute formée dans la nature . si ce n'est à
la bouche des volcaos brùluns : elle n est pour l'ordinaire qu'un produit de nos manufactures , car on la retire de toutes les snbstances animales de non valeur, des os, du sang, des cliiffons de laine, des c»ins , de la corne, etc. En Egypte on la fabrique avec la suie de la iienle de chameau brùlee.
L'amii oniaque du commerce se présente en pains plats grisâtJ'es , noircis sur l'une de leurs faces et composés d'aiguilles serrées les unes contre les autres. Son goût est piquant et désagréable , et quand on la broie avec de la chaux vive , elle répand une odeur urineuse qui monte au nez.
Cette odeur est celle de l'alkali volatil ]dont on fait usage pour rappeler le noyés à la vie.
Ce sel sert aux teinturiers pour aviver certainescoulcurs; aux chaudronniers pour décaper la surface du cuivre et du fer avant de le souder ou de Fétamer. Les ferblantiers s'en servent avant de jeter ia résine et avant de | oser la soudure avec le portCygoutte.
Le vitriol bleu ou couperose bleue est nommé sulfate de cuivre dans les livres , paîce qu'il est composé d'un tiers de cuivre, d'un tiers d'huile de vitriol (acide sulfujique), et d'un tiers d'eau. Comme ce sel est le seul dont la couleur soit du plus beau bleu céleste , on ne peut le confondre a\ec aucun autre. Voici cependant un
moyen de le reconnaître plus sûrement encore , dans le cas où l'air aurait altéré sa belle couleur ojciinaire : frottez une lame de fer bien propre a\ec un morceau de ce 5el mouillé, et aussitôt le lér se cou\rira d'une trace de cuivre rouée.
Le sulfate de cuivre se fabrique de toutes pièces ; il est rare dans les mines, et son principal usage est de servir à la teinture des étotfes et à la préparation des cuirs noirs ( P^ojez l'Avis aux Cultivateurs sur le nouveau mode de chaulage , au moyen du vitriol bleu. )
Le i-ntriol vert ou couperose çerte , sulfate de fer. On trouve ce sel tout formé dans les mines ou à la surface de certaines roches qui contiennent des pyrites en décomposition. Son caractère le plus saillant est d"a^oir le goût de l'encre à écrire. Ce sel verdAtre, plus ou moins foncé, sert à la teinture noire des chapeliers , et surtout à la fabrication de l'encre.
Par la distillation, il produit une liqueur brûlante que l'on nomme huile de vitriol dans le commerce ( ou acide sulfurique ), dont on se sert, entre autres, pour épurei' l'huile à quinquet.
Le sulfate de fer se fabrique dans une foule d'ateliers où l'on lessive les pierres qui le contiennent tout formé, ou qui sont susceptibles d'en produire par diverses préparations. Il provient, je le répète, de la décomposition de ces minerais de fer, no:ii-
mes pyrites , qui ont l'aspect , la couleur et le brillant du laiton poli , quoiqu'ils ne soient cependant composés que de fer et de soufre.
Les principales manufactures de vitriol \ert sont celles d'Alais en France , et de IXewcastle en Ecosse.
Le ^'itriol blanc , sulfate de zinc , est beaucoup moins connu et beaucoup moins employé que les deux précédens ; il porte le nom de sulfate de zinc , parce qu'il est en effet composé de zinc et d'acide sulfurique. Il est blanc , lourd, il a une saveur astriniicnte ; on le prépare à Goslard en Allemagne ; il sert dans la teinture, dans la peinture en bâtimens comme dessiccatif, et dans le traitement des maux d'yeux.
Il existe une foule d'autres sels naturels ou fabriqués ; mais je ne puis vous en parler parce qu'ils ne s'emploient qu'en médecine, et que ce sujet nous est tout-à-fait étranger.
AVIS AUX LAPIDAIRES , POLISSEURS , BIJOUTIERS, COUTELIERS, etc.,
Suv les pien-es lines , et sur les substances qui servent à polir.
Les pierres fines. Nous attachez en général beaucoup trop d'importance à la couleur des pierres. Tous croyez que la même gemme ne peut avoir deux, trois et quatre couleurs diilérentes : c'est une erreui dont
il faut vous défaire, et vous persuader, au contraire, qu'il y a dessaphirs bleus^ blancs, rou;:'es, io<es, violets et verts, eoniiue il y a des jacinthes ]iianches. ro?esethleue>; qu'il y a des éniei-audes bleues , vertes et jaunes , comme il y a des roses blanches, jaunes et capucines ; qu'il y a des topazes blanches et bleuâtres, comme il y a des lilas blancs et bleus : que les tourmalines varient autant de teintes et de nuances, que les tulipes et les anémones; et certes, personne ne s'est avisé de vouloir changer pour cela le nom des roses, des tulipes et des jacinthes.
