‹ Traité élémentaire de rhétorique et d'éloquenceChapitre 26 sur 27 · AVIS GENERAUX · texte numérisé non relu

AVIS GENERAUX

AVIS SLR L ARSEyiC.

Méfiez-vous toujours, je vous prie, d'une poudre blanche et lourde, craignez que ce ne soit de l'arsenic, dont la plus petite dose sutîit pour causer des coliques affreuses et la mort la plus cruelle.

\ ous vous assurez que c'est effectivement de l'arsenic en en jetant une pincée sur des

(i) 1 vol. in-12. Paris, Roret, libraire, rue Hautefeuille.

9^ charbons ardens : aussitôt il se produira unefumée épaisse, blanche, qu'il faut éviter d:> respirer, et qui est accompagnée d'une odeur acre qui ressemble à celle de l'ail.

L'arsenic que l'on vend chez les drofîuistes pour détruire les rats peut se confondre à l'œil avec la crème de tartre, le nitre , le sucre râpé , la farine , etc. Son poids seul peut donner, il est vrai , quelques soupçons : mais pour s'en assurer on n'a rien de mieux à faire que d'en jeter quelques parcelles sur des charbons bien allumés, ainsi que je viens de vous le dire, car les méprises sont si fréquentes qu'on ne peut apporter trop de soins pour les éviter. On avait proposé dernièrement à ce sujet de colorer cet arsenic blanc et en poudi'e avec un peu de bleu de Prusse, afin d'éviter toutes méprises, et de diminuer les empoisonnemens criminels. Malgré tous ces avantages , le gouvernement n'a pas cru devoir accueillir ce moyen , dans la crainte qu'en diminuant le danger on ne diminuât aussi la juste terreur que cette substance doit inspirer.

L'arsenic blanc du commerce est une sub-tance métallique que l'on prépare en Saxe et en Suède, et que l'on retire en fondant d'autres substances auxquelles l'arsenic est mélangé. 11 sert non-seulement à déti'uire les rats, niais aussi dans la teinture, l'art vétérinaire et la fabrication des miroirs de télescopes.

Quant à la pierre à mouche , qui est aussi une substance ar>enicale , sa couleur noire suffit pour qu'on ne puisse la confondre a\ec aucune substance alimentaire : mais elle n'a rien de commun avec la mine de plomb, dont elle pwte cependant le nom.

AVIS

Sur les terres décolorantes.

Tous savez peut-être que les confiseurs et les distillateurs se servaient depuis longtemps de noir diAoire (charbon animal) f)Our clarifier et décolorer leurs liqueurs et eurs sirops ; vous saviez peut-être aussi que les manufactures du noir animal se trouvaient en opposition avec la fabrication de la gélatine, qui se fait aussi avec des os , et que cette rivalité tendait à faire augmenter ces deux produits. Je pense donc que vous apprendrez avec satisfaction que l'on a découvert en Auvergne , près d'Aigue-Perse , et ensuite dans d'autres contrées , une espèce d'aigile brune et bitumineuse , qui a aussi la propriété de clarifier et de décolorer les liqueurs et les sirops. Cette première découverte en produira probablement d'autres, et les minéraux rendront encore un nouveau ser\ice aux arts et à l'économie domestique.

iVous engageons donc à essayer les terres noires et bitumineuses naturelles ou

brûlées pour décolorer le . xinaigre et les sirops.

AVIS

Sur l'amiante.

On est étonné qu'une substance qui ressemble à du coton ou à de la soie puisse passer dans la flamme ou séjourner dans le feu du foyer sans s'altérer le moins du monde. Ce prétendu phénomène tient à ce que l'amiante est une pierre qui n'a que l'apparence soyeuse, mais dent chaque fil est une aiguille déliée et pierreu-^e. Il n'y a donc pas de raison pour qu'elle se cor^sume au feu.

On est parvenu à filer et à tisser Tamiante, on en a fait de la toile et de la dentelle assez fine ; on en fait des mèches incombustibles, et les bergers des x\lpes et des Pyrénées en font des bourses et des bonnets. On est même parvenu à en fabriquer du papier ; maisce dernier emploi laisse encore beaucoup à désirer. Je conseille ce-' pendant de ne point abandonner ces premières tentatives , et de profiter de l'abondance avec laquelle ce singulier minéral se trouve dans les Alpes, en Corse, et dans les Pyrénées , pour chercher à l'utiliser de nouveau , soit dans la fabrication du carton pierre , de la poterie à laquelle il procure une grande solidité , soit dans la confection de certains papiers, etc.

