‹ Traité élémentaire de rhétorique et d'éloquenceChapitre 3 sur 27 · DES QUALITÉS ACCIDENTELLES DU DISCOURS · texte numérisé non relu

DES QUALITÉS ACCIDENTELLES DU DISCOURS

D. Qu'appelez- VOUS qualités accidentelles du discours ?

R. Par accidentelles on entend des qualités qui peuvent ne pas essentiellement entrer dans la composition du discours , mais qui sont subordonnées au caractère particulier de l'écrivain, au sujet qu'il traite, au lieu où il le traite, en un mot à toutes les circonstances de temps , de lieu ou de personnes.

D. Faites-nous connaître ces principales ({ualités.

R. Ces principales qualités sont : lavariéîé, V élégance , la noblesse , le sublime, le pathétique , la concision , la grai^ité , \ énergie , V enjouement, la finesse et la naweté.

D. Qu'entend-t-on par variété du discours ?

R. Par variété on entend une règle de la composition qui prescrit de réveiller sans cesse la vivacité des impressions qu'on cherche à communiquer aux autres, en diversifiant à charpie instant la forme sous laquelle ou présente ses idées, et en variant la longeur, la construc-

^ion , la cadence et le nombre de ses phrases et de ses périodes. C'est cette qualité que Boileaii recommande dans ces vei's de son Art Poétique :

Sans cesse en écrivant, variez vos discours.

Un style trop égal et tonjocis uniforme.

En vain brille à nos yeux, il faut qu'il nous endorme.

D. Qu'est-ce que ï élégance ?

R. Inélégance est un heureux choix et une disposition gracieuse, coulante et facile des mots et des phrases du discours. Cettequalité , (|ui est le fruit de l'imagination, ne doit sentir ni reffort,nile travail.

D. Détinissez la noblesse du discours.

R. La noblesse est une manière élevée d'exjirimer sa pensée par des mots ou des tours choisis et distingués, eu évitant les expressions basses et vulgaires, ou les phrases triviules; Boileau a dit :

Quoi que vous écriviez, évitez la bassesse.

L'éclat des idées , la vérité et la vivacité des images, l'abondance naturelle et vraie desornemens constitue la richesse. La noblesse des mots et des tournures, jointe à la richesse et à l'élégance, donne la grandeur ou magnificence. L'abus de ces qualités forme ce qu'on appelle Yenjlurc.

D. Qu'est-ce que c'est que le sublime?

R. Le sublime, fruit de l'inspiration et du génie , est une qualité accidentelle du discours ,

si grande, si élevée, et qui produit en nous des émotions si vives et si profondes, qu'elle nous transporte et nous ravit d'admiration et d'étonnement. Le sublime est ordinairement naturel , simple et énergique , et peut se passer des ornemens du discours.

D. En quoi consiste le pathétique ?

R. Le pathétique dans le discours consiste à faire naître dans l'ame des autres des impressions vives et permanentes, par un appel aux passions du cœur humain. « L'orateur, dit Fénelon , doit vous échauffer et vous élever audessus de vous-mêmes. »

D. Qu'appel le-t-on discours concis?

R. On appelle concis , un discours nerveux et serré , où , sans nuire à la clarté , les idées sont exprimées , sans répétition et avec le nombre de mots strictement nécessaires à l'intelligence du discours.

D. Qu'-est-ce qu'un discours graine?

R. C'est un discours, dont le sujet, gratte en lui-même, traite des sciences morales, physiques ou politiques , ou roule sur les intérêts importans de la patrie , de la vie , de l'honneur ou de la propriété des hommes, sujets ([ui doivent être traités d'une manière sérieuse et au moven de mots et de tournures appropriés à leur gravité.

D. Quelles sont les deux qualités du dis-

RHÉTORIQLE. c

cours appelées l'une énergie et l'autre vché-

jtience

R. U énergie est une manière fîôre, raàie cl forte d'exprimer ses idées, sans toutefois s'éloigner du naturel , de la vérité et des rt-j^les du discours. La vchcmencc est une explosion vive et subite des idées qui nous agitaient et se pressaient en foule dans notre esprit. La véhémence ne peut être que temporaire, elle est rarement régulière et méthodique.

D. Quelle est la qualité qii'on nomme enjouement?

R. C'est une qualité du style, qui , tout en llattantnos goûts et nos penchans, nous signale des vérités graves, ou nous apprend des faits importans avec des formes adroites, légères, naturelles ou agréables. L'enjouement diffère de la familiarité. Celle-ci rapproche le discours de la conversation ordinaire, sans toutefois bannir l'intérêt ou la dignité.

D. Définissez ce que vous entendez pary?nesse.

R. On appelle finesse une façon adroite de présenter notre pensée à demi voilée ou de n'en offrir qu'une seule partie , de manière toutefois à laisser facilement pénétrer le reste et à établir entre les objets des rapprochemens inattendus, ou des comparaisons fines entre les personnes ou les choses. Lu finesse s'adresse à l'esprit et au raisonnement. La délicatesse au

lo RHÉTORIQUE.

contraire s'adresse au cœur et aux passions. La délicatesse cherche aussi à voiler la pensée, mais en la présentant cependant entière d'une manière ingénieuse, délicate ou heureuse,

D. Qu'est-ce que la naïveté?

R. La naweté est une imitation spontanée, si simple et si fidèle des tableaux ou des objets de la nature, qu'il semble que ce soit la nature elle-même qui parle , ou qui vous inspire.

Page 1