Vous tombez quelquefois dans une erreur contraire , c'est de vouloir que deux pierres différentes appartiennent au même cenre , rarce qu'elles ont les mêmes couleurs. Il y autant de différence entre un rubis spineile et un rubis balais, entre Téraeraude du Pérou et l'émeraudedu Brésil, qu'il y en a entre une fleur de capucine et nne rose couleur de capucine . entre une rose rose et une fleur de pécher, etc.
C'est lapesanteur spécifique (i), jointe à la dureté et aux autres propriétés secondaires des piv'^rres fines, qui doit vous guider toutes les fois que vous êtes appelés à juger
(i) Dififîrence entre le poids dune pierre pesée dans 1 air et le poids de cette même pierre pesée dans l'eau. Un saphir rouife de loo grammes dans l'air pèse encore ~- grammos dans ieau , tandis qu'une iourmaline rouge de loo grammes dans l'air ne pèse plus que 6q grammes dans Veau.
une contestation relative an nom et i^ar conséquent à la valeur des pierres fines.
Depuis que l'on est parvenu à imiter si parfaitement le diamant avec le strass , la dureté est le seul caiactère qui le fasse reconnaître immanquablement. 11 faut que vous sachiez aussi que le diamant n'est point la plus pesante des pierres fines , et que ce corps si précieux, si estimé, n'est que du charbon pur susceptible de brûler et de se volatiliser à un grand feu.
\ ous devez bien penser que je ne puis pas A ous faire l'histoire de toutes les belles substances que vous taillez journellement. Vous les connaissez, puisque c'est la partie essentielle de votre art, et si vous voulez les connaîtie encore mieux , il y a plusieurs livres qui ont été faits tout exprès, et que vous pourrez consulter. Je croiiais vous faire injure, si je vous disais, par exemple, que le cristal dont on fait des verres et des carafes n'a aucun rapport avec le cristal de roche, que ce dernier se trouve dans la nature, et que le premier est une substance factice qui se fabrique dans les verreries ou cristallières, mais qu'elle a les plus grands rapports , à la couleur près , avec le strass qui imite le diamant , et avec toutes les pierres fausses et colorées que l'on débite à vil prix, mais dont la taille seule fait vivre les habitans de toute la vallée de SemoiiEel dans le Jura, etc.
M'étant aperçu plusieurs fois que vous
n'avier pasdes notions très-justes surlesdiTférentcs substances que vous rn) ployez pour scier, tuilier et polir ics 2:eii]mcs, je me suis bien promis de \ous en dire un mot. Ainsi , pai- evemple, je a eux que vous sachiez que :
L'émeril est une espèce de grès composé de crains de saphir bien impurs, bien mélanie's, que Ton pulvérise dans des moulins d acier, et qu on lave cle manière a en obtenir de ditlérentes finesses.
Le ç^vks d'émeril se trouve à ?iaxos en Grèce , au Péiiu , à la Chine et dans plusieurs autres parties de l'Inde , et on le prépare à Venise, en An2!eterre, etc.
La ponce est un produit des volcans ; c'est une sorte de verre pu d'émail tr^s-poreux , et par conséquent très-léger, dont il existe de grands amas dans plusieurs contrées. Celle du commerce vient des îles Ponces et de Lipari , non loin de la Sicile.
Le tripoli , dont il existe plusieurs espèces et plusieurs qualités, paraît être un produit de l'altération de certaines roclies; je dis païaît, parce qu'on n'en est pas encore bien certain. On avait cru que ces roches avaient été chaullées et cuites en partie, mais cela n'est pas prouvé^ et l'on a de forteà raisons pour en douter.
Les principaux tripolis employés en France sont ceux de Corfou^ dit tripoii de ^ eîîise , de Menât en Auvergne, de Poligiii en Bretagne, etc. Les terres 'pouries de l'Angleterre ne sont ^ue d^s trtpo-
lis quelquefois purifiés par des lavages. Le rouge anglais, le rouge d'acier , le rouge d Alinagra , le rouge indien , le rouge de Prusse et le colcotar, sont des o\ides de fer naturels ou préparés, dout on fait , comme vous le savez, le plus grand usage dans l'art de polir les pierres , le marbre, et surtout les métaux.
La potée d'ètain est un produit de l'art : on le prépare avec l'oxide d'étain qui se forme à la surface de ce métal fondu , que Ton vitrifie et que l'on pulvérise ensuite dans des moulins d'acier.
Les brunissoirs dont on se sert pour brunir l'or et i'acier sont de deux espèces ; il y en a en agate et en hématite. Ces derniers appartiennent aux minerais deier, et proviennent d'Espagne et du comté de Foix. Quant à l'agate, c'est une ])ierre précieuse qui a les plus grands rapports avec la pierre à fusil et la pierre à briquet, qui sont des cailloux ou silex noirs ou blonds , et qui se trouvent dans les carrières de craie, comme à Mer.don , près de Paris, par exemple.