AVIS

Sur l'importance du charl)on-de-terre , et sur son utilité dans les arts et les manufactures.

La houille ou charbon-de-terre peut remplacer le bois et le charbon de bois dans tous les arts, dans toutes les manufactures et dans toutes les opérations qui exigent du combustble; elle est -éminemment propre au chauflaiie des appartemens. Il y a deux manières de brûler ia houille, comme il y a deux manières de brûler le bois , savoir : à l'état de houiile crue et teUe qu'on le sort des mines , <ît à l'état de coak , qui n'est autre chose que le charbon ce houiiie.

Non-seulement la houille donne plus de chaleur que le bois et le charbon de bois à volume éîral , mais encore ses différentes qualités [permettent de 1 assortir a tel ou tel usage. En effet, nous «Tons de la houille grasse et coWante, de la houille sèche et légère , de la houille qui brûle avec flamme et vivacité , d'autre qui forme une braise ardente et durable. Les unes sont propres à la forge , d'autres à ia fonte, d'autres au chauffage domestique et à la grille des réverbères; celles-ci conviennent au service de^s machines a vapeur, et d'autres à celui des thermolampes.

Le coak enfin , qui n'est que du charbon de houille . vient on quelque sotte

compléter la grande série des usages auxquels on peut appliquer ce combustible minerai , comme le charbon de bois vient suppléer au bois dans le cas où l'odeur, la fumée ou la flamme sont nuisibles ou dangereuses.

En vain a-t-on opposé à l'emploi de la houille l'inconvénient de la fumée noire et son odeur soi-disant malsaine ; en vain a-t-on cherché à dégoûter les consommateurs ; l'exemple, la raison et le temps, qui triomphent de tout, sont là pour vaincre les oppositions routinières , et pour fau-e valoir et prédominer ce qui est véritablement bon et utile. Aussi la consommation delà houilleen France et à Paris même vat-elle toujours en croissant, non-seulement pour le service des usines , mais qui plus est , pour les usages domestiques. Dire que les blanchisseuses de linge fin de Paris se servent actuellement de coak pour repasser , c'est annoncer l'une des plus grandes victoires que la houille pouvait remporter sur la routine des Parisiens.

Mais où sont donc, nous dira-t-on , les avantages et la nécessité de remplacer le bois auquel nous sommes accoutumés , par l'usage du charbon-de-terre qui est nouveau pour nous , et qui exige des changemens notables dans nos usines , dans nos foyers et dans toutes leurs dépendauces ? Pourquoi faire la fortune du mineur et ruiner le propriétaire des forêts?

Où est la nécessité , et où sont les avantages ? La nécessité est dans la rareté et dans la cherté croissante du bois ; dans le besoin impérieux pour notre industrie de parvenir à soutenir la concurrence avec les manufactures étranij;ères qui doivent leur prospérité tout entière a 1 avantaiie de pouvoir disposer dun combustible abondant, est qui donne sous le même volume une plus grande quantité de chaleur, La néces^ité entin est dans la possibilité de rendre à l'agriculture les terrains qui sont encore occupés par les bois ou les forets, et de rétablir l'équilibre enti'e le sol qui produit et la population qui aug riCnte.

Les avantages sont dans la faculté de pouvoir éclairer et chaulfer le pauvre, car il travaille mieux quand il n'a point froid, et quand il peut s'éclairer à la lueur de son foyer. Les avantages sont enfin dans le bien qui résulte de l'introduction d'une nouvelle branche d'industrie, et celle de l'exploitation et du transport de la houille est dune toute autre importance pour la B'rance, que celle de l'exploitation et du transport du bois, puisque plus de la moitié de son territoire renferme des couches de houille encore vicj'ges, pour la plupart, et qui nous promettent une lonaue suite de travaux et de prospérité.

Deux ou trois grands champs d exploitation sont ouverts sur les vastes dépôts de houilles dont la France est si bien pourvue.

