CHBMIN DE TURIN A GÊNES
seulement. Les échos de ces montagnes, que les sons cadences des clochettes des convois de mulets faisaient résonner, retentissent aujourd'hui du sidlct de la locomotive, et annoncent une nouvelle ▼idoire de Tindustrie humaine sur les obstacles de la nature.
Ce chemin de fer a une très-grande importance, non-seulement parée qu'il joint deux villes capitales d'anciens États italiens aujourd'hui réunis, mais encore parce que, en réduisant de moitié les dépenses de transport des marchandises, il abaisse les prix d'importation, favorise l'exportation des riches produits de l'agriculture du némont, et développe les entreprises industrielles, en faisant arriver jusqu'au pied des montagnes, riches en cours d'eau, les matières premières, qui s* exporteront transformées en produits manufacturés.
11 exercera ainsi la plus heureuse influence sur la prospérité du Piémont et l'activité du port de Gènes, dont les intérêts sont solidaires depuis que le chemin de fer, obtenant, par ses bas prix, la préférence sur toutes les communications entre la mer et le Piémont, fait de Gènes le principal port du royaume de Sardaigne.
Ces avantages, appréciés depuis longtemps, auraient fait entreprendre ce chemin de fer plus tôt, si la nature n'avait présenté i son exécution de nombreux et sérieux obstacles.
Il fallait, eu efTet, traverser la chaîne des Apennins, dont le laite, ^»levé d'environ HOO mctrcs au-dessus du niveau de la mer, n'en est éloigné que de 20 kilomètres ; des rampes rapides et un long tunnel, dans une roche sans consistance, étaient inévitables ; les seules vallées praticables sur les deux versants sont tortueuses, bordées de roches schisteuses en décomposition, et occupées par des torrents, dont le lit présente des escarpements qui atteignent souvent r>0 mètres de haulenr verticale.
Arrivé dans la plaine, le chemin traverse les torrents de la Borinida, du Tanaro et du Pô, qui, à l'époque de la fonte des neiges tombées sur les montagnes voisines, deviennent, par le volume de leui*s eaux, comparables aux fleuves les plus grands et les plus dangereux.
On conçoit que Ton ait tardé à entreprendre une communication présentant de si nombreuses diflicuités. Mais, lorsque les chemins
de fer. en se propageani en France ei en Italie, eurent démontré les avantages de ce nouveau mode de communication et menacé, ci> favorisant des points rivaux, de faire perdre à Gênes une partie des^ avantages de sa position, il n'était plus possible d'hésiter.
Après avoir accordé, pour la construction de ce chemin de fer, une concession demeurée sans résultat sérieux, le gouvernement sarde se décida à faire exécuter lui-même les travaux, qu'il poursuivit, malgré les agitations politiques et les embarras financiers, avec une courageuse persévérance, aussi honorable pour lui que pour la nation, qui, maintenant, recueille le fruit des sacrifices, qu'elle s'est imposés.
La gare des voyageurs, point de départ à Gènes, est établie prés du palais Doria. Après avoir longé le pied de la montagne qui entoure le port, le chemin de fer traverse un tunnel qui débouche à Saint-Pierre d'Arena, faubourg de Gênes ; il remonte la vallée de Polcevera jusqu'à Pontedecimo, puis s'engage dans la vallée du Ricco, qui le fait arriver au pied de la chaîne des Apennins, qu'il traverse au moyen d'un tunnel, et aboutit sur le versant nord, à Busala, dans la vallée de la Scrivia, qu'il suit jusqu'à Serravalle ; de là il se dirige sur Novi et Alexandrie, en touchant à Frugarola, et traversant le torrent Bormida, ainsi que le champ de bataille de iMarengo.
D'Alexandrie, le chemin de fer remonte la vallée du Tanaro jusqu'à Asti, puis les vallées du Borbore, de la Tri versa, jusqu'à Villarranca; il s'élève, en passant près de Saint-Paul, au niveau de Yillanova, qui appartient au bassin hydrographique du Pô; il passe un peu au nord de Yillanova, se dirige sur Cambiana, touche à Trniïarcllo, à Montcalier, et aboutit à Turin, à la porte Neuve, eu Tace le palais du roi.
La distance de Gênes à Turin est de 165 kilomètres.
Dans la vallée des Apennins, le rayon des plus petites courbes n'est pas inférieur à 400 mètres, sauf une seule exception, où il est de 500 mètres ; les rayons dans la plaine sont généralement supérieurs à 1,000 mètres.
Le tableau suivant doime les hauteurs au-dessus de la mer, des
CHEMIN Dh TURIN A GÊNES.
principales inflexions du profil, ainsi que le maximum d'inclinaison adopté :