Les pierres douces , les pierres à l'eau , douces ou rudes , les pierres de Sonneinberg, dont on se; sert pour polir l'or et la grosse bijouterie*, sont des espèces d'ardoises communes ou de grès fins. On les prépare en Allemagne , et ce sont les marchands de tamis qui les apportent à Paris. Les différentes sortes de grès dont on se
sert pour préparer le tripoli de certains corps ou pour aiguiser les faux , les armes et les in^trulne^s tranchaus. doi\ent leur dureté et leurs dilïérentes qualités à de petits grains de cristal de roche quartz) plus ou moins fins et plus ou moins solidement réuni- ensemble. Vous savez combien il en existe de qualités diltérentes. Le pavé de Paris est un grès.
La pierre à r huile on pierre du Levant, qui vient , dit-on de Smyrne , n'est point un çri'és fin. C'est une pierre à chaux excessivement compacte, et que l'eau-forte n'attaque qu'à la longue. C'est une bonne pierre a rasoir; maison se sert aussi d'une ardoise crossière sous le nom de pierre à
rasou'.
La pierre de touche . qui se trouve souvent sur le comptoir des bijoutiers , et qui sert à éprouver la pureté de l'or , est une roche noire qui vient de ditiéi'cntes contrées. Ce! les de Paris entrent en France par Auremberg. Les minéralogistes ne sont point d'accord sur sa natuie; il paraît en eifet qu'il y en a de plusieuis tories.
AVIS AUX 3JARBRIERS
Sur les maibres, les albâtres , etc.
Ze.ç marbres. On confondait autrefois sous le mot marbre une foule de roches qui n'ont aucun rapport avec lui,
Une pierre n'est point un marbre , si elle ne se laisse pas attaquer par une pointe d'acier, si une ^oatte d'eau-forte , posée à sa surface , ne bouillonne pas aussitôt, et si elle ne se rédgit pas en chaux vive à la forge du serrurier ; car tout marbre est une pierre à chaux , quels que soient d'ailleurs sa couleur et son poii.
Les serpentines-, les granits, les porphires , difièrent totalement du marbre.
L' albâtre ^voprevAent dît , au contraire, est absolument de la même nature que le marbre blanc ; il n'en diffère que par sa couleur et sa demi-transparence , mais au reste c'est encore une pierre à cliaux.
Valbdtre blanc, dont on fait aujourd'hui de si jolis vases , de si belles pendules , et qui vient de Volterra en Italie, n'est que de la pierre à plâtre , et l'ongle suffit pour la rayer. Je propose de le nommer dorénavant alabastrite , pour le distinguer du véritable albâtre, qui n'est presque jamais blanc.
Il faut éviter d'employer les marbres argileux et surtout les marbres talcqùeux en dehors des édifices ; ils se laissent dégrader par la gelée et par l'alternative du soleil et de la pluie.
Lescypoiios et les campaps, au>si bien que les marbres blancs poufs , sont dan €e cas. ; j- '
• Je vous conseille de i^mplacerles goueeons de fer et de cuivie que vous êtes.
quelquefois obligés d'emplo\cr pour sceller plusieurs pièces de marbre les unes à côté des autres, pax des os de jambe de bœuf ou de mouton , suivant l'étendue des ouvrages ; vous é^ itérez par-là le désagrément des taches , et surtout linconvénient de voir jouer vos assembiaifes par Tellet du froid et du chaud. L'expérience a prouvé que les os sont assez sohdes, pourvu qu'ils n'aient pas é:é trop altérés par l'air.
On vient de découvrir en France plusieurs marbres qui peuvent remplacer celui de Jemmape, dit pclit granit. On s'occupe avec ardeur défaire revivre nos belles marbrières du Languedoc et de:» Pyrénées, afin que nous cessions d être tiibutaires de nos voisins, et vous êtes d'autant plus intéressés à \ous prêter à ces vues tout-à-fait nationales et paternelles , que les marbres des Pays-Bas nous arrivent tout travaillés, et qu'ils ^ous privent dune iirande partie de l'ouvrage dont vous seriez chargés si 1 on n'employait que des marbres français; et en supposant que nous ne découvrions pas de nouvelles espèces de marbres, que pourrait-on opposer à nos marbres de Caunes , à nos serancolins, à nos griottes, à nos carjpans , et peut-être un ^our à nos marbres blancs statuaires des Pyrénées,
Je vous renvoie , pour les notions que j'ai cru devoir dominer sur les substances propres à polir le marbre, à l'avis aux ]apidaires et polisseurs.