Les deux principaux sont ceux d'Anzin, département du Nord, et de Saint-Etienne, département de la Loire. ïis fournissent environ ies deux tiers du produit de toutes les houiilières estimés à 9 millions de quintaux métriques ( 18 millions de quintaux marc) , et le reste provient de plus de 200 petites exploitations répandues dans 4o des départemens du royaume.

Je ne puis donner ici un traité complet sur la houille, un volume entier y suffirait à peine ; mais cependant je dois dire que cette substance précieuse est déposée dans le sein de la terre, et pour ainsi dire en réserve pour l'époque à laquelle l'homme serait parvenu à dépouiller sa surlace de ses vastes Forets. Je dois dire que ce combustible minéral forme des veines , des bancs et des amas plus ou moins puissans et plus ou moins étendus, que ces couches sont ordinairement séparées par d'autres couches de ç:rès ou d'argile, et que ce sont les veines de houilles les plus profondes qui sont les plus épaisses, les plus constantes et celles qui produisent les meilleurs charbons. Pour atteindie à ces grandes profondeurs , pour aller arracher la houille à 200 et 4oo mètres au-dessous du sol cultivé, pour élever les eaux qui abondent presque toujours dans ces mines, on conçoit combien il faut de machines, combien il faut de moteurs, quelles sommes immenses il faut atfecter à de pareilles entreprises pour en venir à li-

vrer de bons charbons aui consommateui-s, et au meilleur iLaitLé possible. Ce sont ces grands moyens qui manquent encore aux exploitani français, et qui font que nos charbons sont bien moins estimés que les houilles anglaises. Espérons que le moment est ari'ivé où nos exploitations vont recevoir tout le développement dont elles sont susceptibles, car elles renferment d'aussi bon combustible que les mines anglaises, et ce serait se refuser à l'évidence que de mettre cette vérité en doute. Faisons des vœux pour que chacun contribue à cette bonne œuvre , en s'efîorçant de diminuer de jour en jour, par 1 emploi des charbons français, la contribution énorme et animelle de 9 millions de francs que nous payons à l'Angleterre pour la hotiille qu'elle nous fournit , déduction faite des droits d'entrée qui s'élèveront nécessairement à mesure que nos exploitations pourront suffire à noti-e consommation qui s'accroît de jour en jour.

AVIS

Sur la tourbe et sur son importance.

Ce que nous venons de dire au sujet de la houille ou du charbon-de-terre peut s'appliquer presqu'en entier à l'emploi de la tourbe. ( crtes elle n'est pas comparable, pour l'utilité et pour ses (rudlités de

lOO

combustible , avec la houille , même de seconde qualité ; mais cependant quand on pense que tout un peuple en fait usai^e , quand on voit la Hollande tout entière se chaulTer avec ce ï»in2uiier combustible, qui tient a la fois au règne végétal et au règne minéral , il est permis de conseiller à ceux-là même qui sont les mieux partagés sous le rapport des matières propres au chauffage, de ne point négliger cette source d'iudustrie , et de convertir tout au moins la tourbe en engrais , en faisant tourner au profit de l'agricuitoi-e les cendres qu'elle produit et qui sont presque toujours végétatives. [Ployez l'Avis aux cultivateurs , page lo )

AVIS

Sur la recherche des mines et contre la baguette di\ inatoire.

La plupart des habitans de la campagne sont persuadés que le gouvernement s'em- [lare des mines que Ton découvre, et que ses agens peuvent \Tenir bouleverser leurs champs pour les exploiter : c'est une erreur, et une erreur qu'il importe de faire cesser, parce qa elle entrave les progrès de l'industrie minérale en France.

Ce ne sont point en effet les savans et les gens éclairés qui trouvent les mines , ce sont les bergers , les laboureurs , les chasseurs, les carriers , les pêcheurs , que

lOI

leur goût ou leurs devoirs attii-ent dans les cndioits les plus reculés , sur les montaiines les moins fréquentées, dans le lit des torrens, ou sur les escarpemens que les gens du monde ne voient que de loin. Or, si 1 on ne rassure pas ces inventeurs ordinaires des mines, ceux-là qui les ont presque toutes découvertes et qui peuvent en trouver encore, si on ne leur dit pas que la loi sur les mines s'est occupée deux , qu'elle leur accorde nn droit ou du moins une indemnité, quels que soient le rang et la qualité de celui qui veut exploiter: si ces hommes de la montagne ne sont pas convaincus que 1 on ne peut exploiter leur découverte qu'en vertu d'une ordonnance royale qui règle d'avance le droit de 1 inventeur et celui des propriétaires de la surface tlu soi; s'ils ne savent pas que cette même loi s oppose à ce que Ion ouvre aucun travail de mine à moins de 3oo pieds de toute habitation , cour , jardin et enclos quelconque , il est certain qu'ils continueront à cacher leurs découvertes , et qu'au lieu d aller porter avec confiance des échantillons des minerais qu ils auront trouvés , à l'ingénieur des mines , afin d'en connaître exactement la nature , ce qui se fait toujours sans la moindre rétribution , ils éviteront la présence de cet agent du gouvernement , ou ne lui donneront que des renseignemens vagues et faits pour détourner de toute idée de découverte utile.

Je le repète donc, le gouvernement français ne s'empare point des mines que l'on découvre : il les concède à celui qui réunit les moyens de les exploiter avec fruit et dans l'intérêt général ; et comme il perçoit sur ce genre d'industrie des impôts fixes et proportionnels, il n'a aucun intérêt à s'en emparer.

La seule morche à suivre pour s'assurer son droit d'inventeur, est d'adresser i des échantillons du minei'ai découvert à \ l'ingénieur des mines du département, sous ' le couvert du préfet, avec l'indication pré- « cise du lieu de la découverte. Il faut dater 1 et signer la lettre d'en^ oi , et à partir de ce } jour les droits de l'auteur de la découverte .sont assurés. Il doit la dividguei-, et on ne pourra l'exploiter sans que ses droits soient fixés en raison de l'importa nce de la mine ( i ) . ^

Puisque nous nous occupons de recher- I elles et de découvertes de mines, il est à propos déparier des prétendues propriétés des Baguettes divinatoires , qui tournent entre j les mains de certains individus quand il s viennent à passer au-dessus des veines métalli- | ques, des couches de chaibon . des trésors enfouis et des sources vives. Ce re^te de charlatanisme, de . orceUerie et de sotte crédulité , n'est plus digne d'un peuple sage et d'une population éclairée, nous devons le rejeter loin de nous et ne fixer notre atten-

(i; Loi du 21 avril i8lo, sur les mines, § i6.

io3

tion qae sur les faits et lescauses matérielles, car en minéralogie et en exploita Lion, celles-là seules sont admissibles. Sans doute il y a des marques certaines de la prcsence des mines dans tels ou tels terrains; mais ces indices sont à la portée de tous, ils so[itvisi])les à tous les yeux, et il ne faut ni baguettes, ni sorciers pour les découvrir. En effet, les marques certaines de la préîsence du charbonde-terre, par exemple, sont des terres noires et bitumineuses, des empreintes de plantes, et de la houille pourie qui brûle souvent quoiqu'on la trou\e a la surface de la terre. Les marques de lexistence du sel et des terres salées sont les sources salées. Les indices des substances métalliques sont des grains, des fraamens ou des taches métalliques trouvés dans les roches et dans les veines ou filons qui les traversent. Or, je le demande, quel est celui qui, rencontrant de pareils indices, ne serait pas tout naturellement conduit à espérer de tiouver dans ces terrains du charbon, du sel , ou des métaux .^ Ce sont cependant là les seules données qui doivent inspirer quelque confiance. Que lonjuîie maintenant, et d'après cet aveu sincère d'un homn:e qui a passé sa ^'ie dans les mines et dans les exploitations, quelle confiance on doit attacher aux protestations de ces misérables jongleurs qui sont armés tantôt d'un fil plombé, tantôt d'une baguette courbe, tantôt d une branche fourchue, et dont tout le savoir consiste

à extorquer des récompenses ou à plonger ceux qui les écoutent dans des dépenses et des travaux ruineux. Il n'y a pas encore six mois que j'ai vu l'un de ces misérables entraîner un malheureux forgeron père de famiileàla recherche du charbon dans le granit. Autant vaudrait chercher une source dans un clocher.

Page 1